REPUBLIQUE FEDERALE ISLAMIQUE DES COMORES

56ème SESSION DE L'ASSEMBLEE GENERALE
DES NATIONS UNIES

INTERVENTION DE

S.E.M. SOUEF MOHAMED EL AMINE
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET DE LA COOPERATION

New York, le 15 Novembre, 2001

Vérifier au prononcé

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences,
Honorables délégués,
Mesdames et Messieurs,

Au nom de la délégation comorienne que j'ai l 'honneur de conduire et à mon nom personnel, je tiens à vous adresser, Monsieur le Président, nos chaleureuses félicitations, pour votre élection à la présidence de cette session. Nous formulons le vu ardent de voir nos travaux, sous votre direction éclairée, connaître un succès.

Ma délégation et moi-même rendons un vibrant hommage à votre prédécesseur SEM Harri HOLKERI, pour la manière appréciable dont il a dirigé les travaux de la précédente session. A notre Secrétaire Général, je voudrais louer les mérites de cet homme d'un si grand talent, d'une sagesse exemplaire, et rendre également hommage à son dévouement au service de notre Organisation.

Le Prix NOBEL de la Paix qui lui est décerné conjointement avec notre Organisation est la preuve tangible des valeurs qui le distinguent.
 

Monsieur le Président,

Le Monde entier est plongé le dans l'obscurité et dans l'anarchie. Des réseaux terroristes ont défié toute la Communauté Internationale par des attentats ignobles perpétrés contre des intérêts américains ici même à New York; dans cette ville planétaire, hospitalière et cosmopolite; dans cette capitale du Monde.

Ainsi, je ne saurais faillir à mon devoir de transmettre, du haut de cette tribune, les sentiments de profonde sympathie et de compassion qu'éprouvent le gouvernement et le peuple comoriens, à l'endroit du peuple et du gouvernement américains, la suite de ces événements douloureux, tragiques et très regrettables. Nos condoléances les plus attristées s'adressent très particulièrement aux familles des victimes; avec lesquelles nous partageons la vive, douleur qu'elles ressentent, suite à ces brusques disparitions.

D'autre part, nous sommes très affectés par les pertes de vies humaines, occasionnées par l'accident d'avion survenu lundi dernier ici à New York. Aux gouvernements et aux peuples américain et dominicain, aux familles des regrettés disparus, nous leur adressons nos sincères condoléances.
 

Monsieur le Président,

Au cours de la précédente session et du Sommet du millénaire, le rôle primordial que joue et devra continuer à jouer notre Organisation a été largement réaffirmé, dans les diverses interventions. La réforme du principal organe en charge de la paix et de la sécurité internationales a été vue de tous, comme étant une priorité, dans le sens de lui faire refléter les réalités du monde actuel. Aujourd'hui, plus que jamais, ce rôle devra être renforcé, car la responsabilité de l'ONU exige qu'elle soit mieux armée pour l'assumer pleinement et efficacement. Il convient à ce sujet, de souligner que cette responsabilité est de différent ordre. D'abord et avant tout, la responsabilité de «préserver les générations futures du fléau de la guerre», pour reprendre, avec votre permission, l'expression du statut qui régit notre Institution.

Cette première responsabilité lui impose une exigence d'assurer la paix et la sécurité des peuples. Or, les crises de tout ordre, la remise en cause de la paix dans de nombreuses régions prouvent la grande difficulté qui est celle de l'O.N.U à assumer; aujourd'hui, cette responsabilité.

Les diverses formes de menace à la paix qui se perpétuent dans le monde interpellent davantage notre conscience, sur une action internationale urgente à mener, car aucun continent n'est à l'abri du danger.

Le terrorisme, Monsieur le Président, en est une composante.

Nous ne devrons pas laisser la voie à des groupes extrémistes, sous quel prétexte que ce soit, plonger le monde entier dans une perpétuelle psychose, et faire des millions d'innocents de pauvres victimes. Les attentats du 11 septembre ont été un coup dur pour nous tous, un défi lancé à l'humanité toute entière. La République Fédérale Islamique des Comores a vivement condamné ces actes odieux comme elle a condamne le terrorisme dans toutes ses formes.

Aussi, dans le cadre d'une mobilisation des efforts dans la lutte contre le terrorisme, les Conférences tenues à Doha et à Dakar au mois dernier, auxquelles le gouvernement comorien a pris une part active, concrétisent l'engagement sans faille du Monde arabe et du continent africain dans ce combat difficile mais nécessaire. Tout comme celle de Bruxelles qui a réuni les pays d'Europe a été la manifestation de la grande préoccupation du continent face au terrorisme. Mais, dans cette démarche, la nécessité s'impose, d'abord de bien définir la notion de terrorisme, en établissant clairement ce qui constitue un terrorisme d' Etat, celui de groupe et d'individu.

Il faudra ensuite distinguer les actes terroristes, des revendications légitimes de certains peuples de leurs droits à l'autodétermination, qui, sans nul doute, ne s'exercent pas sans heurts, puisque souvent confrontes à une résistance, voire à l'oppression.

Enfin, il est essentiel de ne pas faire le moindre amalgame entre le terrorisme et l'Islam, sachant d'une part, que tout acte terroriste est l'expression d'un extrémisme qui n'est aucunement lié à une religion ni à une nation donnée, et d'autre part que l'Islam est connu pour sa grande tolérance et son ouverture, prônant l'amour du prochain ,la paix et la solidarité.

En ce qui concerne la République Fédérale Islamique des Comores, le souci qui anime les hautes autorités, par rapport à ce problème, a conduit ces dernières à mettre en place un mécanisme national de lutte contre le terrorisme, lequel est placé sous la direction du Premier Ministre. Mon pays a également signé en janvier 2000, la Convention Internationale visant à supprimer le financement du terrorisme. En plus de ces dispositions nationales engageant chacun de nos pays, il est évident qu'il conviendra de dégager une action internationale, en combinant les efforts régionaux et continentaux de lutte contre ce fléau qui menace la paix mondiale et déstabilise les économies de nos pays.

Ceci exige, certes, une lecture politique objective de la situation qui prévaut dans les zones de tensions dans le Monde. Dans cette optique, la situation dans les territoires arabes occupés, entre autres problèmes, nous interpelle tous aujourd'hui. Le peuple palestinien a lui aussi droit à la vie, au bonheur, à la prospérité, à la paix et à la sécurité, à l'instar de toutes les nations. C'est pourquoi, dans le respect du droit, et en vue de parvenir à une solution juste, durable et définitive à ce problème, le Gouvernement Comorien est d'avis qu'un Etat palestinien indépendant avec Al Qods Al Sharif comme capitale s'impose. D'un autre point de vue, il incombe à l'ONU la responsabilité de veiller au bien -être des peuples. Cela suppose à la fois la garantie de conditions de vie meilleures, par la protection des droits fondamentaux de l'homme.

En effet, les graves maladies qui sévissent nos pays, en particulier ceux en développement, les difficultés d'accès à de meilleures conditions d'éducation et de santé, la famine qui frappe plusieurs régions du monde, la dégradation de notre environnement, la violation des droits de l'Homme demeurent des défis majeurs de notre millénaire.

Certains de ces maux telles que la famine, les graves maladies et l'extrême pauvreté qui frappe de nombreux pays sont, en eux-même, l'expression la plus éloquente d'un fossé entre le Nord et le sud qu'il faudrait enfin parvenir à combler.

S'agissant de maladies, celle du Sida reste au cur des débats et des préoccupations, car elle tue, déserte des régions entières et fait chaque année des millions d'orphelins au destin incertain.

Aussi, en République Fédérale Islamique des Comores, malgré un taux de prévalence qui est relativement faible, le gouvernement reste conscient que la position géographique du pays et l'aspect touristique qui caractérise notre sous- région composée d'îles, constituent temps des facteurs pouvant contribuer à faire rapidement propager la maladie, du fait de l'afflux de touristes et de vacanciers saisonniers.

C'est la raison pour laquelle, le gouvernement s'attache à faire du Programme National de Lutte contre le Sida, un outil efficace, en lui dotant, dans la mesure du possible, de moyens appropriés, avec l'appui indéniable de l'OMS et de l'ONU/SIDA.

L'engagement du gouvernement comorien à cette lutte contre le Sida s'exprime également à travers sa participation à toute démarche régionale ou internationale allant dans ce sens. C'est ainsi qu'une délégation comorienne conduite par S.E.M Hamada Madi BOLERO, Premier Ministre, a pris part en juin dernier à la Conférence tenue dans cette ville sur le SIDA. Les recommandations issues de ces assises ont été retenues par les autorités nationales.

Parlant toujours de maladies je ne saurais passer sous silence le paludisme qui sévit dans de nombreuses régions encore.

Aux Comores, il affecte toutes les couches sociales et devient une source de préoccupation majeure pour les autorités nationales. C'est pourquoi au-delà des dispositions nationales dans le cadre de la Stratégie Nationale de Lutte contre le Paludisme, mon pays se réjouit de l'initiative consistant à proclamer la période 2001/2010, Décennie de recul du paludisme en Afrique.
 

Monsieur le Président,

J'ai parlé plus haut de l'écart qui caractérise les économies du Nord et celles du Sud.

De ce point de vue, la 3eme conférence sur les Pays les Moins Avancés ( PMA) tenue à Bruxelles en mai 2001, revêt un intérêt particulier pour nos pays, et nous escomptons un engagement plus résolu de nous tous, pays riches et pauvres pour que les recommandations faites à cette occasion, ainsi que celles qui seront adoptées, dans le cadre de la conférence qui se tient à Doha, au Qatar, en cette période, soit porteuses de changements positifs, dans le sens de poser des bases solides, en vue d'un développement durable et effectif, par la relance de nos économies.
 

Monsieur le Président,

Nos peuples attendent beaucoup de notre Organisation, reconnue comme offrant le meilleur cadre pour la garantie des droits fondamentaux de tous. C'est ainsi que confiant en l'O.N.U de veiller au respect de l'unité et de l'intégrité territoriale de nos pays respectifs, la République Fédérale Islamique des Comores exhorte notre Organisation à considérer la revendication légitime du gouvernement chinois relative à la réintégration de la province chinoise de TAIWAN dans son ensemble naturel.

Mon pays, d'autant plus sensible à ce problème qu'il a vécu lui même, la douloureuse expérience sécessionniste, croit fermement en la nécessite de trouver des solutions rapides à ce genre de situations, susceptibles de remettre en cause la stabilité des régions.
 

Monsieur le Président,

Le Sommet du millénaire a suscité de grands espoirs qu'il convient de matérialiser, pour ainsi lui reconnaître toute l'importance qu'il a revêtu aux yeux de l'Humanité. Cela suppose un suivi assuré des recommandations faites à cette occasion. L'on ne peut de ce fait que souhaiter vivement que les uns et les autres tiennent dûment compte du diagnostic réel et complet posé sur notre monde, en vue de rechercher ensemble le remède approprié.

Il y va de la survie et de l'intérêt de chacun, car la menace de la paix du voisin ne met pas l'autre à l'abri, tout comme la faim, la maladie, l'ignorance, la violence, l'injustice et la pauvreté, tant qu'ils subsistent encore dans plusieurs régions, ne font pas la fierté de l'Homme et sont des menaces potentielles à la paix et à la stabilité.
 

Monsieur le Président,

Un an après la dernière session, au cours de laquelle j'ai eu, du haut de cette tribune, à parler, entre autres points, de la situation générale prévalant dans mon pays, permettez-moi de vous livrer ici certains éléments sur l'évolution du climat général.

Je me réjouis aujourd'hui d'annoncer que le Processus de Réconciliation Nationale engagé par le Chef de l'Etat Comorien, S.E le Colonel AZALI ASSOUMANI, dans lequel il a opté pour un dialogue direct avec nos frères de l'Île d'Anjouan, progresse de jour en jour.

En effet, à l'heure actuelle, un projet de constitution devant régir le futur ensemble comorien vient d'être remis officiellement au Chef de l'Etat et sera soumis à référendum avant la fin de cette année. Toutes les tendances politiques ont pris part à l'élaboration de ce document et nous avons bénéficié de l'assistance de toute la communauté internationale dont l'OUA, l'Organisation de la Francophonie, la Ligue des Etats Arabes, en matière d'expertise en droit constitutionnel.

Parallèlement à ces efforts, des dispositions sont en cours en vue de préparer les prochaines élections, pour lesquelles la Communauté internationale, à travers le PNUD et l'Union Européenne nous apportent également une assistance technique considérable.

Dans cette phase de transition vers la mise en place des nouvelles institutions, le gouvernement ne ménage aucun effort, pour que les conditions actuelles soient améliorées, afin de permettre aux populations de mener une vie décente et acceptable. Ces efforts non négligeables doivent être soutenus par la Communauté Internationale dans le sens de relever les secteurs sociaux défaillants. Le grand défi pour le Gouvernement, après ces chantiers en cours, reste la lutte en vue d'un développement socio-économique harmonieux.

C'est pourquoi, au nom du Gouvernement comorien, je lance un appel pressant à toute la Communauté Internationale, pour qu'elle continue à nous apporter son précieux concours, dans cette période de réconciliation nationale de reconstruction et de mise en place des structures du Nouvel Ensemble Comorien, garant de notre unité nationale, de notre intégrité territoriale et d'une large autonomie des îles.
 

Monsieur le Président,

La crise sécessionniste n'est pas venue occulter le problème de l'île comorienne de Mayotte qui reste une préoccupation majeure pour le peuple et le gouvernement comoriens.

Cette île Comorienne administrée par la France est complètement coupée du reste de l'archipel, limitant ainsi la libre circulation des personnes et des biens entre les îles et provoquant des pertes humaines considérables pour les personnes qui veulent rejoindre leurs familles à Mayotte.

Toutefois, confiant d'une part en la volonté des hautes autorités françaises de coopérer pleinement avec leurs homologues comoriennes, en vue d'une solution négociée et définitive au problème de l'île comorienne de Mayotte, le Gouvernement comorien réitère, d'autre part, son souhait de voir la communauté internationale, s'associer à cette démarche, dans le respect du droit et conformément aux résolutions pertinentes qui ont admis les Comores au sein des Nations Unies, une fois que le Nouvel Ensemble Comorien sera mis en place, pour permettre le retour de Mayotte à son giron naturel.

Qu'il me soit permis, en fin, d'adresser nos vifs et sincères remerciements aux pays frères et amis, aux partenaires des Comores, qui nous ont accompagnés par tous les moyens à leur disposition, dans la recherche d'une solution durable à la crise qui avait secoué notre pays et qui nous assistent encore, dans notre lutte en vue de préserver et pérenniser ces précieux acquis. Puissent les crises de tout ordre qui assaillent le monde, connaître un dénouement heureux dans l'intérêt de nos peuples.

Je vous remercie.