NIGER

 

Intervention de Madame Nana Aicha Foumakoye, Ministre du Développement Social, de la Population, de la Promotion de la Femme et de la Protection de l'Enfant.

 

Monsieur le President,

L'honneur m'échoit de prendre la parole devant cet eminent auditoire en cette occasion aussi solennelle qu'est l'Assemblée Générale de l'ONU sur le Sommet Mondial pour le Développement Social en sa 24ème Session Extraordinaire.

Je voudrais avant tout m'acquitter d'un agréable devoir, celui de transmettre, Monsieur le President, à vous et aux membres du bureau mes chaleureuses félicitations.

Au nom de la délégation du Niger que j'ai l'honneur de conduire, je souhaite que, sous votre conduite éclairée, nos assises connaissent un succès certain. Je souhaite également transmettre à tous les participants aux présentes assises, les cordiales salutations de S. E. M. Mamadou Tandja, Président de la République du Niger.

Monsieur le President, Honorables Délégués,

A l'instar des autres pays membres de l'ONU, mon pays a pris part au Sommet Mondial de Copenhague sur le Développement Social en Mars 1995.

Les engagements issus de cet important forum qui visent entre autres à lutter contre la pauvreté, à promouvoir l'emploi productif et à renforcer l'intégration sociale, prennent parfaitement en compte les préoccupations du Niger. En effet, le Niger est l'un des pays les plus pauvres au monde avec une population estimée à environ 9,5 millions d'habitants en 1999, dont 63% vivent en dessous du seuil de pauvreté, dont la manifestation et l'intensité sont plus perceptibles et plus fortes en milieu rural.

Monsieur le Président, Honorables Délégués,

Au cours de ces dernières années, la situation socioéconomique du pays s'est fortement dégradée, entraînant du coup une détérioration sans précédent du niveau de vie de la quasi totalité des couches sociales. Ces contreperformances résulteraient entre autres de l'hostilité de l'environnement nature!, de l'inadéquation des politiques économiques mises en oeuvre, des sécheresses récurrentes et du faible développement des secteurs sociaux. Mais cette situation est aussi le résultat dune informalisation croissante de l'économie et de l'instabilité politique chronique que le pays connaît depuis 1990. Comme vous le constatez, l'évolution de la situation socio-économique du Niger laisse apparaître d'importants défis à relever.

C'est pourquoi, depuis la tenue du Sommet de Copenhague, le Niger a développé des stratégies et entrepris plusieurs actions pour mettre en oeuvre les recommandations qui en sont issues. Ces différentes actions vont de l'élaboration de programmes et politiques à l'adoption des mesures concrètes pour leur mise en oeuvre effective. Ainsi, le Niger a élabore notamment un Programme National Cadre de Lutte contre la Pauvreté et une Politique Nationale de Développement Social.

Le Programme Cadre de Lutte contre la Pauvreté, qui a pour objectif la réduction du fléau à court et moyen terme et son eradication à long terme, comporte trois (3) sous-programmes majeurs:

- l'amélioration de la sphère économique des pauvres,

- le développement des secteurs sociaux,

- le renforcement de la capacité institutionnelle de l'Etat et de la Société Civile.

En terme de bilan, après la table ronde sur la Pauvreté tenue ici même en Mars 1998 entre le Niger et ses principaux partenaires au développement, le programme a démarré avec le parachèvement de la mise en place du dispositif institutionnel dont un Comité national de pilotage, une Cellule de gestion du programme et un Comité technique de suivi. Aussi, un certain nombre de projets sont en cours d'exécution dans plusieurs régions du pays grâce au concours de nos partenaires au développement.

Monsieur le President, Honorables Délégués,

La Politique Nationale de Développement Social, quant à elle, outre la lutte contre la pauvreté, vise deux grandes orientations à savoir:

- le renforcement de l'intégration sociale

- et la poursuite de la justice sociale et l'équité, domaine dans lequel un grand pas vient d'être franchi par la ratification en Août 1999 par le Niger de la Convention sur ('Elimination de routes les Formes de Discrimination à l'Egard des Femmes ainsi que (l'adoption en mai 2000 d'un texte de loi instituant le système de quota en faveur des femmes. Plus concrètement la Politique Nationale de Développement Social intègre les politiques sectorielles suivantes:

Un plan d'actions quinquennal est en cours de finalisation, suivant un processus participatif. Dons le domaine de Ia création de l'emploi, les actions menées sont essentiellement de type institutionnel. Il s'agit :

Monsieur le Président,

Concernant l'allocation des ressources, 30% des dépenses publiques sont consacrées au secteur social dont 15% aux services sociaux essentiels. Quant à l'Aide Publique au Développement, le pourcentage consacré aux services sociaux essentiels est de 12%.

Les résultats enregistrés à ce jour, quoique modestes, me paraissent encourageants. Ainsi, au niveau global, l'indicateur de Pauvreté Humaine (IPH) est passé de 66 en 1994 à 64 en 1997. De même, de façon plus détaillée, on note l'évolution positive des indicateurs suivants:

Monsieur le Président Honorable Délégués, Au Niger, nous sommes pleinement conscients que les quelques progrès enregistrés ne peuvent être maintenus et consolidés sans la poursuite d'actions vigoureuses pour une bonne gouvernance et un renforcement continu des capacités de gestion de l'économie nationale.
Dans ce cadre, à l'issue d'élections législatives et présidentielles de Novembre 1999, des institutions
de la République s'attellent à consolider la paix et la démocratie, meilleur cadre de lutte contre la pauvreté. Les élections locales qui interviendront bientôt, parachèveront le processus de démocratisation si bien enclenché
Par ailleurs, il convient de mentionner le retour de la paix dens le Nord et l'Est du pays et la création dune Commission Nationale des Droits de l'Homme et dune Commission Nationale de Dialogue Social. De même, il est à noter que !a Société Civile est pleinement associée à toutes les actions de développement et aux prises des décisions. Toutefois, des contraintes multiples existent encore et les principales à lever pour tenir les engagements pris sont entre autres: Monsieur le Président, Honorables Délégués,

Des propositions et suggestions de nouvelles initiatives visant à lever ces contraintes pour mieux donner suite aux engagements issus du Sommet Mondial de Copenhague pourront être faites dans le sens que voici:

Au niveau national:

- un meilleur suivi de la mise en oeuvre de l'initiative 20/20 en vue de la mobilisation des ressources nécessaires au financement des secteurs sociaux,

- l'harmonisation de la stratégie de réduction de la pauvreté avec le cade macro-économique pour un développement humain durable,

- la responsabilisation des populations à base par la mise en oeuvre du processus de décentralisation,

- une plus grande concertation entre les différents acteurs du Développement Social pour une meilleure coordination des actions et une utilisation plus rationnelle des ressources, - un soutien décisif au secteur privé à travers une amelioration plus accrue des capacités des promoteurs.

Au niveau international:

- une plus grande solidarité de la Communauté internationale à l'égard des pays en voie de développement dans la lutte contre la pauvreté,

- l'annulation de la dette et/ou sa reconversion en aide pour le développement des secteurs sociaux, - l'accroissement substantiel de l'Aide Publique au Développement.

Dans le même esprit, il est temps que mon pays, dont le niveau de finances publiques extrêmement bas, n'augure aucune perspective de redressement immédiat, bénéfice des avantages de l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés.

Monsieur le Président, Honorables Délégués,

Le gouvernement de la République du Niger réaffirme sa volonté de poursuivre la mise en oeuvre des recommandations issues du Sommet Mondial pour le Développement Social.
II réitère son engagement à poursuivre le dialogue avec l'ensemble des partenaires au développement en y assurant à la fois la transparence nécessaire et une plus grande rigueur dans le processus de prise de décision et d'allocation rationnelle des ressources publiques.
Aussi, avec le retour à une vie constitutionnelle normale et le renforcement de la démocratie, les autorités de la V-ème République ont elles décidé de redonner plus de dynamisme et de vigueur au système de pilotage de la gestion du développement. A cet effet, l'élaboration très prochaine d'un Plan National de Développement Economique et Social 2000-2004, qui intègre tous les programmes et politiques existants, servira de cadre général de référence pour les interventions futures.
Pour terminer, Monsieur le Président, Honorables Délégués, permettez-moi de paraphraser une éminente personnalité, je cite: "Si l'économique prend le pas sur le social ou lui tourne le dos, la vie sociale de demain, ainsi pervertie, paralysera la marche de l'économie."

Je vous remercie Monsieur le Président.