IL EST TEMPS D’AGIR CONTRE LA VIOLENCE LIÉE AUX ARMES À FEU
a. Réduire les stocks existants
b. Réduire la fourniture de nouvelles armes
c. Mettre fin au trafic entre les marches licites et illicites
d. Réduire la motivation incitant à acquérir des armes à feu
Un millier de personnes meurent chaque jour à la suite de blessures causées par des armes à feu et trois fois plus subissent des blessures graves. Si les décès, les blessures et l’incapacité résultant des armes étaient classés dans la catégorie des maladies, on pourrait parler d’épidémie. Pourtant, les médias et l’opinion publique donnent souvent à penser que la violence armée est simplement une conséquence inévitable de la cruauté humaine et de la privation, plutôt qu’un problème de santé publique qui peut être évité ou au moins réduit.
Les circonstances dans lesquelles se manifeste la violence par les armes à feu sont tellement différentes qu’il serait simpliste de suggérer une seule solution pour y remédier. Une approche globale, reflétant les diverses facettes du problème, est nécessaire pour réduire le nombre de victimes et de blessés dans le monde. Toutefois, les massacres perpétrés dans les lycées aux États-Unis, les gangs armés au Brésil ou la violence sexuelle systématique en République démocratique du Congo ont tous un dénominateur commun : la disponibilité des armes à feu (ou armes légères, comme on les désigne à l’ONU).
Les mesures pratiques visant à réduire la disponibilité et le mésusage des armes légères peuvent être classées dans quatre rubriques :
1. Réduire les stocks existants
2. Réduire la fourniture de nouvelles armes
3. Mettre fin au trafic entre les marchés licites et illicites
4. Réduire la motivation incitant à acquérir des armes à feu (la demande)
1. RÉDUIRE LES STOCKS EXISTANTS
Les stocks d’armes légères existants sont immenses – selon le Small Arms Survey à Genève, au moins 875 millions d’armes à feu sont répertoriées dans le monde. Moins de 25 % de ces armes sont détenues par les forces militaires, de police ou d’autres institutions gouvernementales, les trois quarts restants étant entre les mains de la population civile. Il y a environ 40 % d’armes à feu de plus que d’automobiles. Comment pouvons-nous réduire ce nombre exorbitant ?
Réduire les arsenaux nationaux existants. Commençons par les arsenaux nationaux qui, par nature, sont plus faciles à identifier et à réduire que les nombreuses armes détenues par les civils. D’importantes quantités d’armes étant stockées dans un nombre limité de lieux, s’attaquer à l’arsenal national est le moyen le plus rapide de réduire les quantités d’armes qui circulent sur la planète. Les gouvernements considèrent qu’ils ont besoin d’un arsenal important pour la défense nationale, mais ils surestiment leurs besoins : selon Small Arms Survey, 38 % des armes légères militaires dans les arsenaux nationaux sont en surplus par rapport aux besoins. Cela représente non seulement une perte importante de ressources (dans l’achat des armes, leur enregistrement, leur entreposage, leur entretien et leur contrôle), mais aussi un danger pour les populations militaires et civiles qui vivent près de cette réserve d’armes excédentaires. En plus des dangers d’explosion, ce surplus d’armes attire les trafiquants, les insurgés et les criminels, ce qui donne souvent lieu à des résultats tragiques.
La menace sérieuse posée par les surplus d’armes et de munitions a été officiellement reconnue par le processus de l’ONU sur les armes légères. Un Groupe d’experts gouvernementaux sur les stocks de munitions en surplus de l’ONU a été créé par l’Assemblée générale à la fin de 2007. La destruction des excédents a figuré parmi les priorités de la Troisième réunion biennale des États sur les armes légères et de petit calibre en 2008. Il a été recommandé que les gouvernements recensent systématiquement leurs excédents et les détruisent.
Réduire les stocks d’armes existants détenus par les civils. Il est plus difficile de désarmer la population civile que les gouvernements. C’est pourtant absolument nécessaire, étant donné que les civils constituent la grande majorité non seulement des propriétaires d’armes à feu, mais aussi des victimes et des auteurs de violence.
De nombreux pays ont mis en œuvre des programmes volontaires encourageant les citoyens à remettre leurs armes en échange d’espèces, d’articles ménagers ou d’autres avantages. Dans les programmes « Remise des armes contre aide au développement », la récompense consiste à fournir une aide au développement pour améliorer l’éducation, l’économie et la sécurité de l’ensemble de la communauté. L’initiative a eu un succès varié dans le monde: les initiatives locales ad hoc dans les villes américaines ont permis de récupérer un nombre réduit d’armes. Il semble qu’il soit plus facile de récupérer d’importantes quantités d’armes quand l’initiative fait partie d’une politique nationale cohérente et que la population constate une amélioration de la sécurité locale.
Les programmes de collecte obligatoire d’armes ont aussi eu des résultats mitigés. L’Australie et le Brésil ont retiré un nombre très important d’armes en circulation (respectivement 650 000 et 450 000) à l’aide de programmes prévoyant deux mesures d’incitation (a) une contribution en espèces et (b) une réforme législative plus stricte en matière de possession légale d’armes. Avec cette réforme, de nombreux propriétaires, ayant acheté leurs armes légalement avant le programme mais les ayant gardées, ont pu se trouver dans une situation illégale. Ce qui est important, c’est que dans ces deux pays le rachat d’armes a fait partie d’initiatives nationales globales incluant des programmes de sensibilisation du public, des réformes des pratiques policières, etc. En revanche, en Ouganda où les soldats ont fouillé les maisons et attaqué les civils pour les forcer à remettre leurs armes, le programme de désarmement a eu peu d’impact et a exacerbé le sentiment d’insécurité parmi la population.
Destruction des armes existantes. Qu’il s’agisse d’arsenaux nationaux, d’ennemis vaincus, de criminels arrêtés ou de civils détenant des armes, les armes légères qui sont en surplus, obsolètes, saisies, remises ou confisquées devraient être détruites. Cela peut sembler évident, mais pas pour tous les gouvernements. Certains ont réduit leurs arsenaux pour réduire les coûts ou pour se conformer aux accords internationaux, puis ont essayé d’en tirer profit en les vendant dans leur pays ou à l’étranger. Le problème s’est donc transposé d’une communauté à une autre. Ce fut le cas de l’ex-Union soviétique qui, à la fin de la guerre froide, a procédé à la vente de dizaines de milliers d’armes à feu à des prix très intéressants, avec des résultats dramatiques pour l’Afrique. Cette pratique continue dans les Balkans. Par exemple, il y avait en Bosnie en 2004, après la guerre qui a éclaté dans les années 1990, plus de 850 000 armes légères. Depuis, quelque 100 000 (au maximum) ont été détruites, mais des quantités encore plus importantes ont été exportées – probablement en Afghanistan et en Irak, et les responsables sont incapables de savoir où elles sont passées.
2. RÉDUIRE LA FOURNITURE D’ARMES
Le marché des armes légères est mondial. La moitié des pays dans le monde fabriquent des armes légères ou des munitions et tous les pays en achètent. Bien qu’au moins 875 millions d’armes à feu soient déjà en circulation, le marché ne semble pas être saturé, puisqu’on estime que 8 millions de nouvelles armes légères sont fabriquées chaque année.
Une mesure pratique vers le désarmement est de réduire la quantité de nouvelles armes qui circulent. Jusqu’ici, aucun gouvernement n’était prêt à suggérer une réduction de la production mondiale, même en imposant des quotas maximaux. Or, aujourd’hui, la plupart des pays reconnaissent la nécessité de limiter – ou au moins de réglementer – la vente internationale de ces armes.