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ALLOCUTION
D’OUVERTURE DU PRÉSIDENT DE LA COMMISSION MIXTE
ET REPRÉSENTANT SPÉCIAL
DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DES NATIONS UNIES, M. Ahmedou OULD-ABDALLAH
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Yaoundé,
28 juillet 2005
Monsieur le Vice-Premier Ministre, Amadou
Ali, chef de la délégation du Cameroun
Monsieur le Prince Bola Ajibola, Chef de la
délégation du Nigéria,
Messieurs les Ministres, treizième
Mesdames, Messieurs les délégués à la
Commission Mixte Cameroun-Nigéria
Mesdames, Messieurs.
Je voudrais pour commencer remercier nos
hôtes camerounais pour la chaleur de leur accueil et leur coutumière et
généreuse hospitalité. De plus, je remercie Monsieur le
Vice-Premier-Ministre Amadou Ali ainsi que le Prince Bola Ajibola,
respectivement chefs de la délégation du Cameroun et du Nigéria pour les
allocutions de haute tenue qu’ils viennent de prononcer.
Je voudrais ensuite dire l’immense plaisir
que j’éprouve à présider, aujourd’hui, cette cérémonie d’ouverture des
travaux de la XIIIeme session de la Commission Mixte Cameroun-Nigeria.
Elle nous manquait terriblement cette XIIIeme session. C’est la première
réunion du genre depuis le mois d’octobre 2004, comme l’on déjà souligné
mes deux partenaires. En effet, lors de sa XIIeme sesssion tenue à Abuja,
en octobre dernier, la Commission Mixte avait décidé d’en référer aux
présidents Paul Biya et Olusegun Obasanjo et au Secrétaire Général des
Nations Unies pour ce qui est de la question des modalités du retrait et
du transfert d’autorité dans la presqu’île de Bakassi. Il fallait donc
attendre le sommet tripartite entre les deux chefs d’Etat et le Secrétaire
Général. Celui-ci s’est tenu au mois de mai dernier à Genève.
Comme vous le savez, à l’issue de ce
sommet, « le Secrétaire Général et les deux présidents ont exprimé leur
satisfaction devant les travaux accomplis jusqu’ici par la Commission
Mixte » et « ont invité instamment celle-ci à poursuivre ses travaux le
plus rapidement possible ». Cette confiance renouvelée dans notre instance
est partagée par la communauté internationale dans son ensemble. J’en veux
pour preuve, le communiqué de l’Union Européenne, l’un des principaux
partenaires du Cameroun et du Nigéria, du 13 juillet dernier qui demande
« aux deux parties de se réunir dès que possible sous les auspices de la
Commission Mixte. »
Mesdames, Messieurs,
D’abord une observation afin d’établir les
faits. Si la Commission Mixte ne s’est pas réunie depuis le 24 octobre
dernier, les contacts entre les parties n’ont cependant jamais été
interrompus. Ceci est particulièrement vrai au niveau diplomatique,
consulaire commercial et humanitaire. Par ailleurs, sur le terrain de
l’immense chantier que constitue la mise en œuvre du processus de
démarcation de la frontière terrestre, les choses ont même beaucoup
avancé. La section cartographique des Nations Unies a produit les
premières cartes préliminaires avec la représentation provisoire de la
frontière terrestre, cartes qui ont été présentées à l’Equipe Technique
Mixte, lors de sa réunion des 7 et 8 décembre 2004. La section
cartographique des Nations Unies a également mis sur pied un site web à la
disposition des Parties pour le partage des données cartographiques. L’Equipe
chargée de l’évaluation sur le terrain du projet pilote a élaboré un guide
technique. Ce guide technique expose en détail les procédures à suivre par
l’Equipe Technique Mixte afin que l’évaluation sur le terrain puisse être
menée de manière claire, rapide et efficace.
Le projet pilote d’évaluation sur le
terrain qui couvre une distance de 62 km, s’est achevé en mai dernier de
manière satisfaisante. Cette évaluation se poursuivra à partir du 5
octobre dans la région du Lac Tchad jusqu’au Mont Ngosi.
Enfin, le contrat n°3 relatif aux activités
géodésiques pour la mise en place du réseau géodésique de premier ordre
est en phase de finalisation. Au plan de la mobilisation des fonds, je
suis en contact avec l’Union Européenne que je remercie d’avance pour la
contribution de l’ordre de quatre millions d’euros qu’elle doit débloquer.
Ce financement est doublement bénéfique car il soutient la démarcation
physique de la frontière et, par là même, il contribue à renforcer la
confiance entre les parties.
De son côté, le personnel d’observation de
la Commission Mixte a continué ses visites périodiques et m’a
régulièrement tenu informé des résultats de ces visites. Je voudrais, à
cet égard, souligner combien il est réjouissant de constater que les
rapports périodiques ne relèvent pas de problèmes vraiment majeurs, que ce
soit dans les rapports entre les populations ou dans les rapports entre
celles-ci et les administrations concernées. Ce constat nous rappelle que
le Cameroun et le Nigéria ont déjà réalisé, dans le cadre de la Commission
Mixte, d’importants acquis qu’il faut préserver et renforcer. A ce niveau,
je voudrais remercier bien sincèrement les autorités des deux pays pour le
soutien logistique et de sécurité apporté aux missions des observateurs.
Les retraits et les transferts d’autorité
qui se sont déroulés sans heurts, tant dans la région du Lac Tchad que sur
la frontière terrestre, et l’atmosphère de paix qui continue de prévaloir
dans ces deux zones, plus d’un an après, doivent, en même temps nous
inciter à aller de l’avant. Car le processus de mise en œuvre de l’arrêt
de la cour a accusé des retards importants. Dans moins de trois mois,
l’arrêt de la Cour Internationale de Justice sera vieux de trois ans. Il
nous faut donc trouver les moyens de combler les retards accusés.
Mesdames, Messieurs,
Nous déplorons tous, les incidents qui sont
survenus dans la presqu’île de Bakassi, au courant du mois de juin
dernier, et souhaitons que la lumière soit faite sur de tels incidents et
surtout qu’ils ne se répètent plus jamais. A cet égard, je me félicite
tout particulièrement de ce que, durant cette période grave, les autorités
des deux pays ont réussi à maintenir le contact entre elles et éviter
ainsi tout dérapage aux conséquences encore plus graves. Le Cameroun et le
Nigéria ont tous les deux accepté qu’une mission des observateurs de la
Commission Mixte se rende sur le terrain afin d’établir les faits et
d’éclaircir les circonstances dans lesquelles ils ont pu se produire.
Cette mission, composée de professionnels compétents, rendra bientôt un
rapport, qui j’en suis sûr sera objectif et exhaustif et nous permettra de
régler, dans le cadre de la Commission Mixte, les problèmes créés par ces
incidents.
En tout état de cause, les regrettables
incidents de juin dernier ne doivent pas détourner l’attention de
l’objectif final ou bloquer le processus engagé sous la direction des
présidents Paul Biya et Olusegun Obasanjo. Le Nigéria et le Cameroun sont
deux Etats frères, deux Etats voisins, deux Etats avec une longue histoire
commune. Aucun d’eux ne peut déménager pour s’installer ailleurs, comme le
ferait un propriétaire mécontent de son voisinage. Ces deux Etats sont
appelés à vivre dans l’harmonie et dans la paix pour le bien de leurs
peuples. Ils ont déjà réalisé d’importantes avancées en ce sens. Ils se
doivent de continuer et de parachever le processus de règlement pacifique
de leur différend frontalier. Dans ce domaine, les deux présidents ont le
mérite d’avoir abattu un travail énorme. Leurs administrations doivent les
aider à aller de l’avant. En dépit de leurs multiples engagements
nationaux et internationaux, les pays amis doivent également continuer à
encourager le processus en vue d’une solution définitive à ce problème.
Mesdames, Messieurs,
La Commission Mixte a encore à son agenda
d’importantes questions qu’elle doit résoudre dans un esprit de
compréhension mutuelle, tout en gardant le cap qu’elle s’est fixé, à
savoir, la mise en œuvre de l’arrêt de la Cour Internationale de Justice
du 10 octobre 2002 sur la frontière terrestre et maritime entre les deux
Etats.
Comme stipulé lors du dernier sommet de
Genève, la Commission Mixte doit poursuivre et conclure la mise en œuvre
du processus de délimitation de la frontière maritime selon l’arrêt de la
Cour. Elle doit préparer un nouveau programme de retrait et de transfert
d’autorité dans la presqu’île de Bakassi à l’attention des deux chefs
d’Etat et du Secrétaire général de l’ONU. Elle doit également accélérer la
mise en œuvre de la démarcation de la frontière terrestre et inciter les
deux Etats à prendre des mesures visant à améliorer le bien être des
populations frontalières. Tous ces objectifs sont en même temps des défis
énormes qu’il faut nécessairement relever car l’alternative n’existe pas.
Je suis confiant dans la capacité des deux
pays et plus précisément dans celle de leurs élites, à relever ces défis
et les assure de l’engagement continu du Secrétaire général des Nations
Unies à les aider dans l’accomplissement de cette tâche difficile.
Je vous remercie |