SENEGAL
 

Statement

by

H. E. Mrs. Aminata Tall
Minister of Social Development and National solidarity

at the
Second World Assembly on Ageing

Madrid, Spain
8th-12th April 2002





Monsieur le Président,
Excellence Messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs les Chefs d'État et de
Gouvernement
Monsieur le Secrétaire général de l'ONU,
Chers Collègues, Mesdames, Messieurs les
Ministres,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs
Mesdames, Messieurs
 

C'est avec un réel plaisir et un grand honneur que je prends la parole ce jour devant cette auguste assemblée pour m'adresser, au nom de mon pays le Sénégal, aux Eminentes Personnalités et sommités intellectuelles mondiales réunies ici â Madrid pour réfléchir sur l'avenir d'une frange importante de l'humanité : les personnes subissant le phénomène du vieillissement.

En effet, aujourd'hui, 08 avril 2002, s'ouvre assurément une nouvelle ère dans la progression entamée par l'Organisation des Nations-Unies vers une meilleure prise en charge du phénomène du vieillissement, tant l'actualité de ses répercussions naguère identifiées reste encore criarde.

Vingt ans après Vienne 1982, un constat semble unanimement partagé : L'humanité vieillit. Elle continue inexorablement son processus de vieillissement. La population mondiale s'en trouve plus âgée qu'elle ne l'a jamais été dans l'histoire de l'humanité.
 

Considéré comme l'un des phénomènes marquant du 20e siècle, le vieillissement de la population, au regard des statistiques fournies par l'Organisation Mondiale de la Santé, demeurera l'un des grands défis de notre monde en ce troisième millénaire.

Il est donc heureux que l'Organisation des Nations Unies en ait pris conscience et se soit attelée â. l'inscrire au tableau de ses priorités â l'orée de ce 21 éme siècle.

Aussi, voudrais-je d'abord, Mesdames et Messieurs, saluer l'honneur fait á notre pays de s'adresser â. cette auguste assemblée en ce premier jour de la Conférence Mondiale et transmettre ensuite aux hautes autorités de l'Organisation des Nations Unies, les remerciements de Son Excellence, Maître Abdoulaye WADE Président de la République du Sénégal ainsi que ses félicitation et ses encouragements.

Le Sénégal, â l'instar de nombreux pays africains, est sujet â une augmentation considérable du nombre et de la proportion des personnes âgées.

Cette situation transparaît des données avancées par l'OMS, qui estimait en 1998 le nombre des personnes âgées de 60 ans et plus, dans le monde â 580 millions dont 355 millions vivaient dans les pays en voie de développement, soit plus de 60%.

Selon les projections, ce nombre aura franchi le cap du milliard d'ici â. 2020 dont plus de 700 millions vivant dans les pays en développement, en Afrique notamment, où la population bien qu'elle soit principalement jeune, compte une proportion de plus en plus grande de personnes âgées.
 

Aujourd'hui en effet, les personnes âgées de 60 ans et plus, représentent 4,52 de la population en Afrique et selon les estimations, ce pourcentage passera â. 11,32 d'ici en l'an 2050.

Dans notre pays, l'effectif de la population qui est d'environ 9 millions d'habitants actuellement atteindra 17 millions en 2025 et 22 millions en 2050 avec un taux d'accroissement démographique de 2,7.

La structure par âge de la population présente, certes, les caractéristiques d'une population jeune (avec 5 8% de sénégalais ayant moins de 20 ans), mais également elle révèle un nombre non négligeable de personnes âgées de 5 5 ans et plus représentant 8,01 % de la population.

Les projections de la Direction Nationale de la Prévision et de la Statistique fixent d'ici â 2015 une proportion de la population âgée â 11.

C'est dire que le processus de vieillissement de la population sénégalaise s'engage progressivement et va en s'amplifiant. Le vieillissement s'impose donc au Sénégal comme un problème de société du fait d'un croît démographique des personnes âgées estimé â. 4 %.

Des difficultés en découlent, qui se posent toutefois moins en terme de poids démographique qu'en terme de désintégration du tissu social, de démantèlement des réseaux de solidarité communautaire et de pauvreté.

L'avènement d'une société de plus en plus modernisée, a paradoxalement contribué dans nos pays â la désagrégation des bases du respect traditionnellement accordé aux personnes âgées dans la société africaine.

La personne âgée jadis choyée et prise en charge par la famille et la communauté, est aujourd'hui de plus en plus victime des vicissitudes de la conjoncture difficile, source de précarité et d'insécurité sociale.

Par ailleurs, nos systèmes de sécurité sociale, du fait de leur faible taux de couverture sociale et sanitaire, mettent en marge près de 70 % des personnes âgées (du monde rural et du secteur informel notamment) qui, faute de ressources se retrouvent dépendants d'une solidarité familiale fortement entamée par la crise économique.

La personne âgée vit ainsi une marginalisation économique exacerbée par une situation sanitaire précaire.

En effet, les personnes âgées sont confrontées â la coexistence de pathologies aiguës â. l'image du paludisme et de pathologies chroniques handicapantes et invalidantes dont l'hypertension artérielle, le diabète, les cancers, les rhumatismes etc . . . Ces dernières entraînent des dépenses qui grèvent lourdement le faible budget familial ou la pension de retraite.

En outre, la prise en charge classique axée sur les soins curatifs, ne permet plus de résoudre les problèmes de santé des personnes âgées. Ce, d'autant que l'on note:

- une absence de structures spécialisées dans le traitement des polypathologies,
- un coût encore élevé des médicaments spécifiques,
- une insuffisance du personnel qualifié,
- une intégration de la gériatrie et de la gérontologie non encore effective dans le dispositif sanitaire,

Honorables participants,

Les autorités de notre pays avec â leur tète le Président de la République, Maître Abdoulaye WADE ont conscience des répercussions profondes qu'entraînent le phénomène mondial du vieillissement de la population tant au niveau culturel, économique, social, sanitaire qu'au niveau psychologique.

Mais, moins qu'un problème, nous envisageons le vieillissement comme une opportunité pour mieux capitaliser l'expérience acquise par les anciens d'une part, pour consolider notre attachement â ceux qui, par leur constance dans l'effort, leur courage, leur abnégation et leur patriotisme ont patiemment contribué, à quelque niveau que ce soit, â l'édification de notre nation et â son rayonnement d'autre part.

L'initiative prise par notre pays au lendemain de la Première Conférence Mondiale sur le Vieillissement â Vienne, d'organiser tous les ans une journée nationale de la personne âgée répond de ce souci.

Au demeurant, le Sénégal a fait sienne la ferme volonté de briser l'image qui, â. tort, réduit la retraite ou l'âge avancée â. une rupture d'avec la société active.

Détentrice de savoir?faire, de savoirvivre et de savoir?être, mais aussi gardienne de notre patrimoine collectif, la personne âgée a une fonction sociale prééminente de médiation entre les générations de plus en plus cloisonnées. Son rôle dans le maintien et la consolidation du consensus social est essentiel.

L'image qu'en donne le sage africain Hampathé BA qui considère la personne âgée comme un grand fleuve où viennent se déverser plusieurs affluents, traduit éloquemment l'idée et la place que nous avons des anciens.

 D'ailleurs, l'attribution de la tutelle administrative des personnes âgées au département ministériel chargé du développement social et de la Solidarité Nationale est pour nous une invite adressée â, l'ensemble de la communauté nationale pour une synergie des efforts et une promotion des relations intergénérationnelles reconnaissant les valeurs intrinsèques des personnes âgées dans le processus du développement global de la nation.

Mesdames, Messieurs,

Plus qu'une place honorifique accordée â, la personne âgée, le Sénégal, conformément aux recommandations du Plan International d'Action de Vienne sur le vieillissement (1982), s'est très tôt engagé â. créer les conditions nécessaires â 1 ' épanouissement des anciens et â permettre â, ses citoyens de mener autant que possible une vie accomplie tout en restant actifs et utiles au sein de la communauté.

Au plan réglementaire, l' Etat a ainsi reconnu en la Fédération des Associations de Retraités et Personnes Agées du Sénégal un interlocuteur privilégié dont il se prévaut du dynamisme et de la représentativité pour cerner le problème lié au vieillissement.

L'Année 1999, désignée par l'Assemblée des Nations Unies, Année internationale des Personnes Agées, dans sa déclaration sur le vieillissement a été une occasion saisie pour sensibiliser les médiats et la population sur le phénomène de vieillissement, sur la nécessité d' oeuvrer l'avènement d'une société pour tous les âges et surtout de magnifier la personne a` ` travers la c 'Ibration nationale du Jubilé d'Or du couple ayant vécu 5 0 ans et plus de mariage.

Au plan socio-économique, le souci de dynamiser et de maximiser le rôle des personnes âgées au sein de la société d'une part, et de promouvoir leur protection économique sociale et sanitaire d'autre part, est manifesté â travers diverses actions des pouvoirs publics allant de l'exonération de l'impôt sur les revenus générés par la location de maisons de personnes âgées â. la facilitation de l'acquisition d'appareils orthopédiques.

De surcroît, un Conseil interministériel tenu le 13 novembre 2001 sur la politique social et la problématique du vieillissement a permis de retenir d'importantes directives du Gouvernement â savoir
- Créer un statut de la personne âgée ;
- Réactualiser les textes régissant le système de protection ; 
- Réfléchir sur la possibilité d'étendre la protection sociale aux exclus du système classique ( paysans, travailleurs du secteur informel) ;
- Etablir une carte « SESAME » qui leur donne la priorité dans les structures sanitaires.

Enfin, des programmes et projets offrent des perspectives de prise en charge de certaines préoccupations des personnes âgées. Il s'agit à titre d'exemple:
- du Programme National de Lutte contre la Pauvreté;
- du Fond National pour l'Emploi;
- du Fonds de Développement Social ; de la Déclaration de Politique de Population;
- du Programme de Développement intégré du secteur de la Santé et de l'Action Sociale.

Mesdames, Messieurs,

Conformément â l'invite adressée par l'Organisation des Nations unies â toutes les nations â. bâtir une société pour tous les âges, et fort de l'idée promue par l'Organisation Mondiale de la Santé du « Vieillir en restant actif, productif et en bonne santé », le Sénégal s'emploie â faire recouvrer â la personne âgée la place qui est la sienne dans la société.

Nous avons en effet, fait nôtre cette assertion de Cicéron (73 av.J.C) dans le De Senectute, selon laquelle : « Ce n'est pas l' âge qui importe, mais nos attitudes envers l' âge ».

Nous mûrissons ainsi l'idée d'intégrer des conseils de sages dans les collectivités locales afin de mieux faire participer les personnes âgées â la gestion des affaires de la communauté.

En outre, nous réitérons notre choix pour une prise en charge communautaire de la personne âgée au sein notamment de la famille où une solidarité plus agissante favorise son épanouissement et son équilibre physique et moral.

A cet effet, nous encourageons la création au niveau local de Cellules d'Appui et d'Aide Aux Personnes Agées pour une manifestation de la solidarité intergénérationnelle qu'au demeurant nous expérimentons â travers l'encadrement des jeunes enfants par des aînés. Il en est ainsi par exemple, par le biais de la lecture des contes dans la case des tout-petits, ce projet chère au Président de la République.

Mesdames, Messieurs,

Le vieillissement n'est pas une fatalité mais bien un processus naturel se poursuivant tout au long de l'existence. Audelà donc des répercussions réelles qui en découlent sur le vécu quotidien des personnes âgées et qui entraînent la nécessité actuelle d'améliorer les conditions de vie de ces dernières, nous estimons qu'il doit être une incitation â la mise en oeuvre de véritables politiques et programmes de prévention de la vieillesse.

Le vieillissement de la population doit être pour nous l'occasion de tracer les voies d'une sensibilisation plus accrue axée non plus sur la personne stricto sensu, ou sur les maladies liées â. la vieillesse, mais bien sur la vulgarisation du principe de vieillir en restant actif et en bonne santé.

Dans cette optique, toute politique qui se voudrait efficace et efficiente, devrait
- mettre l'accent sur une alimentation saine et équilibrée dès le bas âge, l'amélioration du cadre de vie, ainsi que l' éveil des consciences des jeunes, des adultes, des décideurs, des chefs d'entreprise . . . avec la mise à contribution des médias:
- transcender les mythes;
- corriger les stéréotypes associés â. la vieillesse;
- corriger les stéréotypes associés â la vieillesse;
- considérer la personne âgée comme une ressource précieuse de la solidarité intergénérationnelle et un élément de régulation.

- C'est par cette invite â une stratégie préventive et valorisante que je voudrais terminer mon propos pour remercier Sa Majesté, le Roi Juan CARLOS DE BOURBON, Roi d'Espagne et

- l'ensemble du Gouvernement espagnol, pour toutes les dispositions prises en vue de la réussite de cette importante rencontre.

Je demeure convaincue qu'à travers l'avènement d'un monde qui se nourrit et se régénére de son vieillissement nous balisons la voie de notre propre prise en charge, de notre soutien, par les générations â venir, suivant l'heureuse formule du Docteur Gro Harlem BRUNDTLAND, Directrice Générale de l' OMS, je cite: « Les personnes âgées de demain sont les adultes d'aujourd'hui et les enfants d'hier ».

Je vous remercie de votre bienveillante attention.