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RÉUNIONS DE LA COMMISSION MIXTE CAMEROUN-NIGERIA

Allocutions d'Ouverture

Communiqué final

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CINQUIÈME RÉUNION

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Tous les Communiqués

ALLOCUTION D’OUVERTURE DU PRÉSIDENT DE LA COMMISSION MIXTE
ET REPRÉSENTANT SPÉCIAL DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DES NATIONS UNIES, M. Ahmedou OULD-ABDALLAH

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Yaoundé, 5 août 2003

Alors que s’ouvre aujourd’hui la cinquième réunion de la Commission Mixte Cameroun-Nigéria, je voudrais remercier les Chefs des délégations camerounaise et nigériane, Son Excellence Monsieur Amadou Ali, Ministre d’État chargé de la Justice, Garde des Sceaux de la République du Cameroun, et Son Excellence le Prince Bola Ajibola, ancien Ministre de la Justice et Procureur général de la République du Nigéria, des mots généreux qu’il viennent d’avoir à mon endroit.  Je voudrais aussi dire à quel point je suis content de voir que le contact et le dialogue ont été rétablis de façon irréversible entre le Cameroun et le Nigéria.  Au-delà même des accords qui peuvent être signés, l’essentiel est en effet dans ce rapprochement entre les deux pays, un rapprochement qui a grandement facilité les progrès réalisés par la Commission Mixte dans l’accomplissement de son mandat.  C’est aussi grâce à la compréhension et à l’engagement des Chefs de délégation que nous sommes en train de contribuer à faire de cette région un pôle de stabilité et de paix.

Comme nous l’avions décidé à notre réunion d’Abuja, le rythme de notre progression s’est accéléré au fur et à mesure que nous avançons.  Depuis le 12 juin en effet, votre Sous-Commission de la démarcation et votre Sous-Commission des populations concernées se sont réunies chacune deux fois.  La première fois à Dakar au début de juillet et la deuxième fois ici même à Yaoundé au cours des quatre derniers jours.  C’est avec un très grand plaisir que je peux annoncer qu’elles ont fait toutes les deux des progrès significatifs dans l’accomplissement de leurs missions respectives, et que ces progrès nous rapprochent sensiblement de notre but, qui est la mise en oeuvre de l’arrêt du 10 octobre 2002 de la Cour internationale de Justice.

Le 1er juillet 2003, votre Sous-Commission de la démarcation a consacré une journée entière à l’examen de la question importante du financement de l’opération de démarcation, dont le coût estimatif total s’élève à près de 12 millions de dollars.  À l’issue de ses délibérations, elle a adopté un document qui, une fois entériné par la Commission Mixte, sera soumis à un certain nombre de pays amis et d’organisations internationales pour appuyer notre démarche de mobilisation de fonds.  Le 1er juillet à Dakar, le Cameroun a annoncé qu’il avait versé sa contribution de 1,25 million de dollars au Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies.  Le Nigéria a suivi aussitôt après. C’est donc un total de 2,5 millions de dollars que le Cameroun et le Nigéria ont déposé dans le Fonds d’affectation spéciale de l’ONU pour lancer la démarcation.  Le budget ainsi constitué permettra d’opérationnaliser la première phase du processus de démarcation, c’est-à-dire l’acquisition et l’exploitation d’images satellitaires.

Je tiens à saluer par ailleurs la mise en place par la Sous-Commission de la démarcation, le 4 août à Yaoundé, d’une Équipe Technique Mixte chargée de suivre l’exécution des travaux de démarcation sur le terrain.  Cela représente également un pas significatif en avant dans la réalisation de notre mandat.

Je voudrais mentionner maintenant les progrès réalisés par votre autre organe subsidiaire, la Sous-Commission des personnes concernées, dans la réalisation de son propre mandat.  Ce mandat, permettez-moi de le rappeler, consiste à identifier les populations concernées, à évaluer leur situation et à examiner les moyens relatifs à la protection de leurs droits.  Il est tout à fait légitime de penser à ces populations.  À Dakar, les 2 et 3 juillet, la Sous-Commission a mieux cerné la question de la définition des populations concernées.  Ici à Yaoundé, les 31 juillet, 1er et 2 août, elle a mieux balisé la question de leurs droits.  Mais, surtout, elle a adopté un programme de travail détaillé qui contient une proposition de calendrier de visites qui est aujourd’hui soumise à votre approbation.  Selon ce calendrier, la première visite sur le terrain aura lieu au lac Tchad dès le mois prochain, et la Sous-Commission présenterait un rapport d’étape à la sixième réunion de la Commission Mixte en octobre 2003.  Des visites sont ensuite prévues dans la zone de la frontière terrestre et à la presqu’île de Bakassi.  La Sous-Commission présenterait son rapport final à la huitième réunion de la Commission Mixte en février 2004.  Je n’ai pas besoin de souligner quel immense progrès cette proposition de calendrier représente et quelles perspectives exaltantes elle nous ouvre.

Étant donné le peu de temps qui nous sépare de la date envisagée pour la visite au lac Tchad et l’ampleur des préparatifs à prévoir, le Secrétariat a préféré anticiper l’approbation de la Commission Mixte et commencer immédiatement à dresser une liste de contrôle pour la planification de cette visite, notamment sur le plan logistique.  Des contacts seront pris incessamment avec les délégations du Cameroun et du Nigéria à la Sous-Commission des populations concernées pour recueillir leurs vues et leurs propositions.

Je ne voudrais pas clore ce bref aperçu des travaux réalisés par vos deux Sous-Commissions sans souligner le bon travail qu’ont fait les délégations du Nigéria et du Cameroun et rendre hommage à leurs Chefs.  Qu’il me soit permis de citer ici le Prof. Maurice Kamto, le Pr A.I. Asiwaju et le Pr A.O. Cukwurah pour la Sous-Commission des populations concernées, et l’Ambassadeur Martin Belinga-Eboutou et Son Excellence Alhaji Dahiru Bobbo pour la Sous-Commission de la démarcation.  Nous devons les encourager à continuer dans cette bonne voie qu’ils ont ouverte.

Je voudrais évoquer maintenant une question qui me paraît particulièrement importante, à savoir celle du Programme de travail de la Commission Mixte.  À Abuja, le 12 juin, la Commission Mixte a décidé d’examiner la question de son Programme de travail à sa réunion de Yaoundé.  Nous avons maintenant reçu les propositions des deux Parties concernant ce programme.  J’estime quant à moi que ces propositions contiennent suffisamment d’éléments communs, ou du moins compatibles entre eux, pour que nous puissions dégager dans les deux jours qui viennent un acccord sur un consensus.  Le Programme de travail que nous adopterons devra à la fois tenir compte des points de vue de chacune des Parties, et nous permettre de lancer de façon irréversible le processus de mise en oeuvre de la décision de la Cour internationale de Justice.

Plusieurs questions importantes sont inscrites dans les propositions de programme de travail des deux parties.  Je voudrais en distinguer deux, qui me paraissent particulièrement pertinentes à ce stade de nos travaux, à savoir la question du retrait des administrations et des forces militaires et de police, et la question de la frontière maritime.

En ce qui concerne la question du retrait des administrations et des forces militaires et de police, je tiens à reconnaître la position du Gouvernement nigérian, qui à ouvert la voie à leur retrait de la région du lac Tchad avant la fin de cette année.  Vous imaginez sans peine le travail considérable de préparation et de planification qu’une telle perspective implique.  Nous devrons réfléchir ensemble à la façon dont nous procéderons.  C’est pourquoi je proposerais que notre Commission Mixte mette sur pied un Groupe de travail qui serait chargé d’examiner sous tous ses aspects le projet de retrait de l’administration et des forces militaires et de police nigérianes de la région du lac Tchad.  Il s’agit de trouver une approche constructive qui veillera à ne pas heurter les intérêts des populations concernées.  Il va sans dire que l’expérience acquise dans la préparation, puis l’exécution de ce premier retrait pourra servir, avec les aménagements qui s’imposent, pour les prochaines phases de nos travaux.

La deuxième question que je voudrais évoquer par rapport à notre programme de travail est celle de la frontière maritime.  Je ferai observer que, sur cette question, nous sommes passablement en retard par rapport aux dirigeants du Nigéria et du Cameroun.  Dès le 4 février 2003 en effet, dans le discours qu’il a prononcé à l’ouverture de la deuxième réunion de la Commission Mixte à Abuja, le Vice-Président de la République fédérale du Nigéria, Son Excellence M. Atiku Abubakar, proposait d’aborder cette question.  Le 2 avril 2003, Son Excellence le Premier Ministre Peter Mafany Musonge lui répondait favorablement dans son discours d’ouverture de notre troisième réunion.  C’est ainsi que la délimitation de leur frontière maritime fait désormais partie des propositions de programme de travail soumises par les deux délégations.

Il appartient maintenant à la Commission Mixte de traduire dans les faits la volonté des deux Gouvernements aussi clairement exprimée par leurs plus hautes personnalités.  Une première étape pourrait consister, pour les délégations camerounaise et nigériane, à faire parvenir au Secrétariat de la Commission, avant la sixième réunion de la Commission Mixte en octobre 2003, un exposé de leur position sur la question.  À sa réunion d’Abuja, la Commission pourrait mettre sur pied un autre Groupe de travail, celui-là sur la frontière maritime, qui aurait pour mandat d’examiner la question sous ses aspects techniques et de nous faire une proposition en décembre 2003.

Je voudrais maintenant terminer cette allocution sur la question des mesures de confiance que les Présidents Paul Biya et Olusegun Obasanjo nous ont engagés à prendre et à développer.  Il s’agit là d’un aspect du mandat de la Commission Mixte Cameroun-Nigéria que je considère comme primordial.  Il nous appartient de progresser encore davantage dans le renforcement de ces mesures, pour que les travaux de la Commission Mixte rapprochent encore plus les populations camerounaises et nigérianes en général, et rassurent les populations concernées en particulier.

Premièrement, il y a le projet de réunion au sommet des Chefs d’État des pays membres de la Commission du Bassin du Lac Tchad, que la Commission Mixte a entériné à sa deuxième réunion, à Abuja, et à laquelle elle donné un commencement de suivi en dépêchant une mission conjointe au Secrétariat de la CBLT le 13 mars 2003.  Vous vous souviendrez que la Commission Mixte a suivi avec attention les rapports faits par les membres de cette mission à sa troisième réunion.  Que pouvons-nous faire pour qu’une impulsion nouvelle soit donnée à ce projet?

Deuxièmement, il y a le projet de route Mamfé-Ikom devenu, au fil de nos réunions, Mamfé-Abakaliki, puis Abakaliki-Mutengene.  Nous avons de bons rapports avec la Banque mondiale et avec la Banque africaine de développement.  Il nous faut tirer le meilleur parti de ces rapports, surtout du côté du Cameroun.

Troisièmement, je me réjouis que la proposition de programme de travail du Cameroun mentionne un  dispositif officieux d’alerte rapide en cas de catastrophes naturelles ou autres, que l’on pourrait étendre, plus globalement, à la protection de l’environnement et des écosystèmes communs.  Nous avons besoin de suivre ce projet.

Quatrièmement, toujours dans le cadre des mesures des confiance, il y a bien entendu le renforcement de la coopération transfrontalière tout au long d’une frontière longue de « plus de 1700 kilomètres ».  J’avance ce chiffre sans crainte d’être détrompé, puisqu’il a fait l’objet d’un accord à Dakar entre les délégations du Cameroun et du Nigéria à la Sous-Commission de la démarcation!  Là encore, je souhaite que soit relancée énergiquement la recherche de projets transfrontaliers qui ferait de cette immense frontière un trait d’union entre les peuples et une zone de coopération.

Je voudrais conclure en lançant un appel dicté par l’émotion.  Comme certains d’entre vous le savent, j’arrive d’Accra, au Ghana, où j’ai participé à trois semaines de négociations sur la crise au Libéria avec le Président Olusegun Obasanjo et l’ancien président Abusalami Abubakar du Nigéria.  Pendant ces trois semaines, j’ai été stupéfait par l’énormité du coût des opérations humanitaires et des opérations de maintien de la paix quand on le compare à celui de la diplomatie préventive et des processus de paix.

Paradoxalement, il est peut-être plus facile de mobiliser des sommes considérables pour financer de coûteuses forces de maintien de la paix, campagnes de « diplomatie de la navette » et opérations humanitaires que de mobiliser les sommes bien plus modestes qui permettraient de financer le règlement pacifique des différends selon la voie choisie par le Cameroun et le Nigéria, qui deviennent pour cela de véritables exemples pour notre continent.

Lorsque vos Gouvernements se lanceront dans l’exécution des tâches qui seront décidées à la présente réunion, ils vont sans aucun doute se heurter à des coûts qui obéreront lourdement des budgets déjà serrés : coût de déploiement d’un hélicoptère pour visiter une zone particulière, coût des services d’un interprète, participation à une réunion non prévue au calendrier, etc.  Je lance donc un appel à la communauté des bailleurs de fonds pour qu’elle prenne conscience que, si élevés que nos coûts puissent sembler aujourd’hui, ils ne représentent qu’une fraction des coûts associés à un conflit.  La paix a un prix, et ce prix est élevé.  Mais il est toujours moins élevé que le prix à payer en cas de conflit.  Il ne faut pas que des considérations financières nous détournent du noble objectif que représentent la paix et la coopération tout au long de plus de 1700 kilomètres de frontière commune entre le Cameroun et le Nigéria!

Merci de votre attention.

 

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