Ce n’est pas un problème de ressources, mais de priorité

Par Abhishek Raman Parajuli

AFGHANISTAN — Test et traitement des semences

Les Objectifs du Millénaire pour le développement sont liés entre eux et se renforcent mutuellement. Il y a donc lieu d’espérer, car il existe de multiples approches pour s’attaquer aux problèmes. La réalisation d’un objectif contribue à la réalisation des autres objectifs.

« Une maison pleine de richesses : vêtus et nourris, nos enfants jouent, pleins d’énergie; tandis que d’autres, dans des pays pas si éloignés, pleurent pour avoir du pain. »

–Évêque Timothy Dudley-Smith



 

Avec la richesse des ressources dont nous disposons dans le monde, ce serait une honte pour l’humanité que cet hymne ci-dessus représente la vérité en 2015, l’année butoir pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Il est donc injuste de demander aujourd’hui si les OMD sont réalisables. Ce n’est pas juste pour les 925 millions de personnes qui ne mangent pas à leur faim et le 1,4 milliard qui vit dans la pauvreté. Mais, surtout, c’est injuste parce que le monde a les ressources nécessaires pour atteindre les OMD. Ce qui manque, c’est un sentiment d’urgence, l’urgence qui est le moteur de la vie de ceux qui souffrent.

Si de nombreuses régions ne sont pas en mesure d’atteindre leurs objectifs, il y a toutefois de quoi espérer. Nous avons accompli beaucoup, mais cela ne suffit pas. Posons-nous cette question essentielle : pourquoi y a-t-il lieu d’espérer ?

Parce que même si les progrès ont été lents, ils ont eu lieu. Le dernier rapport de la Banque mondiale intitulé Où en sommes-nous ? indique que 45 pays sur 84 sont en voie de réaliser l’objectif de réduction de la pauvreté d’ici à 2015 et qu’il y aura 27 % de pauvres en moins en 2015 par rapport à 1990. L’annulation de la dette des pays pauvres a permis de débloquer des fonds et de les allouer au développement. Avant, au titre de l’Initiative des pays pauvres très endettés, les pays pauvres concernés dépensaient plus pour les services de la dette que pour la santé et l’éducation conjugués1. Les pays riches ont également convenu d’honorer leurs engagements : en 2009, par exemple, les dirigeants du groupe des huit pays industrialisés, le G8, se sont engagés à verser 20 milliards de dollars pour aider les pays pauvres à investir dans le développement agricole2. Ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, mais le monde va dans la bonne direction.

Selon l’Institut international de recherche pour la paix à Stockholm, les dépenses militaires dans le monde ont atteint 1 531 milliards de dollars en 2009, soit une augmentation de 49 % depuis 2000, tandis que les engagements en matière d’aide pris dans les années 1970 sont loin d’avoir été tenus. Nous avons davantage de ressources, mais nous devons choisir de les utiliser. Ce n’est pas un problème de ressources, mais de priorité.

Le changement est dans l’air, nous avons donc une autre raison d’être optimistes. L’innovation nous a permis d’améliorer les moyens de financement, d’action et de sensibilisation. UNITAID, la Facilité internationale d’achat de médicaments pour lutter contre le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose hébergée par l’Organisation mondiale de la santé et financée en grande partie par l’imposition d’une taxe sur les billets d’avion, a recueilli 1,5 milliard de dollars depuis 20073. La révolution de la microfinance par le biais d’organismes comme la Banque Grameen et Kiva a permis aux plus pauvres de créer leur propre entreprise et donc de réduire la faim et la pauvreté4. Le vent du changement souffle aussi sur les Nations Unies, avec une accélération de la mise en œuvre des propositions faites dans le rapport Unis dans l’action créé par un groupe de haut niveau afin d’améliorer la cohérence et l’efficacité des institutions de l’ONU dans la réalisation des OMD5. La technologie est également le moteur de ce changement. Les médias sociaux et Internet facilitent la diffusion des informations, rendent les transferts de fonds plus sûrs et le développement plus solidaire. En tirant les leçons du passé, la technologie nous aide à acquérir rapidement des connaissances.

L’éradication de la faim et de la pauvreté est un immense défi et lorsque des revers tels que la récente crise alimentaire et financière anéantissent des années de progrès durement acquis, on peut perdre rapidement espoir, mais pas l’abandonner totalement.

Les opportunités que nous avons sont bien plus immenses que les défis auxquels nous faisons face, et les pays développés peuvent faire beaucoup plus. On ne peut combattre la faim et la pauvreté si les barrières commerciales empêchent l’accès aux marchés lucratifs. Selon les estimations, le coût de ces barrières commerciales s’élève à plus de 100 milliards de dollars, ce qui est très supérieur au montant de l’aide que reçoivent les pays en développement6. Les paradis fiscaux sont un autre problème important pour les pays en développement qui perdent 124 milliards de dollars à cause des actifs étrangers qui y sont détenus7. Le manque d’action encourage l’élite corrompue de certains pays en développement à frauder en toute impunité au détriment de leurs populations. Les discours prônant la participation active des pays en développement à leur propre développement ne seront que de vains mots tant qu’ils n’auront pas accès aux marchés et que des mesures ne seront pas prises pour combattre efficacement la corruption.

Les Objectifs du Millénaire pour le développement sont liés entre eux et se renforcent mutuellement. Il y a donc lieu d’espérer, car il existe de multiples approches pour s’attaquer aux problèmes. La réalisation d’un objectif contribue à la réalisation des autres objectifs. Selon le rapport Progrès pour les enfants : un bilan de la nutrition, du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le coût de la malnutrition pour le développement économique national est estimé entre 20 et 30 milliards par an et, selon le Programme alimentaire mondial, l’éradication des carences en fer peut améliorer les niveaux de productivité nationaux d’au moins 20 %. Avec l’égalité d’accès des filles à l’éducation, les femmes seraient plus nombreuses à contribuer à la croissance de ce secteur essentiel et éduquer des générations. Les mesures prises pour atteindre les OMG peuvent renforcer les autres et réaliser la promesse faite au Sommet sur les Objectifs du Millénaire pour le développement de « faire du droit au développement une réalité pour tous et mettre l’humanité entière à l’abri du besoin8 ».

De nombreuses batailles seront perdues. Nous serons confrontés à d’autres défis mais en gardant l’espoir, la lutte contre la faim et la pauvreté ne sera pas perdue.


Notes


1 FMI, « Allègement de la dette au titre de l’Initiative en faveur des pays très endettés (PPTE) », 30 juillet 2010, http://www.imf.org/external/np/exr/facts/hipc.htm.
2 PAM, « G8 Leaders Step Up Fight Against Hunger », 10 juillet 2009, http://www.wfp.org/stories/record-level-hunger-looms-g8-agenda.
3 Philippe Douste-Blazy, « Un financement innovant pour les Objectifs du millénaire », Project Syndicate, 1er septembre
2010, http://www.projectsyndicate.org/commentary/dousteblazy1/French.
4 S. Leatherman et C.Dunford, « Linking health to microfinance to reduce poverty », Bulletin of the World Health Organization 88, n° 6, (2010) : 470-471, http://www.who.int/bulletin/volumes/88/6/09-071464/en/index.html.
5 E. Lwanga, « Achieving the MDG s in Africa: A Race Against Time », UN Chronicle, Vol. XLI V, n° 4 (2007): 31.
6 « Puppets on purse strings », Down To Earth (Centre for Science and Environment) 10, n° 23, 30 avril 2002.
7 O. De Schutter, « Démocratiser les Objectifs du Millénaire pour le développement », Project Syndicate,
18 septembre 2010, http://www.projectsyndicate.org/commentary/odeschutter1/French.
8 ONU, Le rapport sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (UN DPI, 2005), http://millenniumindicators.un.org/unsd/mi/pdf/UN-mdg-05-16-II.pdf.
 

 

 

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