L’avenir du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires

Par Sergio Duarte
L’essai Trinity, le 16 juillet 1945.
L’essai Trinity, le 16 juillet 1945– « JUMBO», un container d’acier de 120 tonnes, était destiné à contenir l’explosion de la bombe et à récupérer le matériau actif en cas d’échec. National Nuclear Security Administration.

Alors que la Charte de l’ONU a abordé la question du «désarmement» et de la «réglementation des armements», l’Assemblée générale a clarifié que le désarmement s’appliquait aux ADM tout en soutenant l’objectif visant à assurer le contrôle et la limitation des armes classiques.

 

Le premier test nucléaire dans le monde, baptisé Trinity, a eu lieu le 16 juillet 1945 dans un désert aride du Nouveau-Mexique, que les conquistadors espagnols avaient appelé Jornada del Muerto (Le voyage de l’homme mort). Dans les décennies qui ont suivi, plus de
2 000 essais de ce type ont eu lieu dans huit pays, certains dans l’atmosphère, d’autres dans le sol et d’autres encore sous l’eau.
 

Aujourd’hui, le monde est en voie de tourner une nouvelle page dans l’histoire des essais nucléaires. Grâce au leadership éclairé des États clés qui possèdent ces armes, à l’encouragement diplomatique d’autres pays et aux efforts persistants de la société civile, il est fort probable que le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) entrera enfin en vigueur dans un avenir proche, interdisant ainsi tous les essais dans tous les environnements.
 

Pourquoi les lecteurs de la Chronique de l’ONU qui s’intéressent à de nombreux autres sujets, seraient-ils concernés par les résultats du traité TICE ? En quoi cela les intéresse-t-il ? Quelles seront les conséquences si le traité n’entre jamais en vigueur ? Ce sont des questions tout à fait légitimes qui ont toutes des réponses – mais avant d’y répondre et de regarder vers l’avenir, nous devons nous tourner vers le passé.
 

La Charte des Nations Unies a été signée en juin 1945 un mois avant l’essai nucléaire, appelé Trinity. Or, en janvier 1946, la première résolution de l’Assemblée générale a appelé spécifiquement à l’élimination de toutes les armes nucléaires et d’autres armes similaires « pouvant être utilisées à des fins de destruction massive », y compris les armes biologiques et chimiques. Le concept de « destruction massive » est flou si l’on considère les milliers de bombes classiques larguées au cours de la Deuxième guerre mondiale, pour ne pas mentionner les dégâts causés il y a des siècles par les conquérants mongols en Asie centrale, qui ont montré de manière concluante que de nombreux types d’armes pouvaient être la cause de destruction massive. Toutefois, ce qui est unique en ce qui concerne les armes nucléaires et, dans une moindre mesure, les autres armes de destruction massive (ADM), c’est la capacité de mort à grande échelle et de manière systématique causée par une seule détonation. Alors que la Charte de l’ONU a abordé la question du « désarmement » et de la « réglementation des armements », l’Assemblée générale a clarifié que le désarmement s’appliquait aux ADM tout en soutenant l’objectif visant à assurer le contrôle et la limitation des armes classiques.
 

La distinction est importante. L’ONU n’a pas seulement pour objectif de « réglementer » les armes nucléaires, mais d’interdire et d’éliminer ces armes, ainsi que les autres ADM, tout en limitant les armes classiques. C’est ce que l’on entend par « désarmement général et complet ». Cette question figure sur l’ordre du jour de l’Assemblée générale depuis cinquante ans et a été l’« objectif ultime » des Nations Unies depuis la première session de l’Assemblée sur le désarmement en 1978.
 

Il est évident que les armes nucléaires ne tombent pas du ciel. Ce sont des artefacts très complexes créés par l’ingénuité humaine. La production de matières fissiles pour la fabrication d’armes – le plutonium et l’uranium hautement enrichi – est à elle seule un processus très difficile que seuls quelques pays ont maîtrisé, même aujourd’hui. La conception d’une telle arme légère et suffisamment durable pour atteindre sa cible est une autre tâche difficile, d’où l’importance cruciale des essais nucléaires. Il est clair que l’on peut fabriquer une arme nucléaire qui fonctionne sans l’avoir testée, comme l’a illustré de manière concluante le développement et l’utilisation de la bombe Little Boy qui a détruit Hiroshima le 5 août 1945. Même en ayant recours à la technologie de 1945, les créateurs de la bombe à uranium étaient tellement sûrs de leur coup qu’ils n’ont pas hésité à l’utiliser sans l’avoir testée.
 

Toutefois, tous les États qui ont déclaré être en possession de ces armes, à savoir les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus la République populaire démocratique de Corée, l’Inde et le Pakistan – ont également procédé à des essais de ces armes. Les essais nucléaires sont une façon pour un État de signaler clairement à la communauté internationale qu’il possède une arme nucléaire. Mais cette portée symbolique n’explique pas les 2 000 essais d’armes nucléaires qui ont eu lieu au cours des dernières décennies.
 

Les essais sont essentiellement un outil expérimental utilisé par les scientifiques et les ingénieurs pour améliorer ces armes ou, comme cela s’est produit dans le passé, pour confirmer leur fiabilité. Parfois ces « améliorations » visent à améliorer la sûreté et la sécurité d’une arme, par exemple, pour s’assurer qu’elle n’explose pas prématurément ou suite à un accident, ou qu’elle ne soit pas volée ou utilisée par un groupe de terroristes. Plus souvent, elles visent à améliorer la performance d’une arme, à lui donner un nouveau rôle et à la perfectionner pour qu’elle résiste mieux aux problèmes liés à l’explosion – les très fortes pressions, les températures très élevées et les mesures de défense auxquelles ces armes sont soumises avant d’atteindre leur cible – et les défauts dus à l’usure. Certains essais servent aussi à mettre au point de nouvelles générations d’armes – c’est ainsi que la bombe à hydrogène a été fabriquée au début des années 1950.
 

Au cours des années, les efforts menés pour interdire les essais nucléaires se sont concentrés sur trois avantages possibles : les avantages pour l’environnement, la non-prolifération et le désarmement. L’élan qui a conduit à la conclusion du Traité d’interdiction partielle de 1963 qui a interdit les explosions nucléaires dans l’atmosphère, sous les mers et dans l’espace extra-atmosphérique – a été influencé par l’avalanche de demandes venant de la société civile, ainsi que des Nations Unies, pour mettre fin à la contamination de l’environnement par des substances radioactives.

 

 

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