La soif d’apprendre

enfants jouent
Enfants déplacés en Haiti, jouent dans un campement. UN Photo/Sophia Paris

L’éducation devait être la clef de voûte de l’œuvre internationale de relèvement d’Haïti. Sans éducation, pas
d’avenir.

Rares sont les gens que leur travail conduit, comme moi, à rencontrer en l’espace de quelques heures un président de la République et une mère sans logis. Et tous les deux, la mère et le Président m’ont dit la même chose.

Trois mois après le tremblement de terre qui a dévasté Haïti, le Président René Préval m’a accueilli dans son bureau de Port-au-Prince − installé dans un modeste bâtiment du jardin à l’arrière du palais présidentiel en ruine. D’entrée de jeu, il m’a déclaré que l’éducation devait être la clef de voûte de l’œuvre internationale de relèvement d’Haïti. Sans éducation, pas d’avenir.

Peu de temps après, je me suis rendue dans un camp de toile surpeuplé où plusieurs milliers de famille avaient trouvé refuge. Une femme trop mince a poussé vers moi son fils, un garçon au regard vif âgé de huit ans au plus. « Il veut apprendre, me dit-elle avec une détermination tranquille. Donnez-lui sa chance. »

Deux personnes placées aux deux extrémités de l’échelle sociale. Et toutes les deux m’ont livré le même message, que j’ai entendu répéter mille fois pendant les deux jours que j’ai passés sur place. Les Haïtiens ont besoin de notre aide et l’accueillent avec reconnaissance. Mais pour ce qui est de reconstruire leur pays, ils veulent le faire eux-mêmes. Et ce travail commence par l’école.

L’école est la voie qui mène à un travail décent, et ceci plus encore dans un pays comme Haïti où le taux de chômage est élevé et où les emplois sont rares. À cela s’ajoute une considération plus immédiate. Au lendemain d’une catastrophe, l’école fait plus qu’enseigner. Elle donne aux enfants l’impression d’un retour à la normale au milieu du chaos qui les environne. C’est un havre de paix et un sanctuaire. Et, surtout, c’est une source d’espoir pour l’avenir.

Quand des gens vivent au bord du désespoir et manquent de tout, depuis les aliments jusqu’au logement et aux médicaments, cette aspiration à une vie normale devient plus importante que jamais. C’est pourquoi la Mission des Nations Unies en Haïti, travaillant en étroite collaboration avec le Gouvernement et les organisations humanitaires internationales, s’est efforcée de rouvrir les écoles le plus rapidement possible. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables. Ayant passé un après-midi dans un camp de sinistrés et participé quelques heures plus tard à une patrouille de nuit, je comprends mieux toute l’étendue de leurs peurs et de leurs frustrations. Dès qu’il se met à pleuvoir, la boue envahit tout. Les tentes s’effondrent. Il n’y a plus aucun endroit sec où dormir. Et, bien entendu, dans les recoins obscurs sévissent souvent la violence et le viol.

 

 

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