LA REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE
 
 

Déclaration
de
Son Excellence Monsieur AGBA OTIKPO MEZODE,
Ministre des Affaires Etrangères
de la République Centrafricaine

devant
la Cinquante-Sixième
Assemblée Générale des Nations Unies

New York, le 15 Novembre 2001

(Vérifier à l'audition)



 
 
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Chefs de Délégation,
Distingués Délégués,
 

La délégation de la République Centrafricaine voudrait d'abord s'acquitter dune mission que lui a confiée Son Excellence Ange Félix PATASSE, Président de la République, Chef de l'Etat, celle de renouveler, à travers vous, Monsieur le Président, l'expression de la solidarité de la République Centrafricaine avec le peuple Américain ainsi que sa ferme condamnation des actes ignobles posés contre la liberté, la démocratie et la paix le 11 Septembre dernier.

Elle ne manquera pas d'apporter sa contribution à la réflexion d'ensemble que mènera la Communauté Internationale au cours de cette session pour mettre au point les mesures devant aboutir à l'éradication du Terrorisme.

Mais avant cela, vous me permettrez, Monsieur le Président de vous adresser ainsi qu'aux Membres de votre Bureau, les vives félicitations de ma délégation pour votre élection à la Présidence de cette Session. Votre parfaite maîtrise de la chose internationale, alliée à votre sagesse est un gage certain du succès de nos travaux pour le déroulement desquels la délégation de la République Centrafricaine Vous assure déjà de sa coopération.

L'ingéniosité avec laquelle votre prédécesseur a conduit les travaux du Millénaire emporte l'appréciation de ma délégation.

Nous tenons aussi à adresser, au nom de la République Centrafricaine, nos félicitations les plus chaleureuses à Monsieur KOFI ANNAN pour sa réélection comme Secrétaire Général des Nations Unies. Son engagement pour la cause de cette Organisation vient d'être couronné par cette distinction du Prix NOBEL qui honore tout à la fois les Nations Unies que lui même.

Il peut continuer à compter sur la coopération de la République Centrafricaine dans l'accomplissement de sa mission, extrêmement difficile aujourd'hui avec l'adoption l'année dernière par les Etats membres de la Déclaration du Millénaire qui pose un cadre nouveau de coopération entre Etats.

En effet, Monsieur le Président, la Déclaration du Millénaire doit être perçue comme la stratégie que les Etats devraient observer pour leur permettre de relever les nombreux défis qui se posent aujourd'hui au monde et qui ont pour noms : la pauvreté, les conflits, l'intolérance, le terrorisme, la dette, la marginalisation, les maladies endémiques, le VIH/SIDA etc...

Ces défis, dont la persistance et l'amplification nuisent à l'équilibre du monde ne peuvent être relevés que par le jeu de la coopération multilatérale, notamment dans le cadre des Nations Unies.

Coopération d'abord pour enrayer les causes de certaines frustrations dans le monde comme par exemple un règlement juste et durable de la question du Moyen Orient.

De même, ma délégation exhorte les parties concernées par la mise en oeuvre des Accords de LUSAKA à s'exécuter afin de permettre à la République Démocratique du Congo de recouvrer son intégrité territoriale, son unité et d'instaurer une Paix durable qui aura des effets bénéfiques en République Centrafricaine.

Il faudrait ensuite, Monsieur le Président, qu'une coopération s'instaure entre les Etats pour soutenir l'Afrique qui ploie actuellement sous le poids de nombreux de ces défis. Il s'agit là de la coopération pour le développement en faveur de laquelle justement le Sommet du Millénaire a engagé la Communauté Internationale à assurer une campagne qui fasse du droit au développement, comme les Droits de l'homme, une réalité pour tous.

La République Centrafricaine qui a souscrit à la Déclaration du Millénaire exhorte les pays du Nord à déterminer avec l'Afrique un partenariat réel, tant public que privé, qui puisse concourir à appuyer les efforts de développement de ce continent. Cela implique une certaine volonté politique puisque devant la situation des conflits aujourd'hui observables entre Etats et souvent aussi à l'intérieur même des Etats, nos partenaires cèdent parfois au désespoir et à l'indifférence devant la lenteur des progrès ou quelques rares fois, ils cèdent à l'émotion que certains hommes suscitent aux fins de décourager les initiatives en manipulant abusivement des concepts porteurs de génocide, d'épuration ethnique vécus réellement naguère par certains pays, mais qui aujourd'hui n'ont aucun fondement daps un pays comme la République Centrafricaine par exemple.

Mais on oublie souvent que ces conflits, ont pour origine profonde un déficit de culture de démocratie dans nos sociétés et l'extrême pauvreté. C'est pourquoi, il y aurait lieu que nos partenaires appuient nos efforts de démocratisation ou encore contribuent à consolider les bases de nos jeunes démocraties notamment en privilégiant l'aspect économique, ce qui nest pas toujours le cas.
 

Monsieur le Président,

Dans le cas de la République Centrafricaine par exemple, une tentative de coup de force a été perpétrée le 28 Mai dernier à l'effet de mettre un terme à la marche de la démocratie en République Centrafricaine. C'est la 4ème tentative en 5 ans depuis 1996. Sur cette dernière, nous voudrions apporter quelques brefs éclairages.

Au cours de sa 4261ème séance le 23 janvier 2001, le Conseil de sécurité a examiné la situation en République Centrafricaine.

Tout en relevant quelques faiblesses, le Conseil a reconnu les efforts du Gouvernement et l'a invité avec tous les partenaires de la Société Centrafricaine à persévérer dans la vole de la consolidation de la démocratie et la préservation de la Paix. Pour cider à cette tâche, la Mission du BONUCA (Bureau des Nations Unies pour la Centrafrique) a été prorogée car il accomplit un travail remarquable, fructueux, avec le concours des uns et des autres.

La République Centrafricaine souhaitait fermement continuer malgré tout d'apparaître comme cet "ilôt de relative stabilité dans une région déchirée par la guerre" dont parlait une grande personnalité. La tension socio-politique s'atténuait en effet. On enregistrait en ce mois de Mai 2001 la présence des Institutions financières internationales.

Contre toute attente, les mêmes groupes d'hommes qui soumettent le Peuple Centrafricain depuis 5 ans à un terrorisme répétitif pose un acte aux conséquences dramatiques prévisibles que l'on sait.

Face à la réprobation générale, tant nationale qu'internationale, ces groupes d'hommes se précipitent derrière des concepts de pratiques génocidaires pour tenter de justifier l'injustifiable, créant front ethnique par ici, front de cela par là.

Cette récurrence de crises violentes interpellent sur la pratique de la justice dans nos jeunes Etats de droits où les amnisties imposées font office de justice et instaurent le règne de l'impunité, facteur de récidivisme.
 
 
Monsieur le Président,

Heureusement des voix se sont immédiatement élevées de partout dans le monde pour condamner cette dernière tentative et nous voulons nous saisir de cette tribune pour dire notre reconnaissance aux Nations Unies, à l'Union Européenne, à l'OUA, à la CEN-SAD ainsi qu'aux pays frères et amis qui ont réagi dès les premières heures pour réclamer le rétablissement de la légalité constitutionnelle.
 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Tout coup d'Etat réussi ou manqué, est toujours générateur d'actes attentatoires aux libertés, aux droits de l'Homme, aux droits de la société, aux droits du Peuple.

La République Centrafricaine n'a pas voulu se prêter à ce jeu. Ainsi une série d'actes appropriés ont été posés

- Création dune Commission Mixte d'Enquête judiciaire;

- Contacts avec les différentes couches sociales ainsi qu'avec les chancelleries, organisations et institutions accréditées en République Centrafricaine tant au niveau du Gouvernement que du Président de la République;

- Actions Diplomatiques auprès des Pays de la sous-région et de la région; elles se poursuivent.

Toutefois, au delà de cette tentative de coup de force du 28 mai, c'est toute la situation d'ensemble de la République Centrafricaine qu'il faut apprécier. Récemment encore, pour avoir refusé de se présenter devant la Commission d'enquête judiciaire constituée justement pour connaître des conséquences de la tentative du coup de force du 28 mai, l'ancien Chef d'Etat Major des Armées a organisé une résistance qui a pris la forme d’une rébellion et qui a failli faire basculer le Pays dans un nouveau drame. La rapide réaction de l'OUA, de la CEN-SAD et des Pays Frères voisins, ont assurément calmé le jeu.

Tous ces événements viennent remettre en plein jour la question de la marche de la démocratie en République Centrafricaine.

Elle est rendue ardue par l'extrême pauvreté et la fragilisation de l'Etat incapable d'assurer, à càuse des difficultés financières énormes, ses dépenses de souveraineté, ce qui constitue un véritable terreau de l'instabilité.

La tentative du coup d'Etat du 28 Mai 2001 a aggravé la situation du Pays en le faisant tomber dans un dénuement dramatique.
Cette situation a été bien comprise par l'Organisation de l'Unité Africaine qui, le 2 Août 2001 a rappelé aux Etats membres, pour information et action, la décision CM-Déc 602 relative à la situation en République Centrafricaine adoptée par le Conseil des Ministres lors de sa 74ème session ordinaire à Lusaka qui "lance un appel aux Etats Membres ainsi qu'au reste de la Communauté internationale pour qu'ils apportent l'assistance économique et financière nécessaire au redressement de la République Centrafricaine, et demande en particulier aux pays qui ont promis des fonds lors de la Conférence d'annonce de contributions en faveur de la République Centrafricaine qui a eu lieu en Mai 2000, à New York, d'honorer leurs engagements."

Nous voudrions ici, exprimer notre reconnaissance au Conseil de sécurité qui a toujours porté un grand intérêt à la situation prévalant en République Centrafricaine.

Nous réservons également ici une mention particulière au Gabon, à la France et au Secrétaire Général de l'ONU ainsi qu'aux amis du Centrafrique ici représentés pour leur ferme engagement aux côtés de la République Centrafricaine.

Nous souhaitons par ailleurs, Monsieur le Président, que les Nations Unies plaident encore davantage pour la cause de la République Centrafricaine auprès des différentes institutions financières internationales à l'effet d'une assistance plus accrue en faveur de ce pays car les conséquences de la série d'événements qui se sont produits depuis 1996 sont telles qu'il faudrait des ressources financières importantes pour assurer le relèvement de ce pays dont le total effondrement ne sera pas sans conséquences dans la sous-région de l'Afrique pour s'en tenir à cette dimension.
 

Monsieur le Président,

Notre Session est appelée à réfléchir quant à la manière dont les Etats devraient donner effet, dans leur comportement, à la Déclaration du Millénaire. Il n'y a que par la coopération et la solidarité que nous pouvons y arriver et partant, à assurer à ce monde les objectifs qui ont été assignés à la charte des Nations Unies. Cette coopération doit nous permettre également de trouver les moyens nécessaires de relever ce défi commun qu’est le terrorisme et qui se manifeste aujourd'hui sous une forme inédite.
 

Je vous remercie.