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Commission Mixte Cameroun-Nigéria - Contexte

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Le différend frontalier entre le Cameroun et le Nigeria

Les relations entre le Cameroun et le Nigeria se sont tendues au début des années 1990 en raison de problèmes liés à leurs frontières terrestre et maritime, notamment du fait des activités humaines le long de la frontière et des perspectives d’exploitation des ressources pétrolières en mer. Ainsi les riverains du lac Tchad, pour subvenir à leurs besoins, avaient-ils suivi le rivage à mesure qu’il se retirait, du fait du changement climatique, contribuant à estomper la ligne de démarcation. De part et d’autre de la frontière terrestre, dont la longueur est aujourd’hui estimée à 1.950 kilomètres, l’assèchement des rivières et l’accroissement des activités humaines ont conduit les Etats à ne plus s’accorder ici ou là sur l’endroit précis où passe une ligne souvent arbitrairement déterminée dans les traités signés par les puissances coloniales. En 1993, à la suite de plusieurs incidents de frontière, les troupes nigérianes ont occupé une grande partie des 1.000 km2 de la péninsule de Bakassi située dans le golfe de Guinée.

En 1994, le Cameroun porte la question du différend frontalier devant la Cour internationale de Justice (CIJ). Celle-ci, le 10 octobre 2002, rend un arrêt  sur le fond, irrévocable, relatif à l’ensemble du contentieux, en l’occurrence, la région du lac Tchad, les frontières terrestre et maritime et la péninsule de Bakassi. Cette décision confirme en particulier la souveraineté du Cameroun sur la presqu’île.

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Bons offices du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies

A quelques semaines du prononcé de l’arrêt de la CIJ, le Secrétaire général des Nations Unies a invité les Présidents Paul Biya du Cameroun et Olusegun Obasanjo du Nigeria à se réunir avec lui le 5 septembre 2002 à Paris. Les deux Présidents sont convenus de respecter et de mettre en œuvre le verdict de la Cour quelles que soient ses conclusions.

À la suite du jugement de la CIJ, le Secrétaire général a facilité une nouvelle rencontre entre les deux Présidents à Genève le 15 novembre 2002. Dans un communiqué commun, les deux dirigeants ont recommmandé au Secrétaire général la mise en place d’une Commission Mixte composée de représentants du Cameroun, du Nigeria et des Nations Unies afin de «réfléchir aux moyens de donner suite à l’arrêt de la CIJ».

Le Secrétaire général a aussi continué de rencontrer régulièrement les Présidents du Cameroun et du Nigeria pour évaluer les progrès accomplis dans l’exécution de l’arrêt de la CIJ. Cinq Sommets Tripartites ont eu lieu du 5 septembre 2002 au 12 juin 2006, date à laquelle a été signé l’accord de Greentree sur les modalités de retrait et de transfert d’autorité de la péninsule de Bakassi.

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La Commission Mixte Cameroun‑Nigeria

Présidée par le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Said Djinnit, la Commission Mixte Cameroun-Nigeria est composée de la délégation camerounaise, conduite par M. Amadou Ali, Vice-Premier Ministre et Ministre d’État chargé de la Justice, et de la délégation nigériane, conduite par le Prince Bola Ajibola, ancien Ministre de la Justice et Procureur général.

Le mandat de la Commission Mixte couvre les domaines suivants:

- démarcation de la frontière terrestre;

- retrait de l’administration civile, des forces armées et de police et transfert d’autorité dans les zones concernées situées le long de la frontière et dans la péninsule de Bakassi;

- démilitarisation de la péninsule de Bakassi;

- protection des droits des populations concernées;

- élaboration de projets visant à promouvoir les entreprises économiques conjointes et la coopération transfrontalière;

- réactivation de la Commission du Bassin du lac Tchad.

Afin de faciliter les activités de la Commission Mixte, les Nations Unies  ont établi une équipe d’appui à Dakar au sein du Bureau de Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest.

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Réalisations de la Commission Mixte

Depuis sa création, la Commission Mixte compte plusieurs réalisations importantes à son actif:

-     La Commission Mixte s’est réunie à 24 reprises en sessions ordinaires de décembre 2002 à juin 2008, alternativement à Yaoundé et Abuja.

-     En 2003, la Commission Mixte s’est rendue dans la région du lac Tchad, sur la frontière terrestre et dans la péninsule de Bakassi.

-     Depuis  2003, plusieurs retraits de l’administration civile et des forces militaires et/ou de police ainsi que des transferts d’autorité ont eu lieu dans la zone du lac Tchad, le long de la frontière terrestre et à Bakassi.

-     Le Personnel d’Observation des Nations Unies s’est activement impliqué dans le suivi des accords, contribuant ainsi à renforcer la mise en confiance de la population.

-     Octobre 2005 : début effectif de l’évaluation de la frontière terrestre, travail technique essentiel entrepris par les géomètres des deux Parties chargés de s’accorder, en présence de représentants des Nations Unies, sur l’emplacement des bornes-frontière. A ce jour, les accords techniques passés entre le Cameroun et le Nigeria permettront la démarcation des premiers 830 kilomètres déjà évalués.

-     12 juin 2006 : Le Cameroun et le Nigeria s’entendent à Greentree (banlieue de New York) sur un accord portant modalités de retrait et de transfert d’autorité dans la presqu’île de Bakassi. Les troupes nigérianes se retirent effectivement de la péninsule le 14 août 2006 ; il est accordé au Nigeria le droit de maintenir, pour une durée limitée à deux années et dans la zone immédiatement contiguë à son territoire, une administration civile et une unité de police.

-     En mai 2007, les Parties se sont entendues sur la frontière maritime. En mars 2008, elles ont défini le dernier segment de la frontière maritime et adopté la carte du tracé de celui-ci, parachevant de la sorte la mise en œuvre de l’arrêt de la CIJ en ce qui concerne le tracé de la frontière maritime. Le Groupe de Travail sur la Frontière Maritime mis en place par la Commission Mixte est désormais chargé de formuler des propositions pratiques et exploitables en matière de coopération trans-frontalière en rapport avec les hydrocarbures.

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L’accord de Greentree du 12 juin 2006

Après d’intenses négociations entre les Parties sous l’égide des Nations Unies, les Présidents du Cameroun et du Nigeria, le Secrétaire général et les représentants de quatre Etats témoins – la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis – ont signé à Greentree un accord relatif aux modalités de retrait et de transfert d’autorité dans la péninsule de Bakassi.

Le document stipule que le Nigeria continuera d’administrer une partie définie comme étant la « Zone » où, pendant une période limitée à deux ans, il pourra disposer de forces de police. Il reconnaît en outre, aux citoyens nigérians établis dans la « Zone », le droit de bénéficier d’un régime transitoire spécial pendant une non renouvelable durée de cinq ans après le retrait de leur administration.

14 août 2008: en application des dispositions de l'accord de Greentree, le Nigéria retire l'administration civile et les forces de police dont il disposait encore dans la "Zone" de la péninsule de Bakassi, permettant au Cameroun d'étendre son administration dans l'ensemble de la presqu'île.

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Démarcation de la frontière terrestre

La Commission Mixte a confié la démarcation de la frontière terrestre à une sous-commission, laquelle dispose d’une équipe technique mixte (ETM) composée de géomètres et de cartographes camerounais, nigérians et des Nations Unies. Ces derniers se sont entendus sur un guide technique, adopté par la Commission Mixte, qui leur sert désormais de référence dans l’avancement des travaux sur le terrain.

Les Parties sont ainsi convenu d’entreprendre, en suivant rigoureusement le jugement de la Cour et le guide technique, une évaluation sur le terrain, depuis le lac Tchad, tout le long de la frontière terrestre, jusqu’au golfe de Guinée. Ce travail consiste à s’accorder avec précision sur la position géographique de chaque borne-frontière. Il précède la phase finale de démarcation impliquant le bornage de la frontière. A ce jour, le Cameroun et le Nigeria se sont entendus sur plus de 1.190 kilomètres de frontière terrestre, à raison d’au moins une borne tous les 500 mètres.

La Commission Mixte s’est fixé l’objectif de commencer les premiers travaux d'abornement d'ici septembre 2009.

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Mesures de renforcement de confiance

La Commission Mixte encourage les efforts pour mettre en œuvre les mesures de renforcement de confiance et de coopération transfrontalière.

A la suite d’entretiens entre les Chefs d’Etat des deux Parties et le Président de la Commission Mixte, des partenaires internationaux ont proposé des projets de développement dans la zone du lac Tchad, le long de la frontière terrestre et à Bakassi.

Les Nations Unies ont mobilisé des moyens pour assister les populations concernées en denrées alimentaires et fournitures d’équipement de base pour les écoles et dispensaires.

L’Union européenne contribue à des programmes d’infrastructure, de santé, d’éducation, d’eau et d’assainissement dans la région du lac Tchad et la péninsule de Bakassi.

La Banque Africaine de Développement assure le financement de la réhabilitation de la route Enugu-Abakiliki-Mamfe-Mutengene qui relie le Cameroun et le Nigeria. Un mémorandum en ce sens a été signé entre les deux pays.

La Commission Mixte se préoccupe également de promouvoir des initiatives en matière de protection de l’environnement dans la zone du lac Tchad, le long de la frontière terrestre et sur la mangrove de la péninsule de Bakassi.

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Frontière maritime

Les accords sur la frontière maritime entre le Cameroun et le Nigeria -Yaoundé (1971) et Maroua (1975)- avaient été remis en question à plusieurs reprises avant que le contentieux ne soit soumis au jugement de la CIJ.

Le Cameroun et le Nigeria, à la suite de ce jugement, ont confié à la Commission Mixte le soin d’établir une carte reproduisant le tracé de la frontière maritime tel que la Cour l’avait délimitée dans son arrêt du 10 octobre 2002. L’absence de toute mention au référentiel géographique de la carte maritime de l’Amirauté britannique sur laquelle la Cour s’était basée pour rendre son jugement, posait de nouvelles questions. Celles-ci ont été progressivement résolues, du fait de la volonté d’aboutir manifestée par les Parties et grâce à un travail technique considérable. La carte maritime reproduisant la frontière a finalement été adoptée par la Commission Mixte le 14 mars 2008.

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Financement du processus

Les Nations Unies ont établi un fonds spécial d’affectation afin d’y recevoir des contributions volontaires destinées à aider le Cameroun et le Nigeria au financement de la démarcation de leur frontière terrestre.

En 2003, les premières estimations de coût de la démarcation étaient évaluées à plus de 12 millions de dollars des Etats-Unis. A ce jour, le Cameroun et le Nigeria ont, chacun, versé à ce fonds 3 millions de dollars des Etats-Unis et le Royaume-Uni un million de livres sterling. Il est également convenu, en vertu d’un accord de financement, que la contribution de l’Union européenne s’élèvera à 4 millions d’euros. Le Canada y a porté en 2006-2007 un concours de 273.000 dollars canadiens.

La Commission Mixte bénéficie aussi d’apports en nature de la part de l’Autriche, du Brésil, de la Norvège, de l’Italie, du Pakistan, de la Suède et de l’Uruguay.

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