Saint-Marin

Ms. Frederica Bigi

 

(Genève, 28 juin 2000)

Monsieur le Président,

C'est un grand honneur pour moi d'intervenir au nom du Gouvernement de la République de Saint-Marin, à cette session spéciale de l'Assemblée générale des Nations Unies, qui porte un titre particulièrement significatif, un titre qui est aussi un défi à la communauté internationale cinq ans après Copenhague: «Sommet mondial pour le développement social et au-delà: atteindre le développement social pour tous, dans un monde globalisé> .

Mon Gouvernement est conscient de (importance primordiale, mais aussi des difficultés considérables qu'il nous incombe de surmonter pour atteindre l'objectif fixé du < développement social pour tous> . Néanmoins, les résultats positifs auxquels sont parvenues l'ONU et ses agences spécialisées, dans le renforcement de la démocratie et l'amélioration des conditions de vie économiques, sanitaires et sociales, sont pour nous une source constante d'espoir et d'optimisme pour l'avenir, malgré des échecs inévitables et la persistance d'indéniables problèmes.

Il convient à cet égard, de souligner le rôle primordial et la compétence spécifique de l'Organisation internationale du Travail Bans le domaine social, en ce qui concerne toutes les questions relatives à l'emploi et à la protection des droits des travailleurs. La Déclaration de l'OIT de 1998 sur les principes et droits fondamentaux au travail représente un pas décisif vers la mise en oeuvre effective des normes de base en la matière, et constitue un point de repère significatif pour les politiques menées au niveau national; le premier Rapport global, publié il y a un mois, dares le cadre du suivi de la Déclaration, concerne la liberté d'association et le droit effectif à la négociation collective, deux principes fondamentaux dont le respect et la pleine application constituent les conditions indispensables pour aboutir au développement social.

Promouvoir le développement social signifie assurer la défense des catégories les plus faibles de la population, en premier lieu celle des enfants qui, aujourd'hui encore, sont souvent les principales victimes de la pauvreté, de la violence, de l'ignorance et de l'exploitation. Au mois de février dernier, le Parlement de Saint-Marin a ratifié à l'unanimité, la Convention OIT n° 182 sur l'interdiction des pires formes de travail des enfants; il s'agit là d'un instrument juridique qui devrait, à notre avis, être dorénavant inscrit au titre du droit coercitif international.

Monsieur le President,

Nous avons été les témoins, au cours des dernières décennies, d'une croissance économique sans précédent, obtenue grâce à la mondialisation des marches et au développement exceptionnel des technologies, en particulier à ce qu'on a appelé: < la révolution informatique> . Un tel développement, cependant, n'a affecté qu'une petite partie de la planète; des hommes et des femmes dans de nombreuses parties du monde n'ont connu que les aspects négatifs de cette globalisation; celle-ci n'a fait qu'accentuer le fossé qui les sépare des plus «riches> et les très graves crises financières qui font accompagnée ont contribué à affaiblir ultérieurement leurs capacités de compétitivité économique.

Le problème fondamental réside dans l'absence d'une croissance économique équilibrée entre les différents pays du monde, et à l'intérieur même de ces pays.

La lutte contre la pauvreté constitue, aujourd'hui plus que jamais, un impératif à la fois éthique, social, politique et économique. On ne peut accepter, à l'aube du troisième millénaire, que des centaines de millions d'êtres humains souffrent de la faim, soient privés de logements convenables, n'aient aucun accès à l'éducation ou aux soins de santé de base, et soient privés de toute perspective de travail ou d'emploi decent.

L'opinion publique, et en particulier celle des pays occidentaux, qui représentent numériquement une minorité mais qui possèdent et utilisent la plus grande part des ressources de la planète, en a pris conscience; on se rend compte, de manière dramatique, des déséquilibres énormes et des inégalités profondes qui caractérisent le monde d'aujourd'hui.

Il convient de souligner ici, la contribution importante des nombreuses organisations non gouvernementales, qui ont accompli un travail remarquable de sensibilisation et d'information; ces organisations exercent en effet une influence significative sur les autorités nationales et sur les organismes internationaux, en particulier lorsqu'il s'agit de décider, tant au niveau national que regional et mondial, des strategies de lutte contre la pauvreté et des mesures destinées à alléger le poids de la dette extérieure des pays les plus pauvres. La question de la dette vis à vis de l'étranger constitue indubitablement, pour beaucoup de pays, un problème dune extrême gravité, qui conditionne et limite leurs possibilités et leur capacité à se développer, tant au plan économique qu'au niveau social.

La société civile, dont les représentants se rencontrent ces fours-ci à l'occasion du < Forum Genève 2000> , attend de cette session spéciale de l'Assemblée générale une impulsion nouvelle au processus lancé lors du Sommet de Copenhague, en vue de l'éradication de la pauvreté, de la lutte contre l'exclusion sociale, de la réalisation du plein emploi, et de la promotion des sociétés plus justes, plus sûres et plus stables.

Les Etats et la communauté internationale dans son ensemble, ont le devoir de s'engager à assurer à chaque individu, à chaque famille, à chaque groupe social et à chaque peuple des conditions de vie qui leur garantissent la jouissance effective de leurs droits fondamentaux, ces droits qui sont proclamés, en premier lieu, par la Déclaration universelle des Droits de l'Homme.

L'intérêt économique et l'aspiration légitime au profit et à l'enrichissement, ne peuvent faire oublier l'impératif de la solidarité. Les droits fondamentaux de l'individu ou de la collectivité ne peuvent être sacrifiés au nom du marché et de ses règles propres. La globalisation de l'économie doit impérativement s'accompagner dune globalisation de la solidarité: il s'agit là d'une valeur ancestrale, partagée par des cultures et des religions diverses, qui ne peut être ignorée lors de l'élaboration des politiques économiques et sociales du XXIe siècle.


Monsieur le Président,

Je souhaite conclure cette brève intervention en formulant, au nom de mon Gouvernement, un souhait qui est aussi une invitation: que cette session spéciale de Genève provoque, au plus haut niveau et sur toutes les latitudes, un engagement réitéré et sincère dans la voie de la solidarité internationale.


Je vous remercie.