Madagascar

S.E. MADAME JAOTODY NOELINE,

MINISTRE DE LA POPULATION, DE LA CONDITION FEMININE ET DE L'ENFANCE,

CHEF DE LA DELEGATION

 

(GENEVE, LE 28 JUIN 2000)

 

Monsieur le Président,


Excellences,


Mesdames et Messieurs,

En abritant cette vingt-quatrième session extraordinaire des Nations Unies, la Confédération helvétique confirme une fois de plus son engagement bien connu en faveur du développement social.


Au nom du peuple et du Gouvernement de la République de Madagascar, je suis particulièrement heureuse d'adresser mes plus vives félicitations au Gouvernement et au Peuple suisses et de m'acquitter de l'agréable devoir de les remercier pour l'accueil très chaleureux qui nous a été réservé.


Excellences,

Mesdames et Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,

Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation,

Honorables délégués,

Cinq ans après Copenhague, nous voici de nouveau réunis afin d'évaluer le chemin parcouru, de réajuster le tir dans notre approche pour la lutte contre la pauvreté et améliorer les acquis en matière de développement social.
A la veille du troisième millénaire, le monde a changé mais la pauvreté est restée, telle une plaie lancinante et douloureuse. Des engagements ont été pourtant pris, mais les résultats sont restés largement en-deçà des objectifs définis par le premier Sommet pour le développement social.


La tenue de cette session vient donc à point nommé et s'impose comme une nécessité vitale pour le développement à l'échelle mondiale. Précédée des mini-sommets régionaux d'évaluation des progrès effectués, organisés en 1999 dont sont ressortis des résultats mitigés voire négligeables face à l'ampleur et l'accentuation des problèmes identifiés à Copenhague, notre réunion aura comme lourde tâche de trouver les solutions les plus efficaces et les plus durables afin d'obtenir de chaque pays un engagement ferme dans la mise en oeuvre de cette étape décisive de la vie humaine qui constitue l'entrée dans le troisième millenium.


A ma connaissance, les éléments de ces solutions seraient déjà matérialisés dans les résultats des travaux du Comité préparatoire qui se sont inspirés des recommandations relatives au développement humain durable adoptées lors des différentes conférences internationales.
Pourtant, sans l'affirmation et la concrétisation d'une volonté politique ferme et claire de la part de chaque pays, ces propositions resteront de belles phrases théoriques.


Pour ce qui concerne notre pays, en faisant de la lutte contre la pauvreté l'objectif prioritaire de son programme d'action, le Gouvernement malgache a souscrit à une série d'engagements internationaux et en particulier ceux relatifs au Sommet mondial de Copenhague.
Sur la base des priorités du Gouvernement et des engagements internationaux, la République de Madagascar a entrepris, depuis 1996, un nombre important de mesures de réformes tant au niveau des institutions qu'en ce qui concerne les politiques macroéconomiques et sectorielles destinées à promouvoir une croissance économique durable et soutenue et à réduire la pauvreté. Ces mesures ont commencé à porter leurs fruits avec un taux de croissance de 3,7% en 1997 et passant à 4,7% en 1999. Cette performance économique a été accompagnée par un accroissement régulier de l'emploi et du revenu qui a engendré une augmentation de la demande. L'ensemble de ces mesures et initiatives sont renforcées dans le cadre de la mise en oeuvre du Document Cadre de Politique Economique qui va se transformer en Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté en s'intégrant dans le cadre général de la Stratégie Nationale de Lutte contre la Pauvreté. En effet, dans l'optique du Sommet mondial de Copenhague, selon une nouvelle approche intégrée et multisectorielle inscrite dans le long terme, notre Gouvernement a initié depuis 1996 un processus d'élaboration et de mise en oeuvre d'une Stratégie Nationale de lutte contre la pauvreté qui doit devenir le cadre de référence générale de tous les programmes menés dans le pays. Pour ce faire, il a retenu 4 axes d'orientation, à savoir


· Une croissance économique forte et durable avec la participation des populations pauvres ;

· Un cadre économique, institutionnel et réglementaire favorable à .la croissance économique et à la réduction de la pauvreté ;

· Le développement des capacités humaines et la réduction des inégalités sociales ;

· Le renforcement des filets de sécurité et la protection sociale des groupes les plus démunis.


Bien avant cet effort de cadrage général des actions pour le développement et la réduction de la pauvreté, les différents Ministères ont mis en place et en oeuvre des Plans et Programmes d'Action opérationnels et en synergie dans le but de rendre plus efficaces leurs actions spécifiques et d'harmoniser leurs interventions respectives.


Aussi nous réjouissons-nous tout particulièrement de la décision commune du Système des Nations Unies avec les Institutions de Bretton Woods de collaborer afin de réorienter l'approche macro-économique de l'Ajustement structurel en faveur d'une Stratégie nationale de Lutte contre la Pauvreté qui devra être menée à terme d'ici la fin de l'année 2000 par chaque gouvernement avec la participation active de toutes les forces vives de la nation et tous les intervenants dans le développement. Madagascar est bien parti dans cette direction depuis 1997.
Face aux énormes besoins, nous proposons comme une des recommandations de ce Sommet en vue d'atteindre l'objectif de cette initiative, de rechercher d'autres méthodes de financement du secteur social et d'influencer les politiques de développement économique afin qu'elles contribuent directement à la réduction de la pauvreté et au développement social. A ce titre, nous tenons à réitérer ici, l'importance des mesures d'allégement du fardeau de la dette des pays en développement, dans le cadre des stratégies de lutte contre la pauvreté grandissante à laquelle sont soumises, de manière quasi-permanente, leurs populations respectives. Mais en contrepartie, le rachat de la dette et son affectation à des programmes de développement social est une mesure parmi tant d'autres, qui requiert, de la part des pays bénéficiaires un engagement ferme en faveur de

i) l'exercice efficace et démocratique du pouvoir aux échelons national et local ;
ii) l'existence d'institutions nationales et locales qui répondent aux besoins de la population, et lui permettent de participer activement à
la prise des décisions relatives aux priorités, politiques et stratégies ;
iii) l'existence d'un service public efficace et au service des usagers.

Dans le déroulement du processus d'élaboration et de mise en oeuvre de la Stratégie nationale de Lutte contre la Pauvreté au moyen des différents plans et programmes sectoriels d'Action, notre gouvernement s'est efforcé, comme le recommandait le texte de Copenhague, d'associer directement et étroitement les différents intervenants dans le développement, notamment le secteur privé, la société civile, les collectivités décentralisées, la presse.


Dans la méme perspective, nous tenons à rappeler et à souligner la nécessité permanente d'associer les populations aux programmes qui les concernent.


C'est pourquoi, il est indispensable que les instruments financiers mis en place par toutes les institutions soient adaptés à cette réalité et que les communautés puissent directement prendre les décisions concernant leur développement et avoir l'oeil sur l'allocation et l'utilisation des ressources publiques.


Nous voudrions en outre proposer, à titre de méthode de financement du secteur social, l'approche consistant à réaliser l'insertion et la réinsertion sociales des populations marginalisées par l'économique et plus précisément par leur intégration dans le système de production économique, grâce à la promotion de l'objectif de plein emploi.


Aussi, mon pays souhaite que l'accent soit mis sur la nécessité de former des cadres et des agents pour mieux aider les couches défavorisées à mettre en place leurs projets de développement.


Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Le message de Madagascar reste toujours teinté de cette lueur d'espoir que notre délégation a portée à Copenhague.

Puisse, de ce Deuxième Sommet mondial pour le Développement social, surgir des engagements concrets susceptibles de réduire la pauvreté de par le monde et de promouvoir la solidarité internationale, en vue dune mondialisation de l'avènement d'un développement humain durable.


Je vous remercie.