LE POINT DE NON-RETOUR
Pour la première fois dans l’histoire, les activités humaines ont des conséquences sur la planète qui peuvent mettre en danger ses systèmes de base essentiels à la vie. Ces activités transforment rapidement l’atmosphère de la planète, ses étendues d’eau et la variété des espèces vivantes. Les émissions de dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre causées par les activités anthropiques ont changé l’atmosphère de la Terre, entraînant un changement climatique potentiellement catastrophique qui peut menacer la survie de la civilisation humaine. C’est une réalité et un phénomène qui se produisent sous nos yeux. Alors que les calottes polaires et le permafrost au Groenland commencent à fondre, le niveau de mer augmente. En Alaska, des villes entières sont submergées par les eaux. Des espèces comme l’ours polaire sont en voie d’extinction. Des États insulaires comme les Seychelles et des pays à faible élévation comme le Bangladesh risquent de disparaître dans l’océan. Et des centaines de millions de personnes pourraient connaître le même sort. On estime qu’il y aura 50 millions de «réfugiés environnementaux» d’ici à 2010 et plus de 200 millions d’ici à 2050–soit une personne sur 451.
En juin 2009, l’Assemblée générale de l’ONU a invité le Conseil de sécurité de l’ONU à intensifier ses efforts pour faire face au changement climatique et à ses conséquences possibles sur la sécurité2. Dans à peine 20 ans, nous pourrions avoir atteint le point de non-retour.
Nous sommes à un point crucial de l’histoire de l’humanité. Dans cet article, j’expliquerai ce que nous devons faire dès maintenant pour prévenir les dégâts importants et irréversibles causés à notre planète et à ses systèmes essentiels à la vie. Le Protocole de Kyoto, le seul accord international qui vise à promouvoir des mesures pour atténuer les risques climatiques, expire en 2012. Son sort sera décidé à la Conférence sur les changements climatiques de l’ONU qui aura lieu en décembre de cette année à Copenhague, qui pourrait bien être l’événement le plus important de l’année 2009. J’expliquerai ce que nous pouvons faire pour résoudre la crise climatique dans des termes concrets et comment Copenhague offre une chance de sortir de l’impasse entre les pays industriels et les pays en développement. Je proposerai deux solutions concrètes et réalisables qui s’appuient sur la législation existante en vigueur, l’extension du marché du carbone du Protocole de Kyoto et son Mécanisme pour un développement propre (MDP). Ces deux propositions peuvent combler le fossé qui existe entre les pays riches et les pays pauvres. Elles prévoient des mécanismes financiers et technologiques et ont suscité une réaction positive dans divers pays comme la Chine, l’Inde et les États-Unis; elles prennent en compte les demandes faites par les pays en développement à la récente réunion du Groupe des huit pays les plus industrialisés (G8) en juillet 2009; et elles ont été accueillies favorablement à la Réunion d’experts sur le commerce et le changement climatique organisée par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) à laquelle ont participé 100 nations et membres de la Conven-tion-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), en avril 20093. Copenhague pourrait marquer le début d’une guerre froide entre les plus grandes économies mondiales, comme la Chine et les États-Unis, ou ouvrir la voie à la coopération internationale qui pourrait être bénéfique à toutes les nations.
LE CYCLE DU CARBONE ET
LE PROTOCOLE DE KYOTO
Le changement climatique est une question mondiale qui nécessite une solution mondiale. Le carbone dans l’atmosphère est uniforme sur le globe et est produit par toutes les nations. On pourrait le comparer à une loi physique qui ne dépend pas des économies et des politiques. Alors que le niveau de la mer augmente, aucun pays n’est à l’abri. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Miami, en Floride, est l’une des villes la plus menacée au monde par le réchauffement climatique, avec des dégâts s’élevant à 3,1 milliards de dollars, suivi par Shanghai, avec 2,3milliards de dollars.
Alors que beaucoup continuent de nier l’impact de l’homme sur le changement climatique, les représentants des 192 États Membres de l’ONU tentent d’élaborer une solution. Le Protocole de Kyoto, signé par 160 nations en 1997, est un accord historique fondé sur la création d’un système d’échanges de permis d’émissions. Un des aspects importants est qu’il vise à réduire les émissions produites par les nations riches qui sont responsables de la majorité des émissions mondiales et à trouver une solution rapide en changeant les valeurs du marché de sorte que les émissions de carbone deviennent coûteuses alors que les technologies propres et le développement permettent de réaliser des bénéfices.
Le Protocole de Kyoto est le premier accord mondial fondé sur la création d’un marché mondial, une solution qui change la valeur des biens communs mondiaux. Pour la première fois dans l’histoire, nous avons recours à des mesures financières innovantes pour assurer la conservation des biens communs de la planète et la survie de nos espèces. Près de 100 % de toutes les espèces ont disparu. Notre défi doit être l’exception, et non la règle.
Il aura fallu 13 ans pour négocier le Protocole de Kyoto et le ratifier. Après avoir travaillé pendant 25 ans avec le système de l’ONU et été l’une des personnes à concevoir l’idée d’un marché du carbone, je sais comment ce Protocole est né, connais les principaux protagonistes et les questions actuelles qui pourraient le faire échouer4. Une plus grande coopération entre les pays en développement et les pays occidentaux, la réduction des écarts entre les revenus et la recherche de solutions à la crise climatique sont essentielles à la survie de l’accord de Kyoto et à celle de la Terre telle que nous la connaissons. Le fossé grandissant entre les riches et les pauvres n’est pas un aspect accessoire de cette situation. Il en est la cause profonde. Il est l’une des causes de l’utilisation non durable des ressources naturelles5.
Le sort du Protocole de Kyoto sera décidé en décembre de cette année à Copenhague. Le dernier et le plus important bastion d’opposition, la Chambre des représentants des États-Unis, est tombé soudainement en été 2009, approuvant la limite des émissions et la législation sur le système des émissions et d’échange de droits d’émissions. À première vue, la survie du Protocole semblait peu plausible–un long chemin semé d’embûches, qui rappelle Rocky II. Pourtant, malgré sa performance héroïque, il est aujourd’hui en fin de course. On estime généralement que les chances de trouver un accord à Copenhague sont de plus en plus compromises.
Des changements modestes dans le marché du carbone de Kyoto pourrait changer les règles sur lesquelles l’accord de Copenhague sera négocié, améliorant les chances de parvenir à des résultats positifs qui soient avantageux pour les États-Unis, l’Union européenne et le Japon tout en étant acceptables pour le Brésil, la Chine, l’Inde et le Mexique ainsi que pour tous les pays en développement, et qui répondent en même temps aux besoins des petits États insulaires en développement (PEID) dont la survie est directement en jeu. Les pays pétroliers pourraient tirer profit de l’innovation technologique que je propose –l’Arabie saoudite a pris l’engagement de devenir le leader de l’énergie solaire au cours du XXIe siècle6. Fait important, à la Réunion d’experts de la CNUCED sur le commerce et le changement climatique en avril 2009, un représentant de la délégation chinoise a officiellement approuvé cette proposition de principe et plusieurs membres du Congrès américain ont exprimé leur soutien.
COPENHAGUE : LE «DERNIER ARRÊT»
La capitale danoise est le dernier arrêt sur le chemin semé d’embûches depuis que le Protocole est devenu une loi internationale en 2005. Les quelques tentatives de faire avancer les négociations se sont soldées par des échecs. Les deux pays les plus pollueurs–les États-Unis et la Chine–ne s’accordent pas sur la limite des émissions, et les perspectives sont peu encourageantes.