République démocratique du

Congo

 

DÉCLARATION DE H.E JOSEPH KABILA

                                          MAJOR-GENERAL PRÉSIDENT ET COMMANDEUR EN CHEF DES FORCES ARMÉES

                          CINQUANTE-SEPTIÈME SESSION DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

NEW YORK, LE 14 SEPTEMBRE 2002

Monsieur le Président,

C'est pour moi un honneur et un plaisir renouvelés, de prendre la parole devant cette auguste Assemblée que je salue très chaleureusement au nom du peuple congolais tout entier, de son Gouvernement et en mon nom propre.

Avant toute chose, qu'il me soit permis de vous féliciter sincèrement, ainsi que l'ensemble de votre bureau, pour votre élection à la présidence de la 57e session ordinaire de l'Assemblée Générale.

Qu'il me soit également permis d'exprimer à votre prédécesseur, son Excellence Monsieur HAN-Seung-soo, toute notre reconnaissance pour le travail combien important qu'il a accompli durant son mandat.

Je voudrais aussi saluer l'entrée dans l'Organisation des Nations Unies de la Confédération Helvétique et du Timor Oriental en qualité d'Etats membres. Permettez-moi enfin, de remercier le Secrétaire Général des Nations Unies pour son attachement aux valeurs universelles et son implication manifeste dans la recherche des solutions aux conflits qui déchirent l'humanité.

Monsieur le Président,

En ce moment où le monde entier se souvient de la date fatidique du 11 septembre 2001, le peuple congolais, son Gouvernement et moi-même saisissons l'opportunité que nous offre cette tribune pour réitérer nos sentiments de solidarité et de compassion au peuple américain et aux familles éprouvées à travers le monde, victimes de cet acte ignoble de terrorisme.

C'est ici le lieu indiqué pour inviter tous les Etats du monde épris de paix et de justice à prendre l'engagement d'unir leurs efforts pour combattre ce fléau sous toutes ses formes.

Pour sa part, comme je l'avais annoncé au cours de mon adresse lors de la 56émesession de l'Assemblée générale des Nations Unies, mon Gouvernement a institué, en date du 21 décembre 2001, un Comité national de coordination de lutte contre le terrorisme international, et ce, en application de la résolution 1373 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Monsieur le Président,

L'état de processus de paix en République Démocratique du Congo fera l'objet du premier point de mon propos.

Sur le plan externe, il y a lieu de noter que face au blocage constaté dans l'application de l'Accord de Lusaka en ce qui concerne le retrait des forces étrangères, mon Gouvernement a été amené, se fondant sur les dispositions pertinentes du Conseil de sécurité qui encouragent les discussions sur le plan bilatéral, à conclure d'une part avec le Rwanda, sous la facilitation de l'Afrique du Sud et l'assistance de l'ONU, l'Accord de Pretoria, et d'autre part, avec l'Ouganda, l'Accord de Luanda, sous les auspices de l'Angola.

L'Accord de Pretoria, signé en date du 30 juillet 2002 traite essentiellement de la question de retrait des troupes rwandaises du territoire de la République Démocratique du Congo et du désarmement des ex-FAR et Interahamwe. Tandis que l'Accord de Luanda signé le 06 Septembre 2002 aborde le retrait total des troupes ougandaises du territoire de la République Démocratique du Congo, la coopération et la normalisation des relations entre nos deux Etats.

Monsieur le Président,

Aujourd'hui, près de 45 jours se sont écoulés, soit la moitié du délai fixé par le calendrier de mise en oeuvre de l'Accord de Pretoria sans que la moindre avancée significative ne soit enregistrée sur le terrain.

L'engagement pris hier par le Président du Rwanda, d'amorcer le retrait de ses troupes à partir de la semaine prochaine pourrait constituer une étape décisive dans l'application de l'Accord de Pretoria.

Pour sa part, Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo, respectueux de ses engagements, avait déjà regroupé plus de 2.000 ex-combattants rwandais à Kamina, qui attendent leur rapatriement au Rwanda.

En outre, il a communiqué à la Tierce Partie en date du 05 Septembre 2002, les renseignements supplémentaires sur les ex-combattants rwandais.

S'agissant de l'Accord de Luanda, il y a lieu de signaler le début de retrait des troupes ougandaises et la mise en place d'un programme conjoint de pacification de l'Ituri. Monsieur le Président,

L'application harmonieuse des Accords de Pretoria et de Luanda en ce qui concerne spécialement le retrait des troupes rwandaises et ougandaises aura une incidence certaine sur la conclusion d'un accord global et inclusif dans le cadre du processus politique interne pour la réconciliation nationale et la réunification du territoire de la RDC en vue de l'organisation rapide des élections libres, démocratiques et transparentes à tous les niveaux.

Après consultations des forces politiques et sociales, ainsi que de l'Envoyé spécial du Secrétaire général de l'ONU pour la République Démocratique du Congo, Mon Gouvernement a suggéré que les tractations pour la conclusion d'un Accord inclusif puissent démarrer dans les meilleurs délais.

Monsieur le Président,

A présent, je voudrais aborder la situation particulière et préoccupante qui prévaut à l'Est de mon pays.

Je pense aux événements sanglants et douloureux de Kisangani et de Bunia; je pense également à la reprise de combats dans le Kivu; je pense également aux viols, aux pillages des richesses de la République Démocratique du Congo et à toutes les autres formes de violation des droits de l'homme; et je pense enfin à la destruction scandaleuse de la faune, la flore et de l'éco-système en général dans la partie Est de la RDC.

Je lance un appel pressant à la Communauté internationale afin que cesse cette tragédie que vivent les populations de l'Est de la République Démocratique du Congo et que les auteurs de ces actes barbares et ignobles soient punis et traduits en justice. De même, nous attendons impatiemment les conclusions du Panel qui seront assorties, nous l'espérons, des propositions des sanctions contre les auteurs de pillages des richesses de la RDC.

Tout ce tableau macabre de la situation que traverse mon pays depuis plus de 4 ans est venu exacerber la situation socio-économique des populations en raison des effets de la guerre, privant mon Gouvernement de plus de la moitié de ses ressources.

Pour faire face à ce marasme économique, de manière à soulager tant soi peu les souffrances de nos populations, un train de mesures a été initié depuis plus d'une année. Les effets palpables de ces mesures jugées positives ont conduit notamment à la stabilisation de la monnaie, des prix des biens de grande consommation et la reprise de la coopération avec les institutions financières internationales.

Dans ce même élan, un vaste programme de la reconstruction nationale est en chantier et vise essentiellement la réhabilitation des infrastructures sociales de base pour une meilleure relance de l'appareil économique et du développement.

Monsieur le Président,

Tout au long de mon propos, j'ai condamné le terrorisme et les événements tragiques du 11 septembre 2001 qui ont endeuillé le peuple américain et l'humanité tout entière.

J'ai présenté l'état actuel du processus de paix en République Démocratique du Congo, spécialement les accords de Pretoria et de Luanda.

J'ai déploré la situation humanitaire préoccupante qui prévaut à l'Est de la République Démocratique du Congo caractérisée par des massacres, des violations massives des droits de l'homme et du droit humanitaire international.

J'ai enfin démontré que la situation socio-économique particulièrement difficile que traverse les populations congolaises s'est retrouvée aggravée par la guerre et ses effets néfastes. Si cette situation de guerre perdure, les efforts de redressement économique ainsi consentis par le Gouvernement risquent de se retrouver totalement annihilés.

Monsieur le Président,

  Pour mettre un terme à ce drame qui n'a que trop duré, je lance un vibrant appel à travers votre auguste assemblée à toute la communauté internationale pour qu'elle se mobilise et s'implique davantage dans la recherche des solutions pour la réunification du territoire national et le retour de la paix, de la stabilité dans mon pays et dans toute la sous-région des Grands Lacs.

Concrètement, je pense

Primo :   à l'organisation sous l'égide des Nations Unies de la conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans la région des Grands Lacs. Car la vocation africaine de mon pays a toujours été celle de vivre en paix et en harmonie avec tous les Etats de l'Afrique et du monde en commençant par ses voisins.

Secundo:   à l'implication  plus accrue et plus concrète de la Communauté internationale dans la résolution du conflit qui déchire la République Démocratique du Congo. En effet, il apparaît aujourd'hui que la Communauté internationale semble oublier le rôle joué par l'Afrique dans le développement des Etats aujourd'hui nantis et traite avec un certain manque d'intérêts les questions africaines.

Tertio :  à l'application des nombreuses résolutions du Conseil de sécurité qui sont restées aujourd'hui lettre morte.

Quarto:   à la contribution technique, et à la mobilisation de la Communauté internationale pour la réhabilitation de notre éco-système pour ainsi préserver ce patrimoine de l'humanité.

Monsieur le Président,

Les Pères fondateurs de notre organisation universelle, convaincus que seule la résolution pacifique des conflits pouvait rapprocher les Nations, avaient signé la Charte afin qu'aucun conflit armé ne laisse indifférent le reste de l'humanité.

C'est pourquoi, la République Démocratique du Congo qui croit profondément aux valeurs universelles prônées par les Nations Unies, formule le voeu de voir tous les organes de l'Organisation des Nations Unies jouer pleinement leurs rôles pour que les armes se taisent partout où elles sont allumées, en vue de faire de la paix un droit véritablement à la portée de tous.

Je vous remercie.