ALBANIA
Statement
by
H. E. Mr. Rexhep
Meidani
President
at the
Second World Assembly
on Ageing
Madrid, Spain
8th April 2002
Sur la discrimination à cause de l'âge
Le 20 mars dernier, la Cour suprême des Etats-Unis d'Amérique
s'est trouvée devant un dilemme relatif au préjugé
d'âge quant à l'emploi (Financial Times, du 21 mars 2002).
Le cas en question, qui concernait un groupe de travailleurs mis à
pied par une société d'électricité en Floride,
était lié à la discrimination due à l'âge,
à savoir si l'on pouvait la considérer intentionnelle ou
non de la part des employeurs, et il était accompagné par
la préoccupation que de telles plaintes sont rencontrées
de plus en plus souvent dans les tribunaux, parallèlement à
celles faisant cas de différenciations fondées sur la race
et le sexe.
En effet, à l'heure actuelle on constate dans beaucoup de postes
d'emploi cette tendance à l'âgisme qui, bien que semblant
non délibérée, est néanmoins nocive. Divers
experts et juges sont de l'avis qu'il existe une différence entre
le préjugé d'âge et la discrimination raciale ou sexuelle.
De son côté, la juge fédérale Sandra Day O'Connor
argumente cela par l'absence d'acquis identiques, car "il n'existe pas
encore une longue histoire sociale de la discrimination selon l'âge".
Le juge Stephen Breyer souligne d'autre part que bon nombre d'opérations
d'affaires, comme par exemple une décision de suspendre des employés
plus anciens parce qu'ils sont payés davantage, peuvent paraître
comme étant en rapport avec l'âge, alors qu'elles sont motivées
par bien d'autres facteurs...
Quoi qu'il en soit, ce phénomène nouveau et délicat
exige un examen exhaustif des trois "révolutions" qui sont en train
de marquer le siècle que nous vivons. Telle est, tout d'abord, la
révolution de la dignité humaine ou bien la considération
radicale des Droits de l'Homme, de la liberté humaine, y compris
la sécurité humaine.
Deuxièmement, une révolution totale se développe dans
le cadre de la globalisation qui va nécessairement redéfinir
le contenu théorique et pratique de la signification de la souveraineté,
soit au niveau de l'individu, soit à celui de la communauté.
Troisièmement, c'est le développement inspiré par
les profonds progrès de la science et de la technologie, où
concourent deux processus simultanés: d'une part, la révolution
dans le domaine de l'information, qui peut être considérée
comme étant encore dans la phase de son enfance et, de l'autre part,
la révolution biologique qui emboîte le pas à la révolution
informatique. Ce n'est qu'en percevant de manière complexe ces développements
que l'on peut se rendre compte de la transformation radicale qui s'opère
dans le monde actuel, plus spécialement en rapport avec l'âge
de l'homme, ses capacités et ses limites dans le processus de cette
mutation individuelle et sociale.
Considérée sous ces aspects majeurs, la discrimination
à cause de l'âge quant à l'emploi semble être
aujourd'hui un choix provisoire plutôt qu'une solution à
long terme. Elle accuse déjà certains signes de
la déformation du marché de l'emploi et de sa gestion.
Il s'agit donc plutôt d'un "nouveau produit non
assimilé" des conjonctures et des structures économiques
entièrement modifiées et des évolutions
technologiques, d'une vision partielle liée à l'intérêt
immédiat et au profit plutôt qu'aux perspectives de
développement politique, économique et social.
De la sorte, de nos jours on essaie de façon directe ou indirecte
d'élaborer l'idée que les travailleurs plus anciens doivent
débarrasser plus vite le chemin aux jeunes, parallèlement
à la légitimation de l'autre alternative consistant à
réduire le temps de travail, en présentant cela non seulement
comme l'argument d'un nouveau standard de vie, mais aussi comme une possibilité
d'atténuer le taux de chômage.
D'autre part, le processus de réformes économiques, l'augmentation
du degré d'interaction, de qualification, d'intégration et
de globalisation et, d'autant plus, l'introduction de nouvelles technologies
plus sophistiques dans le domaine de l'information et des télécommunications
ont créé, dans une certaine mesure, un espace encore insuffisamment
analysé dans les détails ni évalué judicieusement
quant aux rapports entre les générations, à une balance
aussi équitable que possible entre les connaissances et l'expérience,
en intensifiant par conséquent chez les employeurs privés
et publics la demande d'embaucher les plus jeunes, compte tenu de leurs
avantages liés
à une adaptation technologique plus rapide, aux capacités,
au dynamisme et aux énergies disponibles.
Une telle tendance conduit inévitablement à de nouveaux
problèmes conceptuels et pratiques, en particulier si l'on tient
compte des tendances démographiques au niveau mondial. Notre planète
est habitée par environ 6,1 milliards d'hommes et le taux de croissance
de la population mondiale est de plus en plus grand, tandis que dans les
pays industrialisés on constate, au contraire, le phénomène
inverse.
Voire, si la population n'y était pas "compensée" d'une
certaine façon par l'émigration, sa chute naturelle
serait allée jusqu'au survieillissement. D'autre part, une évolution
démographique fondée uniquement sur
les ressources intérieures de ces pays déplacerait dramatiquement
la pyramide de l'âge vers son sommet,
en favorisant une croissance sensible de l'âge moyen grâce
à l'amélioration des conditions d'existence et
aux standards élevés de l'ensemble des soins, des services
publics et sociaux.
II est vrai que les "soucis" demographiques des pays industrialisés
semblent apaisés en partie par
l'émigration, notamment par celle des jeunes, au sujet de laquelle
au cours de ces deux dernières
décennies les pays les _ plus développés
d'Europe, indépendamment des différences et des tendances
avant et après la Seconde Guerre mondiale, ont tenté d'édifier
des politiques plus unifiées (les Accords de Schengen; la Convention
de Dublin) qui sont d'ailleurs élaborées ultérieurement
sur la base du Traité de Maastricht.
C'est de manière naturelle que, de la simple demande de main d'oeuvre
non qualifiée au moment de la reconstruction de l'Europe d'après-guerre,
ces politiques s'orientent aujourd'hui clairement vers la zone de la haute
qualification. D'ailleurs l'ouverture des pays de l'Union européenne
aux travailleurs qualifiés, connaissant particulièrement
les technologies nouvelles et l'information, une ouverture qui comporte
essentiellement le phénomène très néfaste de
la fuite des cerveaux des pays d'origine, est différente quant au
mode de traitement et d'application concrète d'un pays à
l'autre de VUE ou du monde industrialisé en général.
La perception actuelle est que l'émigration, en particulier celle
des travailleurs qualifiés, se poursuivra dans les années
à venir également, voire même elle pourra croître
si les décalages de développement économique et démographique
demeurent aussi clairement définis au niveau mondial.
D'autre part, les croissances économiques et démographiques
continuent à être réalisées à des signes
contraires, en s'acheminant sur des parallèles semblables à
celles de l'urbanisation et de la ruralisation à tel point que dans
les pays pauvres on constate non plus une discrimination, mais un abus
à cause de l'âge, comme c'est le cas de l'exploitation du
travail des mineurs. Quoi qu'il en soit, à l'heure actuelle on ne
peut toujours pas prétendre à un lien ou à une rupture
claire de cause à effet entre les deux croissances: celle économique
et démographique, d'une part, et les problèmes de la discrimination
à cause de l'âge dans l'emploi, de l'autre part. Entre temps,
il a été compris que la liberté politique ne suffit
plus à elle seule pour atteindre tout ce qui est rêvé
et pour réduire l'émigration, d'ailleurs c'est de manière
naturelle que, dans le cadre de l'économie du marché et de
la libre initiative, la dimension économique ressort de plus en
plus au premier plan. Le fait de jouir des libertés complètes
politiques et civiques, un niveau normal des conditions d'emploi et de
vie, ainsi que la suppression de la pauvreté extrême sont
les "armes" les plus efficaces contre l'émigration elle-même
et ses sources fondamentales, tout comme ils sont les voies les plus appropriées
dans la lutte contre le terrorisme et le crime transnational.
Le problème semble plus complexe, si l'on remarque la tendance
mifeste à la discrimination selon l'âge au niveau global,
en particulier dans les pays les plus développés. Selon Sally
Davis, directeur du Centre
de Consultation sur la Carrière au Royaume Uni, les signes de
cette discrimination à l'égard les hommes sont manifestés
quand ils atteignent l'âge de 40 à 45 ans, tandis qu' il existe.
des témoignages que la discrimination due à l'âge dans
l'emploi touche aussi les femmes de 30 à 40 ans. C'est donc plus
ou moins "à mi-mandat" de la vie active, avant d'atteindre les niveaux
normaux de bénéfices à travers le travail et la contribution
aux assurances, que les sociétés, les propriétaires
ou bien les employeurs privés et publics en général
commencent à substituer aux plus anciens de plus jeunes qui sont
plus adaptables et qui ont moins de problèmes, d'obligations et
d'engagements familiaux. On ne saurait expliquer autrement le fait que,
dans le cadre de l'Union européenne, selon les statistiques, 4 hommes
sur 10 ont actuellement cessé de travailler une fois accompli l'âge
de 55 ans.
Et alors qu'ils font des projets pour passer leur temps libre, les autres
travaillent pour couvrir le paiement des "vacances forcées" de ces
hommes qui auraient normalement toute l'expérience, l'énergie
et la santé de continuer à contribuer par leur travail sans
surcharger les schémas des assurances sociales.
Est-ce là une aberration historique et économique, contraire
au processus même de la croissance de la longévité
et de l'amélioration des standards de vie? Aura-t-elle, par chance,
seulement une étendue limitée et une durée passagère?
Entre temps, pour de nombreux pays se dessine clairement la difficulté
sérieuse de financer et de couvrir les schémas des pensions,
tout d'abord à cause des retraites anticipées et, deuxièmement,
des suites de la croissance de l'âge moyen de la population. Les
conséquences de ce phénomène nouveau deviennent visibles
aussi bien à divers niveaux des structures des Etats et des économies
que chez les corporations, les petites et moyennes entreprises ou les microgroupements
d'individus.
Aussi le souci international est-il justifié quand il essaie de
traiter ce phénomène et de le réévaluer afin
de rendre conscientes toutes ces structures et d'obtenir leur consensus
pour ne plus laisser en dehors de l'attention et encore moins ignorer ce
nouveau processus de discrimination et éviter ainsi qu'il soit poussé
à l'extrême. Les employeurs se rendent compte désormais
eux-mêmes qu'ils causent de cette manière la perte prématurée
des hommes les plus expérimentés de leurs propres équipes.
Comme mécanisme qui pourrait fonctionner dans ce cas-là,
en appréciant avec réalisme la problématique créée,
on considère aussi le schéma de la réduction des heures
de travail jusqu'aux limites qui ne mettent pas en cause son efficience
et son rendement.
Il y a également des signes qui montrent que les milieux d'affaires
sont en train de réagir en forgeant de nouvelles conceptions relatives
à la carrière et à l'emploi, par une balance de la
main d'oeuvre, par un recours plus large au travail en équipe et
par la "couverture" de leurs connaissances et de leur qualification, par
la formation continue, afin de tirer le maximum de chaque travailleur,
indépendamment de son âge, des autres différences naturelles
ou ethno-culturelles. Le travail combiné ou en équipe peut
donc également être considéré comme une solution.
En fin de compte, le processus de la globalisation acquiert une nouvelle
acception et une nouvelle dimension même à propos de nombreux
problèmes de l'existence et de l'emploi. De son côté,
il impose un examen sérieux car il se reflète sur chaque
activité, à travers le libre mouvement des capitaux et des
hommes et les mutations du marché du travail, de la production et
des services, ainsi que des divers maillons de la gestion et de la direction,
où au lieu du système linéaire hiérarchique
on peut adopter la surcouverture et l'enchevêtrement, l'organisation
en réseau et plus spécialement le travail en équipe.
Ces tendances, parallèlement à la substitution de la capacité
individuelle par celle de l'équipe, exigent aussi un soutien par
des systèmes non linéaires de scolarisation, de la formation
et de l'âge des professions, adaptables à la mobilité
du marché du travail et aux demandes de services civils aussi adéquats
que possibles, et par conséquent un enchevêtrement des âges
au sein de l'équipe, afin de rendre aussi efficace que possible
la combinaison du "calme", de l'expérience et du dévouement
des plus anciens avec la capacité, le dynamisme et l'énergie
des jeunes.
Comme on le voit aujourd'hui, cela est mieux compris. Ainsi par exemple,
AXA, le groupe international des assurances siégeant à Paris,
continue-t-il le recrutement sur la base de critères sévères
de l'expérience et des mérite indépendamment de l'âge,
mais il est en outre profondément engagé à la qualification
incessante de l'équipe par des stages spécialisés,
des adaptations aux technologies nouvelles, etc. La formule appliquées
par cette société a pour devise "la mise sur pied d'équipes
qui se partagent les connaissances et qui se complètent, indépendamment
de l'âge et de la formation". D'ailleurs Christophe Dufroux souligne
à juste titre que leur "politique est celle du mélange des
gens du sommet de la pyramide hiérarchique jusqu'à sa base".
De tels signes de remise en valeur et d'écart de la discrimination
à cause de l'âge sont constatés dans d'autres pays
également. D'ailleurs. à certaines sociétés
il résulte que l'alternance des générations dans l'emploi
est le choix le plus prouvé par arguments. En Suède, par
exemplecertaines banques réembauchent comme conseillers financiers
des personnes d'âge avancé, nouvellement formées dans
des stages, car elle: jugent que celles-ci sont à même de
mieux comprendre les besoins des clients, leur apportent des réponses
avec une patience admirable et son: capables de réagissent mieux
dans leurs rapports avec ces derniers ainsi que par rapport à leurs
exigences.
Cette question nécessite un traitement plus soigneux à
chaque niveau national, régional et international, bien que pour
le moment et sous plusieurs aspects, comme c'est le cas en Albanie, il
soit plus problématique le phénomène inverse, c'est-à-dire
le vieillissement des travailleurs, en particulier celui des cadres à
différents niveaux des services, comme dans les écoles supérieurs,
dans les hôpitaux et ailleurs, ou encore un engagement plus important
des femmes à tous les pores de la société, parallèlement
à l'emploi des jeunes. D'ailleurs, nous oeuvrons actuellement de
manière étudiée et graduelle en vue de porter l'âge
de la retraite, dans l'espace de 10 ans, à 65 ans pour les hommes
et à 60 ans pour les femmes. De toute façon, il nous faut
écarter avec la même sollicitude et dès aujourd'hui
le problème de la discrimination à cause de l'âge,
qui pourrait se manifester en Albanie aussi dans un avenir proche, particulièrement
avec le retour bienvenu des jeunes dotés de savoir et d'expérience
des pays occidentaux ou bien de "l'école de l'émigration".
C'est pour cette raison que nous essayons dès à présent
d'introduire dans la formation scolaire les éléments principaux
d'une éducation dans l'esprit du travail en équipe, de l'interaction
et de l'adaptation pluridimentionnel, qui précèdent les changements
et les développements de plus en plus fréquents dans la vie
quotidienne, y compris les connaissances théoriques et pratiques
sur les nouveaux équipements, techniques et technologies,
qui facilitent et améliorent notre standard de vie. |