Un bref aperçu des droits des femmes de 1945 à 2009

Par Francisca de Haan 25.02.2010
femme qui vote en Irak
PHOTO ONU/ Rick Bajornas

Même si leurs taux d’alphabétisme augmentent, les femmes représentent toujours près des deux tiers des analphabètes au monde. Elles constituent aussi les deux tiers des pauvres dans le monde (vivant avec 
1 dollar par jour ou moins), font les deux tiers du travail et produisent 50 % de la nourriture, alors
 qu’elles gagnent seulement 10 % du revenu et possèdent 1 % des biens fonciers.

L’histoire de la défense des droits des femmes dans le monde depuis 1945 commence seulement à s’écrire1. Pour bien comprendre les épisodes et les changements qui ont marqué la défense des droits des femmes, il faut revenir à l’époque de la Société des Nations à laquelle ont succédé les Nations Unies. Il faut aussi examiner de manière plus approfondie le rôle important dans la promotion des droits des femmes sur la scène internationale de ce qu’on appelle souvent aujourd’hui « les organisations féminines traditionnelles », au moins avant 1975.

En 1975, consacrée Année internationale de la femme, trois organisations féminines internationales sur un total de 24 organisations internationales non gouvernementales (ONG) bénéficiant du statut consultatif étaient dotées du « statut consultatif, catégorie 1 » auprès des Nations Unies : le Conseil international des femmes (CIF), l’Alliance internationale des femmes (AIF) et la Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF). Ce très bref aperçu de l’histoire des droits des femmes de 1945 à 2009 permettra de comprendre pourquoi ces trois organisations féminines ont bénéficié de ce statut.


LES ORGANISATIONS FÉMININES DANS LA SOCIÉTÉ DES NATIONS

Les organisations féminines internationales du temps de la Société des Nations, dont le CIF, créé en 1888, et l’AIF, créée en 19042, ont accompli deux choses qui seront cruciales dans la lutte pour l’égalité des femmes. La première a été de reconnaître que la condition de la femme devait être traitée au niveau international. La deuxième a été la création en 1937 du Comité d’experts de la Société des Nations sur le statut juridique des femmes qui a jeté les fondements de la Commission de la condition de la femme (CCF)3.

Le Comité d’experts était composé de trois hommes et de quatre femmes, dont la Suédoise Kersten Hesselgren, la Française Suzanne Basti-Basdevant, qui, toutes les deux, travaillaient au Conseil international des femmes, ainsi que la juge américaine Dorothy Kenyon, qui sera membre de la Commission de la condition de la femme de 1946 à 1950 et à la tête de l’Alliance internationale des femmes de 1946 à 19524.

LA PÉRIODE ALLANT DE 1945 À 1975


Un nombre limité de féministes venant de différents pays et d’horizons très divers ont participé à la création de la conférence de l’ONU en 1945 en tant que membres de leur délégation nationale. Poursuivant le travail entrepris à la Société des Nations, tout en s’appuyant sur les expériences récentes des femmes pendant la guerre et la résistance ainsi que sur la conviction que les femmes devaient contribuer à créer un monde plus pacifique, elles ont œuvré pour que les droits des femmes soient reconnus au titre de l’engagement plus vaste de l’ONU en matière de droits de l’homme. Bertha Lutz, Vice-présidente de l’AIF de 1952 à 1958, Minerva Bernadino, Vice-présidente du CIF de 1947 à 1957, Amelia Caballlero de Castillo Ledón, Isabel Sanchez de Urdaneta, Isabel P. de Vidal et Jessie Street ont œuvré à l’inclusion de l’égalité des droits entre les hommes et les femmes dans le Préambule de la Charte des Nations Unies ainsi qu’à la création d’une Sous-Commission de la condition de la femme5.

Pendant une session inaugurale de l’Assemblée générale de l’ONU au début de 1946, Eleanor Roosevelt a lu une « Lettre ouverte aux femmes du monde » décrite comme la « première expression de la voix des femmes à l’ONU et une mise en avant du rôle des femmes dans la nouvelle arène de la politique et de la coopération internationales6 ». La lettre avait été rédigée à l’initiative de Hélène Lefaucheux, membre de la délégation française, qui fut ensuite Présidente de la Commission de la condition de la femme de 1948 à 1952, Présidente du Conseil national des femmes françaises et Présidente du CIF de 1957 à 1963. Elle a été précédée à la Commission par Bodil Begtrup, Présidente du Conseil national des femmes danoises et membre du conseil de l’AIF de 1946 à 1949.

En décembre 1948, l’ONU a adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme. C’est grâce aux femmes comme Minerva Benardino qui ont participé à l’élaboration de la Déclaration que l’article premier stipule : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » au lieu de « Tous les hommes…7 ». Begum Anwar G. Ahmed, Présidente de la CCF dans les années 1950, fut membre du conseil de l’AIF, ainsi que Vice-présidente et Présidente de 1955 à 1970. La longue liste des femmes membres du CIF et de l’AIF qui ont participé aux travaux de l’ONU comprend Helvi Sipilä qui, en 1972, a été la première femme à occuper le poste de Secrétaire générale adjointe et qui, au moment de sa nomination, était Vice-présidente du CIF ainsi que Présidente du Conseil national des femmes finlandaises8.

La Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF), créée à Paris en 1945, un mouvement de femmes anti-fasciste et de gauche, a été la troisième organisation internationale de femmes à l’ONU. En 1947-48, le CIF, l’AIF et la FDIF ont reçu le « statut consultatif catégorie B9 » auprès du Conseil économique et social, ce qui leur a permis d’assister en tant qu’observateurs aux sessions de la CCF et d’accéder à ses rapports ainsi qu’à ses documents. Avec l’accord de la CCF, ces organisations pouvaient également prendre la parole durant ses sessions. Les archives et les publications de ces trois organisations montrent qu’elles ont exercé activement leurs droits et ont assuré consciencieusement la liaison entre l’ONU et les femmes qu’elles représentaient.

LA GUERRE FROIDE

Mais après la période de coopération initiale entre les féministes d’horizons et de champs d’intérêt divers, la guerre froide a changé de manière décisive le climat et eu un impact négatif sur la lutte mondiale pour la défense des droits de femmes, même si la CCF a réussi à « établir un cadre juridique » jusqu’en 196210.
La FDIF, l’organisation internationale de femmes probablement la plus active à cette époque, en est un exemple très concret. En avril 1954, elle a perdu son statut consultatif uniquement pour des raisons d’ordre politique liées à la guerre froide, ce que leurs amis et leurs ennemis ont reconnu comme une procédure antidémocratique. Parmi celles qui ont protesté en vain figurent Jessie Street (dans une lettre personnelle adressée qu Secrétaire général de l’ONU, Dag Hammarskjöld) et la Britannique Dora Russell. Ce n’est qu’en juin 1967 que la FDIF a retrouvé son statut consultatif auprès de l’ONU. Une fois réintégrée, cette organisation a contribué de manière décisive à la cause des femmes. Ce fut la Présidente de la FDIF, la Finlandaise Hertta Kuusinen, qui a proposé en 1972 d’organiser une Année internationale de la femme11.


L’ANNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME, 1975 ET LA DÉCENNIE POUR LES FEMMES 1976-1985


L’Année internationale de la femme a eu un impact qui a dépassé ce que l’on attendait et a été suivie par la Décennie des Nations Unies pour les femmes. Le mouvement des femmes au niveau mondial tel que nous le connaissons est, en grande partie, né dans le contexte des quatre Conférences mondiales des Nations Unies sur les femmes – à Mexico en 1975, à Copenhague en 1980, à Nairobi en 1985 et à Beijing en 1995 – chacune consistant en une conférence officielle de l’ONU et en un forum parallèle des ONG, et étant élargie et plus diverse que la précédente12. Les femmes des pays du Sud et du Nord se sont affrontées pendant les deux premières conférences mondiales mais, « à Nairobi, un consensus a été atteint lorsque les femmes du Sud ont accepté […] de parler plus librement des relations entre les hommes et les femmes et que les femmes du Nord […] ont compris que les questions féminines n’étaient pas limitées à l’égalité des sexes et ont enfin reconnu que les facteurs de portée mondiale avaient une influence sur la situation des femmes. […] De nouvelles organisations féministes internationales ont été créées, comme Development Alternatives with Women for a New Era (DAWN)13.

 

 

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