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Déclaration de H.E. Monsieur Jacques L. Boisson
à la
Madrid, Spain
Monsieur le Président, Excellences, Mesdames, Messieurs, Je voudrais, en premier lieu, féliciter, pour leur brillante élection, le Président et les autres membres du Bureau de cette remarquable Assemblée en les assurant de la volonté et de la totale disponibilité de la délégation de la Principauté de Monaco à leur apporter un concours sans réserve et à contribuer à la réussite, combien indispensable, de nos travaux. Ma délégation est très sensible à la confiance que cette Assemblée a placé en elle en l'élisant à l'une des Vice-Présidences. Elle s'emploie et s'emploiera de son mieux à s'en montrer digne. Je tiens, en second lieu, à remercier très sincèrement les Autorités espagnoles et celles de la ville de Madrid, ville superbe s'il en est, pour leur accueil chaleureux et la parfaite organisation de cet important événement mondial. Son objet, pas sa nature même, doit être considéré comme un véritable défi d'avenir et non comme un regard de commisération porté sur le présent auquel nous obligeraient nos anciens. Dans cette enceinte, nous en sommes tous persuadés. Reprendre après vingt ans les conclusions et le plan d'action international recommandés par la Première Assemblée mondiale sur le vieillissement tenue à Vienne, en Autriche, en 1982, en l'enrichissement de réflexions nouvelles, inscrites dans notre temps et dans celui, à inventer, qui lui succèdera, réclame un esprit de coopération sans faille assorti d'un engagement fort et durable. Cet esprit de coopération et cet engagement sont nôtres. Monsieur le Président, Marqué par un nombre sans cesse croissant de personnes âgées, souvent actives et en bonne santé, notre temps oblige, en effet, partout dans le monde, les pouvoirs publics à repenser les normes et les obligations que le vieillissement d'antan, au rythme lent, avait imposé sans efforts ni surprise. Alors qu'il y a vingt ans, la communauté internationale était principalement concernée par l'accès aux soins ou la création d'établissements adaptés aux personnes âgées, en ce début de siècle, sont venus s'ajouter des préoccupations de nature beaucoup plus complexes que l'augmentation de la durée de vie et la poussée démographique de populations de nos jours de plus en plus concentrées en milieu urbain, ont placé au premier plan. Personne n'est en mesure de pouvoir contester aujourd'hui que les deux décennies qui se sont écoulés depuis la Première Assemblée mondiale, ont été riches de transformations sociétales irréversibles, tant dans les pays du sud que dans ceux du nord, transformations qui ont profondément modifié la condition et le statut social de la personne âgée en réduisant la portée bénéfique d'un entourage familial aujourd'hui moins disponible ainsi que la sécurité que les communautés traditionnelles lui assuraient tout en la privant d'une large part de l'autorité et du prestige que son ancienneté lui conférait. Ces transformations, en fait cette mutation, est particulièrement vive sur le continent africain où l'on constate un déplacement rapide des populations rurales vers les villes avec toutes les conséquences irrémédiables que ce phénomène entraîne sur les modes de vie et l'environnement. Il convient, par conséquent, d'accorder une attention particulière aux personnes âgées de ce continent qui se trouvent particulièrement affectées par cette mutation alors qu'elles sont souvent les dépositaires de traditions orales exceptionnelles, riches en connaissances sociologiques, scientifiques et médicales, en pharmacopée ou encore en cosmogonie, connaissances qui sont hélas ! trop souvent en voie d'extinction. N'oublions pas que l'Afrique est le berceau de l'humanité, que l'espèce humaine y est née et s'y est développée avant d'émigrer, il y a sans doute 600 000 ans vers l'Asie et 100 000 ans vers l'Europe. Les recherches anthropologiques les plus récentes comme les dernières études comparatives en matière de génétique des populations nous le confirment. Monsieur le Président, Avec une espérance de vie plus longue, une amélioration incontestable de leur santé, de leur mobilité et de leur vivacité d'esprit, nos aînés aspirent, par conséquent et très normalement, à retrouver une juste place dans nos sociétés et à y jouer un rôle actif et utile revendiquant par la même, le droit à un destin. Ce destin nous le leur devons parce qu'ils ont largement contribué à l'éclosion des progrès et à l'amélioration de nos propres conditions de vie, parce qu'ils nous ont transmis de surcroît leur savoir et leurs connaissances ainsi que le fruit d'un travail et d'une expérience dont nous bénéficions aujourd'hui. La délégation de la Principauté de Monaco se félicite et apprécie que le projet de plan d'action qui nous est soumis par le Comité préparatoire de cette Assemblée dont je me dois de saluer l'excellence, propose une série de mesures qui devraient contribuer à résoudre un certain mal être de même que nombre des difficultés rencontrées, de nos jours, par les personnes âgées, difficultés au nombre desquelles les handicaps de santé, l'isolement, la maltraitance ou encore la précarité, souvent aggravée par le sous développement, sont malheureusement, trop présents. Or, nous devons avoir à l'esprit que les personnes âgées, afin d'assurer leur dignité, doivent, comme tout autre individu, pouvoir bénéficier, jusqu'au terme de leur vie non seulement des droits civils et politiques mais également des droits économiques, sociaux et culturels reconnus à l'ensemble des membres de la communauté humaine par les instruments internationaux, universels et régionaux. Ce bénéfice n'est possible que si des dispositions de toute nature sont prises, au plan national comme au plan international, afin d'éviter que ces personnes ne soient tenues à l'écart de la Communauté en s'efforçant en particulier de les maintenir dans le meilleur état de santé, physique et moral, possible tout en leur offrant la faculté de participer davantage à la vie culturelle, économique et sociale de leur pays. En échange, leur pays et la société en général trouveront souvent auprès de ces personnes, l'expérience, la sagesse, la disponibilité et le dévouement qui contribuent autant à l'équilibre qu'à l'harmonie de toutes sociétés. Monsieur le Président, La plupart des recommandations du projet de plan d'action sont déjà prises en compte à Monaco. Certaines l'ont été à l'occasion de l'année internationale des personnes âgées, d'autres vont faire l'objet d'un examen attentif des services compétents en vue d'une mise en œuvre rapide. Dans la mesure en effet où, d'après de récentes statistiques, 22,4% de la population monégasque est âgée de plus de 64 ans et que, selon les prévisions, ce pourcentage ne cessera d'augmenter dans les années à venir, le Gouvernement Princier s'est engagé à promouvoir une politique volontariste en faveur des personnes âgées qui associent aux soutiens financiers, quand ils s'avèrent nécessaires, des mesures destinées au maintien de leur cadre et de leur mode de vie de même que des liens sociaux indispensables à leur épanouissement. Plusieurs associations, animées par des membres bénévoles, apportent leur concours à cette politique et offrent présence et réconfort aux anciens. Le club "le temps de vivre", une initiative municipale, organise, par exemple, très régulièrement à leur intention des conférences, des sorties, des rencontres et des voyages alors que les services gouvernementaux concernés leur offrent des facilités et des réductions de prix dans les transports urbains comme pour les spectacles culturels. Pour encourager le maintien à domicile des personnes les plus âgées, en particulier de celles à mobilité réduite, et donc la sauvegarde de leur cadre habituel, un système de sécurisation par téléalarme a été officiellement institué et la livraison de repas à domicile rendue possible. Le nombre d'aides au foyer ainsi que d'auxiliaires de vie a été augmenté. Enfin, pour les petits dépannages et les menus travaux d'entretien, les personnages âgées peuvent faire appel, en cas de besoin, à un ouvrier polyvalent mis spécialement à leur disposition. De plus, le logement des personnes bénéficiant du service municipal de maintien à domicile peut être l'objet d'aménagements spécifiques en vue de faciliter la vie courante de l'occupant. Certaines opérations immobilières récentes prennent déjà en compte l'accessibilité et la fonctionnalité nécessaires aux personnes à mobilité réduite. Actuellement, la Principauté de Monaco dispose de trois établissements réservés aux personnes âgées. D'autres devraient venir les compléter. Si l'an dernier 7200 personnes de plus de 65 ans ont été recensées, leur nombre pourrait s'élever à près de 7900 en 2010 et de 8600 en 2020. En matière de santé, il existe un hôpital public doté d'un personnel qualifié et des moyens techniques les plus modernes ainsi que des cliniques et des centres de soins privés. La Principauté de Monaco dispose, en outre, dans toutes les disciplines, d'un nombre important de médecins. Les personnes âgées sont donc toujours parfaitement à même d'obtenir les soins et les traitements thérapeutiques dont elles auraient besoin. Les coûts de ses traitements et de ses soins sont normalement couverts par des assurances médicales publiques et privées et par des mutuelles. La sécurité et la protection sociale sont assurés à tous y compris aux personnes les plus démunies, celles sans activité professionnelle comme celles aux revenus modestes, ce qui peut être le cas des personnes âgées. Le Gouvernement Princier et l'Autorité municipale sont très attentifs à cette question. Cette attention est d'ailleurs partagée par le Conseil national, le Parlement monégasque. La santé et le bien être des personnes âgées se situent certainement au tout premier rang parmi les dispositions législatives, économiques et sociales, adoptées ces dernières années. Beaucoup, je vous l'assure, a été fait à Monaco en faveur de nos aînés. Beaucoup, sans doute, reste encore à faire. Cette Deuxième Assemblée mondiale, occasion exceptionnelle de rencontres et d'échange d'idées, devrait permettre tant au plan national qu'international, d'établir un bilan des réalisations comme des lacunes existantes et surtout de renforcer la coopération multilatérale indispensable pour compenser les déséquilibres actuels notamment ceux qui demeurent, inacceptables, entre pays avancés et ceux qui le sont moins en raison en particulier des obstacles de nature économique et financière auxquels ils sont confrontés. Monsieur le Président, Améliorer leur condition matérielle et affective de vie de même que leur intégration sociale, leur faciliter l'accès aux services et aux établissements spécialisés, prendre en compte les situations de grande détresse et de dénuement, développer les actions de proximité, humaniser les structures d'accueil et de soins, répondre aux besoins de prise en charge spécifiques, mieux estimer et prévoir leurs besoins à moyen terme, renforcer la coopération internationale en leur faveur et l'échange d'expériences, telles sont les principales ambitions dont nos Gouvernements en général et le Gouvernement Princier en particulier entendent se doter, à l'occasion de cette Assemblée, afin de répondre aux inquiétudes et aux difficultés concrètes rencontrées par nos anciens et ce, en étant profondément convaincus que leur solution permettrait aussi de contribuer à améliorer les relations entre générations afin que comme l'écrit le poète : "Nul ne voit tomber ni tes lys ni tes roses, et l'hiver de ta vie est ton second printemps". Je vous remercie de votre attention. |