L’allaitement,
c’est la mère 
qui décide

Par Márie Clements
Une mère allaite son bébé.
Une mère allaite son bébé. Le « Programme Ami des bébés » de l’UNICEF Royaume-Uni collabore avec des spécialistes et des établissements de santé pour soutenir et promouvoir l’allaitement. Photo: UNICEF UK/Jill Jennings.


Nous avons atteint un point culminant. En moins de cinquante ans, l’allaitement est devenu l’exception plutôt que la règle – une tendance dévastatrice pour la santé et le bien-être de vastes segments de la population mondiale. L’augmentation des taux et de la durée d’allaitement pourrait sauver la vie de
1,4 million de bébés et aider les gouvernements nationaux et locaux, à la fois des pays en développement et des pays développés, à atteindre d’ici à 2015 les Objectifs du Millénaire pour le développement en matière de santé.
 

Il est temps de se défaire des croyances et de regarder d’un œil nouveau comment intégrer l’allaitement à la vie moderne. Il faut mettre en place un modèle culturel faisant place aux femmes où la mère dispose de son propre corps et est pleinement engagée dans l’expérience de l’allaitement. L’allaitement et la vie ne s’excluent pas mutuellement : ce n’est ni une question de choix, ni une science. Il s’agit de l’éducation et du pouvoir, non pas d’une action menée pour une bonne cause. Examinons les brillantes idées qui ont été développées pour la commercialisation des laits artificiels et copions-les. Les controverses et les descriptions du style de vie associé à l’allaitement n’ont pas incité les femmes à choisir l’allaitement plutôt que le biberon. Ce qu’il faut, c’est offrir un soutien pratique et enrichissant à la mère pour qu’elle dispose de son corps et prenne plaisir à donner le sein à son bébé.
 

La démarche consciente de l’allaitement, une formule que j’ai inventée, illustre les observations et les expériences cliniques en faveur de l’allaitement dans une culture centrée sur le biberon et le lait artificiel. Bien que l’allaitement soit naturel, ce n’est pas un réflexe acquis : l’enfant doit apprendre à téter. L’allaitement doit être une expérience agréable et enrichissante pour la mère et ne provoquer aucune douleur.
 

Au cours de la dernière moitié du siècle dernier, le préjugé le plus tenace était que les bébés naissaient en sachant téter. C’est vrai dans une certaine mesure : ils agissent par instinct, leur volonté de survie les pousse à s’agripper à leur mère et à chercher son sein pour se nourrir. Toutefois, ce réflexe n’est pas toujours acquis. Il arrive qu’une tétée ne soit pas jugée « suffisamment bonne » et que la mère moderne ou son médecin décide d’y mettre fin. Au cours des trente dernières années, mon point de vue sur cette question a évolué. Le synchronisme entre le nourrisson, le sein et le cerveau – le circuit hormonal – a toujours été centré sur le bébé. Ce dernier est l’élément moteur du processus, mais il n’en comprend pas toutes les données. Il ne sait pas forcément ce qui est le mieux pour lui. Il peut se nourrir trop ou pas assez, ce qui peut perturber son rythme de veille, de sommeil et de tétée au sein ou au biberon et le rendre grognon.
 

Tous les nourrissons et toutes les mères ne se ressemblent pas. Il est plus facile d’être rigoureux lorsqu’on utilise une source d’alimentation fixe, moins facilement digestible, comme le lait artificiel. Contrairement à ce dernier, l’allaitement, par définition et dans sa constitution, n’est donc pas une pratique qui peut être facilement généralisée. Pour pouvoir mettre en place une approche cohérente et réussie, il faut mettre l’accent sur la tétée afin que le nourrisson absorbe un nombre maximal de calories à un rythme confortable pour lui et pour sa mère.
 

Demandez à une personne de définir l’allaitement et vous aurez de nombreuses réponses qui embrouillent souvent les arguments à la fois en faveur et contre cette pratique. Avec une définition aussi vague de l’allaitement, comment les généralisations sur la prise en charge de l’allaitement peuvent-elles inclure la majorité ?
 

Qui a le contrôle ? C’est le bébé. Cela est un fait indéniable et une question de survie. Pourquoi un bébé refuserait-il de se nourrir dès le début ? Il ne sait pas que sa mère a des « choix ». Il ne peut se débrouiller seul, il dépend de sa mère pour se nourrir. Cela inclut, entre autres, l’allaitement.
 

Les mères qui choisissent d’allaiter leur enfant comprennent que le sein est une source de nourriture pour leur nourrisson. C’est une démarche consciente. Elles sont pleinement engagées dans chaque tétée. Les membres de la famille et les autres prodigues de soins seront heureux de prendre le bébé dans leurs bras entre les tétées.

 

 

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