Changements climatiques et paludisme: un lien complexe

Par S.D. Fernando, R. Wickremasinghe and A.R. Wickremasinghe 01.06.2010
Au Nigeria, des hommes posent pour une photo après avoir pulvérisé des insecticides à l’intérieur des maisons.
Au Nigeria, des hommes posent pour une photo après avoir pulvérisé des insecticides à l’intérieur des maisons. © Adam Nadel /Malaria Consortium

Les changements climatiques augmenteront les risques de transmission dans les régions traditionnellement impaludées, dans celles où la maladie a été maîtrisée ainsi que dans de nouvelles régions qui étaient jusqu’ici épargnées.
 

Les changements climatiques désignent une variation statistiquement significative de l’état moyen du climat ou de sa variabilité qui persiste pendant de longues périodes (généralement pendant des décennies ou plus) pouvant être dus à des processus internes naturels, à des forçages externes ou à des changements anthropiques persistants de la composition de l’atmosphère ou de l’affectation des terres1. Le paludisme, la maladie parasitaire tropicale transmise par le moustique la plus mortelle au monde, provoque la mort d’un million de personnes et en touche un milliard dans 109 pays en Afrique, en Asie et en Amérique latine2. La réduction de son impact renforcera significativement les efforts menés en vue d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, convenus par tous les États Membres des Nations Unies2. Les variations des conditions climatiques, comme la température, le régime des précipitations et l’humidité, ont un effet important sur la durée de vie du moustique, sur le développement des parasites du paludisme dans le moustique et, ensuite, sur la transmission de la maladie3.
 

Les températures mondiales ont augmenté significativement au cours des 100 dernières années, avec une tendance au réchauffement qui s’est accélérée depuis la moitié des années 19504. Selon une modélisation du paludisme, cette hausse augmentera les taux de transmission de la maladie par le moustique et modifiera la répartition géographique5. Alors que certaines études indiquent une recrudescence de la maladie dans les régions endémiques du paludisme6-8 ou sa réémergence dans des régions où elle avait été maîtrisée ou éradiquée9,10, d’autres n’établissent aucun lien entre le paludisme et les changements climatiques11. Par le passé, le paludisme a été endémique en Europe, y compris en Scandinavie mais, malgré la hausse des températures mondiales, il a été éliminé en 1975 grâce à des conditions socioéconomiques plus favorables, à des systèmes d’irrigation et d’évacuation plus efficaces, à l’adoption de nouvelles méthodes agricoles et de nouveaux comportements ainsi qu’à l’accès aux soins de santé de meilleure qualité.
 

Le lien qui existe entre le paludisme et les changements climatiques est complexe et l’on n’en comprend pas encore parfaitement les mécanismes. Les changements climatiques augmenteront les risques de transmission dans les régions traditionnellement impaludées, dans celles où la maladie a été maîtrisée, ainsi que dans de nouvelles régions qui étaient jusqu’ici épargnées. La hausse des températures, des précipitations et de l’humidité peut entraîner la prolifération des moustiques porteurs du paludisme dans les régions de haute altitude, favorisant une augmentation de la transmission dans des régions qui, jusqu’alors, n’étaient pas exposées14. Dans les régions de basse altitude qui sont déjà touchées, la hausse des températures accélérera le cycle de développement du parasite dans le moustique, favorisant la transmission et augmentant donc le fardeau de la maladie15,16.
 

Les changements climatiques ont des conséquences importantes sur le cycle d’El Niño qui est associé au risque de maladies transmises par les moustiques, comme le paludisme, la dengue et la fièvre de la vallée du Rift. Dans les climats secs, de fortes précipitations peuvent créer des conditions favorables à la reproduction des moustiques. Les périodes d’humidité et de sécheresse plus fréquentes peuvent transformer les rivières en une succession de mares, le lieu de reproduction préféré des moustiques17. Dans certaines régions, de fortes précipitations peuvent inonder les lieux de reproduction et réduire l’incidence du paludisme. En Colombie et au Venezuela, les cas de paludisme ont augmenté de plus d’un tiers à la suite des périodes de sécheresse associées à El Niño. Au Sri Lanka, avant l’utilisation du DDT (un pesticide agricole synthétique utilisé pour contrôler le paludisme), le risque de paludisme était multiplié par trois lorsqu’il n’y avait pas de mousson, phénomène également associé à El Niño. En Afrique australe, une épidémie de paludisme a récemment eu lieu à la suite de chutes de pluies inhabituelles17. Les régions à l’Ouest et au Nord-est de l’Inde ont enregistré une augmentation des cas de paludisme due aux fortes précipitations pendant La Niña en 1996 et une diminution avec la baisse des précipitations pendant El Niño en 199818. En résumé, les changements du cycle d’El Niño peuvent augmenter le risque paludogène résultant en épidémies de paludisme.

 

 

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