SUISSE
 

Allocution 

de

Madame la Conseillè fédérale Ruth Dreifuss,
Cheffe de la délégation suisse

at the
Second World Assembly on Ageing

Madrid, Spain
9th April 2002



Monsieur le Président, 

Mesdames et Messieurs,

Nous adressons nos sincères remerciements aux Autorités et au peuple espagnols pour avoir bien voulu accueillir cette deuxième Assemblée mondiale sur le vieillissement. Grâce à l'initiative des Nations-Unies, cette conférence offre aux gouvernements et à la société civile une occasion privilégiée de réfléchir aux politiques menées en matière de vieillesse et de vieillissement et de mieux se préparer aux défis à venir. Pour relever ces défis, il importera, en Suisse comme ailleurs, d'intégrer pleinement l'ensemble de la population, en particulier les
personnes âgées dans ce processus de réflexion.

L'une des principales réalisations des Etats industrialisés au cours du siècle dernier est d'avoir pu mettre sur pied une bonne protection sociale en faveur des personnes âgées. Dans ces pays, la vieillesse n'est heureusement plus synonyme de pauvreté. Mais notre engagement ne doit pas cesser pour autant. En effet, il faut préserver ces acquis péniblement obtenus et combler, par ailleurs, les lacunes qui subsistent. Enfin, il nous appartient également de coopérer avec les pays en développement afin que ceux-ci puissent instituer une protection sociale suffisante de la vieillesse. 
 

Vingt ans après Vienne, il apparaît en effet que les pays en développement, y compris les plus pauvres d'entre eux, seront également concernés par le vieillissement et qu'ils devront y faire face dans des conditions peu favorables. Les solutions appliquées ou envisagées dans les pays industrialisés ne sont évidemment pas transposables telles quelles ailleurs et il appartiendra aux pays en développement de chercher leur propre voie, avec le soutien si nécessaire des Nations-Unies, de leurs agences spécialisées et d'ONG internationales ou locales. Le grand acquis de Madrid, c'est que tous les pays, y compris les pays en développement, pourront s'inspirer désormais des principes d'un Plan d'Action tenant compte de leur situation spécifique afin d'élaborer des réponses concrètes et pragmatiques. Il reste à fournir un effort massif et de longue haleine pour lutter contre la pauvreté, l'une des principales causes de mauvaise santé et d'exclusion. Il est vrai également que les personnes âgées paient un lourd tribut aux situations de violence, de guerre et de déplacements forcés qui en sont la conséquence directe, situations auxquelles il s'agit de porter une attention prioritaire. 
 

La Suisse partage les valeurs essentielles qui fondent le Plan d'action présenté à cette Assemblée : il est fondamental que les personnes âgées aient au minimum leurs besoins vitaux assurés; mais il est également indispensable de garantir le respect de leurs droits fondamentaux et d'éliminer les discriminations fondées notamment sur l'âge et le sexe. Associer la société civile et les personnes âgées elles-mêmes à la recherche de solutions qui les concernent correspond à un véritable choix de société. Dans une société multiculturelle comme en Suisse, où la proportion d'étrangères et d'étrangers est importante, cela implique en particulier de tenir compte des problèmes spécifiques que les migrantes et les migrants rencontrent dans leur vieillesse. Par exemple, une personne migrante âgée peut être tiraillée entre le besoin de retourner dans son pays et celui de demeurer en Suisse auprès de ses enfants. D'autre part, elle vit différemment le choix entre l'aide à domicile et l'entrée dans une institution. 
 

Nous apprécions également que le Plan d'Action ne se limite pas à un catalogue de droits individuels, mais qu'il détaille les situations dans lesquelles il importe d'être à l'écoute de la personne âgée, de l'associer aux décisions qui la concernent, de respecter ses préférences. S'intéresser aux besoins spécifiques d'une catégorie de la population, comme les personnes âgées, les femmes ou les enfants, n'aboutit pas à privilégier un groupe de la population par rapport aux autres. Au contraire, cette approche pragmatique et concrète renforce en réalité les droits de chacun. 
 

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

Dans les efforts déployés pour relever le défi du vieillissement, les femmes jouent dans notre société un rôle essentiel. Après avoir, pour la plupart, élevé des enfants, elles sont sollicitées auprès de leurs parents ou de leurs beaux-parents. Leurs propres enfants leur confient parfois des petits-enfants. On les voit donc passer d'une obligation à une autre, souvent au prix de grandes fatigues et de difficultés à concilier toutes leurs responsabilités. Or leur rôle n'est pas encore suffisamment reconnu dans nos sociétés. Il mérite de l'être davantage, notamment aussi en ce qui concerne la constitution de leur propre prévoyance vieillesse. 
 

Avec l'augmentation de l'espérance de vie, ce sont désormais jusqu'à quatre générations qui sont appelées à cohabiter. Nous avons à apprendre à vivre ensemble. Et cet apprentissage passe par la reconnaissance de l'autre. Pour vivre non les uns à côté des autres, mais les uns avec les autres. 
 

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, je vous remercie de votre attention.