Belgique

S.E. Monsieur Johan VANDE LANOTTE

Vice-Premier Ministre et

Ministre du Budget, de l'Intégration sociale

et de l'Economie sociale de Belgique

à la 24ème Session Extraordinaire

de l'Assemblée Générale des Nations Unies

sur le Développement Social


Genéve, le 29 juin 2000


Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Chers Collègues,
Mesdames et Messieurs,

D'emblée, je désire exprimer ma reconnaissance au Secrétaire Général et à la division pour la Politique sociale et le Développement du Secrétariat, pour le travail préparatoire à cette Session Spéciale de l'Assemblée Générale. Ma reconnaissance s'adresse aussi aux Présidents du Prepcom et aux groupes de travail qui ont manifesté autant de talent diplomatique que de persévérance dans la négociation en cours. Je m'associe au discours de mon collègue portugais Rodrigues, qui a parlé au nom de l'Union européenne.

II y a cinq ans, à Copenhague, en tant que représentants de gouvernement, nous avions approuvé quelques engagements internationaux sur le plan social. Cette réunion importante était un des éléments d'une longue série de Conférences des Nations Unies au cours de la décennie passée, qui ont mis le concept du développement humain durable à l'agenda politique international. La conviction que la croissance économique et le développement doivent aller de pair avec une politique sociale adaptée et des préoccupations écologiques reste la base de ce concept. Aucun de ces domaines ne peut être développé sans l'indispensable préoccupation pour autrui et la prise en compte de l'impératif de cohérence entre eux. Une vision cohérente du développement durable doit intégrer aussi une politique déterminée en matière d'égalité des chances : à Copenhague, nous avions réussi à placer l'être humain au centre de nos réf lexions sur le développement et à promouvoir des sociétés plus ouvertes et plus équitables grâce à une série d'engagements sociaux.

Au cours des cinq dernières années, nous avons cependant ressenti plus fortement le rythme de la globalisation. Ce processus économique engendre le progrès et de nouveaux défis ; une croissance économique et un bien-être inégalés, la disponibilité de nouvelles technologies et une explosion dans le domaine des moyens de communication internationaux. Cependant, ce processus confirme aussi l'interdépendance des dimensions économiques, sociales et écologiques du développement. Une base économique saine en soi ne garantit pas la disparition de la pauvreté et de l'exclusion sociale. Le progrès économique n'est nest pas acquis ni équilibré sans un développement social qui favorise la participation active des individus aux programmes qui les concernent.

L 'élan de la globalisation a mis en évidence les carences en matière de discipline et d'autoregulation dans les événements économiques mondiaux. Les flux financiers internationaux accrus, parfois d'origine uniquement spéculative, et n'obéissant pas à une logique purement économique, peuvent renforcer les cycles de croissance et de stagnation. Beaucoup de pays ici presents ont ressenti à leurs dépens les repercussions sociales de l'anarchie à l'intérieur de ce système. Les efforts sur le plan de l'emploi et de l'accès à l'aide sociale en ont souffert le plus. Les textes de Copenhague nous aident à reconnaître la vulnérabilité de notre développement social. Cette reunion est particulièrement opportune, à la lumière de ces évolutions, pour promouvoir 'la globalisation à visage humain. Cest la mission de la communauté internationale de reformer ses institutions en fonction de ce procès de la globalisation.


Monsieur le President,

Des directives internationales n'ont de sens que si elles sont mises en pratique dans une legislation internationale. Le processus d'évaluation actuel des

engagements de Copenhague démontre que, dans plusieurs pays, des succès ont été remportés sur le plan des ob jectif s politiques d'orientation sociale. D'autres initiatives restent nécessaires. Pour mon pays, ces initiatives s'inscriront, au cours des années suivantes, dans une nouvelle stratégie socio-économique décidée par l'Union européenne au Conseil de Lisbonne en mars de l'année passée. Les decisions du Conseil traduisent l'aspiration à une économie de la connaissance plus ouverte, competitive et dynamique et à une croissance économique durable allant de pair avec une politique active de l'emploi et un renforcement de la cohésion sociale. La complémentarité entre le secteur privé et le pouvoir public, aussi dans le domaine social, y est soulignée. La Belgique élabore déjà un plan d'action national sur la pauvreté et l'exclusion sociale, qui devrait être finalise au début de l'automne. Le chapitre social des conclusions de Lisbonne appelle à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale dans les domaines comme l'emploi, l'enseignement et la formation, les soins de santé et le logement. Dans ce contexte, des actions spécif iques seront lancées visant des groupes cibles comme les minorités, les personnes ngées, les jeunes et les personnes handicapées. Les pauvres euxmêmes, et leurs représentants dans la société civile, seront entièrement associés à la création et à l'exécution de ce plan.

La Belgique soutient la proposition, faite par la Commission lors du Conseil européen, d'un plan d'éradication de la pauvreté et formule à ses partenaires la suggestion suivante en matière de choix d'une norme de pauvreté européenne

- A court terme, une norme du niveau de pauvreté par pays de l'Union européenne. Celleci correspondrait à la moitié du revenu médian par ménage. Ceux qui doivent s'en sortir avec des revenus inférieurs, sont considérés comme étant pauvres.

- A plus long terme, une norme établie par pays sur la base d'un panier de biens de consommation et de services estimés comme strictement nécessaires.

L'objectif commun serait, vers 2010, de réduire de moitié la pauvreté dans l'Union européenne (mesurée avec des normes de pauvreté constantes ou liées au pouvoir d'achat). Pour la Belgique, cela signif ie qu'à l'heure actuelle, 700.000 personnes ou quelque 300.000 familles sont pauvres. La pauvreté relative parmi les groupes à risque devrait diminuer, sur la base des priorités politiques déterminées par les Etats membres eux-mêmes.

Monsieur le Président,

L'adoption par cette réunion de l'objectif de réduire de moitié le nombre de gens vivant dans une extreme pauvreté vers l'année 2015, me réjouit beaucoup. Après tout, il n'y a pas de progrès signif icatif depuis le sommet de Copenhague. Les chiffres indiquent plutôt une tendance à la baisse. La lutte contre la pauvreté, telle qu'elle est menée par la communauté internationale, par les Nations Unies et ses fonds de développement, par les organisations financières internationales et par plusieurs institutions régionales, constitue une mise en oeuvre importante des conclusions de Copenhague. Là où, dans les pays développés, la pauvreté est souvent cachée par le problème de la redistribution, le manque d'une croissance économique est souvent un frein au développement social dans les pays pauvres. Pour le Gouvernement beige, il est clair que les objectifs de Copenhague doivent étre soutenus par un dialogue et une collaboration à l'échelle internationale

- Le Gouvernement s'est prononcé pour une croissance significative du budget du développement au cours des années suivantes de la législature

en consacrant, conformément aux principes internationaux convenus, au moins 20% à des pro jets d'orientation sociale.

En même temps, le Gouvernement examine comment il peut réaliser, dans son budget national, une mise en oeuvre complète et rapide de l'initiative HIPC pour les pays endettés les plus pauvres.

La Présidence portugaise a déjà souligné que le développement, la démocratie et le respect des droits humains sont lies entre eux. Un développement social durable requiert par conséquent une bonne gestion qui engage suffisamment de moyens pour des objectifs sociaux comme l'enseignement et les soins de santé de base.

Dans un même respect des droits sociaux, la mise en oeuvre de la Déclaration de 1998 de l'Organisation Internationale du Travail sur les Principes et les Droits Fondamentaux au Travail sont d'un intérêt fondamental pour la communauté internationale. Une ratification universelle et une application des Conventions OIT les plus importantes, sont prioritaires ; elles garantissent un modèle social équilibré sur le plan mondial. Un accompagnement technique doit aider les pays qui éprouvent encore des dif f icultés à respecter ces obligations internationales.

Au début de ce mois, la section belge de l'Union Interparlementaire tient, avec les représentants du secteur non-gouvernemental, un colloque sur la possibilité d'un, impôt sur les transactions monétaires internationales. Le Gouvernement belge se déclare prêt à examiner la faisabilité ainsi que les modalités éventuelles d'une telle proposition dans les fora internationaux.

Au mois de mai de l'année prochaine, à l'initiative de l'Union européenne et de la CNUCED, une Troisième Conférence sur les Pays les Moins avancés aura lieu à Bruxelles. Nous espérons que les propositions européennes, qui y seront alors présentées, pourront permettre un meilleur accès au marché pour les produits de ces pays. Une participation plus large de ces

pays au commerce mondial devrait être facilitée par une assistance technique effective en la matière.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

En guise de conclusion, je voudrais émettre l'espoir que cette réunion importante mène à une mise en oeuvre renforcée et plus opérationnelle du Programme d'Action convenu il y a cinq ans à Copenhague. Nous y parviendrons grâce à une collaboration internationale renforcée et dans un esprit de solidarité internationale. Je vous remercie de votre attention.