RÉPUBLIQUE DE GUINÉE

DISCOURS DE

SON EXCELLENCE MADAME CAMARA MAHAWA BANGOURA
MINISTRE A LA PRESIDENCE CHARGEE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET
DE LA COOPERATION DE LA REPUBLIQUE DE GUINEE

A LA CINQUANTE SIXIÈME SESSION ORDINAIRE DE
L'ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES

New York, 13 novembre 2001

(S.V.P. vérifier à l'audition)

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Mesdames et Messieurs les Chefs de Délégation
Mesdames et Messieurs,

II y a un an, en ces lieux mêmes, les hauts dirigeants du monde ont, dans un élan unanime, engagé une réflexion d'ensemble sur le rôle de l'Organisation des Nations Unies au 21ème siècle et sur les moyens de réaliser pleinement ses objectifs, en vue de bâtir ensemble un monde de paix, de progrès et de solidarité.

L'historique Déclaration issue du Sommet du Millénaire a mis l'accent sur la nécessité d'ouvrir une ère nouvelle aux relations internationales.

C'est au moment où la Communauté Internationale se préparait à faire une première revue de la mise en oeuvre des recommandations et décisions de ce Sommet que des actions terroristes, sans précédent, sont venues assombrir nos espoirs.

Ces actions dont furent victimes les États Unis d'Amérique, le 11 septembre 2001, ont profondément choqué la conscience de tous les peuples.

La barbarie et la violence de ces attaques terroristes ainsi que la menace du bio-terrorisme constituent de graves atteintes à la paix et à la sécurité internationales.

Ma délégation voudrait encore une fois témoigner de sa compassion au peuple américain et singulièrement aux familles des nombreuses victimes.

La République de Guinée condamne ces actes inadmissibles et considère que la lutte contre le terrorisme devra être la préoccupation de tous les États en vue de le combattre et de l'éradiquer.

Elle soutient fermement toute mesure visant à éliminer les bases du terrorisme international et s'associe pleinement à la Communauté Internationale pour donner une réponse globale et universelle à ce fléau.

La 56ème Session de l'Assemblée Générale se tient donc dans un contexte marqué par cette nouvelle situation préoccupante pour la paix et la sécurité internationales.

Vous comprendrez alors, Monsieur le Président, la satisfaction de ma Délégation de vous voir présider cette session.

Ma délégation est persuadée que votre riche expérience, ainsi que vos grandes qualités de diplomate constituent un gage certain de la réussite de nos débats.

Je voudrais vous assurer de la coopération et du soutien de la délégation guinéenne.

Permettez-moi également d'exprimer notre gratitude à votre prédécesseur, Son Excellence Monsieur Harri Holkeri, pour l'excellent travail accompli sous sa présidence.

A notre frère Kofi Annan, ma délégation voudrait renouveler les vives félicitations de Son Excellence, le Général Lansana CONTE, Président de la République de Guinée, pour sa brillante réélection à la tête de notre Organisation.

L'hommage unanime qui lui a été rendu, honore tout le continent africain et témoigne de ses grandes qualités et de son engagement en faveur de la réalisation des objectifs de l'Organisation des Nations Unies.

Le Prix Nobel de la Paix qui vient de lui être décerné conjointement avec notre Organisation, est une illustration éloquente de cet engagement et constitue un encouragement à poursuivre l'action au service de la paix et de l'entente entre les peuples.
 

Monsieur le Président,

L'attribution du Prix Nobel de la Paix pour l'année 2001 à l'Organisation des Nations Unies constitue, sans aucun doute, la reconnaissance de son rôle dans la réalisation de ses objectifs à savoir, le maintien de la paix et de la sécurité internationales ainsi que le développement de la coopération entre les Nations.

L'Organisation des Nations Unies s'avère davantage aujourd'hui comme le creuset indispensable de concertation entre les Nations.

Toutefois, le renforcement et le perfectionnement de l'ensemble de son système sont vivement souhaités par la quasi totalité de ses membres.

Mon pays, la République de Guinée, tout en renouvelant son soutien au processus de réforme initié par le Secrétaire Général, voudrait souligner la nécessité du renforcement des principaux organes de l'Organisation. II se félicite des actions engagées par votre prédécesseur pour une rationalisation des méthodes de travail de l'Assemblée Générale afin de dynamiser son rôle. Nous souhaitons que cet élan se poursuive.

Ma délégation voudrait également réaffirmer son appui à la restructuration du Conseil de Sécurité, aussi bien dans sa composition que dans ses méthodes de travail, afin de lui permettre de mieux garantir les intérêts de tous les États Membres.

Je voudrais saisir cette opportunité pour exprimer, au nom de mon Gouvernement, notre gratitude à tous les États pour leur soutien unanime qui a permis l'élection de la Guinée comme Membre non permanent du Conseil de Sécurité pour la période 2002-2003.

La République de Guinée s'efforcera durant son mandat, de contribuer activement au maintien de la paix et de la sécurité dans le monde.
 

Monsieur le Président,

La paix et la sécurité continuent d'être menacées en maints endroits du monde.

Au Moyen Orient, l'intolérance et l'intransigeance ont conduit à une dangereuse escalade de la violence qui, si elle n'est pas maîtrisée à temps, pourrait conduire à l'embrasement de toute la sous-région.

La République de Guinée voudrait lancer un appel à toutes les parties pour les inviter à plus de retenue afin de favoriser la reprise du processus de paix.

Mon pays se prononce en faveur de l'application intégrale des recommandations de la Commission Mitchell et de la mise en œuvre de mécanismes de suivi efficaces.

L'envoi d'observateurs internationaux pourrait contribuer à mettre fin à la violence et ramener la quiétude pour toutes les populations.

Par contre, l'indifférence et la passivité de la Communauté Internationale pourraient s'avérer, à terme, préjudiciables à la sécurité au Moyen Orient.

Ma délégation condamne tous les actes de violence qui ne peuvent conduire qu'à l'aggravation de la situation.

A la lumière des graves évènements survenus au cours des derniers mois, la Communauté Internationale devra tout mettre en oeuvre pour amener toutes les parties à accepter le cessez-le-feu et à reprendre le processus de paix.

Les armes doivent céder le pas au dialogue devant déboucher sur une paix juste, équitable et durable.

Les droits légitimes du Peuple Palestinien doivent être respectés.

De même, l'existence et la sécurité d'Israël doivent être garanties.
 

Monsieur le Président,

II y a un an, mon pays a été victime d'une agression perpétrée par des groupes rebelles. Cette agression barbare a causé de nombreuses pertes en vies humaines et d'importants dégâts matériels.

Suite à ces attaques, le Gouvernement par ma voix, exprime ici toute son appréciation pour le rôle joué par les Nations Unies dans l'adoption de mesures adéquates en vue de créer les conditions propices à la restauration de la paix et de la stabilité dans la sous région.

C'est aussi le lieu pour ma délégation de remercier toutes les personnalités et tous les États qui ont contribué à la prise et à l'application de ces mesures.

Un an après, l'amorce d'un dialogue initié par la Société Civile des trois pays, la Sierra Léone, le Libéria et la Guinée, constitue une étape importante dans la recherche de la paix.

La République de Guinée qui a toujours manifesté sa détermination pour entretenir et raffermir l'amitié, la fraternité, la coopération avec tous les pays africains en général et les pays voisins en particulier, réaffirme devant cette auguste Assemblée, ses bonnes dispositions pour faire de l'Union du Fleuve Mano un modèle d'intégration économique et un espace de cohésion sociale et de stabilité politique.

Cependant, la relance des activités de l'Union reste tributaire du respect des dispositions pertinentes du Traité de Non Agression et de Défense existant entre les trois pays et du 15eme Protocole à la Déclaration de l'Union du Fleuve Mano signé à Conakry le 8 mai 2000.

Un dialogue fructueux entre les trois pays est à ce prix.

Dans le cadre du processus de rétablissement de la confiance et du dialogue entre les pays membres de l'Union du Fleuve Mano, des réunions se sont tenues au niveau ministériel successivement à Monrovia, Freetown et à Conakry. Ces rencontres ont permis de discuter d'importants problèmes liés aux activités des bandes armées dans la sous région, à la situation des réfugiés, aux mesures de restauration de la confiance, de la paix et de la sécurité, ainsi qu'à la nécessité de réactiver les divers organes de l'Union du Fleuve Mano.
 

Monsieur le Président,

S'agissant de la Sierra-Léone, mon Gouvernement se félicite des résultats encourageants enregistrés dans ce pays, notamment dans le programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR).

Le programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion mis en oeuvre devra être consolidé pour déboucher sur une véritable démobilisation de tous les combattants du RUF pour éviter les erreurs commises au Libéria où, la restauration de la paix après dix années de guerre civile, n'a malheureusement pas été accompagnée d'un véritable programme de DDR et d'un appui économique et financier conséquent pour conforter l'après conflit.

C'est le lieu d'exprimer nos regrets pour les maigres résultats obtenus lors de la Conférence de Paris consacrée à cette question et de lancer un appel à la Communauté Internationale afin qu'elle apporte le soutien matériel et financier requis pour garantir une paix durable en Sierra-Léone.

Ma délégation fonde son appel sur les recommandations pertinentes contenues dans le rapport Brahimi et qui ont été adoptées par les principaux organes de l'Organisation.

La République de Guinée continuera d'appuyer les efforts de l'Organisation des Nations Unies et de la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) pour la restauration de la paix, de la sécurité et pour la réconciliation nationale en Sierra Léone.
 

Monsieur le Président,

La question des réfugiés demeure toujours une grande préoccupation pour mon Gouvernement.

La présence prolongée de centaines de milliers de réfugiés sierra-léonais et libériens, l'impact de cette présence massive sur le plan économique, social, environnemental et sécuritaire continuent de peser lourdement sur la vie économique et sociale de mon pays.

La situation des réfugiés a fait l'objet de vives préoccupations de la Communauté Internationale au moment des attaques rebelles contre mon pays, les régions d'accueil des réfugiés ayant été les cibles privilégiées des agresseurs.

A la suite de cette agression, le gouvernement a pris les dispositions appropriées, en collaboration avec le Haut Commissariat aux Réfugiés, pour relocaliser les réfugiés dans des zones éloignées des frontières, afin d'assurer leur sécurité.

Le rapport du Secrétaire Général des Nations Unies sur le renforcement de la coordination de l'aide humanitaire d'urgence décrit à suffisance le contexte de l'assistance humanitaire et les difficultés à surmonter, particulièrement dans les situations d'urgence complexe.

Nous nous réjouissons des missions effectuées dans la Sous-Région Ouest Africaine par différentes structures de l'ONU et nous félicitons des conclusions auxquelles elles ont abouti.

Si la résolution de la plupart des questions identifiées par ces missions nécessite une approche intégrée, il n'en demeure pas moins que les problèmes spécifiques à certains pays méritent une attention particulière.

En ce qui concerne la Guinée, victime des conséquences des conflits de la sous-région, il serait souhaitable que la Communauté Internationale lui apporte un soutien plus accru.

A cet égard, je voudrais renouveler l'appel pour la tenue de la Conférence de Solidarité avec la Guinée, en vue de l'aider à faire face aux conséquences de la présence prolongée des réfugiés sur son territoire. Je voudrais souligner que cet appel du Gouvernement guinéen a reçu l'appui de la Mission multidisciplinaire des Nations Unies qui s'était rendue récemment dans notre pays.

Avant de conclure ce chapitre, je voudrais saluer la proposition de la création d'un Bureau de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest, conformément à la recommandation du rapport de la «Mission FALL».

La création d'un tel organe témoignerait de l'intérêt manifeste de l'Organisation pour faire de la région Ouest africaine, une zone de paix, de sécurité et de coopération.

Mon pays ne ménagera aucun effort pour coopérer pleinement avec ce Bureau.
 

Monsieur le Président,

Comment évoquer les conflits en Afrique sans mettre l'accent sur les liens entre l'exploitation illégale des ressources naturelles, le trafic des armes et la perpétuation des conflits ?

Les rapports des différents groupes d'experts commis par le Conseil de Sécurité sont édifiants à ce titre.

En Sierra-Léone, en Angola et en République Démocratique du Congo, ces liens ont mis en évidence l'implication, en plus de groupes rebelles, de certaines autorités dans cette activité illégale.

C'est pourquoi, mon Gouvernement soutient pleinement les actions du Conseil de Sécurité tendant à imposer des sanctions contre tout gouvernement ou groupe impliqué dans le pillage des ressources naturelles d'un pays et ce, conformément aux dispositions pertinentes du droit international.

La République de Guinée considère que si des mesures énergiques et dissuasives n'étaient pas prises contre les auteurs de ces crimes qui s'avèrent comme une nouvelle forme de menace contre la paix, c'est l'ensemble du continent africain qui pourrait être en proie à de nouveaux conflits.

En République Démocratique du Congo, mon pays se prononce pour le respect scrupuleux des accords de Lusaka et de toutes les résolutions adoptées par le Conseil de Sécurité, notamment le retrait des troupes étrangères, la sauvegarde de l'intégrité du territoire congolais et la poursuite du dialogue intercongolais.

Au Sahara Occidental, mon pays se félicite des efforts de l'Envoyé Personnel du Secrétaire Général. Il suit avec un grand intérêt les nouvelles initiatives en cours en vue de trouver une solution acceptable à la crise.
 

Monsieur le Président,

Le phénomène de la mondialisation qui caractérise de nos jours la vie internationale appelle une plus grande attention de nos États.

Ma Délégation, consciente de la nécessaire interdépendance entre les Nations, voudrait souligner encore une fois, qu'il ne saurait y avoir de Communauté de destin sans un minimum de justice et de solidarité dans les relations internationales.

Nous devons oeuvrer ensemble pour mieux humaniser les relations économiques internationales et pour éradiquer la pauvreté.

II n'est nullement besoin ici de souligner que la pauvreté, la misère et l'analphabétisme qui sont malheureusement le lot d'une grande majorité de nations, constituent le terreau propice pour la propagation de l'extrémisme et du fanatisme qui soutendent aujourd'hui, hélas, les tendances terroristes dans le monde.

L'éradication de la pauvreté devra être l'objectif à atteindre pour tous les pays pour conforter les bases d'une paix et d'une sécurité durables dans le monde.

Permettez-moi de réitérer l'appel aux pays riches pour les inviter à être d'avantage à l'écoute des nations les moins nanties pour les soutenir dans leurs efforts de développement.

A cet égard, je voudrais renouveler l'appel en faveur de l'adoption d'une meilleure approche de la question de la dette des pays africains, d'une rétribution correcte des matières premières et de l'augmentation de l'aide publique au développement.

Sur un autre plan, l'Accord de Marrakech instituant l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) avait pour objectif l'institution d'un système commercial multilatéral équitable avec une mention spéciale à la situation particulière des pays les moins avancés. Mais il est regrettable de constater aujourd'hui que les PMA sont de plus en plus marginalisés dans le processus de la mondialisation, leur part du marché dans le commerce mondial n'étant que de 0,4% seulement.

La République de Guinée souhaite que cette tendance soit inversée et que des décisions soient adoptées dans ce sens lors de la 4ème Conférence Ministérielle de l'OMC à Doha.

Ces décisions devraient comprendre entre autres, la question de la mise en oeuvre des accords de l'OMC, la consolidation du traitement spécial et différencié contenu dans les différents accords de l'OMC, l'accès au marché consolidé des produits des PMA vers les marchés des pays développés, l'accès aux médicaments essentiels pour les populations pauvres du monde particulièrement exposées au virus du VIH/SIDA, au paludisme et à la tuberculose.

Par ailleurs, nous souhaitons que la Conférence sur le financement du développement, qui se tiendra en mars de l'année prochaine au Mexique, soit une occasion pour toutes les parties de convenir de solutions qui puissent permettre un développement durable de toutes les composantes de la Communauté Internationale, des pays en développement en particulier, notamment ceux du continent africain.

En soulignant l'interdépendance entre les facteurs environnementaux, économiques et sociaux, ma délégation estime que la prochaine Conférence Mondiale sur le Développement Durable, prévue en Afrique du Sud, devra encourager le financement de projets.

Ma délégation encourage une plus grande implication des institutions financières internationales dans la recherche de solutions pour la promotion de la coopération internationale au profit du développement.

Dans le cadre des activités opérationnelles de développement, les fonds et programmes des Nations Unies doivent harmoniser et accentuer plus que jamais leur interaction sur le continent africain, pour lui permettre de sortir de l'ornière des conflits et du sous-développement.

C'est le lieu également, de lancer un appel à la Communauté Internationale pour accorder une attention particulière à la « Nouvelle Initiative Africaine », adoptée lors de la dernière Conférence des Chefs d'État et de Gouvernement de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) tenue à Lusaka du 9 au 11 juillet 2001, en vue de permettre à l'Afrique de participer activement à l'économie mondiale, à la vie politique internationale et d'échapper ainsi à l'exclusion d'une planète en pleine mondialisation.
 

Monsieur le Président,

L'Organisation des Nations Unies a vu le jour le siècle dernier.

Elle continue d'exister avec ce nouveau siècle.

Ceci constitue un motif de satisfaction pour l'humanité.

Il est donc indispensable de revenir aux idéaux qui ont fondé l'Organisation et lui assurer les moyens de réaliser un monde de paix, de progrès, de solidarité et de concorde.

La réalisation de ce monde est possible si nous le voulons.

Oeuvrons ensemble pour faire des nobles idéaux contenus dans la Déclaration du Sommet du Millénaire une réalité, afin de bâtir la fondation d'un village planétaire débarrassé des menaces à la survie de l'humanité, à savoir le fléau de la guerre, de la pauvreté, de l'injustice et de l'intolérance.

Pour la réalisation de cet objectif, je puis vous assurer solennellement de la coopération de mon pays.

Je vous remercie.