ALGÉRIE

DÉCLARATION DE
SON EXCELLENCE ABDELAZIZ BOUTEFLIKA
PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
CINQUANTE-SEPTIEME SESSION DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
LE 17 SEPTEMBRE 2002, NEW YORK


Monsieur le Président,

Je voudrais tout d'abord adresser mes félicitations à la Suisse, qui vient d'être admise comme membre à part entière de notre organisation. Je suis certain que ce pays, farouchement attaché à sa neutralité sur la scène internationale, apportera une contribution précieuse à notre recherche commune de la paix dans le monde, au moment où cette paix se trouve sérieusement menacée et notamment par le terrorisme international. Je souhaite donc la bienvenue à la délégation suisse à cette Assemblée et espère pour elle le meilleur succès dans ses activités parmi nous.

De même, notre Assemblée aura bientôt à confirmer la reconnaissance au titre de pays membre de l'ONU du Nouvel Etat du Timor Oriental, dont nous saluons la toute nouvelle indépendance. Le peuple timorien a choisi librement et par l'exercice de son droit à l'autodétermination, d'être désormais maître de son destin. Nous le félicitons encore une fois d'avoir su faire valoir sa volonté et lui souhaitons la bienvenue parmi nous et un avenir de progrès, de prospérité et de paix.

Voici maintenant deux années qu'était adoptée ici-même, la déclaration historique du millénaire.

En apportant une réponse solidaire et collective aux défis qui se présentent au monde sur les fronts de la paix, de la sécurité et de l'éradication de la pauvreté, la communauté internationale a fait preuve d'une vision responsable à laquelle les événements qui ont secoué le monde, depuis lors, confèrent un caractère prémonitoire.

Les tragiques évènem.ents du 11 septembre 2001 que nous avons commémorés voici seulement quelques jours ont mis en relief la nécessité d'une réponse collective à cette menace globale que constitue le terrorisme.

L'Algérie a eu à faire face, seule, une décennie durant à ce fléau des temps modernes. Elle se félicite de la prise de conscience qui s'est opérée au sein de la communauté internationale et des mesures qu'elle a prises pour y faire face.

L'Algérie a oeuvré pour la conclusion de Conventions sur la lutte antiterroriste, propres à chacune des organisations régionales africaine, arabe et islamique auxquelles l'Algérie appartient. Ces conventions ont grandement contribué au renforcement du cadre légal international nécessaire à toute action de coopération internationale efficace dans la lutte contre le terrorisme.

Nous croyons qu'il est urgent d'adopter une, convention globale sur la lutte contre le terrorisme qui constituerait le cadre normatif au sein duquel viendront se conjuguer les différents accords de coopération en matière de lutte antiterroriste. Cette décision exige que nous dépassions nos divergences en ce qui concerne une définition du terrorisme, acceptable par tous, et qui évite des amalgames que nous sommes unanimes à condamner.

En particulier, nous refusons toute association de l'Islam avec les activités terroristes, comme il nous sera impossible d'assimiler à un terrorisme les combats que mènent les peuples privés de leurs droits, combat inégal qu'ils mènent avec les moyens et les armes dont ils peuvent disposer.

Monsieur le Président,

En raison même des excès de l'occupation israélienne, la Communauté Internationale a défini les conditions du retour d'une paix juste et durable en Palestine et au Moyen-Orient. Ces conditions s'articulent autour du rejet de la violence, de la relance du processus de négociation fondé sur le principe de la paix contre la terre et, point cardinal de cette évolution, l'affirmation du droit du peuple palestinien à établir un Etat à l'intérieur de frontières reconnues et sécurisées et son corollaire, deux Etats Palestinien et Israélien vivant côte à côte et en paix.

L'initiative arabe de Beyrouth a défini les contours d'un tel règlement, fondé sur la légalité internationale et le principe de l'échange de la terre contre la paix.

Accueillie positivement par l'Organisation des Nations Unies et par les co-parrains du processus de paix, cette ouverture arabe a redonné vie à un processus de paix devenu moribond. C'est la conviction de l'Algérie, solidaire, aujourd'hui comme hier, du peuple palestinien dans son combat exemplaire pour la liberté et la dignité, que seuls la satisfaction des droits nationaux légitimes du peuple palestinien, y compris son droit à l'établissement de son Etat indépendant avec El-Qods comme capitale, et le retrait total d'Israël de tous les territoires arabes qu'il occupe depuis 1967 permettront de restaurer la paix, la stabilité et la sécurité dans cette partie si névralgique du monde qu'est le Moyen-Orient.

Monsieur le Président,

Dans le voisinage immédiat de l'Algérie, au Sahara occidental, vingt sept années après le retrait de l'ancienne puissance coloniale, le peuple sahraoui continue de réclamer son droit inaliénable à l'autodétermination en application de la résolution 1514 (XV) et des résolutions que l'Assemblée Générale n'a cessé d'adopter et de confirmer d'année en année depuis qu'elle a appelé, dès 1966, à la décolonisation du territoire et à l'autodétermination de son peuple au moyen d'un référendum.

La communauté internationale ne peut rester indifférente au sort de ce peuple, ni accepter que la mise en oeuvre loyale et intégrale du Plan de règlement et des accords de Houston soit constamment reportée.

Pays voisin des deux peuples frères marocain et sahraoui, l'Algérie continuera, pour sa part, à ne ménager, aucun effort au service de la paix internationale et de la stabilité et de l'unité de la sous-région. Elle a apporté tout son soutien aux efforts déployés par le Secrétaire Général et par son envoyé personnel ainsi que sa pleine contribution au règlement de ce conflit.

Le problème du Sahara Occidental étant ainsi pris en charge par l'ONU et en particulier par son Conseil de Sécurité, l'Algérie souhaite que ses relations avec ses voisins ne soient pas hypothéquées par ce différend, et que l'Union du Maghreb Arabe puisse renouer avec ses activités et développer une coopération confiante et fructueuse entre tous les pays de la région.

Monsieur le Président,

La présente session se tient à l'heure où la mondialisation qui s'accélère et s'intensifie à la faveur de la révolution des technologies de l'information et de la communication, suscite encore des interrogations sur ses avantages, sur les défis qu'elle pose et les risques de marginalisation et d'exclusion qu'elle comporte pour les pays en développement, en particulier en Afrique.

Cette session revêt aussi un caractère particulier en s'inscrivant dans le prolongement de la Conférence internationale sur le financement du développement et du Sommet Mondial sur le Développement Durable qui ont marqué deux étapes déterminantes pour l'avenir de la coopération internationale au service d'un développement durable, équilibré et équitable.

Tandis que le processus lancé à Monterrey a identifié les axes d'intervention pour la mobilisation des financements et le renforcement de la coopération financière et technique au service du développement, le Sommet de Johannesburg a ciblé les domaines prioritaires et urgents pour le combat contre la pauvreté, la durabilité du développement et la coopération internationale.

Le droit au développement doit figurer au centre de nos préoccupations et de nos efforts pour le renforcement de la coopération internationale à travers la promotion de partenariats multiples et rénovés entre le nord et le sud, basés sur le partage des responsabilités et des avantages.

A cet égard, j'aimerais mentionner la signature intervenue cette année de l'Accord d'association entre l'Algérie et l'Union Européenne. Cet accord constitue une base pour le lancement d'un véritable partenariat mutuellement bénéfique.

L'internationalisation optimale des courants d'investissements étrangers directs, l'accroissement significatif de l'aide publique au développement, le traitement du lourd fardeau de l'endettement, l'ouverture des marchés aux produits des pays du sud, tout comme la refonte de l'architecture financière internationale pour permettre une plus grande participation des pays en développement, demeurent naturellement les préoccupations majeures de ces derniers. Elles sont autant de questions auxquelles nous nous devons d'apporter rapidement des solutions.

Au fil des graves crises qui ne cessent de secouer le monde, l'instauration d'un ordre économique et commercial international plus équitable devient de plus en plus incontournable et requiert, de la part de la Communauté internationale, une volonté politique plus ferme.

Les résultats de la dernière Conférence de l `OMC à Doha offrent l'opportunité de mettre en place un système commercial multilatéral plus ouvert et plus transparent qui permettra d'augmenter la part des pays en développement dans les échanges internationaux.

En outre, je ne voudrais pas manquer de saluer les initiatives bilatérales et multilatérales prises en faveur des pays en développement, les pays les moins avancés en particulier, et d'exprimer le souhait que de telles initiatives soient suivies d'autres actions concrètes qui donneraient toute leur signification à la solidarité internationale et à l'effort soutenu vers la construction d'un monde humanisé et débarrassé des germes de l'instabilité et de la violence.

Monsieur le Président,

Les changements trop rapides qui caractérisent le monde actuel comportent une grande part d'incertitude en ce qui concerne l'avenir de l'humanité. Face à ces périls, on enregistre une forte tendance vers la solidarité internationale, non seulement dans la lutte contre le terrorisme, mais également dans la lutte contre la pauvreté et la préservation de notre environnement. De plus en plus se précise pour tous le rôle indispensable de l'organisation des Nations Unies dans la résolution des problèmes qui confrontent l'ensemble de nos peuples. Dans un monde en danger, cette organisation s'avère irremplaçable car elle symbolise notre engagement commun dans la lutte pour la survie de l'humanité.

Les réalisations du système des Nations Unies sont impressionnantes, qu'il s'agisse de promotion de la paix et de la sécurité, de la coopération économique, du progrès social, d'action humanitaire ou encore de développement du droit international.

Ces accomplissements réalisés en dépit de périodes difficiles et de l'insuffisance de moyens donnent la mesure de ce que ce système pourrait entreprendre pourvu que l'exigence de son renforcement soit pleinement appuyé par tous les Etats Membres.

Les efforts de rationalisation des activités des Nations Unies, d'amélioration de la coordination à l'échelle du système et la cohérence de son action, augurent de gains certains en crédibilité et en efficacité.

Je tiens à rendre hommage au leadership du Secrétaire Général, Monsieur KOFI Annan, dans cette pauvre qui entraînera un plus grand engagement des Etats et un accroissement des ressources de l'organisation.

Cette action de renforcement de la crédibilité et de l'efficacité des Nations Unies doit se traduire aussi par une adaptation de leurs structures afin de mieux refléter la nouvelle physionomie de la société internationale, et de leurs missions pour faire face à l'ensemble des défis auxquels l'humanité est confrontée.

Le monde du nouveau millénaire ne peut se passer des Nations Unies. Une organisation en phase avec les exigences générées par les mutations contemporaines constitue l'outil indispensable à la réalisation d'une paix et d'un développement durables et universels.

Je vous remercie de votre attention