SUISSE

Déclaration de
S.E. le Conseiller fédéral Joseph Deiss
Ministre des affaires étrangères de la Suisse

Cinquante-septième session de l'Assemblée générale
New York, le 13 septembre 2002

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Plus que jamais les peuples du monde doivent faire preuve de solidarité. L'ONU est l'incarnation de la solidarité mondiale. En y adhérant, la Suisse vous adresse un message de solidarité et de paix. J'en suis heureux et fier.

Je m'associe aux remerciements exprimés mardi passé par le Président de la Confédération, M. Kaspar Villiger, à l'occasion de l'admission de la Suisse à l'Organisation des Nations Unies. A mon tour, j'exprime ma gratitude à tous les Membres pour l'accueil chaleureux réservé à mon pays. La Suisse se sent  la bienvenue ; nous nous sentons ici chez nous.

Je remercie également de tout cœur le Secrétaire général, Monsieur Kofi Annan. Par votre sincérité et votre sagesse vous avez contribué à convaincre le peuple suisse de la nécessité de rejoindre l'ONU.

Je tiens aussi à vous féliciter, Monsieur le Président, de votre élection. J’ai eu l’occasion dans le passé d’apprécier vos qualités et vos talents. Je sais qu’ils seront pleinement mis au service de l'ONU. La Suisse se réjouit de travailler avec vous au succès de cette session de l’Assemblée générale de l’ONU.

Les Suissesses et les Suisses ont décidé d'adhérer à l’ONU. Ils ont ainsi dit "oui" à une collaboration accrue avec les Nations Unies. Ils ont dit "oui à un renforcement de notre engagement international. Ils ont dit "oui" à davantage de responsabilités dans la solution des défis auxquels est confrontée l’humanité.

En ce début de XXIème siècle, ces défis sont immenses. Une pauvreté indicible règne dans certaines régions du monde. Des crises et des guerres accablent tous les continents. Les réfugiés se comptent par millions. Le terrorisme montre sa face hideuse. Des réseaux criminels exploitent des êtres humains, se livrent à des trafics honteux d’armes et de drogue. De nouvelles maladies font leur apparition. Et jour après jour, nous détruisons l'équilibre naturel de notre planète.

A tous ces défis, il n'y a pas de réponses simples. Mais il y a un lieu, un lieu de rassemblement, où nous pouvons ensemble trouver des solutions : les Nations Unies.

Le monde a besoin d'une ONU forte, car c’est la seule organisation universelle qui a un champ d’action global :

- Seule l’ONU peut mener une réflexion globale sur les problèmes de l‘humanité ;

- Seule l’ONU peut créer un consensus entre Etats en vue de poursuivre des objectifs communs ;

- Enfin, comme l’a souligné le Secrétaire général, seule l’ONU peut conférer une légitimité internationale à des principes ou à une décision d’agir.

La Suisse a adhéré à l'ONU en tant que pays neutre, et elle entend le rester. Notre statut de neutralité ne limite cependant en rien notre volonté de coopérer. Au contraire, elle est un atout dans notre engagement au service de la paix. Notre adhésion n'est pas une rupture, mais une confirmation de notre politique extérieure.

(1. Politique de Paix – sécurité humaine)

Monsieur le Président,

"La Confédération suisse" - je cite notre Constitution -  "s’engage en faveur d’un ordre international juste et pacifique". Or, le premier but de l'Organisation des Nations Unies est justement de maintenir la paix et la sécurité internationales. L’ONU est donc pour la Suisse un cadre idéal pour remplir cette mission fondamentale.

En tant que membre des Nations Unies, la Suisse s'engagera résolument en faveur de la paix et de la sécurité internationales. Cet engagement vaut d’abord vis-à-vis des conflits armés. La dynamique des conflits d’aujourd’hui requiert des processus de paix multidimensionnels. Pour réussir, nous devons agir en parallèle sur plusieurs plans : militaire, diplomatique, humanitaire et économique. Il faut associer aussi tous les acteurs intéressés. Cela exige un important effort de coordination ; la Suisse y contribuera.

Les problèmes de sécurité doivent cependant aussi être abordés dans une perspective plus large, celle de la sécurité humaine. Les habitants de ce monde doivent pouvoir vivre sans craindre ni la guerre, ni la faim, ni l‘arbitraire. Nous devons protéger en particulier les individus et les groupes vulnérables. La Suisse continuera donc à s’engager pour une meilleure sécurité humaine, notamment en luttant contre le recrutement des enfants soldats, contre les mines antipersonnel et contre la prolifération des armes de petit calibre.

Dans ce contexte, je salue l’appel du Secrétaire général à utiliser pleinement les institutions multilatérales. Cet appel vaut en particulier pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Il n’y a qu’une seule source de légitimité à l’emploi de la force : celle que procurent les Nations Unies.

L’Irak a été évoqué à plusieurs reprises ces derniers jours. Il y a indéniablement une nécessité d’agir, et d’agir avec détermination, afin d’assurer la mise en œuvre des résolutions de l’ONU. Mais il faut agir ensemble, au sein de l’ONU. Seule l’ONU peut conférer une légitimité internationale à une action à l’encontre de l’Irak.

(2.  Droits de l'homme)

La Suisse est convaincue que la paix et le développement ne sont durables que lorsqu’ils vont de pair avec la liberté, la démocratie et le respect des droits de l'homme. La dignité humaine est un bien particulièrement précieux. Elle doit être protégée, toujours et en tout lieu. Cette conviction, nous la défendrons aussi au sein de l'ONU, jusqu'au bout et sans concession. Aussi longtemps que des hommes et des femmes seront exploités, que des enfants seront maltraités, tant que la peine de mort sera appliquée, la Suisse y verra une atteinte à la dignité humaine. Et elle se battra pour la faire respecter.

Lors de l'Assemblée générale de cette année, nous nous engagerons en particulier pour l'adoption du protocole additionnel à la Convention contre la torture. Ce protocole est nécessaire pour assurer une meilleure protection des détenus contre la torture et les mauvais traitements. C'est pour cela que nous l'appuyons depuis des années.

(3.  Renforcement du droit international)

En tant qu’Etat dépositaire des Conventions de Genève et de ses Protocoles additionnels, la Suisse considère qu’elle a une responsabilité particulière à promouvoir leur diffusion et à encourager leur respect. Au sein de l'ONU, nous continuerons de militer sans répit pour cette cause du droit humanitaire. Dans cette optique, la Suisse a soumis à divers pays concernés par le conflit au Proche Orient une proposition en vue d'une meilleure application du droit humanitaire. Nous préconisons deux instruments : d'une part un mécanisme de dialogue, à travers lequel les parties pourraient régler des problèmes d'application du droit international humanitaire ; d'autre part un mécanisme d’observation du respect du droit humanitaire.

Nous sommes aussi convaincus que la Cour pénale internationale permettra une meilleure affirmation du droit international humanitaire. Cette nouvelle cour est essentielle dans la lutte contre les violations graves des droits fondamentaux de la personne humaine. Nous veillerons donc à ce que son efficacité soit préservée. Et nous poursuivrons notre effort de persuasion auprès de ceux qui n'ont pas encore signé ou ratifié le statut de Rome.

(4. Aide au développement)

Il y a deux jours, nous avons commémoré les tragiques événements qui ont frappé l’année passée les Etats-Unis et le monde. Les causes directes et indirectes du terrorisme doivent être éradiquées. Je pense par exemple à l’injustice, au non respect des minorités et à la pauvreté. Cela fait partie des objectifs de notre coopération au développement et de notre politique de promotion des droits de l’homme.

L'éradication de la pauvreté et le développement durable demeurent le grand défi de l'humanité. Nous l'avons vu une fois de plus à Johannesburg. C'est un défi global, qui exige une stratégie globale, une solidarité globale. Autrement dit,  cela exige de la part des institutions onusiennes une action coordonnée. Cela exige aussi une collaboration accrue entre l'ONU, les banques de développement ainsi que les autres acteurs de la société civile et du secteur privé. La coopération au développement doit être coordonnée. La Suisse participera à ce renforcement de la coordination, qui est indispensable pour que nos efforts aient le succès qu'ils méritent.

La lutte contre la pauvreté implique aussi un échange accru des connaissances et un meilleur transfert des technologies. La Suisse est très impliquée dans la préparation du Sommet mondial de la société de l’information, dont la première phase se déroulera à Genève en 2003. Le défi majeur de ce Sommet, c'est précisément le clivage entre le Nord et le Sud dans l'accès aux nouvelles technologies de l'information. Je vous demande d’œuvrer activement au succès de cette conférence.

(5. Genève Internationale)

Monsieur le Président,

Cela m’amène à évoquer la Genève internationale, qui constitue un lien aussi étroit qu'ancien entre mon pays et l'ONU. La Suisse est fière et reconnaissante de pouvoir abriter le siège européen des Nations Unies, ainsi que de nombreuses organisations spécialisées. Genève est le principal centre international pour le désarmement, l’assistance humanitaire, le développement social, la promotion des droits humains et la protection de l'environnement. Cela me réjouit, car ce sont des thèmes que les Suisses ont particulièrement à cur. Mais cela implique  aussi une responsabilité: celle d’offrir aux organisations internationales des conditions optimales de travail et de séjour. Là aussi, vous pouvez compter sur la Suisse.

Avant notre adhésion, l'ONU était déjà une organisation universelle. Mais avec la Suisse et bientôt le Timor oriental, l'ONU est un peu plus universelle. L'ONU est devenu le forum mondial par excellence. La Suisse lui accordera son plein soutien. Dans l’intérêt de l’humanité, dans l’intérêt de "nous peuples des Nations Unies".

Je vous remercie.