Les filles en temps de guerre: esclave sexuelle, mère, aide domestique, soldat

Par Radhika Coomaraswamy
Jeune fille de 14 ans a l’entrée d’un hôpital de Goma, République démocratique du Congo
Une jeune fille de 14 ans se trouve dans l’entrée d’un hôpital de Goma (République démocratique du Congo) soutenu par l’UNICEF
 où elle attend d’être examinée par des médecins. ©UNICEF/ROGER LEMOYNE

Dans les conflits armés, les femmes fuient en grand nombre et ont recours à la prostitution pour assurer leur survie. Elles sont exploitées par des groupes internationaux de criminels impitoyables.

« Les assaillants m’ont ligotée parce que je me débattais. J’ai été violée par cinq d’entre eux jusqu’à ce qu’un des commandants qui connaissait mon père intervienne. Puis il m’a emmené chez lui et je suis devenue sa femme. J’ai accepté parce que j’avais peur et que je craignais qu’il me traite comme les autres. » C’est le témoignage d’une jeune fille de 14 ans, originaire du Liberia, recueillí dans un groupe de consultation organisé conjointement par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et le Bureau du représentant spécial du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés (OSRSG/CAAC), et figurant dans le Rapport Machel.
 

Cette histoire montre combien les filles sont vulnérables dans les conflits armés. Elles peuvent de fait être affectées par la guerre de cinq façons différentes. Premièrement, elles sont souvent directement touchées par la violence : tuées, mutilées ou violées, elles sont victimes de crimes de guerre. Deuxièmement, elles peuvent être recrutées et utilisées pour combattre sur les champs de bataille. Troisièmement, en tant que réfugiées et personnes déplacées dans leur pays, elles vivent souvent dans des environnements non sécurisés et sont souvent privées des installations de base. Quatrièmement, elles sont souvent victimes de la traite et exploitées en raison de leur vulnérabilité. Enfin, quand elles sont orphelines, certaines se retrouvent à la tête de leur famille et doivent trouver un emploi pour subvenir aux besoins de leurs frères et sœurs.
 

La violence directe

Le nombre d’enfants touchés directement par la violence, et en particulier des tueries, a considérablement augmenté au cours des dernières années. Beaucoup ont perdu la vie pris entre deux feux dans la lutte contre le terrorisme. Nous avons vu des enfants qui ont été utilisés dans des opérations-suicides et d’autres qui ont été victimes de bombardements aériens, ce qu’on appelle de manière emphatique les « dommages collatéraux ».
 

J’ai rencontré Aisha en Afghanistan. Sa maison a été détruite pendant un raid aérien qui a tué une grande partie de sa famille et son école a été saccagée par des insurgés qui sont contre l’éducation des filles. Mais elle est déterminée à poursuivre ses études pour devenir enseignante.
 

La violence sexuelle

Dans les situations de conflit, les filles sont souvent violées. Le viol des filles et des femmes est souvent une stratégie militaire destinée à terroriser la population et à humilier la communauté. Parfois, le climat d’impunité qui règne dans les zones de guerre favorise le viol et l’exploitation par des soldats qui savent qu’ils ne seront pas poursuivis. J’ai rencontré Eva en République démocratique du Congo (RDC). Elle et ses amies allaient à l’école quand elles ont été attaquées par des membres des Forces démocratiques de libération du Rwanda. Elles ont été emmenées au camp, violées à maintes reprises, contraintes à vivre dans la nudité et ont été assignées aux tâches ménagères au profit des membres du groupe. Eva a réussi à s’enfuir et s’est réfugiée dans l’hôpital de Panzi qui accueille les victimes de la violence sexuelle. C’est là qu’elle a découvert qu’elle était enceinte. Elle avait 13 ans. Quand je l’ai rencontrée, l’hôpital de Panzi s’occupait de son enfant pendant qu’elle allait à l’école. On a essayé de retrouver sa famille, sachant cependant que les filles qui sont victimes de viol sont souvent rejetées par leur famille.
 

Les filles soldats

Les filles sont de plus en plus recrutées comme enfants soldats dans les forces armées. Certaines sont enlevées et doivent remplir le double rôle d’esclave sexuelle et d’enfant soldat. Cela a été particulièrement vrai pendant les guerres en Sierra Leone et au Liberia. Dans d’autres cas, les filles rejoignent les forces armées pour de multiples raisons : elles sont endoctrinées, elles veulent fuir leur famille ou elles n’ont pas d’autres choix pour survivre. En Colombie, j’ai rencontré Maria, une fillette qui a été une enfant soldat. Elle avait rejoint les groupes rebelles parce que ses frères l’avaient fait avant elle. Victime de la violence familiale, elle s’était enfuie de chez elle. Elle a combattu aux côtés des rebelles et a été capturée au cours d’un affrontement. Aujourd’hui, elle se sent perdue. Elle ne veut pas revenir chez elle, mais elle n’a ni l’éducation ni les compétences pour vivre seule. Quand je l’ai rencontrée, elle avait été placée dans une famille. Elle avait l’impression que les garçons avaient peur d’elle à cause de son passé. Elle m’a aussi dit que beaucoup de filles qui avaient fini par quitter le mouvement étaient devenues des prostituées pour survivre.
 

Personnes déplacées dans leur pays

Dans le monde entier, 80 % des réfugiés et des personnes déplacées dans leur pays sont des femmes et des enfants. Les enfants déplacés sont peut-être l’une des catégories les plus vulnérables. Dans de nombreuses parties du monde, ils sont séparés de leur famille pendant leur fuite et deviennent des orphelins du jour au lendemain. Et une fois dans les camps, ils sont souvent recrutés par les forces armées. Les enfants déplacés souffrent aussi de taux de malnutrition élevés et ont un accès limité aux services médicaux. Un grand nombre de filles sont victimes de la violence à l’intérieur du camp ou quand elles en sortent pour ramasser du bois de chauffage ou vaquer à d’autres tâches indispensables. Pour les défenseurs des droits des enfants déplacés, la première priorité consiste à garantir leur sécurité. Leur objectif est de s’assurer que les enfants ne courent pas de danger, qu’ils sont protégés contre la violence sexuelle et le recrutement et que des espaces sont réservés aux enfants dans le camp. La deuxième priorité, c’est l’éducation. Récemment, les institutions de l’ONU et les organisations non gouvernementales (ONG) se sont associées pour défendre l’éducation pour qu’elle soit une partie intégrale de la réponse urgente et non pas considérée comme un élément superflu. Ce fut l’un des messages clés du débat en mars 2009 de l’Assemblée nationale sur l’Éducation dans les situations d’urgence. Il est important de prévoir des écoles et des aires de jeux pour les enfants quand le camp est mis sur pied et que les familles sont installées. Cela permet aux enfants qui vivent dans les camps de reprendre une vie normale dans un environnement structuré. 

 

 

Go to the Top