LUXEMBOURG

Déclaration de
S.E. Mme LYDIE POLFER
Ministre des Affaires Etrangères et du commerce Extérieur
CINQUANTE-SEPTIÈME SESSION DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
New York, le 14 Septembre 2002

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Mesdames et Messieurs les délégués,

Le Président en exercice de l'Union européenne, M. Anders Fogh Rasmussen a déjà eu l'occasion de vous présenter les priorités et positions des Quinze. Avec eux, et par son engagement au quotidien, le Luxembourg affirme son attachement à la coopération multilatérale et aux travaux de l'Organisation universelle.

Notre Président Kavan s'est vu conférer ses hautes fonctions selon une procédure nouvelle destinée à dynamiser le travail de l'Assemblée et à approfondir son impact. Je suis convaincue que sous sa présidence nous aboutirons à d'autres développements importants.

Son Excellence M. Han Seung-Soo a dirigé les travaux de la session précédente sous l'emprise d'une actualité internationale particulièrement troublée et grave. Grâce à sa grande expérience et sa compréhension des enjeux internationaux, un message serein et fraternel de coopération et de concertation a pu émerger de nos débats. Nous devons tous l'en féliciter vivement.

Notre Organisation se trouve également dans l'heureuse situation de pouvoir s'appuyer sur un Secrétaire Général reconnu universellement pour son humanisme et ses hautes qualités diplomatiques. Il a entamé son deuxième mandat avec une énergie bien caractéristique que nous admirons tous.

M. le Secrétaire Général,

Nous vous encourageons de tout coeur dans la poursuite de votre importante mission. Incontestablement le multilatéralisme, et l'apport du système des Nations Unies à celui-ci ont une dynamique propre. Nous comptons sur vous pour l'orienter suivant les lignes directrices développées dans votre important discours de jeudi dernier.

Dans le cas de l'Iraq, la communauté internationale doit poursuivre son action à travers les Nations Unies chargées du maintien de la paix et de la sécurité internationales. L'Iraq doit donner un accès inconditionnel et sans entraves aux inspecteurs et fournir la coopération requise. Il doit remplir ses obligations immédiatement. Nous sommes déterminés à soutenir les efforts des Nations Unies pour parvenir à cet objectif.

Le droit international a été renforcé considérablement lors de l'entrée en vigueur du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale le le` juillet. Il s'agit là d'une avancée majeure dans le processus de promotion de l'État de droit et de lutte contre l'impunité. Il convient aujourd'hui d'appuyer cette jeune institution de toutes nos forces. Elle constitue le garant du souhait de protection si profondément ancré en chacun de nous. La ratification la plus large possible du Statut de la Cour doit rester un objectif essentiel de la communauté internationale. L'Union européenne oeuvre activement en ce sens pour que la Cour ait un caractère réellement universel.

Dans une même perspective multilatérale le Sommet mondial de Johannesburg sur le développement durable vient de se terminer sur le constat que notre planète ne dispose que de ressources naturelles limitées et que seule la solidarité peut concilier la légitimité du développement et la pérennité d'un environnement respectueux de la vie. L'humanité a la responsabilité d'atteindre un équilibre dans ces deux exigences. Le Sommet a tracé un chemin à suivre grâce au Plan de mise en oeuvre qui fixe des objectifs et des calendriers. Ceux-ci peuvent paraître manquer d'ambitions pour d'aucuns, mais ils ont le mérite de nous orienter. Il nous faut désormais nous atteler à mettre en oeuvre ce Plan. Pour cela les partenariats nouveaux entre l'ONU, les gouvernements, les entreprises et la société civile constituent un outil important. La responsabilité des Gouvernements reste toutefois entière.

A Doha, l'Organisation mondiale du commerce a * décidé d'allier ouverture des marchés et assistance technique au développement. A Monterrey, un consensus mondial s'est dégagé sur le financement du développement. Après Johannesburg il s'agit de mettre en couvre des synergies entre aide publique, apport des entreprises, ressources locales et engagement des organisations non-gouvernementales. Pauvreté, pollution et surexploitation, et malheureusement la violence alimenteront encore le pessimisme. Toutefois il est encourageant de constater que la démocratie et la bonne gouvernance sont des concepts et des pratiques qui progressent et qui sont plus largement acceptés. J'adresse dans ce contexte mon hommage à la toute jeune Union africaine qui a su inscrire précisément parmi ses objectifs la promotion des principes démocratiques et son corollaire la protection des droits de l'homme.

Monsieur le Président,

Droits de l'homme, démocratie, développement et sécurité sont étroitement liés. Le Conseil de l'Europe dont la vocation principale est de défendre les droits de l'homme, la démocratie pluraliste et la prééminence du droit, a - tout comme l'Organisation des Nations Unies - été placé face à un défi considérable suite aux évènements du 11 septembre. Le Luxembourg assume depuis mai et ce pour six mois la Présidence de cette enceinte.

A l'instar de l'Organisation universelle, le Conseil de l'Europe a pris un ensemble de mesures concrètes en matière de lutte internationale contre le terrorisme. Outre la promotion de signatures et de ratifications d'instruments internationaux, le Conseil a élaboré des lignes directrices pour une lutte internationale qui s'inscrive dans le plein respect des droits de l'homme. Lorsque la sécurité est menacée, le respect des droits de l'homme est, en effet, d'autant plus important. En tant que responsables politiques nous avons l'obligation d'éviter que la législation anti-terroriste ne porte atteinte, voire même détruise, la démocratie dans son élan pour défendre les valeurs fondamentales de liberté et de sauvegarde des droits de l'homme.

Les événements du 11 septembre ont donné une nouvelle impulsion à la coopération entre partenaires institutionnels et ont avant tout souligné la nécessité de poursuivre le dialogue entre cultures et religions, et d'intensifier la réflexion sur les civilisations afin de promouvoir la tolérance et le respect universel des droits de l'homme face au barbarisme. A l'instar de l'ONU et de l'UNESCO, le Conseil de l'Europe s'est engagé sur cette voie.

La coordination et la complémentarité entre organisations régionales et internationales font d'ailleurs parti des priorités que le Luxembourg s'est données pour cette Présidence. Il pourrait s'avérer utile de faire le lien avec les pôles d'excellence du Conseil de l'Europe, à savoir la Cour européenne des droits de l'homme - mécanisme unique de protection des droits de l'homme -, la Commission européenne contre le Racisme et, enfin, le Comité de Prévention contre la Torture (CPT). Je souhaite vivement que l'important travail normatif accompli par le CPT au niveau européen puisse un jour se réaliser au niveau international et que le Protocole facultatif à la Convention des Nations Unies contre la Torture, Protocole que cette auguste Assemblée sera bientôt appelée à endosser, puisse connaître le même succès que son « prédécesseur européen ».

L'établissement de l'Etat de droit pour tous est un objectif en faveur duquel le Haut Commissaire aux droits de l'homme, Mme Mary Robinson, a oeuvré sans relâche. Elle a mérité toute notre reconnaissance pour son courage et sa contribution à cette cause essentielle. Son successeur, M. Sergio Vieira de Melho, peut à son tour compter sur notre entière coopération et notre soutien total.

Monsieur le Président,

La session spéciale de l'Assemblée générale sur les droits des enfants de mai dernier a permis de dénoncer à nouveau l'indifférence qui tue, voire cause des souffrances bien réelles à des millions d'individus démunis et sans défense. Si la Convention internationale relative aux droits de l'enfant a permis l'amélioration concrète de la vie d'innombrables personnes, le travail doit être intensifié et étendu de manière à garantir une réelle différence pour les générations futures.

Dans la même lignée se situe l'action en faveur des femmes, qui se trouve placée sous le parapluie de la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.

Le Luxembourg tient à affirmer son attachement à l'important travail accompli par les fonds et programmes de l'ONU dans ces domaines. Je voudrais mentionner en particulier l'UNICEF, le FNUAP, l'UNIFEM et le PNUD. L'action internationale pour la santé reproductive est au cceur de leurs programmes: elle reste aujourd'hui indispensable. Elle a besoin d'un appui ferme et de moyens budgétaires conséquents.

C'est pourquoi le Luxembourg appuie résolument les efforts du FNUAP. Réduire les moyens pour les femmes en détresse ne rend justice à personne et augmente malheureusement combien de souffrances personnelles.

Certes le travail des personnes dévouées qui animent ces programmes, et parmi lesquelles se retrouvent ceux de bien d'organisations non-gouvernementales, ne se terminera pas, pas plus que celui de Sisyphe. Mais ne reconnaissons-nous pas tous les progrès rendus possibles dans la réalité quotidienne d'individus, de groupes et de peuples, par des institutions bien conçues, démocratiquement établies, bien gérées, et bénéficiant de surplus de l'autorité morale que leur confère l'ONU ?

En ayant à cœur le destin des individus menacés, les responsables internationaux doivent se donner les moyens d'apercevoir de manière précoce toute atteinte possible à la paix et à la sécurité internationales. Une conscience aiguë de notre responsabilité d'assurer la protection des populations civiles est, en effet, requise pour permettre l'action préventive, et en particulier la préservation de la paix.

Comme le relève à juste titre le Secrétaire Général, cette action préventive devrait se faire par le renforcement des « capacités de prévention structurelle et opérationnelle à tous les niveaux, tant local que national, tant régional qu'international, et tant bilatéral que multilatéral ». Une interaction poussée entre tous ces échelons s'impose afin de remplacer la culture de réaction par une véritable culture de prévention. Il n'est certes pas évident d'investir dans des stratégies de prévention des conflits qui ne porteront des fruits que beaucoup plus tard.

Un tel choix requiert une volonté forte d'engagement de tous les acteurs. Quant à elle, l'Organisation universelle, à travers le Conseil de Sécurité et d'autres organes du système onusien, s'attache à cerner les contours d'une éventuelle action internationale en faveur de la prévention, en vue de la rendre plus systématique et plus efficace. Le rôle central de l'ONU et son autorité sont essentielles à cet effet. Il appartiendra à la 57eme session de l'Assemblée générale de se pencher également sur cette question.

Focaliser l'attention sur les destins et sur les drames que vivent les victimes, réagir face au constat que les conflits contemporains font de manière croissante et délibérée des victimes dans la population civile deviendront d'autant plus naturellement des impératifs reconnus que les relations internationales ne subissent plus aujourd'hui le joug des luttes idéologiques de naguère. Pour autant les antagonismes n'ont pas disparu et pourraient même se chercher de nouveaux habits.

Monsieur le Président,

Il y a un an la communauté internationale a été ébranlée par les attaques terroristes du 11 septembre contre les populations civiles de New York, de Washington et en Pennsylvanie. Nous venons de nous rendre au « Ground Zéro » en signe de deuil et pour réaffirmer notre détermination à agir contre la barbarie. Si l'ONU peut constater que les efforts menés depuis ce jour tragique afin de lutter contre le terrorisme international aboutissent à des résultats concrets, ceci ne doit pas pour autant nous mener à baisser la garde.

D'autres drames restent des plaies ouvertes, et tel est le cas de manière particulièrement flagrante du conflit israélo-palestinien.

Le Proche-Orient connaît depuis Oslo un investissement incomparable en efforts de médiation. Face aux violences et à la haine, laisser faire, rester à distance, ne sont en effet pas des options. Les efforts se poursuivent en vue de créer les conditions d'une négociation nouvelle permettant d'achever un travail laissé en déshérence depuis Taba. L'Union européenne participe activement à ce processus et s'efforce à travers de nouvelles initiatives de la Présidence danoise à replacer la perspective politique de nouveau au centre des préoccupations.

Les efforts inlassables de la communauté internationale sont requis pour souligner les vertus de la modération. Les modérés, qu'ils soient d'un coté ou de l'autre, n'ont pas la tâche facile face aux extrémismes. Notre soutien leur est acquis. « La paix nous oblige tous à nous diviser de l'intérieur », comme le relève M. Shlomo Ben Ami, mais elle inclura aussi la réconciliation celle-ci devra être préparée avec le partenaire extérieur nouveau, comme avec les forces récalcitrantes internes qu'il faudra réintégrer dans le processus de paix.

L'évolution au Sri Lanka prouve que l'espoir peut l'emporter sur la violence. Dans le cas du Timor oriental, c'est aussi grâce à l'ONU que cet espoir a su être concrétisé. En Afrique plusieurs foyers de tension ont connu un apaisement en 2002, en Angola, en République démocratique du Congo et au Burundi notamment. Certes les succès et les échecs des processus de paix alternent. Il reste que le succès n'est possible qu'en cas de volonté forte des parties en litige d'aboutir. Un succès nécessite aussi un engagement des tiers pour soutenir les hommes de bonne volonté de part et d'autre.

L'effort accompli par la communauté internationale en Afghanistan doit être poursuivi dans le temps pour assurer l'établissement et le fonctionnement d'un Etat stable, démocratique et pleinement représentatif. Le processus de normalisation en cours dans les Balkans mérite une attention identique.

Monsieur le Président,

Après quelque 160 années d'existence en tant qu'Etat indépendant, le Luxembourg ne perd aucunement de vue les limites inhérentes à sa dimension et à ses moyens. En politique étrangère nous agissons avec l'intime conviction que le système multilatéral de coopération réserve une place et un rôle à tous. Dans un monde interdépendant nous devons assumer tous nos responsabilités et apporter notre contribution.

C'est la base de notre engagement dans l'Organisation universelle, comme c'est la base de notre engagement dans le processus d'unification européenne. C'est aussi la base de notre action en faveur du développement dans le monde. C'est pourquoi nous voulons porter l'aide publique au développement à 1% du RNB, après avoir été en 2001 en mesure de dépasser le seuil de 0,7% recommandé par l'ONU.

Notre Organisation rassemble la communauté internationale, elle constitue un forum unique qui permet les échanges et qui permet de baliser la voie à des solutions hier insoupçonnées. Elle s'acquittera d'autant mieux de ce rôle que tous se reconnaîtront en elle. Le Luxembourg, membre fondateur de l'Union européenne, sait qüe le respect mutuel et l'engagement de chaque partenaire peuvent transformer un continent mille fois déchiré en force créatrice. C'est le message que l'Europe tente aujourd'hui, à l'aube d'un élargissement historique, de porter au loin.

Monsieur le Président,

C'est un message de nature à renforcer l'Organisation universelle qui nous rassemble tous. Je me réjouis de voir au cours de cette session deux nouveaux membres, à savoir la Suisse et le Timor oriental, nous rejoindre. Nous les félicitons pour cette décision et leur souhaitons une très chaleureuse bienvenue.

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