Le vrai sens de la tolérance: réflexions d’une jeune Palestinienne et d’une jeune Israélien

Par Gedalia Gillis, Sireen Tutunji

By Sireen Tutunji and Gedalia Gillis


Sireen Tutunji et Gedalia Gillis sont d‘anciens étudiants de Face to Face/Faith to Faith, un programme annuel pour le dialogue et le leadership destiné aux jeunes juifs, chrétiens et musulman, organisé et mis en œuvre par le Conseil de coordination interreligieuse en partenariat avec le Séminaire théologique Auburn à New York. Les participants au programme se rencontrent deux fois par semaine à Jérusalem-Est et à Jérusalem-Ouest afin d’encourager des relations amicales et la tolérance envers « l’autre » et de développer le dialogue et les aptitudes à diriger. Ils accomplissent ensemble un travail bénévole en faveur des communautés juives et palestiniennes dans la ville.

Sireen, une jeune Palestinienne de 18 ans, a terminé ses études secondaires au lycée Beit Safafa en 2009 en obtenant de très bons résultats scolaires. Après la deuxième Intifada, une période d’extrême violence entre Israéliens et Palestiniens qui a commencé à la fin de septembre 2000, sa famille a quitté Ramallah pour s’installer à Jérusalem, car il était devenu très difficile de passer chaque jour les postes de contrôle pour se rendre à l’école et travailler à Jérusalem. Son oncle fut l’une des nombreuses victimes du conflit israélo-palestinien, et sa mort a forgé sa conception du monde. Alors qu’elle vit dans une communauté relativement fermée, conservatrice et traditionnelle, ses deux parents sont des éducateurs à l’esprit ouvert qui travaillent et vivent avec des Juifs en Israël. Sireen commencera bientôt ses études universitaires. En plus de sa participation au programme Face to Face/Faith to Faith en 2008, elle est retournée au camp d’été 2010 à New York afin de participer au programme Leader in Training du Séminaire théologique Auburn.

Gedalia est un jeune Israélien de 18 ans. En 1994, sa famille a quitté l’Australie pour s’installer en Israël pour des raisons sionistes. Il appartient à une famille orthodoxe qui a l’esprit ouvert et accepte les différences tout en ayant une idée claire sur l’éducation et les valeurs. Il vient de terminer ses études secondaires au lycée Hartman à Jérusalem et étudie actuellement pendant un an à Ma’aleh Gilboa Yeshiva, au kibboutz du même nom. Ensuite, il fera son service militaire. Bien qu’il ne réside pas actuellement à Jérusalem, c’est là qu’il se sent chez lui.
Avant de participer au programme, Geladia et Sireen n’avaient eu aucune relation ni aucun dialogue avec des jeunes de la partie adverse. C’est une situation typique, étant donné que la majorité des jeunes Juifs et des jeunes Palestiniens fréquentent des écoles différentes et n’ont pas de contact dans la vie quotidienne. Pourtant, ils ont tous les deux choisi de participer au programme et d’engager un dialogue dont nous présentons ci-après un extrait.

 

GEDALIA : Je voulais avoir l’occasion de m’exprimer et de discuter, non pas pour rechercher un accord mais pour arriver à comprendre tout en restant fidèle à ma façon d’être et à mes croyances ainsi que pour trouver une harmonie. Je pense que l’objectif est de comprendre et d’accepter les vues et les croyances d’autrui. En Israël, de nombreuses divisions existent et chaque groupe a tendance à juger les autres et à prouver sa supériorité. Convaincu qu’il est possible d’être religieux et engagé dans des environnements et des cadres différents, j’ai pensé que le fait de prendre une décision importante pour moi et correspondant à mes principes était un signe de maturité. J’ai décidé de participer au programme, en grande partie par curiosité, afin de connaître le point de vue de l’autre partie sans qu’il soit déformé par les médias.
 

SIREEN : L’occupation israélienne dont j’ai souffert, comme tous les Palestiniens, a contribué de manière décisive à façonner ma personnalité. J’ai participé au programme parce que je voulais pouvoir communiquer avec l’autre partie à qui je n’avais jamais parlé mais qui, pour moi, étaient des soldats qui tuaient mon peuple à Gaza et me fouillaient aux postes de contrôle. Je savais que je ne pouvais pas continuer à vivre sans communiquer avec eux.
Faire partie de ce programme a été l’expérience la plus difficile, mais la plus forte, de ma vie. Au début, cela a été difficile parce que je n’avais jamais rencontré l’autre partie. Je savais que les deux parties au conflit souffraient. Partager nos récits personnels et collectifs nous a aidés à mieux nous comprendre. Mon oncle est mort, son cousin aussi. Nous avons appris comment respecter les opinions de l’autre et partager des moments de notre vie ainsi que nos expériences. Nous avons appris comment apporter notre soutien à l’autre, l’écouter avec attention et répondre en veillant à ne pas le blesser.
 

GEDALIA : Le dialogue est, en soi, une chose très compliquée et délicate. Le groupe de discussion auquel j’ai participé n’a pas reculé devant la tâche. Nous n’avons pas eu peur d’aborder les questions essentielles. J’ai appris que le vrai dialogue était bien plus que la recherche d’un terrain d’entente.
 

SIREEN : Au début, je ne pouvais pas participer au groupe de discussion. Le dialogue est une chose très compliquée et délicate. Je ressentais de la colère et ne pouvais pas discuter des questions conflictuelles avec des gens que je considérais comme mes ennemis. Mais en tant que jeune Palestinienne vivant en Israël, j’ai pensé qu’il m’incombait de représenter ma culture, ma langue et ma famille au peuple israélien dans le cadre du programme et en dehors. J’y ai participé pour représenter mon peuple, ma famille, mon oncle et bien sûr moi-même.
 

GEDALIA : Ma participation à ce programme m’a forcé à assumer la responsabilité de mes paroles et de mes actions. Lorsqu’un attentat terroriste a lieu ou si j’apprends de mauvaises nouvelles par les médias, je ne me laisse pas aller à faire des commentaires stéréotypés ou haineux, même si la haine m’envahit. Les séances de discussion m’ont fait comprendre que, dans le monde où je vis, je devais atteindre rapidement ma maturité et devenir une partie active de la solution au conflit. Aujourd’hui, je m’élève contre les commentaires haineux que j’entends autour de moi et suis déterminé à être un exemple positif pour mon entourage.
 

SIREEN : Cette expérience a influencé ma vie. Je voulais changer quelque chose dans ma vie, non pas mes idées ou mes points de vue, mais je voulais être capable de discuter de n’importe quel sujet avec des gens différents, sans les blesser. Après avoir participé au programme, mes amis m’ont tourné le dos. Ils pensaient que je serais différente après avoir discuté avec des Israéliens. Ils avaient raison – j’avais changé mais de la manière positive que j’avais souhaitée. Alors que mes amis ne sont pas très compréhensifs, mes parents m’ont offert le soutien dont j’avais besoin pour continuer le programme. Lorsque, après une séance, je rentrais à la maison démoralisée, mes parents m’encourageaient. Ils ont aussi été un exemple pour moi par la manière dont ils cohabitent avec les Juifs et entretiennent des relations amicales avec eux dans leur travail et dans la communauté.
 

SIREEN et GEDALIA : Le problème principal au Moyen-Orient est le manque de respect de la part des deux parties. Nous vivons à Jérusalem, une ville mixte où Juifs et Arabes vivent côte à côte. Aucun traité de paix ne peut prévenir la violence dans notre ville. La seule chose qui peut apporter le changement, c’est d’apprendre à notre génération à se respecter les uns les autres. La seule solution, c’est le dialogue. Reconnaître que nous pouvons construire une relation avec des gens qui sont différents sans essayer d’effacer nos différences mais en les acceptant a été une étape décisive pour nous. L’acceptation des différences a conduit au respect et à la compréhension mutuelle. Nous ne sommes pas satisfaits de la situation présente, mais nous pensons qu’il est possible de la rendre plus vivable à l’avenir pour nous-mêmes, nos familles, les habitants et le pays.

Pour nous, la tolérance signifie écouter et respecter des opinions qui sont différentes des nôtres. Nous avons appris qu’il ne s’agissait pas nécessairement être d’accord sur tout. Mais nous devons être civilisés et tolérants envers l’autre. Pour cela, il faut permettre aux autres de se comporter de la manière dont ils l’entendent, de croire à ce qu’ils veulent et éviter de cataloguer leurs points de vue en des termes négatifs. La participation au programme nous a appris qu’il était possible non seulement de s’asseoir ensemble autour de la même table et de discuter, mais aussi d’être capable de considérer l’autre comme son ami. Le véritable objectif du dialogue interreligieux est de créer une communauté réunissant des personnes différentes qui vivent ensemble, partagent des idées et discutent.

 

 

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