L'amitié par Bina Shah Ils passèrent par Stopsley Common et Yusuf descendit de l’autobus au coin de Butterfield Green Road pour faire quelques mètres à pied jusqu’à Vale. Il contempla les terres paisibles en dessous de Warden Hill, ce tapis d’or, de rouge et de vert parcouru d’un léger frémissement. L’air rafraîchit ses joues et caressa ses cheveux; il remarqua que son esprit s’apaisait, observant ses pensées avec un détachement qui lui semblait tout à fait naturel. Il n’y avait aucune raison d’avoir peur : il venait dire au revoir à une vieille amie, lui présenter ses respects. Nul autre endroit ne semblait mieux convenir que ce lieu, ce moment de la journée. « Pendant qu’il marchait le long de la route, il se rappela que Madame Colewyn disait que les matins étaient le moment de la journée qu’elle préférait, lorsque la journée s’ouvre comme une route sur laquelle on peut courir ou marcher, au gré de ses fantaisies. Elle aurait été séduite par le charme de cette matinée : cheminer d’un pas tranquille sur une route de campagne paisible, les oiseaux s’interpellant en se saluant comme des amis surpris de se rencontrer après de longues années. « Enfin, il atteignit la chapelle à Vale, un petit édifice en briques rouges entouré de chênes et de pruniers, orné d’un parterre de fleurs roses, blanches et pourpres devant l’entrée ombragée. Yusuf s’arrêta pour les regarder; un papillon solitaire blanc marbré allait de fleur en fleur avec une insouciance paresseuse. Mais au lieu de leur parfum, il sentit l’odeur du parfum au citron qu’elle gardait sur son bureau comme un souvenir de sa jeunesse. Ce parfum stagna aux confins de sa mémoire alors qu’il respira profondément et redressa les épaules pour entrer dans la chapelle. » Il s’agit d’un extrait d’une nouvelle que j’ai écrite en septembre 2009 appelée The Believers, où un adolescent britannique d’origine pakistanaise se lie d’amitié avec une vielle dame juive anglaise d’origine irlandaise formant un lien inhabituel, complexe, mais solide qui traverse les générations et les origines ethniques. Ces derniers paragraphes de l’histoire illustrent ce que je considère la relation essentielle entre les êtres humains et l’environnement : dans la coexistence respectueuse avec l’environnement, nous pouvons accéder aux vérités les plus profondes et aux aspects les plus honnêtes de l’humanité. Dans un environnement naturel, dans un lieu de charme, au milieu de la faune ou la flore, qui n’a jamais été inspiré à réfléchir sur la vie ? Pour les écrivains, l’environnement offre un décor, une inspiration ou une intensité narrative. L’environnement – une ville, une forêt ou une montagne – peut avoir dans un roman une personnalité aussi forte qu’un être humain. Camper un personnage dans un environnement hostile ou harmonieux a donné quelques-uns des récits les plus brillants de l’histoire de la littérature, par exemple Le Vieil Homme et la Mer d’Hemingway ou La Terre chinoise de Pearl Buck. En tant qu’êtres humains, nous sommes étroitement liés à notre environnement : nous définit, nous défie et est le catalyseur des multiples transformations que la vie nous apporte. Dans un roman ou un poème, le décor est crucial. La chute d’Adam et Ève aurait-elle été aussi dramatique si elle n’avait pas eu lieu dans le Jardin d’Eden ? La relation entre les êtres humains et l’environnement n’est pas seulement une relation de survie, c’est un rapport étroit. Nous sommes davantage nous-mêmes lorsque nous traitons l’environnement non pas comme la toile de fond de notre existence mais comme le compagnon le plus vital dans notre voyage de la vie. Bina Shah es l'auteur d'Animal Medicine and Blessings, de deux recueils de nouvelles et de trois romans, Where They Dream in Blue, The 786 Cybercafe et Slum Child. Son quatrieme roman, Children of Sindh, sera publié n Itlaie en 2010. |
Mary Crewe est Directrice du Centre d’études sur le sida à l’Université de Pretoria.