Un avenir pour l’Afrique

Par Yolandi Groenewald

Dans un petit village situé à l’ouest de la Zambie, le roi des Lozi – le Litunga – demande à son peuple de quitter les terres basses et de se joindre à lui pour participer à une cérémonie afin de célébrer la saison des pluies qui fertilisent leurs terres. Mais ces deux dernières années, il n’y a pas eu de célébrations. Les pluies sont arrivées plus tôt que prévu, provoquant des inondations dévastatrices. Les Lozi considèrent que cette situation est due aux changements climatiques. «Les saisons ont changé. C’est une véritable catastrophe», commente Bennet Imutongo Sondo, l’induna de 74 ans ou chef du village de Liyoyelo dans le district de Mongu, en Zambie.


Dans un petit village situé à l’ouest de la Zambie, le roi des Lozi – le Litunga – demande à son peuple de quitter les terres basses et de se joindre à lui pour participer à une cérémonie afin de célébrer la saison des pluies qui fertilisent leurs terres. Mais ces deux dernières années, il n’y a pas eu de célébrations. Les pluies sont arrivées plus tôt que prévu, provoquant des inondations dévastatrices. Les Lozi considèrent que cette situation est due aux changements climatiques. «Les saisons ont changé. C’est une véritable catastrophe», commente Bennet Imutongo Sondo, l’induna de 74 ans ou chef du village de Liyoyelo dans le district de Mongu, en Zambie.

Les scientifiques froncent les sourcils lorsqu’ils étudient l’impact du changement climatique en Afrique. Les résultats ne sont pas encourageants : l’Afrique connaîtra probablement des périodes de sécheresse, des inondations et d’autres effets climatiques extrêmes, alors qu’elle contribue le moins aux émissions de gaz à effet de serre – moins de 4%   des émissions totales mondiales. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la situation n’est pas près de changer. En raison de l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre, 1,8 milliard de personnes supplémentaires pourraient être victimes du stress hydrique d’ici à 2050. Les terres arides et semi-arides risquent d’augmenter jusqu’à 8 %, menaçant la sécurité alimentaire. Le GIEC avertit également que l’élévation du niveau de la mer, en particulier les régions côtières de l’Afrique de l’Est, pourrait augmenter les risques d’inondation. Les mesures d’adaptation pourraient représenter jusqu’à 10%  des produits intérieurs bruts conjugués de tous les pays africains.

LE CONTINENT LE PLUS VULNÉRABLE

Mis à part le GIEC qui fait autorité pour les questions climatiques, de nombreuses études mettent en évidence les conséquences graves pour l’Afrique. À une conférence tenu au Cap en septembre 2009, Oli Brown de l’Institut international pour le développement durable a déclaré au cours d’une discussion sur la sécurité et le changement climatique que «l’Afrique est le premier continent à ressentir pleinement les effets des changements climatiques sur la stabilité politique et économique qui sont exacerbés par ses conflits ethniques et politiques et autour des ressources environnementales ainsi que par sa dépendance vis-à-vis de secteurs sensibles comme l’agriculture pluviale.»


L’organisation d’aide internationale Oxfam estime qu’avec la hausse des températures, l’Afrique sub-saharienne perdra 2 milliards de dollars par an, simplement parce que la viabilité d’une seule culture, le maïs, est en déclin. Une étude du Forum humanitaire mondial situé à Genève indique que 15 à 20 pays les plus vulnérables au changement climatique se trouvent en Afrique.


Selon le Rapport sur le développement dans le monde 2010 : développement et changement climatique, un réchauffement de seulement 2°C par rapport aux températures de la période préindustrielle pourrait provoquer des réductions permanentes du PIB de 4 à 5%  en Afrique. L’eau sera une préoccupation majeure pour les pays africains, et plusieurs commentateurs ont fait savoir que des guerres de l’eau pourraient éclater parce que les populations seront en concurrence pour les ressources disponibles. Certains ont déjà suggéré que le conflit au Darfour pourrait être en partie dû à une pénurie d’eau dans la région.


En juillet 2009, dans un article paru dans Scientific American, l’économiste Jeffrey Sachs a écrit que « les années récentes ont montré que l’évolution dans la configuration des précipitations peut faire tomber un gouvernement et même déclencher des guerres. Le Sahel africain, juste au-dessous du Sahara, en est un exemple dramatique et poignant. Par exemple, les attaques sanglantes qui ont été perpétrées au Darfour, au Soudan, qui sont presque toujours débattues en termes politiques et militaires, prennent naissance dans une crise écologique directement liée aux chocs climatiques ».


En août 2009, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a dit dans une tribune libre intitulée Le climat coupable au Darfour : «Parmi les diverses causes sociales et politiques, la crise du Darfour est d’abord une crise écologique, causée en partie par le réchauffement climatique.»


L’assèchement du lac Tchad est directement lié à 80% au changement climatique depuis les années 1980. Ce phénomène touche le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger qui partagent le lac, et plusieurs organisations non gouvernementales ont mis en garde contre les risques de conflits concernant les ressources en eau disponibles.
Actuellement, 20 pays en Afrique souffrent de la pénurie d’eau et le Rapport sur le développement dans le monde 2010 note que 12 pays supplémentaires pourraient connaître la même situation dans les 25 prochaines années.


Les 63 bassins transfrontaliers de l’Afrique représentent plus de 90%  de ses eaux de surface, et aucun traité n’aborde la question du partage des eaux en Afrique. L’Afrique du Sud, l’économie la plus dynamique du continent, pourrait aussi connaître un stress hydrique d’ici à 2025.

Les chercheurs de la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA) ont indiqué que l’Afrique australe a enregistré en 2007-08 une perte de plus de 4 millions de tonnes de maïs destinées à la consommation. Déjà, les configurations des précipitations ont changé en Afrique et les périodes de sécheresse sont plus fréquentes, ce qui pourrait menacer les moyens d’existence de près de 75% de la population du continent qui pratiquent l’agriculture.
 

LES PUITS DE CARBONE

Mais l’Afrique a également la possibilité d’apporter une contribution importante à l’atténuation des effets du changement climatique en investissant dans les forêts pluviales du monde qui constituent des «puits de carbone».

Les plus grandes zones de forêts pluviales d’Afrique se trouvent en Afrique centrale, en Afrique de l’Ouest, en Afrique de l’Est et à Madagascar. Mais pour répondre aux besoins des communautés locales et des pays développés, l’exploitation forestière commerciale, l’exploitation minière, l’exploitation du bois de combustible et l’agriculture ont entraîné une déforestation importante.

Alors que 2% des forêts pluviales mondiales ont été rasées, la deuxième forêt tropicale humide contiguë la plus étendue se trouve dans le bassin du Congo en Afrique. Cette vaste zone de verdure couvre une large superficie englobant le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo (RDC), la Guinée équatoriale, le Gabon et la République du Congo. Depuis les années 1980, cette forêt a connu les taux d’exploitation forestière et de défrichement les plus élevés au monde.

 

 

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