Chili
MINISTRE DE LA PLANIFICATION ET COOPERATION ALEJANDRA KRAUSS
SUIVI DU SOMMET MONDIAL DE DEVELOPPEMENT SOCIAL
(COPENHAGUE+5)
Cette Assemblée Générale Extraordinaire a pour le Chili
une signification très particulière. Elle coïncide pratiquement
avec le début du troisième gouvernement d'une coalition qui depuis
1990 a été à trois reprises soumise avec succès
au verdict populaire. Le programme de mon gouvernement, ainsi que celui de ceux
qui font précédé, est inspiré des mêmes principes
et valeurs contenus dans la déclaration et le plan d'action souscrit
à Copenhague: nous voulons rendre compatible la croissance économique
et l'égalité.
Suivre ce chemin de préoccupation permanente pour le développement
social nous a permis d'obtenir un progrès soutenu dans la quasi-totalité
des secteurs de développement. Le rapport que nous avons diffusé
donne un compte rendu détaillé de ce que nous avons atteint durant
les années quatre-vingt-dix.
Simultanément nous avons entrepris un ensemble de réformes de
deuxième génération, parmi lesquelles la plus remarquable
est sans doute la réforme
éducationnelle que nous espérons réussira à améliorer
significativement la qualité de l'éducation des niveaux primaires,
secondaires et supérieurs, et nous
espérons aussi doubler durant les six prochaines années le nombre
d'enfants dans le système préscolaire.
Le large consensus qu'a suscité le Plan dAction souscrit en 1995 à
Copenhague nous a permis de renouveler notre enthousiasme pour continuer à
promouvoir le développement social en faisant face à de nouveaux
défis. C'est grâce aux réussites obtenues paticulièrement
ces six dernières années que nous pouvons aujourd'hui nous poser
des objectifs encore plus ambitieux. Notre gouvernement s'est posé le
défi de croître dans l'égalité. Nous voulons poursuivre
sur le sentier de la croissance économique tout en avançant vers
l'égalité de droits, en renforçant la citoyenneté.
Une croissance dans l'égalité requiert de sociétés
cohésives, intégrées, participatives et tolérantes.
L'égalité que nous recherchons est celle qui élargit les
opportunités tout en respectant la diversité. Croître dans
l'égalité signifie renforcer les droits de l'homme, universaliser
le droit à une éducation de qualité, le droit à
avoir un travail digne et bien rémunéré, le droit à
la santé, au logement, à la retraite et à l'administration
adéquate de la justice. Croître dans l'égalité signifie
un plus grand développement social afin d'atteindre un meilleur développement
humain.
Nous sommes intimement convaincus que nous ne pouvons pas nous sentir satisfaits de notre propre progrès si nous sommes prêts à accepter la pauvreté, les inégalités et l'injustice sociale au-delà de nos frontières. La responsabilité de dépasser ces problèmes nous concerne tous. Elle concerne en tout premier lieu l'Etat et les organisations qui composent la société civile de chaque nation.
Mais elle concerne aussi le système international qui doit veiller à la destruction de toute barrière empêchant ou entravant le développement social de chaque pays. Comme le signale elle-même la déclaration de Copenhague, il est indispensable de résoudre ces problèmes pour la mise en place et la sauvegarde de la paix et la sécurité à l'intérieur de nos nations et des nations entre elles.
Monsieur le président, cinq années après Copenhague, le monde continue à être soumis à de grandes transformations.
La globalisation nous pose un scénario d'échanges permanents, de flux d'informations, de communications instantanées, d'actions à distance. L'ouverture de frontières économiques augmente la compétitivité et établit des conditions de plus en plus exigeantes d'innovation technologique et de capacité de réponse face à un scénario changeant.
La globalisation économique et le rôle du marché ont apporté progrès et développement à nos pays, mais en même temps ils génèrent des inquiétudes pour un nombre significatif de personnes qui n'arrivent pas à s'intégrer à la prospérité et observe comment elles finissent par être laissées pour compte.
En même temps, surgissent de nouveaux et complexes problèmes sociaux qui auraient besoin de réponses innovatrices engageant autant l'Etat que l'ensemble de la société.
Dans la déclaration que nous espérons signer au terme de cette assemblée, ces problèmes sont décrits dans un dramatisme éloquent: la violence et l'insécurité propres aux grandes villes, le vieillissement de la population, les jeunes chômeurs, la féminisation de la pauvreté, la dégradation de l'environnement, l'enfance démunie, les revendications des minorités ethniques. Autant de problèmes qui ont lieu sans distinction de niveaux de revenu ni de frontières.
L'exigence et la responsabilité de nos gouvernements s'expriment dans
un grand impératif d'intégration sociale qui permette de franchir
les barrières et les inégalités et étende le progrès
sans exclusions. Qui oblige l'ouverture d'un plus grand nombre et de meilleures
opportunités dans le domaine de l'éducation, la technologie, la
science, l'habilitation permanente du travail pour exercer le droit à
avoir un emploi permettant aux travailleurs de générer une source
sûre de revenus pour eux et leurs familles.
Qui oblige aussi à améliorer la capacité de l'Etat à accueillir la citoyenneté dans sa diversité, générant des réponses non seulement concernant les problèmes de pauvreté, de qualité de vie et de satisfaction des besoins élémentaires, mais faisant face aussi aux droits des citoyens de troisième génération, qui sont liés à la culture, l'identité, au respect des minorités, à la qualité de cohabitation sociale et à l'approfondissement de la démocratie qui ouvre de nouvelles voies vers la décentralisation et une plus ample participation.
Nous devons être capables de conduire ces transformations afin de passer d'une époque de changement à un changement d'époque. Une époque dans laquelle chacun puisse croître dans l'égalité et la liberté. Cette nouvelle époque doit avoir comme exigence l'intégration des groupes les plus faibles ou démunis. Les personnes et les communautés devront être au centre du changement, qui doit surgir de leurs propres initiatives. Ce ne doit pas être les marchés ni les flux financiers qui orientent les transformations. Nous ne croyons pas non plus aux changements imposés par l'action autoritaire d'une élite illuminée ayant une vision technocratique qui causa tant de dommages dans un passé peu lointain. Une cohabitation saine se construit quand les droits et les obligations sont clairs et respectés de tous.
Nous devons gouverner les changements de façon responsable, en octroyant plus d'espaces à la liberté des personnes, en élargissant par la même occasion la solidarité entre les nations, en stimulant la créativité et en enrichissant en même ps la cohésion sociale de nos communautés.
Monsieur le Président, il y a cinq ans a été tracé
à Copenhague un nouveau chemin pour l'humanité. Nous sommes convaincus
que le suivre nous conduira vers un monde mieux intégré, construit
sur des bases solides et durables. Notre pays, qui l'a adopté par décision
souveraine de ses citoyens depuis 10 ans, peut en être le témoin.
Nous avons l'entière conviction que le Chili, au terme de cette décennie,
alors qu'il aura 200 ans en tant que nation indépendante, sera un grand
pays de personnes libres.
Nous voulons inviter la communauté de nations à renouveler les
engagements de Copenhague et à avancer de façon décisive
vers de nouveaux horizons que nous accorderons ici; ainsi nous construirons
un nouveau développement, qui sera centré sur lêtre humain
et qui sauvegardera sa dignité.
Croître dans l'égalité n'est pas seulement une tâche pour notre pays. Nous voulons étendre ce défi à la communauté internationale et en faire le signe qui marquera l'histoire de l'humanité du XXI siècle.
MERCI