L'ORGANISATION MONDIALE DU TOURISME


Déclaration 

de 

Mr. Francesco Frangialli
Secrétaire général de l'Organisation mondiale du tourisme

à la 
Deuxième Session de l'Assemblée Mondiale sur le Vieillissement 

Madrid, Spain
8th-12th April 2002






Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs les délégués,

Au risque de surprendre certains d'entre vous, et bien que cette Assemblée soit maintenant fort avancée dans ses travaux, je voudrais me joindre aux chaleureuses paroles que le Président du Gouvernement espagnol a prononcées à l'ouverture de ses travaux, et vous souhaiter la bienvenue à Madrid.

Certains d'entre vous peut-être ne le savent pas mais notre Organisation, l'Organisation mondiale du tourisme, est la seule Institution de la <famille> des Nations Unies à avoir son Siège en Espagne. C'est d'ailleurs ce qui nous a valu l'honneur et le plaisir de recevoir hier la visite du Secrétaire général Kofi Annan.

Mais cette coïncidence n'est pas la seule raison de cette brève intervention. Le thème du vieillissement de la population mondiale revêt une importance particulière pour ce secteur du tourisme, des voyages et des loisirs, dont nous avons la charge au sein du Système des Nations Unies. Malgré la crise qui a affecté l'industrie du tourisme après le 11 septembre et pour laquelle de nombreuses indications permettent de penser qu'elle commence à se dissiper, près de 700 millions de voyageurs se sont déplacés d'un pays à un autre l'année dernière, et bien d'autres encore sont partis en vacances à l'intérieur des frontières de leurs propres pays.

Sur ces quelques 700 millions de voyageurs internationaux, 150 millions avaient plus de 60 ans, les deux tiers d'entre eux en Europe. L'Espagne qui vous accueille au cours de cette semaine a reçu, en 2001, 49,5 millions de visiteurs étrangers ; sur ce total, 4 millions avaient plus de 64 ans.

Les voyages et les vacances des personnes âgées sont devenus un phénomène économique social et culturel incontournable de nos sociétés modernes. Les personnes de plus de 60 ans représentent 15 pour cent de celles qui partent en voyage en Espagne, 20 pour cent en Allemagne, 27 pour cent aux Etats-Unis et au Japon, 30 pour cent en France. Paradoxalement sans doute sur le plan sémantique, l'expression d' «active ageing v s'applique pleinement au domaine des loisirs.

L'impact économique de ces voyages est considérable, plus important encore que ce que permettent de penser les chiffres que je viens d'indiquer.

D'abord, parce que la dépense unitaire par séjour est élevée : ayant moins de charges imposées, les voyageurs âgés disposent souvent d'un pouvoir d'achat discrétionnaire important, même si leurs revenus nominaux, notamment pour les salariés, peuvent avoir baissé par rapport à ce qu'ils étaient pendant leur vie active. Ensuite, parce que, subissant moins de contraintes et disposant davantage de temps libre, ces mêmes voyageurs ont la capacité de se déplacer hors saison, ce qui constitue un phénomène remarquable puisqu'il permet un meilleur étalement des flux de départs, un allongement de la période d'exploitation des hébergements et une moindre pression sur les infrastructures de transport et de loisirs.

Les voyages et les vacances des citoyens du troisième âge présentent un certain nombre de traits originaux. Ces voyageurs expriment à la fois des besoins particuliers et des attentes spécifiques.

Leurs besoins particuliers tiennent, dans certains cas, à une difficulté à se déplacer, notamment à pied, à l'importance que revêt l'accessibilité des sites, des monuments et des attractions visités, à la nécessité de pouvoir suivre des régimes alimentaires propres pendant leurs voyages ou encore de pouvoir continuer de bénéficier, même en vacances, d'un suivi médical approprié. À cet égard, il importe de garantir aux personnes du troisième âge une égalité des chances face aux loisirs et aux vacances, comme il convient de le faire dans d'autres domaines de la vie sociale et culturelle. L'article 24 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, qui pose en principe le droit au repos et au loisir, doit s'appliquer, sans discrimination, à tous les groupes d'âge qui composent une société. C'est ce que l'Organisation mondiale du tourisme avait souligné dans le Code mondial d'éthique du tourisme qu'elle avait adopté en 1999, et j'ai le plaisir de rappeler ici que l'Assemblée générale des Nations Unies a bien voulu apporter son appui à ce Code à l'occasion de sa dernière session.

Des besoins particuliers, mais aussi des attentes spécifiques. En matière de loisirs et de culture, l'échelle des valeurs des personnes âgées est souvent différente de celle d'autres catégories d'âge. Elles entendent donner un sens à leurs vacances, lesquelles constituent, à leurs yeux, une occasion privilégiée de contacts enrichissants au sein d'un groupe, si bien que les voyages à forfait organisés y tiennent une place particulière. L'esprit de découverte, et même parfois d'aventure, n'est pas absent de leurs motivations, mais, néanmoins, les préoccupations de sécurité - physique, sanitaire ou alimentaire - apparaissent prépondérantes, et doivent être prises en considération.

Pour les touristes d'un certain âge, le souci de la qualité de l'accueil s'impose très fortement. De même, les objectifs de culture et d'éducation au travers des voyages apparaissent prioritaires, comme le montre le succès des déplacements organisés dans le cadre des <Universités du troisième âge>.

Toutes ces considérations ont été mises en lumière par les travaux de l'Organisation mondiale du tourisme qui, dans l'esprit du Plan d'Action international sur le Vieillissement, que vous vous préparez à adopter, a organisé d'importantes réunions spécifiquement consacrées à ce thème, en Espagne en 1993, au Brésil en 1996, au Portugal en 1999, ou encore ici même à Madrid, lundi dernier sous la forme d'un séminaire tenu en marge de cette grande Assemblée.
 

Mesdames et Messieurs,
 

Voilà, brossé à grands traits, la situation d'aujourd'hui.
 

est déjà impressionnante par elle-même, tellement le phénomène des loisirs et du tourisme du troisième âge apparaît comme une donnée nouvelle et forte, du monde où nous vivons, au moins pour les pays industrialisés. Mais le tableau évolue très vite, et c'est une véritable révolution culturelle et sociale qui se dessine pour les toutes prochaines années.

La croissance du tourisme international s'effectue aujourd'hui à un rythme annuel moyen de l'ordre de 4 pour cent, celle des départs en vacances des plus de 60 ans progresse de plus de 10 pour cent chaque année. Alors qu'au niveau mondial, le nombre d'arrivées internationales s'apprête à tripler sur la période 1995 - 2002 pour dépasser le milliard et demi à cet horizon, c'est une véritable explosion, bien plus considérable encore, que s'apprête à connaître le marché des vacances et des loisirs du troisième âge. Un certain nombre de grands opérateurs, chaînes hôtelières ou compagnies aériennes, l'ont compris et proposent des services adaptés ou des programmes de fidélisation particuliers à ce type de clientèle.

Dans l'évolution qui se prépare, deux facteurs seront déterminants.

D'abord, le fait que ce phénomène, qui actuellement concerne essentiellement l'Europe, l'Amérique du Nord et le Japon, va gagner d'autres parties du monde, à commencer par les nouveaux marchés générateurs de l'Asie de l'Est et du Pacifique.

Ensuite, l'évidence que nous sommes à la veille d'un changement démographique sans précédent : l'arrivée à l'âge de la retraite dans les pays qui sont les principaux émetteurs de touristes, de la génération née immédiatement après la Seconde guerre mondiale, celle des « baby boomers » - catégorie à laquelle, avec quelques autres dans cette salle, j'ai le regret d'appartenir!

Voilà un groupe social considérable par son nombre, culturellement différent à mains égards des générations qui l'ont précédé, car bien davantage ouvert sur le monde. Voilà, un groupe dont les membres ont fini d'élever leurs enfants - bien ou mal, mais ne les ont plus à leur charge - ont le plus souvent acquis leur logement et disposent, pour ces raisons, de revenus disponibles importants leur permettant de satisfaire leur envie de voyager. La plupart d'entre eux sont en bonne santé, et la pratique des loisirs sportifs les attirent autant que le tourisme culturel ou l'écotourisme.

Ceci, Mesdames et Messieurs, est une bonne nouvelle, pas seulement pour les pays développés d'où proviennent ces « baby boomers », mais aussi pour les autres, moins favorisés. Avec 476 milliards de dollars de dépense en l'an 2000, le tourisme est déjà le premier poste des échanges économiques internationaux. Comme les travaux de l'OMT et de la CNUCED l'ont montré, il représente l'un des rares secteurs pour lesquels les pays en développement sont bénéficiaires dans l'échange international. Demain plus encore qu'aujourd'hui, le vieillissement de la population aura pour conséquence que les pays pauvres verront leurs difficultés allégées par les bénéfices qu'ils tirent - et qu'ils tireront sans cesse davantage - de leur participation au tourisme international.

Je vous remercie.