D j I B 0 U T
S.E MADAME HAWA AHMED YOUSSOUF, MINISTRE DELEGEE
CHARGEE DE LA PROMOTION DE LA FEMME,
DU BIEN - ETRE FAMILIAL ET DES AFFAIRES SOCIALES
A LA SESSION EXTRAORDINAIRE
DE L'ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES
SUR LE SUIVI DU SOMMET DE COPENHAGUE
GENEVE, DU 26 AU 30 JUIN 2000
SUISSE
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs, les Ministres, les ambassadeurs, les représentants
des institutions Multilatérales,
Honorables délégués (es),
Permettez-moi avant tout
de remercier vivement le Gouvernement Suisse pour l'accueil chaleureux et le
secrétariat des Nations - Unies pour la qualité de l'organisation
de cette Conférence Internationale de suivi du sommet de Copenhague.
Un peu plus de cinq ans se sont écoulés depuis la tenue du sommet
mondial sur le développement social à Copenhague et nous voici
réunis
à nouveau pour examiner ensemble la réalisation des engagements
auxquels nous savons souscrits, ce qui témoigne de notre volonté
de lutter contre la pauvreté sous ses différentes formes et de
mener le combat pour un développement qui soit durable.
Certes, on conviendra aisément que la période est assez courte
pour mettre en oeuvre les réformes et mesures recommandées. Cependant,
il m'est agréable de souligner les avancées obtenues ne serait-ce
qu'au niveau de la prise de conscience face à l'ampleur du défi.
Nous savons tous que la pauvreté n'est pas une fatalité et qu'elle
résulte de facteurs multiples de nature autant sociopolitique qu'économique
et environnementale. II n'y a point de solution miracle, mais je pense que nous
devons désormais accorder la plus haute priorité à la valorisation
du capital humain.
Pour
revenir à la situation de mon pays, les dernières études
effectuées révèlent une situation fort préoccupante,
plus de 50 des ménages ne disposent pas du minimum nécessaire
pour vivre. D'autre part, on observe de contrastes frappants. Les relatives
avancées dans certains domaines (éducation de base, accès
à l'eau potable, promotion de la femme) sont minorés par le déficit
en matière d'offres d'emplois. Le taux de chômage est de l'ordre
de 60 % et la situation est encore plus dramatique pour les jeunes et surtout
les femmes.
Le
chômage et la faiblesse des revenus s'avèrent donc être,
et de loin, les principaux facteurs de pauvreté.
Toutefois, les obstacles au bien être individuel, familial et collectif
ne se limitent pas aux problèmes de l'emploi. La demande en services
sociaux de base est tout aussi aiguë. Les groupes les plus vulnérables
cumulent ces handicaps qui compromettent donc leur existence.
Ce rapide diagnostic sans complaisance suffit à montrer l'ampleur des
besoins.
En dépit des contre-performances enregistrées et bien qu'il soit
encore tôt pour mesurer réellement les progrès déjà
réalisés depuis 1995, nous sommes confiants dans la voie que nous
avons empruntée.
La croissance économique fut-elle élevée ne peut, en ellemême,
suffire à réduire la pauvreté si elle n'apporte pas aux
pauvres des avantages par l'accroissement des sources de revenus et d'emploi
et par l'élargissement de l'accès aux services sociaux de base.
Cette façon de poser la problématique du développement
durable a justifié la mise en oeuvre de réformes en profondeurs
visant à associer les impératifs d'efficacité économique
et de lutte contre la pauvreté.
Dès
1996 en effet et avec l'appui des partenaires pour le développement le
Gouvernement a initié un Programme d'Ajustement Structurel comportant
un important volet Social. Ainsi et maigré les restrictions des dépenses
publiques, les budgets sociaux sont maintenus, mais surtout nous avons pu éviter
les licenciements massifs en recourant à la solidarité des travailleurs.
Les
mesures
en questions ne sont pas isolées mais s'accompagnent de grands projets
entièrement consacrés à la lutte contre la pauvreté,
tels que le Fonds Social de Développement et l'ADETIP.
D'autre
part, les soucis de bonne gouvernance demeurent un élément clé
de la nouvelle politique.
En
effet, le renforcement des capacités d'analyse constitue un objectif
majeur quand on sait le rôle décisif de l'information et de son
exploitation pour suivre l'évolution des conditions de vie des ménages.
Ainsi, une enquête statistique a été menée en 1996
et une autre est prévue à la fin de cette année ; ceci
nous permettra de mieux évaluer l'évolution de la situation d'ensemble
des conditions de vie de la population.
Sur
le plan juridique,
j'aimerais également insister sur l'élaboration du projet du code
de la famille qui sera bientôt adopté, l'adoption du nouveau code
pénal et la ratification de la convention sur l'élimination de
toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.
Sur
le plan institutionnel,
le nouveau Président de la République, S.E Monsieur Ismaïl
Omar Guelleh a crée, dès son investiture à la magistrature
suprême, trois nouveaux ministères sociaux : le Ministère
de l'Emploi et de la Solidarité Nationale ; le Ministère délégué
chargé de la Promotion de la Femme, du BienEtre Familial et des Affaires
sociales qui est en train de travailler
sur
l'élaboration de la stratégie d'intégration de la Femme
dans le processus de développement, et enfin le Ministère délégué
chargé de la Décentralisation et des Collectivités Locales.
Ceci démontre la volonté politique en la matière du Président
de la République.
Monsieur
le Président,
Sans
vouloir uniformiser les situations locales, il est évident que sans la
démocratie, nos efforts resteront vains si l'instabilité politique
et les guerres fratricides, un peu partout en Afrique, persistent.
Face
à ces fléaux qui touchent particulièrement ces derniers
temps, la région
de la Corne de l'Afrique et dont les conséquences (flux massifs de population
réfugiée) affectent souvent et aujourd'hui encore mon pays, le
Président de la République ne ménage aucun effort pour
la recherche de la paix entre les pays de la région en conflit et du
retour de la concorde civile dans les autres pays connaissant des problèmes
internes.
J'évoquerai,
ici, parmi ses actions, la plus importante et la plus courageuse ; l'Initiative
du plan de Paix pour la Somalie qu'il a mis en oeuvre dès son accession
au pouvoir.
Depuis
plus de un mois, la République de Djibouti abrite la Conférence
de Réconciliation du peuple Somalien pour lui permettre de sortir de
cette situation inacceptable dans laquelle demeure le pays voilà bientôt
dix ans, afin de retrouver sa dignité et sa place dans le concert des
Nations.
Par
cette contribution, nous voudrions ainsi manifester notre intime conviction
qu'ensemble dans la paix et dans la richesse de nos diversités, nous
pourrons gagner le combat contre la pauvreté.
Face
à la mondialisation grandissante de l'économie qui risque de fragiliser
davantage nos pays, il nous appartient de bien mesurer les enjeux et d'en tirer
les enseignements.
Mon
pays réaffirme, ici, son engagement à mettre tout en oeuvre pour
réaliser les objectifs de lutte contre la pauvreté et de développement
humain durable, condition de l'avènement de sociétés justes
et prospères.
Mais
tous ces efforts nécessitent une contribution accrue de la Communauté
Internationale, par l'annulation de la dette des pays pauvres et par l'octroi
de financement adapte aux besoins et aux particularités de chaque pays.
Monsieur
le Président, honorables invités, je vous remercie de votre
aimable attention.