VIH/sida et changements climatiques

Par Mary Crewe

Dans la plupart des cas, la démarche a consisté à décrire « ce qui est » et à trouver des moyens de gérer la crise existante et d’en limiter les conséquences, alors qu’il faudrait rechercher activement « ce qui pourrait être » et trouver des moyens de défier le statut quo et de préparer l’avenir afin d’envisager de nouvelles structures sociales, communautaires et familiales, de nouvelles façons d’appréhender la sexualité et les droits de l’homme.

Presque trois décennies après le début de la pandémie du VIH/sida, la stigmatisation, le déni et l’inaction des gouvernements subsistent. Des rapports font état d’une augmentation des taux d’infection dans les pays occidentaux industrialisés et l’on craint une explosion de l’épidémie dans les pays asiatiques. C’est pourtant en Afrique subsaharienne, qui compte moins de 15%  de la population mondiale, que se trouve l’épicentre de l’épidémie, avec plus de 70%  des infections dans le monde.

Compte tenu du temps et des efforts consacrés à la lutte contre le VIH/sida, il est temps de nous interroger sur l’efficacité des moyens engagés. Depuis le Programme mondial de lutte contre le sida de l’Organisation mondiale de la santé, qui est devenu le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), il y a eu, presque depuis le début de l’épidémie, une réponse mondiale de haut niveau : des conférences internationales biannuelles sur le sida qui attirent plus de 10 000 personnes; des conférences régionales et de nombreuses autres conférences sur la consommation de drogues, la sexualité et la santé publique; une session spéciale de l’ Assemblée générale de l’ONU en 2001; des réunions régionales des gouvernements donnant lieu à des déclarations et à des déclarations d’intention; le financement par un grand nombre de donateurs d’activités liées au VIH/sida dans le monde; et un grand nombre de manuels de formation consacrés à l’éducation, à la prévention, aux soins communautaires et aux services de soutien.

Des réunions de haut niveau ont lieu pour s’assurer que les Gouvernements assument leurs responsabilités et que les populations sont en mesure de faire face à la situation. Des personnalités éminentes sont sollicitées pour apporter leur soutien aux campagnes, subir un dépistage, divulguer leur état et prendre la tête de la lutte contre le VIH/sida ainsi que contre la stigmatisation et la discrimination liées à cette maladie.

Pourtant, malgré tous ces efforts, le dévouement et la détermination, les taux d’infection augmentent dans de nombreuses parties du monde, les communautés sont frappées par de nombreux décès et par des souffrances, les familles sont éprouvées par la mort de leurs enfants et des millions de jeunes font face à un avenir incertain en raison de la mort de leurs parents, de leurs frères et sœurs et de leurs proches. Les traitements étaient porteurs de grands espoirs et les médicaments étaient présentés comme la meilleure option en matière de prévention. Aujourd’hui, alors que le succès escompté des services bénévoles de conseils, du dépistage et des traitements ne s’est pas concrétisé, une grande impulsion est donnée en faveur de la circoncision masculine et contre la promiscuité sexuelle.

Le VIH/sida est l’une des questions sociales les plus fascinantes de notre époque. Il a exacerbé les maux sociaux et mis à jour de nouveaux : certaines tensions sociales qui étaient tolérées ou dissimulées; l’inégalité entre les sexes, le patriarcat, les viols de jeunes et leur exploitation; le manque de nourriture, de logements, d’éducation, de soins de santé et d’accès aux médicaments; les inégalités sociales ainsi que l’hypocrisie des sociétés et des relations politiques mondiales.

Le VIH/sida a, dans de nombreux cas, révélé les difficultés à instaurer des démocraties efficaces et responsables, l’impact de la culture et des pratiques culturelles sur l’épidémie ainsi que la corruption qui sévit dans toutes les sociétés, riches ou pauvres. La pandémie a ouvert la voie à une nouvelle forme de néo-colonialisme alors que les donateurs et les institutions de l’ONU donnent des leçons aux pays en développement sur la mauvaise gouvernance et offrent un soutien technique et des fonds. 

 

 

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