1 ÉRADIQUER L’EXTRÊME PAUVRETÉ ET LA FAIM
Par NICOLETTE JONES
À mon avis, il n’est pas réaliste de croire que tous les pays réaliseront les huit Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) d’ici à 2015, l’année butoir. En outre, l’amélioration de certains OMD peut nuire à d’autres.
L’objectif que j’ai choisi est le premier OMD, éradiquer l’extrême pauvreté, la faim et ses trois cibles : réduire de moitié la proportion de personnes dont le revenu est inférieur à un dollar par jour; assurer un emploi à plein temps et productif, ainsi qu’un travail décent à tous, y compris aux femmes et aux jeunes; et, d’ici à 2015, réduire de moitié la proportion de la population qui souffre de la faim.
Qu’est-ce que l’extrême pauvreté et la faim ? Ces termes revêtent un sens différent selon les conditions de vie et les pays. Établir un dollar US comme marqueur de la pauvreté peut être problématique dans certaines économies. En Inde, par exemple, 1 dollar équivaut à 44 roupies. Lorsque le prix du sucre augmente pour atteindre jusqu’à 50 à 60 roupies le kilo, que peut-on acheter pour 44 roupies ? Il est clair que la fixation d’un dollar est problématique car le taux de change varie et ce qu’une famille pouvait acheter pour un repas de base il y a dix ans ne pourrait probablement pas suffire à acheter un kilo de farine aujourd’hui.
Dans son ouvrage intitulé Introduction to the Sociology of Development1, Andrew Webster disait que « la pauvreté est un terme relatif, un état qui peut seulement être défini en comparant la situation d’un groupe de personnes ou d’une économie entière avec un autre ». Il expliquait que la définition de la pauvreté posait problème « car les mesures qu’on utilise pour comparer les populations dépendront de diverses hypothèses sur les niveaux de vie adéquats dont certains jouissent et d’autres pas ».
Le sociologue Oscar Lewis a posé comme postulat la théorie de la culture de la pauvreté dans son ouvrage du même nom. Selon lui, le style de vie des pauvres était différent des autres membres de la société et il existait une culture de la pauvreté avec ses propres normes et valeurs2. Selon sa théorie, la pauvreté n’est pas seulement un phénomène social ou économique, mais aussi un phénomène psychologique. La pauvreté et la faim vont de pair; cependant, on ne peut pas établir le seuil de pauvreté qu’en fonction des coûts alimentaires. Et les dépenses en électricité, en eau, en santé et même les frais scolaires ? Vu le nombre de facteurs en jeu, comment pouvons-nous trouver une définition universelle de l’extrême pauvreté et de la faim et réaliser l’OMD ?
En 1996, le gouvernement jamaïcain a institué au plan national une politique et un programme d’éradication de la pauvreté (NPEEP). Selon le Rapport national de la Jamaïque de 2009 sur les Objectifs du Millénaire pour le développement, le NPEEP prévoyait « l’électrification rurale, la mise en place d’un fonds d’investissement social qui a beaucoup aidé les institutions de la petite enfance, des services sociaux, des projets d’approvisionnement en eau et d’assainissement, des routes d’accès rurales ainsi que des infrastructures de centre-ville3 ». En 2002, le gouvernement jamaïcain a également mis en place le Programme en faveur du progrès par la santé et l’éducation (PATH). « Si les principaux bénéficiaires du Programme sont les enfants, les personnes âgées, les adultes démunis, les personnes handicapées, les femmes enceintes ou qui allaitent en bénéficient aussi4. »
Ces efforts auraient pu être l’élément moteur de la réalisation de l’OMD 1, ou c’est ce qui est écrit. Selon le Rapport 2009, la Jamaïque a atteint deux cibles de l’OMD 1 : réduire de moitié la proportion de personnes dont le revenu est inférieur à un dollar par jour entre 1990 et 2015; et, d’ici à 2015, réduire de moitié la proportion de la population qui souffre de la faim. En 1990, 28,4 % des Jamaïcains vivaient au-dessous du seuil de pauvreté contre 9,9 % en 2007. La proportion de personnes ayant une ration alimentaire inférieure au seuil minimum est passée de 8,3 % en 1990 à 2,9 % en 2007. Le rapport indiquait toutefois que la réalisation de l’OMD 1 était « subordonnée aux chocs extérieurs et ne sera probablement pas durable en raison de la récession mondiale5. »
Je considère que la réalisation de l’OMD 1 va au-delà des statistiques consignées sur le papier. Le développement n’est pas qu’une affaire de chiffres, mais de personnes. Pour atteindre les OMD, il faut que les pays les adaptent selon les conditions qui leur sont propres. Les Nations Unies doivent tracer les grandes lignes des programmes, et il revient aux dirigeants des pays de les adapter à la situation locale afin de réaliser les OMD, y compris le premier, en leurs termes. Un rapport statistique ne montre pas les progrès dans le développement et peut être trompeur. Ce qui est important, c’est ce qui n’est pas écrit.
Notes
1 A. Webster, Introduction to the Sociology of Development (2002), 16.
2 O. Lewis, Culture of Poverty. (Holborn & Langley, 2006), 50.
3 Rapport national de la Jamaïque sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (2009) 12.
4 ibid.
5 ibid