À six ans seulement de la date butoir de 2015 pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) visant à réduire la mortalité infantile et améliorer la santé maternelle, certains pays ont fait des progrès encourageants tandis que d’autres ont stagné ou, pis encore, ont reculé depuis la Déclaration du Millénaire adoptée en 2000.
Bien que le défi demeure, il y a des signes d’espoir dans le monde entier. En Afrique et en Asie, les pays ont associé les familles et les prestataires de soins à la formulation de solutions destinées à répondre à leurs défis locaux. Ils ont réussi à assurer l’accès des soins de base à un grand nombre de mères et de nouveau-nés, parfois aux deux. Les gouvernements ont promis des fonds ainsi que d’autres ressources et les organisations d’aide internationales ont mis sur pied avec des groupes locaux des programmes destinés à apporter des changements à partir de la base.
L’AMPLEUR DU PROBLÈME
Malgré les programmes actuels pour améliorer la santé maternelle et néonatale, les chiffres les plus récents indiquent qu’une femme meurt toutes les dix minutes durant sa grossesse, l’accouchement ou peu après l’accouchement. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sept nourrissons meurent chaque minute. Les causes principales des décès maternels sont les hémorragies, l’éclampsie (convulsions), les infections et les accouchements difficiles. Trois causes à elles seules – infections, asphyxie et naissance prématurée – représentent près de 80 % des décès des nouveau-nés.
Le « Compte à rebours jusqu’en 2015 », une initiative regroupant plusieurs partenaires qui vise à suivre les progrès dans la réalisation des Objectifs 4 (réduire la mortalité infantile) et 5 (améliorer la santé maternelle), a indiqué dans son rapport 2008 que 68 pays du monde entier représentaient 97 % des décès maternels et néonatals. Le rapport s’est concentré sur la couverture des interventions essentielles pour la santé maternelle, néonatale et infantile. Chaque année, on recense 536 000 décès maternels, 3,7 millions de bébés meurent dans les 28 premiers jours de leur vie, et 3,3 millions sont mort-nés. La majorité de ces décès (98 %) ont lieu dans les pays en développement, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud-Est enregistrant les taux les plus élevés.
En plus des décès maternels dus à la grossesse ou à l’accouchement, environ 10 à 20 millions de femmes meurent chaque année de maladies physiques ou mentales. En outre, les millions de nouveau-nés qui survivent n’atteignent pas leur plein potentiel en raison de complications à la naissance et pendant la période post-natale.
Dans une déclaration commune faite en septembre 2008, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Fonds des Nations Unies pour la population et la Banque mondiale ont déclaré que « la mortalité maternelle a des causes profondes, notamment l’inégalité entre les sexes, l’accès limité à l’éducation, en particulier le mariage précoce pour les filles, les grossesses chez les adolescentes, l’accès limité à la santé en matière de sexualité et de procréation (notamment pour les adolescentes) et autres facteurs sociaux ».
Bien que le taux de mortalité maternelle ait diminué dans le monde entier depuis 1990, les progrès sont limités et trop lents. Pour atteindre l’OMD d’ici à 2015, ce taux devra baisser de 5,5 %. La baisse du taux moyen est actuellement inférieure à 1 %. L’Afrique subsaharienne reste la région qui présente les plus grands risques en matière d’accouchement, avec une baisse annuelle négligeable de la mortalité maternelle et néonatale. Les décès de nouveau-nés et les enfants mort-nés sont étroitement liés à l’accès et à la qualité des soins fournis aux mères – et tant qu’on n’aura pas amélioré la santé maternelle, il y a peu de chances de réaliser des progrès en matière de santé néonatale.
La grossesse chez les adolescentes pose un défi particulier. Chaque année, environ 16 millions de filles âgées de 15 à 19 ans donnent naissance à un enfant. Un nourrisson sur dix dans le monde naît d’une mère adolescente. Ces nourrissons et leur mère nécessitent une attention particulière car ils sont exposés à des risques élevés de maladies et d’accidents mortels, ainsi qu’à l’exclusion sociale. Près de 95 % des mères adolescentes vivent dans les pays en développement, l’Afrique subsaharienne enregistrant les taux les plus élevés, où chaque seconde une femme donne naissance à un enfant avant d’avoir atteint sa vingtième année. Le Bangladesh, l’Inde, l’Amérique latine, les Caraïbes et les États-Unis enregistrent également des taux élevés.
En général, les grossesses précoces augmentent les risques pour la vie de la mère et celle de son enfant. Dans de nombreux pays, le risque de mourir de causes liées à la grossesse ou à l’accouchement est deux fois plus élevé pour les adolescentes âgées de 15 à 19 ans que pour les femmes âgées de 20 à 29 ans, et la situation est encore pire pour les filles de moins de 15 ans. Les bébés de mères adolescentes ont aussi plus de chances de mourir. La mort fœtale et durant la première semaine qui suit l’accouchement est 50 fois plus élevée chez les bébés dont la mère est âgée de moins de 20 ans. De plus, lorsqu’elles sont enceintes, les filles arrêtent leurs études, ce qui limite leur propre potentiel et celui de leur famille.
IL EST POSSIBLE DE RÉDUIRE LA MORTALITÉ MATERNELLE ET NÉONATALE
De nombreuses raisons permettent d’être optimiste sur la possibilité de réduire la mortalité maternelle et néonatale. Certaines avancées récentes comprennent la découverte du sulfate de magnésium pour traiter l’éclampsie et la prééclampsie grave; la capacité de contrôler les hémorragies après la naissance par une prise en charge active de la troisième étape de l’accouchement; le traitement des infections à l’aide d’antibiotiques; les soins après avortement par aspiration sous vide pratiqués par des infirmières et des sages-femmes formées; le traitement du paludisme et du VIH pendant la grossesse et la prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant; la qualité des soins prénatals; l’étude des décès maternels comme moyen d’améliorer la qualité des soins; et un plus grand éventail de méthodes pour mesurer les progrès.
Deux tiers des décès de nouveau-nés pourraient être évités si toutes les mères et tous les nourrissons avaient accès à des interventions essentielles courantes, réalisables et facilement accessibles qui ne font appel à aucune technologie complexe. Elles comprennent la vaccination contre le tétanos dans le cadre des soins prénatals, des soins compétents durant l’accouchement, l’allaitement précoce et exclusif, garder l’enfant au chaud ainsi qu’une prise en charge rapide du nouveau-né lorsque sa vie est en danger.
Les mesures pour améliorer la santé maternelle et néonatale doivent être guidées par ce qu’on appelle la « continuité des soins ». Ce terme a deux sens : premièrement, il signifie que les soins sont fournis de manière continue tout au long des différentes étapes de la vie – au moment de l’adolescence, avant la grossesse, pendant la grossesse et l’accouchement ainsi que pendant la période néonatale. Il se réfère aussi aux soins qui doivent être fournis à tous les niveaux du système de santé – à la maison et dans la communauté, au centre de santé et à l’hôpital.
Certains pays en développement, dont l’Égypte, le Honduras, la Malaisie, le Sri Lanka et la Thaïlande, ont considérablement réduit la mortalité maternelle depuis 1987 en améliorant l’accès à un personnel compétent dans la pratique de l’accouchement et la fourniture de soins obstétriques d’urgence en cas de complication. Ils ont compris que l’accès des mères et des nouveau-nés aux services est au centre d’un système de santé solide et que la baisse de la mortalité maternelle et néonatale qui en découle est une mesure de la réussite de ce système.
QUATRE ACTIONS PRIORITAIRES
Nous proposons quatre actions prioritaires pour améliorer la santé maternelle et néonatale qui contribueront à la réalisation des OMD 4 et 5, ainsi qu’à l’OMD 6 (combattre le VIH/sida, le paludisme et autres maladies) : (1) l’accès aux services de planification familiale; (2) la fourniture de soins par un personnel compétent durant la grossesse et l’accouchement; (3) la fourniture de soins essentiels aux mères et aux nouveau-nés dans les jours qui suivent la naissance; (4) la prévention et la prise en charge du VIH et du paludisme durant la grossesse et après la naissance.
Accès aux services de planification familiale
Le moyen le plus efficace de réduire la mortalité maternelle consiste tout simplement à réduire le nombre de grossesses. La planification familiale est un élément important pour améliorer la santé maternelle et infantile. Les études montrent que la planification familiale a des effets immédiats sur la vie et la santé de la mère et de son nourrisson. Assurer l’accès de base à la contraception pourrait réduire la mortalité maternelle d’un tiers et celle des jeunes enfants d’au moins 20 %.
Alors que l’usage de la contraception a considérablement augmenté depuis qu’elle a été introduite dans les années 1960, il existe d’énormes besoins en services de planification familiale, en particulier pour les adolescentes. Une étude récente sur les femmes mariées menée dans 53 pays a révélé que les besoins insatisfaits en matière de contraception étaient les plus élevés chez les femmes âgées de 15 à 24 ans. Quelque 4 millions d’adolescentes ont des grossesses non désirées chaque année; cependant, la majorité des mères adolescentes sont mariées et, pour la plupart, leur enfant est désiré. Dans les pays en développement, environ 90 % des naissances ont lieu chez des adolescentes qui sont mariées.
En plus de réduire les risques durant la grossesse et l’accouchement, il est essentiel de réduire les grossesses non désirées en assurant l’accès à la contraception. La planification familiale permet d’améliorer la santé maternelle et de réduire la mortalité maternelle de plusieurs façons :
• l’utilisation efficace de la contraception réduit le nombre de grossesses non planifiées et non désirées;
• au niveau individuel, la planification familiale réduit le nombre de grossesses et prolonge leur intervalle, ce qui réduit de manière générale le risque de décès;
• Au niveau national, la planification familiale réduit le nombre de grossesses et de naissances ; et
• La planification familiale peut être ciblée pour réduire le nombre de grossesses des femmes présentant des risques élevés de décès liés à la maternité.