Canada

Ethel Blondin-Andrew

Secrétaire d'État (Enfance et Jeunesse)

en vue d'un exposé

à l'occasion de la

Session extraordinaire de l'Assemblée générale des

Nations Unies:

"Sommet mondial pour le développement social et au-delà"

le 29 juin 2000

à Genève, en Suisse

 

Monsieur le président (Madame la présidente), distingués délégués,

Il y a cinq ans, j'ai eu le privilège de participer au Sommet mondial pour le développement social à Copenhague où nos pays se sont engagés à travailler ensemble pour améliorer le bien-être social des citoyens. Nous nous sommes engagés à réaliser un ambitieux programme d'action visant à enrayer la pauvreté, à augmenter l'emploi productif de même qu'à accroître l'intégration et l'inclusion sociales.

Aujourd'hui, je m'estime encore privilégiée de participer à cette session extraordinaire des Nations Unies pour évaluer ensemble où en sont l'engagement et les défis de Copenhague et ce que nous pouvons faire de plus pour réaliser notre objectif commun de développement social pour tous dans le contexte de la mondialisation.

Maintenant que nous comprenons mieux les défis et les possibilités que présente la mondialisation, j'aimerais m'attarder sur les réalisations des cinq dernières années - tant au niveau national qu' international.

Le contexte du développement social a changé depuis 1995. Il y a eu des percées inégalées dans le domaine de la technologie, de l'information et des communications. Les rôles des secteurs public et privé ont évolué sur le plan de la gestion des économies nationales. Le secteur public s' est comprimé et ses ressources se sont amenuisées. Les échanges internationaux se sont considérablement accrus à mesure que disparaissaient les frontières et les obstacles commerciaux sous l'effet d'ententes commerciales régionales et du commerce électronique. La société civile j oue maintenant un rôle plus actif dans l'élaboration des réponses et des politiques gouvernementales.


Toutefois, les retombées positives de la croissance économique plus vigoureuse ne se sont pas automatiquement réparties de façon équitable à l'intérieur des pays et entre les pays: -Dans certains cas, la mondialisation a exacerbé la marginalisation des groupes désavantagés. En outre, les personnes déjà désavantagés sont davantage en proie à l'insécurité et à la peur, car elles jugent incertaines leurs possibilités futures de participer pleinement et de façon productive à la nouvelle économie et d'en tirer parti.

Ni la discipline ni les avantages ne sont refusés à quel que pays que ce soit. Durant la dernière décennie, nous avons dû, au Canada, procéder à un difficile rajustement structurel. Nous sommes une nation commerçante, mais notre économie essentiellement primaire ne produit plus la richesse nécessaire pour offrir le niveau de bien-être social élevé que les Canadiens attendent de leurs gouvernements. Le Canada a dû débloquer des ressources pour investir dans la nouvelle économie du savoir et de l'information. Il a dû aussi appliquer des mesures financières rigoureuses pendant la période de transition pour rétablir la santé de l' économie. Nous avons dû restructurer la participation de l'État au développement social et adapter son rôle en tant que fournisseur direct de services. Enfin, nous avons dû pourvoir aux besoins des personnes perdant soudainement l' emploi qu'elles exerçaient depuis toujours dans un métier traditionnel.

Qu'avons-nous fait? D'abord, nous avons analysé avec soin les grandes questions, à savoir l'investissement nécessaire pour adapter notre économie à la mondialisation, les dangers de la polarisation entre les collectivités et les groupes, les risques de marginalisation accrue des membres vulnérables et désavantagés dans notre société, la protection environnementale ainsi que la fragmentation et l'exclusion sociales.

Ensuite, nous avons examiné nos points forts. Les Canadiens sont profondément attachés aux valeurs sociales qui unifient et définissent notre nation. Nous avons une même vision de la société : une société où tous les citoyens, quels qu'en soient la race, le sexe, l'âge, les capacités et la richesse, ont l'occasion de participer pleinement à la vie économique, sociale et urbaine du pays. Nous voulons une société où la prospérité n'est pas l'apanage de quelques individus seulement mais d'un grand nombre, et la responsabilité d'un grand nombre aussi. Une société où les citoyens jouissent de la meilleure qualité de vie qui soit.

Comme l'a indiqué le Premier Ministre du Canada, Jean Chrétien, notre réussite en tant que nation émane non seulement de la croissance vigoureuse, mais aussi d'un engagement ferme à l'égard des valeurs profondes que sont la compassion et la volonté opiniâtre d'établir un partage équitable des retombées de la croissance économique.

Nous reconnaissons les possibilités sans précédent qui s'offrent à nous, soit les nouvelles technologies, de meilleurs échanges commerciaux et investissements, les nouveaux partenariats et le flux mondial d'information et de connaissances permettant aux pays de relever les nouveaux défis.

Nous avons conjugué nos efforts. Avec nos partenaires des provinces et des territoires, nous avons envisagé la politique sociale sous un nouvel angle, c'est-à-dire en fonction des valeurs et des objectifs communs et de la participation active d'autres intervenants. Nous avons réitéré notre engagement dynamique à faire appel à la société civile pour l'élaboration et l'exécution des programmes et services. Reconnaître la contribution possible du secteur privé à la prestation efficiente de certains services nous a été profitable.

Nous sommes fiers de nos réalisations. Notre économie s'est affermie. Notre taux de chômage s'est considérablement abaissé. Et ces dernières années, le Canada s'est classé premier à l'indice de développement humain des Nations Unies, qui mesure la qualité de vie. Notre expérience nationale
nous a permis de jeter les bases de la croissance économique durable qui embrasse les idéaux canadiens de justice sociale, de saine gestion publique, d'équité, de protection des groupes vulnérables et de protection de l'environnement. L'approche que nous avons adoptée repose sur les principes suivants
· le maintien de la paix, de l'ordre et de la saine gestion publique relativement aux
droits de la personne et pour tous les citoyens;

la création d'un État multiculturel;
l'investissement dans des programmes destinés aux enfants et aux jeunes, nos chefs de demain;
la prestation de meilleurs services sociaux de base, en particulier les soins de santé;
l'acquisition de compétences et de connaissances, et l'apprentissage continu, qui constituent les piliers de la sécurité économique dans un système économique
mondial;
la protection de l' environnement;
l'affermissement des collectivités grâce à des partenariats avec tous les membres de la société civile;
- l'application de mesures spéciales permettant de renforcer l'inclusion des Autochtones, des membres des minorités ethniques, des personnes handicapées, des
femmes, des jeunes et des aînés.

Le Canada fait partie de la communauté internationale. Et des enj eux semblables se présentent à cette communauté, tandis que nous définissons, ensemble en session extraordinaire, la voie à suivre afin de réaliser le développement social pour tous dans le contexte de la mondialisation. Nous connaissons les enjeux : la rapidité des progrès technologiques et l'accroissement des échanges commerciaux à l'échelle internationale qui créent des occasions, mais qui présentent également des risques comme l'augmentation des disparités et la marginalisation entre pays riches et pays pauvres, les pressions environnementales, la hausse du chômage et de nouveaux défis dans le domaine de la santé.

J'ajouterais en particulier le fléau du VIH et du sida qui vient balayer les gains réalisés pendant deux décennies dans un certain nombre de pays en voie de développement, notamment en Afrique.

Mais je crois que nous connaissons certaines des réponses. D'abord, nous avons besoin d'un cadre commun pour l'action internationale qui repose sur des valeurs et des objectifs communs, incluant l'équité, le respect des droits fondamentaux, l'inclusion, la protections des groupes vulnérables et la durabilité de l'environnement. Le Programme d' action que nous adopterons en session extraordinaire fournira le cadre dont nous avons besoin.

Ensuite, nous devons adapter nos institutions et systèmes internationaux pour mettre en oeuvre ce programme d'action. L' expérience que nous avons acquise au cours des cinq dernières années montre que le développement économique durable et le développement social durable sont indissociables l'un de l'autre. Un système multilatéral au sein duquel les institutions économiques, sociales et financières sont indépendantes les unes des autres n'est plus viable. Nous devons élaborer une culture de partenariat entre l' Organisation des Nations Unies, les institutions spécialisées, les institutions créées en application des Accords de Bretton Woods et l'Organisation mondiale du commerce. À défaut d'une telle culture, ce sont les institutions mêmes qui ne pourront remplir leurs mandats, et le système multilatéral manquera à son devoir envers ses États membres.

Il est tout indiqué que cette session extraordinaire ait lieu à Genève, foyer des organismes qui oeuvrent au développement socio-économique et qui possèdent une expertise technique en la matière. Songeons au Bureau international du travail, qui s'occupe de l'emploi et du respect des droits des travailleurs, à l'Organisation mondiale de la santé, à l'Union internationale des télécommunications et à l'Organisation mondiale du commerce. Nous saluons en particulier la vision ainsi que la volonté de cohérence et de partenariat qui caractérisent le leadership des nouveaux directeurs généraux du Bureau international du travail et de l'Organisation mondiale de la santé. Elles représentent la voie à suivre pour les institutions en particulier et pour le système international en général.

Nous devons tous unir nos efforts. Depuis toujours et par nécessité, le Canada est ouvert au monde entier. Le multilatéralisme nous tient à coeur, car aucune nation ne peut prospérer et progresser si elle fait fi des autres. Nous avons foi dans la capacité des partenariats et de l'action collective de forger l'avenir. Nous continuerons de participer activement à nombre de forums internationaux, régionaux et culturels afin de promouvoir les valeurs de justice sociale et d'inclusion auxquelles croit le Canada. Et le Canada continuera d' aider à améliorer le développement social de base dans des secteurs comme celui des soins de santé publique et de la nutrition, l' éducation primaire, le contrôle de la propagation du VIH et du sida de même que l'élimination du travail chez les enfants. Nous avons appuyé l'allégement de la dette en faveur des nations les plus démunies et une meilleure coordination entre les institutions, par exemple dans le programme de ONUSIDA.

Pour terminer, Monsieur le président (Madame la présidente), je fais la promesse que nous, Canadiens, maintiendrons notre engagement à l'égard de l'action multilatérale pour respecter notre dignité humaine et pour concrétiser la valeur que nous accordons à la justice sociale et pour réduire l'écart entre aujourd'hui et le jour où nous réaliserons le développement social pour tous dans le contexte de la mondialisation.

Merci.