ALGERIA

56ème Session de l'Assemblée Générale de l'Organisation des Nations Unies

Discours de

S.E.M Abdelaziz BELKHADEM
Ministre d'État, Ministre des Affaires Étrangères

devant l'Assemblée Générale de l'organisation des Nations Unies
dans le cadre du débat général

New York, 11 Novembre 2001

(verifier au prononcé)

 

Monsieur le Président,

Notre présente session se tient dans un contexte caractérisé par une reprise de conscience de la nature globale des problèmes de la paix, de la sécurité et du développement.

Les attentats barbares qui ont frappé le 11 septembre passé les Etats Unis d'Amérique et leurs conséquences préoccupantes ont mis, en effet, en relief que le terrorisme constitué désormais un facteur de déstabilisation mondial tant au plan politique qu'économique.

L'Algérie a compati avec les familles des victimes de ces horribles actes. Elle l' a fait avec d'autant plus de sincérité et d'émotion qu'elle a enduré elle-même depuis plus d'une décennie les affres du terrorisme.

La réaction internationale unanime face à ce fléau dévastateur est assurément salutaire. La mobilisation et l'action multidimensionnelle pour combattre le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations sont désormais engagées à l'échelle planétaire.

De ce point de vue, la résolution 1373 du Conseil de Sécurité représente incontestablement une percée majeure. Prise en vertu du chapitre VII de la Charte, elle place tous les Etats devant l'obligation de mettre sans équivoque hors la loi les activités terroristes et leurs soutiens ou commanditaires où qu'ils se trouvent.

L'Algérie coopère pleinement à la mise en oeuvre de cette entreprise de nature collective et de portée universelle. Elle tient à souligner l'importance de l'application rigoureuse de cette résolution, de même qu'elle réitère la nécessité impérieuse de l'adhésion universelle aux instruments internationaux existants en matière de lutte contre le terrorisme ainsi que la ratification des instruments régionaux. Elle estime en outre, indispensable d'adopter une Convention générale de lutte contre le terrorisme. Pour sa part, mon pays est disposé à coopérer avec d'autre pays afin d'y parvenir le plus rapidement possible.

Les dangers que le terrorisme fait peser sur la paix et la sécurité du monde mettent en exergue la nécessité d'une lutte sans merci à travers notamment le démantèlement des bases arrières, le tarissement des sources de financement, la coopération en matière d'information et de fourniture d'équipements adéquats aux pays victimes du terrorisme et la révision des législations nationales permissives en matière tant de droit d'asile que d'apologie du meurtre ou de planification d'activités criminelles à perpétrer dans des pays tiers.

Si le caractère urgent de ce combat a permis en quelques semaines à peine d'enregistrer des progrès tangibles un sursaut tout aussi unanime reste cependant nécessaire pour s'attaquer résolument aux racines même du terrorisme, ce qui renvoie aux problèmes qui constituent le terreau favorable à l'extrémisme et à l'intolérance partout dans le monde.

C'est dire que l'Islam, religion de paix et de tolérance, ne saurait être associé au terrorisme qui est complètement étranger à ses valeurs. C'est dire aussi l'importance de veiller à ce que la lutte anti-terroriste ne vise ni un pays, ni une religion, ni une culture ou une civilisation.

L'Organisation des Nations Unies qui, à maintes reprises, a diagnostiqué l'état de notre monde, a souligné à juste titre que les problèmes qui s'y posent sont de nature politique, économique et sociale et qu'ils ont des causes tant nationales qu'internationales.

Le déni du droit des peuples à l'autodétermination, l'aggravation des phénomènes d'exclusion et de pauvreté, la persistance des déséquilibres économiques, l'approfondissement des disparités sociales, la dégradation continue de l'environnement et la poursuite de la course aux armements sont autant de sujets qui attendent la mise en oeuvre des solutions et la prise des mesures que les instances des Nations Unies ont, au demeurant, elles-mêmes déjà définies et adoptées dans bien des cas.

Les engagements qui ont été pris ces derniers temps pour faire de la mondialisation un facteur d'intégration et non d'exclusion, et notamment des objectifs consacrés par la déclaration du millénaire, revêtent à cet égard toute leur importance comme, ils soulignent l'urgence de mesures effectives pour l'édification sur des bases solides d'un monde stable et solidaire.

La réalité vécue montre en effet à profusion, que la mondialisation, malgré les immenses possibilités qu'elle offre n'a jusqu'à présent pas produit les effets attendus quant à l'amélioration universelle des conditions d'existence.

Les processus qu'elle a induits ont trop souvent exacerbé les fractures à l'intérieur des sociétés et entre les nations. Cela n'a pas manqué d'encourager des groupes marginaux à exploiter la situation sociale difficile qui affecte de nombreux peuples pour prôner le repli sur soi et le rejet de l'autre.

A cet égard, la Déclaration et le Plan d'action adoptés par la Conférence de Durban contre le racisme et la discrimination raciale fournissent un cadre d'inspiration et d'action, pour bâtir des relations plus harmonieuses et fraternelles entre tous les hommes.
 

Monsieur le Président,

Il faut en premier lieu remédier aux situations d'injustice et le déni de droit inacceptables auxquelles l'Organisation des Nations Unies se doit de mettre un terme.

En Palestine, la grave situation qui continue de prévaloir du fait de la persistance de l'occupation israélienne et ses pratiques répressives interpelle l'ensemble de la Communauté internationale et requiert une action urgente pour mettre fin au calvaire quotidien du peuple palestinien qui se trouve, en effet, livré à une politique délibérée d'intimidation, d'exactions et d'assassinats qui ont eu pour conséquence de compromettre les chances d'une reprise du processus de paix et de mener toute la région au bord d'une conflagration aux conséquences incalculables.

Face à cette situation, l'Algérie réaffirme sa solidarité avec le peuple palestinien et à son droit inaliénable à un état indépendant avec El Qods Echarif pour capitale et en appelle à la Communauté internationale pour assurer d'urgence la protection du peuple palestinien à travers l'envoi d'observateurs internationaux.

Elle tient à souligner que seule une solution fondée sur la légalité internationale, en particulier les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité, ainsi que le principe de "la terre contre la paix" solennellement adopté par la Conférence de Madrid, est de nature à assurer une paix juste et durable et la sécurité pour tous les peuples de la région.

Elle voudrait aussi réaffirmer sa solidarité avec les peuples syrien et libanais frères pour le recouvrement de leurs terres encore sous occupation israélienne.

L'Algérie se félicite également de la décision du Conseil de sécurité de lever les sanctions qui frappaient le peuple soudanais frère, et saisit cette opportunité pour renouveler son appel en faveur de la levée des sanctions imposées aux peuples irakien et libyen frères.
 

Monsieur le Président,

La situation au Sahara Occidental dont le processus de règlement est à l'arrêt depuis un an et demi, constitue également une source de préoccupation et un facteur d'instabilité pour le Maghreb et l'Afrique de manière générale. La Mission des Nations Unies pour le référendum au Sahara Occidental n'a pu, en effet, poursuivre la mise en oeuvre du Plan de règlement de l'ONU et de l'ONA, accepté pourtant par les deux parties au conflit, le Royaume du Maroc et le Front Polisario, en raison, notamment, du nombre impressionnant de recours déposés à l'issue de la phase d'identification .

L'action des Nations Unies menée au Sahara Occidental à travers la MINURSO depuis 1991, mérite d'être saluée et les progrès enregistrés dans le cadre de l'application du Plan de règlement, en particulier la détermination du corps électoral, devraient être préservés et consolidés. C'est le lieu de rappeler aux deux parties leur obligation de coopération franche et sincère avec la MINURSO pour le parachèvement du processus référendaire, et aux organes des Nations Unies en charge de ce dossier d'observer le strict respect de leur mandat.

La position de constante de l'Algérie sur la question du Sahara Occidental découle de son attachement à la légalité internationale et au respect du droit des peuples à l'autodétermination. Elle soutient, par conséquent, la tenue d'un référendum libre et transparent organisé par les Nations Unies qui permettra à ce peuple de décider de son destin. Tout effort ou initiative visant au règlement de ce différend doit nécessairement s'inscrire dans le cadre de la légalité internationale et notamment des résolutions adoptées par l'Assemblée Générale en matière de décolonisation.
 

Monsieur le Président,

Ailleurs sur le continent africain, la détermination des peuples et dirigeants africains et l'appui de la Communauté internationale commencent à porter leurs fruits en matière de prévention et de règlement des conflits.

Les accords de paix conclus à Alger en juin et décembre 2000 entre l'Ethiopie et l'Erythrée ont mis fin à une guerre dévastatrice de près de deux ans entre ces deux pays africains frères, et ouvert la voie à un règlement pacifique de leur différend. Les progrès enregistrés depuis le déploiement complet de la mission des Nations Unies en Ethiopie et en Erythrée témoignent de l'engagement des deux pays à renforcer les bases d'une paix durable et d'une coopération mutuellement bénéfique.

De la même manière, la mise en oeuvre de l'accord de Lusaka qui a été longtemps en butte à de nombreuses difficultés et désormais bien engagée. Il revient à la Communauté internationale de poursuivre ses efforts pour rendre irréversible le processus de règlement et de faciliter le dialogue inter-congolais.

L'Algérie se réjouit, par ailleurs des progrès réalisés en Sierra Léone dans la mise en oeuvre des programmes de démobilisation, de désarmement et de réinsertion qui ont été rendus possibles grâce à l'action courageuse et déterminée de la Mission des Nations Unies (UNAMSIL).

En Angola, et en dépit des développements positifs enregistrés dans ce pays, l'UNITA, continue de semer le désordre et la mort parmi le peuple angolais. Le retour à la sécurité implique le strict respect par l'ensemble des Etats des mesures édictées par le Conseil de Sécurité contre l'UNITA.

Enfin, s'agissant des derniers développement intervenus au Burundi, mon pays se félicite de la de la décision des parties burundaises de mettre en place un gouvernement de transition qui garantit la participation de tous les enfants de ce pays à la gestion de leurs affaires, et à cet égard, salue le rôle important joué par M. Nelson Mandela dans le rapprochement des points de vue des protagoniste burundais et la mise en oeuvre de l'accord d' Arusha.
 

Monsieur le Président,

La fin de la guerre froide était venue apaiser le climat de suspicion et de méfiance qui pesait sur les relations internationales pour laisser place à l'optimisme nourri par de nouvelles perspectives dons nous espérions qu'elles finiraient par sceller la fin du recours aux doctrines et aux théories désuètes de la dissuasion nucléaire et de l'équilibre de la terreur, et ouvrir la voie à une approche audacieuse à même de garantir la sécurité de tous les Etats.

Devant cette mutation qualitative dans les relations internationales, notre ambition de voir notre planète débarrassée à jamais des armes nucléaires et des autres armes de destruction massive ne pouvait donc qu'être confortée.

Aujourd'hui, plus que jamais , la relance des négociations tant au niveau bilatéral que multilatéral doit prévaloir en vue de progresser de manière significative sur la voie du désarmement et de promouvoir ainsi une ère nouvelle de sécurité collective universelle.

L'Algérie se félicite enfin de l'adoption par la Conférence des Nations Unies sur le commerce illicite des armes légères du Programme d'action qui constitue un premier pas important dans la lutte contre un fléau qui a pris des propositions inquiétantes.
 

Monsieur le Président,

La nécessité de promouvoir une coopération internationale rénovée, fondée sur des intérêts communs et des responsabilités et des obligations partagées est de plus en plus reconnue.

Ce nouvel esprit doit nous inciter à entreprendre des actions globales concertées pour la prise en charge ordonnée des problèmes qui affectent l'ensemble du monde.

Il s'agit en un mot de préparer la voie à un mode de gouvernance internationale qui reflète véritablement les impératifs de rationalité, de transparence, d'équité, de participation, de démocrate et de responsabilité sans lesquels, il serait illusoire de parler de nouvel ordre viable pour l'humanité.

Les progrès de la gouvernance politique et économique déjà enregistrés dans de nombreux pays et régions doivent être consolidés et renforcés par la promotion d'une bonne gouvernance à l'échelle globale.

A cet égard, les menaces directes et indirectes qui pèsent sur le développement durable, voire même la survie de notre planète, exigent de nous la plus large mobilisation dans la perspective du Sommet Mondial sur le développement durable en vue, d'abord, de prendre les mesures urgentes visant à contenir les effets dévastateurs pour les bases de la vie de modèles de production et de consommation devenus insoutenables et, ensuite, pour leur transformation qualitative tout en prenant en compte les besoins de l'humanité dans son ensemble.

De même, la Conférence Ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce qui s'est ouverte à Doha, et la Conférence Mondiale sur le financement du développement qui se tiendra dans quelques mois à Monterey (Mexique) sont des échéances cruciales pour une relance durable de la croissance dans les pays en développement et l'amélioration des niveaux de vie de leurs peuples.
 

Monsieur le Président,

Il y a quatre mois les pays africains réunis dans le cadre du 37ème Sommet annuel de l'OUA à Lusaka, ont solennellement, à travers une démarche historique de lancement du processus de transition vers l'Union Africaine et d'adoption de la Nouvelle initiative africaine, articulé avec clarté la réponse de l'Afrique aux exigences nouvelles et aux aspirations des peuples africains pour l'avenir.

Cette démarche s'inscrit dans le droit fil du processus de réforme entamé ces dernières années par les pays africains au triple plan national, régional et continental afin de permettre à l'Afrique d'être en phase avec un monde en pleine mutation.

Conscients de l'ampleur des défis auxquels le continent est confronté et de la nécessité de se doter d'un projet global et intégré pour le relèvement socioéconomique du continent, les dirigeants africains ont approuvé, lors du Sommet de Lusaka, un plan conçu par l'Afrique et pour l'Afrique. L'Algérie, qui a pris une part active dans la conception et l'élaboration du Nouveau Partenariat pour le développement Africain, est convaincue que ce programme ouvre la voie à des solutions pratiques aux problèmes économiques et sociaux de l'Afrique.

La nouvelle initiative se distingue en effet des plans précédents par les caractéristiques essentielles suivantes
- elle est l' oeuvre des pays africains eux-mêmes qui ont identifié leurs besoins et leurs priorités, et pris par conséquent l'engagement ferme de promouvoir et développer la bonne gouvernance afin d'assurer la mobilisation optimale et l'utilisation rationnelle des ressources et moyens qui sont à leur portée.
- elle se fonde sur une approche intégrée qui conjugue les aspects politiques, économiques, sociaux et humains du processus de développement ainsi que ses dimensions régionale et internationale;
-elle souligne la nécessité d'un partenariat international nouveau destiné à compléter les efforts propres de l'Afrique pour relever les défis de la démocratie, de la paix et du développement.
 

Monsieur le Président,

Voici maintenant une année, était adoptée, ici-même, la déclaration historique du Millénaire. L'émergence et la consécration de référents d'un type nouveau dans les relations entre les individus, les sociétés et les Etats n'a cessé de s'affirmer depuis.

De fait, c'est bien à un retour à l'esprit de la Charte de San Francisco et à un espoir renaissant que nous assistons. La Communauté des nations a entrepris en effet de répondre solidairement aux défis qui se présentent sur les fronts de la paix, de la sécurité et de l'éradication de la pauvreté.

Aujourd'hui plus que jamais, l'ONU constitue un forum idoine où les nations du monde, grandes et petites, peuvent débattre des grandes questions qui interpellent l'humanité dans son ensemble et pour lesquelles, les réponses ne peuvent être que concertées et collectives.

Pour que notre Organisation gagne encore plus en crédibilité et en efficacité , qu'elle se mette pleinement au diapason des grandes mutations que connaît la scène internationale et qu'elle soit encore plus à l'écoute des aspirations et des attentes des citoyens du village planétaire qui se met en place, il est essentiel qu'elle poursuive avec détermination sa mue, qu'elle s'ouvre davantage sur le monde et à l'évidence sur elle-même, en introduisant plus de démocratie et d'équité dans le fonctionnement de ses différents organes, et d'abord et surtout au sein de celui en charge de la paix et de la sécurité internationales, dont les méthodes de travail et la composition doivent être actualisées. En somme qu'elle se mette pleinement au service des intérêts communs de la grande famille humaine dans son ensemble.

Je vous remercie de votre bienveillante attention.