HONGRIE

Discours de

S.E. M. Janos Martonyi,
Ministre des Affaires Étrangères de la République de Hongrie

devant la 56ème session ordinaire
de l'Assemblée générale des Nations Unies

New York, le 13 novembre 2001


 
Vérifiez au prononcé !


Monsieur le Président,

Permettez-moi de vous présenter mes sincères félicitations pour votre élection à la présidence de la 56ème session de l'Assemblée générale. Je voudrais vous assurer du soutien de la délégation hongroise dans l'accomplissement efficace de vos tâches de haute responsabilité. En même temps, j'exprime mes remerciements à Son Excellence M. Harri Holkeri pour ses activités très appréciées au poste de Président de la dernière session de notre Assemblée générale.
 

Monsieur le Président,

11 n'y a que 63 jours qui se sont écoulés depuis le 11 septembre. Plus de 80 nations sont en deuil, affligées par la mort absurde de leurs compatriotes, hommes et femmes venus des quatre coins du monde et représentant des traditions, cultures, croyances et origines ethniques les plus diverses. Près de six milles personnes ont péri à la suite des attaques terroristes abominables à New York, à Washington et en Pennsylvanie. Nos prières vont vers les victimes, notre profonde sympathie et notre compassion accompagnent leurs parents et leurs amis.

Ces attaques ont été perpétrées contre le monde civilisé tout entier, contre les valeurs fondamentales de l'humanité. Le Conseil de sécurité et l'Assemblée générale de l'ONU ont pris, sans tarder, des mesures fermes et claires pour la défense des intérêts universels de la communauté internationale. À cette fin, une coalition globale efficace s'est formée dont la Hongrie, aux côtés de beaucoup d'autres pays, est fière de faire partie. Ceux qui ont commis et qui ont soutenu ces attaques terroristes essaient de présenter leurs actes, ainsi que les réactions de défense légitime, comme une guerre de religions. Il est évident qu'il n'en est rien. Il ne peut y avoir aucune justification à ces actes, et aux autres agressions terroristes partout ailleurs. Le terrorisme international poursuit en fait des objectifs politiques qui visent à ébranler notre monde multiethnique et multiconfessionnel, à exacerber les conflits régionaux, à opposer les différentes cultures les unes aux autres et à nous imposer par la force son ordre de haine et de fanatisme.

Le défi qui nous a été lancé est d'un caractère éminemment stratégique. D'une part, parce qu'il met en doute la raison d'être et met en danger l'existence même de notre civilisation. D'autre part, parce que le réseau terroriste qui s'organise contre nous a su développer des capacités globales. Et enfin, parce que dans cette guerre qu'il a déclarée, le terrorisme ne s'en tient à aucun ordre légal et à aucune règle.

On peut se féliciter que, sur la base de l'identité de leurs intérêts, la coopération entre les États a acquis, pendant les deux mois qui ont suivi le cataclysme, une dimension fort prometteuse et toute nouvelle. Mais la lutte de grande envergure contre le terrorisme international ne sera pas de courte durée. Certes, l'action militaire lancée contre le régime Taliban et l'organisation terroriste Al-Qaeda représente un élément important, mais pas le seul, de l'action internationale. Dans cette lutte, les tâches qui nous attendent sont complexes et multiples. Nous devons tout faire dans les domaines politique, diplomatique, de renseignements, juridique, mais aussi financier, humanitaire, économique et social pour que cette lutte soit, à l'arrivée, couronnée de succès. Nous devons nous rendre à l'évidence que dans ce combat, nous devrons redoubler d'effort pour promouvoir l'état de droit, rejeter l'extrémisme, l'intolérance, la discrimination et les dérives nationalistes, et intensifier le travail planétaire pour l'éradication de la pauvreté et le développement durable. Car la lutte contre le terrorisme s'inscrit dans le cadre général de cette grande entreprise globale visant à construire un monde meilleur.
 

Monsieur le Président,

Les attaques terroristes contre les États Unis deviendront probablement un point tournant de notre histoire, l'ouverture d'une nouvelle époque. Ce qui est certain, c'est que dorénavant, l'humanité ne pourra pas continuer à vivre comme elle l'a fait jusqu'à présent. Les gouvernements ont une grande responsabilité face à ce nouveau défi lequel touche cette fois-ci directement notre existence quotidienne. La communauté internationale a su trouver la réponse la plus appropriée, en rassemblant une coalition sans précédent dans les relations interétatiques et dont l'importance historique dépasse incontestablement les horizons de notre époque. La Hongrie se tient prête, dans la mesure des moyens et possibilités dont elle dispose, à prendre une part active dans cette coalition.

Dans la situation actuelle, les Nations unies sont appelées à jouer un rôle de première importance pour renforcer l'efficacité de l'action internationale. Par l'élaboration de 12 conventions antiterroristes, l'ONU a déjà contribué de façon significative à la création d'un cadre commun de droit international dans la lutte contre le terrorisme. Avec l'adoption d'autres conventions en cours de préparation, ce cadre juridique deviendra encore plus complet et plus général. Cependant, pour ce faire, nous devrons déployer de nouveaux efforts et - compte tenu de l'importance du sujet, ainsi que de l'objectif commun - les groupes de pays concernés devront faire preuve d'une plus grande flexibilité. L'ONU devra pouvoir jouer tout son rôle dans l'approfondissement et la mise en application pratique de la coopération antiterroriste internationale.
 

Monsieur le Président,

À la suite des attaques terroristes, une série de mesures concrètes a été prise par le gouvernement hongrois. Sur le plan international, nous avons renforcé notre coopération politique et juridique antiterroriste avec nos alliés de l'OTAN et nos partenaires de l'Union européenne. Nous sommes décidés à mettre en oeuvre la résolution 1373 du Conseil de sécurité. Nous allons transmettre au comité créé par cette résolution un rapport détaillé sur les mesures nationales prises dans le domaine de la lutte antiterroriste. Je tiens à rappeler à ce propos que la Hongrie fait partie de la plupart des conventions internationales multilatérales contre le terrorisme.

En ce qui concerne les deux plus récentes conventions onusiennes y relatives qui ont été adoptées ces dernières années, mon pays vient de déposer aujourd'hui-même auprès du Secrétaire général de l'ONU l'instrument de ratification de la Convention internationale pour la répression des attentats terroristes à explosif. Quant à la Convention internationale pour la répression du financement du terrorisme, je voudrais annoncer que sa signature par la Hongrie aura lieu dans les semaines à venir. Nous sommes déterminés à devenir partie à cette convention aussi tôt que possible, ce qui rendra ainsi complète la participation hongroise aux conventions internationales de caractère universel touchant à la lutte antiterroriste. En outre, ces derniers jours, mon gouvernement vient de soumettre au Parlement le projet de loi renforçant la rigueur de la réglementation nationale sur le blanchiment et sur la lutte contre le terrorisme.

La Hongrie attache une importance toute particulière au succès de l'action humanitaire internationale en Afghanistan. Par le biais de deux organisations humanitaires hongroises qui jouent un rôle traditionnel dans la région, mon gouvernement a commencé l'acheminement d'une aide humanitaire destinée aux réfugiés et à la population afghans, comprenant des produits alimentaires et des couvertures pour environ 15 milles personnes.
 

Monsieur le Président,

Mon gouvernement est profondément préoccupé par le danger que représente la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs. Notre engagement en faveur de la maîtrise multilatérale des armements reste inchangé et nous participons aux efforts internationaux visant à limiter et à supprimer les armes de destruction massive.

Les événements tragiques du 11 septembre et les derniers incidents relatifs à l'anthrax peuvent nous faire mesurer les éventuelles conséquences dramatiques de l'absence d'une réponse de la part de la communauté des nations aux défis posés par les armes de destruction massive dont les armes biologiques. Nous estimons que le renforcement de la Convention sur l'interdiction des armes biologiques et à toxines permettra à la communauté internationale d'agir par des moyens encore plus efficaces contre des intentions d'utiliser des agents biologiques à des fins militaires.

Le groupe ad hoc chargé d'en élaborer les mesures de mise en application a su faire des progrès notables pendant les presque sept années de son existence et s'est trouvé tout près d'un accord. Nous regrettons qu'il n'ait pu s'acquitter de ses tâches avant la date de la convocation de la Sème Conférence de révision. 11 est important que cette Conférence puisse laisser de côté les divergences de vue concernant les approches quant aux modalités du renforcement à long-terme de la Convention et puisse mettre en relief l'engagement des États parties en faveur de l'intégrité du système d'interdiction des armes biologiques. En outre, la Conférence devrait pouvoir contribuer au renforcement du système d'interdiction. Il est indispensable qu'elle prenne à cette occasion une décision sur la manière de mettre en oeuvre les mesures y relatives. À notre sens, une telle démarche serait susceptible de donner l'impulsion nécessaire à ce qu'un consensus soit trouvé sur les autres mesures possibles propres à renforcer la Convention.

En tant que Président de la 5èmè Conférence de révision, la Hongrie souhaiterait faire tout ce qui est en son pouvoir pour donner suite aux attentes des États parties et de l'opinion publique à voir y émerger des résultats concrets. Nous voudrions contribuer activement à ce que les efforts visant à renforcer le système d'interdiction des armes biologiques continuent sans relâche après la Conférence aussi.
 

Monsieur le Président,

En juillet dernier, une réunion de grande portée s'est tenue dans ces murs. La Conférence de l'ONU sur le commerce illicite des armes légères et de petite calibre dans tous ses aspects vient d'ouvrir un nouveau volet de la coopération multilatérale dans le domaine de la sécurité. Grâce au Programme d'action y adopté se renforce la transparence du commerce, de la production et du stockage des types d'armes qui jouent un rôle majeur dans les conflits régionaux. Le commerce illicite de telles armes pourra être enfin restreint et des mesures pourront être prises afin d'empêcher l'accumulation déstabilisatrice des armes légères et de petite calibre.
 

Monsieur le Président,

Le Statut de la Cour pénale internationale est un document politique et juridique d'une importance capitale. 11 traduit dans les faits l'aspiration historique pour que ceux qui commettent des crimes de génocide, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité ne puissent agir à l'avenir dans l'impunité. Par conséquent, nous nous félicitons vivement de la ratification du Statut de Rome par un nombre rapidement croissant de pays, à ce jour plus de 40 États. Dans ce contexte, j'aimerais annoncer que le Parlement hongrois, dans une résolution adoptée presqu'à l'unanimité, a procédé à sa ratification le 6 novembre. Le dépôt de l'instrument de ratification y relatif aura lieu au cours de ce mois de novembre.

La Hongrie s'emploie activement à ce que la Cour, cette importante institution des temps présents, puisse commencer ses activités dans un avenir proche. Nous devons également déployer nos efforts pour qu'elle soit universellement acceptée dans les plus brefs délais, car ce n'est qu'ainsi qu'elle sera en mesure de mener à bien ses activités d'une manière efficace dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité internationales, de la protection plus effective du droit humanitaire international et des droits de l'homme.
 

Monsieur le Président,

Notre monde a changé et nous aussi, nous devons tous changer. Il ne s'agit point, malheureusement, de la disparition de défis antérieurs, mais plutôt, s'ajoutant aux problèmes déjà existants, de l'avènement d'une crise qui exige une réflexion stratégique en même temps qu'une action résolue. Les tâches qui nous attendent se sont donc élargies, et le seul choix qui nous est offert est d'agir sur la base de nos valeurs humanistes et dans l'intérêt de notre civilisation et de notre sécurité future. L'Organisation des Nations unies fait partie intégrante de cette entreprise. La Déclaration du Millénaire en parle avec éloquence. Les événements du 11 septembre n'ont fait que renforcer le message qui y est contenu, en mettant en exergue le caractère crucial de la présente période, à mi-chemin entre deux siècles et deux millénaires. Nous sommes appelés à fournir des réponses aux problèmes globaux qui sont là, qui nous hantent et ne cessent de tourmenter le monde. Le succès ou l'échec des efforts pour formuler de telles réponses laissera sans doute son empreinte sur la qualité de la vie de tout notre 21è- siècle. C'est dans cet esprit que ma délégation souhaite apporter sa contribution à la réussite des travaux, tenus dans des circonstances particulières, de la présente session de l'Assemblée générale.

Merci, Monsieur le Président.