Des élèves à Lusaka, en Zambie, s’informent sur la tuberculose et s’engagent à sensibiliser leurs pairs.
Nous aimerions partager une expérience qui nous a ouvert les yeux sur certaines questions auxquelles nous ne prêtions pas une grande attention. Notre professeur, Florence Lutale, nous a fait participer à un programme mondial en collaboration avec le Genius Group of Schools à Rajkot, en Inde, et des écoles aux États-Unis afin de partager notre expérience sur les maladies infectieuses dans le monde. Ce programme est initié par GreenContributor, une organisation non gouvernementale. Nous nous sommes concentrés sur la tuberculose dont la couverture médiatique est moins importante que celle du VIH/sida. Au cours de notre recherche, nous avons constaté que peu d’élèves de l’École internationale à Lusaka avaient été en contact avec des personnes atteintes de tuberculose. En Zambie, beaucoup pensent que c’est une maladie qui touche les pauvres ou les personnes séropositives.
Nous avons commencé par une visite au Centre de recherche sur les maladies infectieuses à Lusaka où nous avons rencontré les coordinateurs du service VIH/TB. Nous sommes aussi allés dans des quartiers de Lusaka pour rencontrer des gens. Nous avons appris que la tuberculose était une maladie courante véhiculée par l’air qui se transmet facilement d’une personne à une autre. Elle est causée par des bactéries microscopiques qui s’attaquent généralement aux poumons mais qui peuvent infecter d’autres parties du corps. Elle est transmise par la toux, les éternuements ou les crachats lorsque aucune précaution appropriée n’est prise. Elle se manifeste par une toux chronique, de la fièvre, des sueurs nocturnes, une douleur thoracique, une perte de poids et des expectorations contenant du sang.
« Avant de savoir que j’avais la tuberculose, j’avais des quintes de toux avec des expectorations visqueuses et des douleurs aiguës dans la poitrine », a expliqué un des patients que nous avons interrogé.
Les cas de tuberculose ont considérablement augmenté en Zambie au cours des dix dernières années. Cette maladie y est responsable de 16 % des décès des adultes. Nous avons aussi appris de notre école partenaire que l’Inde compte près d’un cinquième des cas de tuberculose dans le monde.
L’augmentation des cas de tuberculose peut également s’expliquer par le nombre croissant de personnes séropositives. Lorsqu’un patient est à la fois atteint du VIH/sida et de la tuberculose, on dit qu’il est co-infecté. Les statistiques montrent que 70 % des patients atteints de tuberculose nous a impressionnés. Nous avons compris que le déficit immunitaire lié au VIH/sida favorise la progression de la tuberculose, une cause majeure de décès. Au dispensaire, on nous dit qu’un patient séropositif avait plus de 50 % de chances de contracter la tuberculose.
Nous avons rencontré Catherine Nimulluwa qui est co-infectée. Elle est conseillère en matière de VIH/sida et de tuberculose au dispensaire Chelstone à Lusaka. « Mon mari est mort du sida », a-t-elle dit. « Ma vie s’est écroulée. Je ne voulais pas être testée, mais toute ma famille m’a apporté son soutien. »
Lorsqu’elle a appris qu’elle était co-infectée, elle a été accablée. Mais l’amour inconditionnel de sa famille et son soutien l’ont aidée à voir le côté positif de la vie. « J’ai décidé de reprendre mes études pour devenir conseillère », a-t-elle expliqué avec un grand sourire. « Je suis séropositive, j’ai trois enfants, j’ai encore 50 ans devant moi. » Elle se présentera au concours Miss Stigma qui vise à dissiper la stigmatisation associée au VIH/sida et à la tuberculose. En écoutant Catherine parler avec confiance, nous avons compris que c’était une conseillère comme elle dont les jeunes de notre école avaient besoin.
Une autre éducatrice au dispensaire principal Matero à Lusaka a évoqué l’apparition de nouveaux problèmes dans le traitement de la tuberculose, notamment des souches résistantes aux médicaments, une mauvaise observance des prescriptions médicales par les patients ainsi que des comportements à risque comme la consommation excessive d’alcool, le tabagisme et des rapports sexuels avec plusieurs partenaires.
Les gens perdent aussi leur emploi à cause de la tuberculose. Les patients craignent de révéler leur état à leur employeur. Un employé du quartier de Linda nous a fait part de son expérience. Lorsqu’il a dit à son patron qu’il était infecté, celui-ci lui a dit de rentrer chez lui et, le jour suivant, il a reçu une lettre de licenciement. Il a été choqué par cette discrimination et s’est senti stupide et inutile.
Nous étions offusqués et très en colère contre le patron qui avait licencié l’employé, surtout que le Ministère de la santé avait décidé que tous les patients atteints de tuberculose en Zambie devaient être soignés gratuitement. Nous étions tristes, mais aussi contents que le projet GreenContributor donne aux élèves les moyens de cerner les problèmes dans la société et de trouver des solutions. Nous espérons que les gens n’auront pas peur de révéler leur état, mais au lieu se soigneront et guériront. Un autre patient nous a dit que lorsqu’il a réalisé qu’il avait les symptômes de la tuberculose, il est allé au centre de dépistage parce qu’il savait qu’il existait un traitement pour la maladie. Il a pris des médicaments et sept mois plus tard, il était guéri. Il a parlé à sa femme de son état et toute la famille lui a offert un soutien.
Nous avons interrogé la Ministre de l’éducation, Dora Siliya. Pour elle, « l’éducation est essentielle pour réduire et éradiquer des maladies comme la tuberculose. C’est pourquoi le gouvernement s’emploie à réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies en construisant 1 600 nouvelles classes d’ici à 2015, ce qui permettra d’accueillir plus de 500 000 élèves supplémentaires ».
Cet article est un effort de notre part pour sensibiliser et éclairer les gens sur les conséquences de la tuberculose dans le monde. Nous avons constaté que les informations sur la tuberculose sont beaucoup plus disponibles qu’avant, mais cela ne suffit pas. Nous souhaitons sensibiliser des élèves d’autres écoles. Grâce à GreenContributor, nous sommes devenus les agents du changement dans nos communautés. Nous estimons que chaque personne, y compris les élèves, peuvent jouer un rôle majeur et avoir un impact positif dans nos communautés.
Les auteurs souhaitent remercier GreenContributor (www.greencontributor.com) et la Fondation Kucetekela (www.kucetekelafoundation.org) pour leur soutien et leur parrainage.