REPUBLIQUE TOGOLAISE
 

 INTERVENTION DE

SON EXCELLENCE MONSIEUR KOFFI PANOU,
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
ET DE LA COOPERATION DE LA REPUBLIQUE TOGOLAISE

DEVANT LA 56ème SESSION ORDINAIRE
DE L'ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES

NEW YORK, LE 14 NOVEMBRE 2001

 

(vérifier au prononcé)
Monsieur le Président,

La brusque accélération des événements, depuis la 55ème session de notre Organisation, avec leurs possibles incidences sur l'avenir de l'humanité conforte notre sentiment selon lequel le monde connaît des développements susceptibles d'ouvrir la voie à tous les espoirs de paix, de stabilité et de progrès ou de remettre en cause ces espoirs en fragilisant les perspectives d'un monde meilleur.

La menace est réelle.

II nous faut dés lors nous mobiliser davantage afin de faire triompher, partout dans le monde, les idéaux de paix, de solidarité, de justice et de tolérance.
 

Monsieur le Président,

La haine et l'intolérance, nous les avons perçues le 11 Septembre dernier lorsque les Etats-Unis, notre pays hôte, ont été la cible d'actes terroristes d'une barbarie inqualifiable et injustifiable.

Face à l'indignation et à l'horreur ainsi suscitées, le Président de la République Togolaise a aussitôt condamné ces attentats odieux qu'il a qualifiés de "véritable déclaration de guerre", et qui, hélas, ont causé la mort de ressortissants de prés de 80 pays dont le mien.

En saluant à nouveau la mémoire de tous ceux qui ont perdu leur vie dans cette tragédie du 11 Septembre et en renouvelant nos sentiments de profonde compassion à l'endroit du peuple américain, j'exprime le voeu ardent que, grâce à nos efforts collectifs et à une plus grande solidarité dans l'action, nous parvenions à vaincre le mal.

Pour avoir été, à plusieurs reprises, victime d'attaques terroristes, le Togo mesure l'importance et la gravité des conséquences de tels actes de violence meurtrière. commis au mépris de tout respect de la vie et de la dignité humaine.

Combattre ensemble le terrorisme international, dans toutes ses manifestations et partout où cela s'avère nécessaire, est une tâche prioritaire pour la communauté internationale tout entière, car nul n'est à l'abri de ce fléau.

Ce combat ne saurait être perçu comme un affrontement entre civilisations, cultures ou religions.

Identifier les vraies causes de ce fléau et rechercher les solutions appropriées pour le combattre constituent le défi que nous devons nous efforcer de relever.

Dans cette optique, il importe de tout mettre en oeuvre en vue de la plus grande participation possible des Etats à l'application rigoureuse des 12 Conventions internationales traitant des aspects spécifiques du terrorisme et d'accélérer les négociations relatives à la Convention générale sur le terrorisme international.

De même, il est impératif que tous les Etats coopèrent étroitement avec le mécanisme mis en place par le Conseil de Sécurité, en vertu de sa Résolution 1373, en vue d'une lutte efficace et coordonnée contre ce mal.

Mon pays, déjà, assure sa part de responsabilité dans ce processus.

Mais, la coopération en vue de l'éradication de ce fléau devra aussi se renforcer au niveau régional.

C'est ainsi que, aujourd'hui, notre sous-région ouest africaine peut, à travers les Accords quadripartites entre le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria, les Accords de non agression et d'Assistance Mutuelle et le Protocole de la CEDEAO sur la prévention, la gestion, le règlement des conflits et de maintien de la paix et de la sécurité; se féliciter d'avoir réussi à mettre en place des structures fonctionnelles de lutte contre le terrorisme.
 

Monsieur le Président,

Avant de poursuivre mon propos, je voudrais joindre ma voix à celles des orateurs qui m'ont précédé pour vous adresser, au nom de ma délégation et en mon nom propre, mes chaleureuses félicitations pour votre élection à la Présidence de la 56ème Session de l'Assemblée Générale des Nations Unies.

Je demeure persuadé que, grâce à votre expérience et à vos talents de diplomate confirmé, les travaux de cette session connaîtront un succès certain.

Je voudrais également adresser mes chaleureuses félicitations à votre prédécesseur, S.E.M. Harri HOLKERI, qui a su diriger avec efficacité les travaux de la 55ème Session.

Qu'il me soit enfin permis, à cette occasion, de rendre un hommage mérité à S.E.M. Kofi ANNAN, Secrétaire Général des Nations unies. Grâce à sa compétence et à sa perspicacité, notre Organisation a retrouvé sa crédibilité et son rôle de premier plan dans la gestion des affaires internationales. Son unanime réélection pour un second mandat ainsi que le Prix Nobel de la Paix 2001 qui lui a été décerné en même temps qu'aux Nations Unies témoignent de la grande confiance que toute la Communauté internationale place en lui.
 

Monsieur le Président,

II ne saurait y avoir de progrès économique et de développement durable que dans un environnement de paix, de sécurité et de stabilité.

Le Togo a toujours fait de la recherche de la paix, de la stabilité et de la solidarité entre les Nations le fondement de sa politique extérieure.

Dès son accession au pouvoir, le Président de la République, S.E. Gnassingbé EYADEMA, s'est attelé à la consolidation de la paix, qui requiert la participation de tous les citoyens à la vie politique et la construction d'un véritable état de droit dans lequel chacun devra apporter son génie et ses talents à l'édification d'une nation prospère.

Déjà, vers les années 80, le Président de la République avait amorcé la démocratisation de la vie politique au Togo.

Comme toute entreprise humaine, la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance et la consolidation de l'état de droit font partie d'un processus nécessairement perfectible et évolutif qui s'inscrit dans le temps et dans l'espace.

Aujourd'hui, avec l'appui et le concours multiformes de nos partenaires extérieurs, ce processus suit son cours et marque des progrès réels.

C'est ici le lieu d'exprimer nos vifs remerciements à tous nos partenaires internationaux qui nous soutiennent dans notre ambition de poursuivre et de faire aboutir les réformes politiques indispensables à la consolidation de la démocratie et de l'état de droit au Togo.

L'organisation d'élections législatives anticipées, en mars 2002, vise à concrétiser davantage cette ambition.

A cet égard, nous savons gré à l'Organisation des Nations Unies d'avoir récemment dépêché au Togo une Mission d'évaluation chargée de formuler des recommandations dans la perspective de ces consultations électorales.

Les prochaines élections législatives tant attendues, ainsi que la bonne tenue du scrutin contribueront, sans nul doute, à relancer l'économie de notre pays.

Tant il est vrai que les progrès enregistrés dans la poursuite de tout processus de démocratisation et de construction de l'état de droit ne peuvent être sauvegardés s'ils ne s'accompagnent pas d'une amélioration sensible des conditions de vie des populations concernées.

En d'autres termes, les avancées dans la promotion des droits civils et politiques et des libertés fondamentales doivent nécessairement être soutenues par la jouissance effective des droits économiques et sociaux, pour se pérenniser.

Dans un tel contexte, il y a lieu de s'étonner du maintien injustifié des sanctions économiques imposées au Togo par nos principaux partenaires en développement depuis près de dix ans.

Qu'a donc fait mon pays pour subir un tel sort ?

Qu'a donc fait la population togolaise pour souffrir dans son quotidien ?

Pourquoi cette politique de deux poids deux mesures ?

Monsieur le Président, le peuple togolais ne s'explique toujours pas pourquoi le Togo, qui a été l'un des premiers pays en Afrique à s'être engagé dans la voie de la démocratisation et des réformes politiques et qui, en toute objectivité, a réalisé des progrès dans ce domaine, continue de subir une telle injustice.

Aussi voudrais-je, au nom du Gouvernement et du Peuple Togolais, renouveler un appel à la normalisation de nos relations de coopération avec nos partenaires en développement.
 

Monsieur le Président,

La paix, la sécurité et la stabilité en Afrique demeurent toujours au coeur de nos préoccupations.

Il est heureux de noter que, ces derniers temps, des progrès significatifs ont été enregistrés sur le Continent en ce qui concerne le règlement des conflits. J'en veux pour preuve la cessation du conflit entre l'Ethiopie et l'Erythrée, ou encore le retour progressif à la vie constitutionnelle normale aux Comores, en dépit des soubresauts de ces derniers jours. Tout cela a été rendu possible grâce aux efforts de l'Organisation de l'Unité Africaine, de l'Organisation de la Francophonie et de la Ligue des Etats Arabes.

Ce sont là, Monsieur le Président, des lueurs d'espoir, des signes de soulagement.

Toutefois, beaucoup reste encore à faire pour parvenir à une paix et à une sécurité durables dans certaines parties du continent, notamment dans la région du fleuve Mano, dans la Corne de l'Afrique, dans la Région des Grands Lacs et en Angola.

Au Moyen-Orient, la grave crise perdure.

La violence ne peut qu'engendrer rancœurs et ressentiments et perpétuer la violence.

Le cycle infernal de la violence que connaît la région depuis plus d'un an déjà, en particulier dans les territoires palestiniens occupés, n'a pas été sans conséquences sur la poursuite des négociations en vue d'un règlement juste, définitif et global de la question de la Palestine qui se trouve au coeur du conflit.

Il importe par conséquent que les parties au conflit fassent davantage preuve de la volonté politique nécessaire dans l'application des Accords convenus et œuvrent à la conclusion d'autres Arrangements, sur la base des résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité.

A cet égard, le Togo se félicite du développement positif enregistré ces derniers temps en ce qui concerne l'évolution de la position de certains Etats Membres à propos de la création d'un Etat Palestinien.
 

Monsieur le Président,

Alors que l'humanité est entrée de plein-pied dans le 21ème siècle, la situation économique et sociale dans les pays en développement demeure préoccupante.

En Afrique subsaharienne et dans les pays les moins avancés notamment, l'on assiste à une détérioration continue des conditions socio-économiques et à une marginalisation sans précédent de ces pays, situation qui ne peut qu'accentuer la misère et l'extrême pauvreté.

Le fardeau de la dette, la baisse des recettes d'exportation et l'insuffisance des ressources consacrées au développement ont largement contribué à accroître la dégradation des conditions socio-économiques.

A ces difficultés insurmontables sont venus s'ajouter la pandémie du sida et le paludisme.

L'Afrique qui déjà s'organise et se prend en charge attend de la communauté internationale une concrétisation des engagements pris lors du Sommet du Millénaire.

Dans cette perspective, il est à souhaiter que les grands rendez-vous qui marqueront l'année 2002, à savoir la Conférence Internationale sur le Financement du Développement et le Sommet Mondial pour le Développement Durable, constitueront des occasions propices qui permettront de prendre des mesures adéquates susceptibles de contribuer véritablement à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté.

II est également à souhaiter qu'un soutien concret et substantiel soit apporté à l'Afrique dans la mise en oeuvre de son plan de développement contenu dans le "Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique".
 

Monsieur le Président,

En ce début de millénaire, marqué par de profonds changements dans le monde, l'ONU demeure incontestablement le centre de nouveaux espoirs et attentes de l'humanité.

Plus que jamais, elle se révèle le cadre approprié où, ensemble, nous pouvons et devons nous employer à relever les nombreux et complexes défis auxquels l'humanité se trouve confrontée dans un contexte de mondialisation de plus en plus irrésistible.

Tout en continuant d'œuvrer à la préservation de la paix et de la sécurité, de promouvoir le développement économique durable et de nous efforcer d'éradiquer les grandes pandémies, il nous faudra nous attaquer à la pauvreté, à l'injustice, à l'égoïsme et à l'exclusion qui, me semble-t-il, demeurent les sources de tant de problèmes qui se traduisent souvent par des actes de violence, le terrorisme et les conflits armés.

Ainsi, et ainsi seulement, nous parviendrons à instaurer un nouvel ordre international plus juste, plus solidaire et plus humain.

Je vous remercie.