RÉPUBLIQUE D'HAÏTI

MONSIEUR ANTHONY DESSOURCES,

MINISTRE DE LA PLANIFICATION ET DE LA

COOPERATION EXTERNE DE LA RÉPUBLIQUE D'HAÏTI

Mission Permanente auprès de l'Office des Nations Unies à Genève

24ème Session Extraordinaire

de l'Assemblée Générale des Nations Unies

(Genève, 26-30 juin 2000)

 

Monsieur le Président

Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Qu'il me soit permis tout d'abord, en ma qualité de Ministre de la Planification et de la Coopération Externe et de Chef de la Délégation Haïtienne, de vous transmettre les cordiales salutations de son Excellence Monsieur René Garcia PREVAL, Président de la République d'Haïti.

Je voudrais par is même occasion présenter mes félicitations au Président de l'Assemblée pour son élection et lui souhaiter du succès dans l'accomplissement de ses tâches.

Mes remerciements s'adressent de façon spéciale au Gouvemement helvétique pour l'appui combien appréciable fourni à la République d'Haïti en lui permettant de participer à ces assises et pour l'accueil chaleureux qu'il nous a réservés.

Monsieur le Président, Mesdames et messieurs,

La 24ème Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des NationsUnies tenue sous le thème « Développement social pour tous à l'heure de la Mondialisation » participe aux multiples et constantes réflexions mûrement produites par les pays qui veulent résolument s'engager dans la lutte contre la pauvreté ou qui l'ont délibérément soutenue à travers le temps. Cette session se veut la consécration d'un ensemble d'acquis réalisés par les pays à travers leurs plans d'actions dans le sens de la Gouvemance à des fins sociales.

Elle témoigne également de 1'ampleur des défis à relever par les nations dans le choix des politiques à mener pour une meilleure répartition des fruits de la croissance économique. Elle se veut, aussi, un forum d'évaluation des démarches et des politiques publiques diversement menées par les pays dans le sens d'une plus grande justice sociale.

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,

La République d'Haiti, à l'issue du sommet de Copenhague, a fortement concentré ses efforts dans la promotion des programmes sociaux dans le pays en renforçant les dispositions déjà prises dans le programme d'investissement public national où la priorité a été accordée à la justice sociale, à la sécurité publique, à l'éducation et à la multiplication des services de santé à travers les centres de santé ruraux.

Le Gouvernement de mon pays, au moyen des maigres ressources collectées auprès des contribuables, s'est attelé à de multiples travaux conduisant tant à la modernisation du système hospitalier national, au développement des infrastructures scolaires qu'au développement des infrastructures routières.

Cependant, la crise institutionnelle qui a frappé le pays a paralysé le programme du Gouvernement du fait de la non-ratification des accords de prêts, notamment ceux déjà négociés avec les institutions multilatérales de développement. Toutefois, nous augurons de bonnes perspectives pour un redémarrage du programme avec le retour à la normalité institutionnelle. C'est dans ce cadre là que les élections législatives et municipales du 21 mai dernier ont été organisées, avec l'objectif de renouveler les 2/3 du Sénat de la République et d'élire les députés et les responsables des collectivités territoriales. La date du second tour est prévue pour le 9 juillet prochain.

Monsieur le Président Mesdames et Messieurs,

L'orientation stratégique du Gouvernement pour l'édification d'un vaste programme de développement à long terme a été largement commentée à la réunion de suivi du sommet de Copenhague qui s'était tenue à Trinidad and Tobago en septembre de l'année derrière.

Les principaux résultats obtenus concernent : l'implantation du programme de scolarisation universelle pour tous les enfants de 3 à 12 ans, la promotion et l'amplification du programme national de cantines scolaires, l'élargissement de l'assiette de crédits en faveur des couches vulnérables de la population (paysans, femmes marchandes et les gens de petits métiers), la généralisation. du programme de crédit décentralisé; la mécanisation agricole et la modernisation du transport collectif public.

Cependant, malgré la diversité des actions entreprises par le Gouvernement la performance de la stratégie de lutte contre la pauvreté reste encore faible en raison des difficultés financières actuelles. Disposant d'un plafond de financement réduit et soucieux du respect de la discipline budgétaire établie, le Gouvernement consent des sacrifices financiers énormes pour ne pas répercuter les coûts de la hausse des produits pétroliers sur les couches vulnérables de la population. L'absorption de ces coûts constitue donc pour l'Etat une obligation au même titre que les dépenses de fonctionnement et le paiement du service de la dette.

Toutefois, le Gouvernement s'engage à poursuivre le programme de lutte contre la pauvreté. Les actions, dont les expériences ont été jugées encourageantes seront reprises dans la phase opérationnelle de 1a stratégie de développement de long terme dont le diagnostic vient d'être élaboré dans le cadre du bilan commun de pays réalisé avec le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Les grandes lignes d'action que le Gouvernement compte suivre dans le cadre de cette stratégie à long terme se résument comme suit:

une politique économique axée sur la mise en place des conditions nécessaires pour la croissance des investissements privés en vue de l'augmentation de la richesse nationale et de la création d'emplois durables et stables ;

· une politique de décentralisation axée sur le développement des capacités des pouvoirs locaux à prendre en charge le développement socioéconomique de leurs collectivités ;

· la participation des populations locales dans la définition et la préparation des programmes et des projets ;


· une politique d'intégration des programmes des organisations non gouvernementales.

 

Il convient de souligner que la mise en oeuvre de cette stratégie s'appuie sur un programme de renforcement de la capacité statistique nationale à fournir des données fiables nécessaires à l'établissement d'une carte de pauvreté ;instrument de base permettant au Gouvernement d'identifier les poches de pauvreté et de définir les priorités afin de mieux cibler les interventions.

II s'agit pour le Gouvernement de la République, comme l'a souligné le Secrétaire Général dans son discours d'ouverture de la session extraordinaire, d'investir dans les hommes, afin de vaincre définitivement le spectre de la pauvreté.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,


La lutte contre la pauvreté doit être une lutte universelle. Tous les pays ont intérêt à se lancer dans cette voie. Les pays développés doivent aider les pays du Tiers monde à bénéficier des fruits de la mondialisation. Jusqu'ici, la mondialisation n'a profité qu'à un petit groupe de pays. La lutte contre la pauvreté passe par la lutte contre la marginalisation des pays du tiers monde, de manière à éviter les problèmes migratoires, la criminalité transnationale, la violence sociale qui euxmêmes constituent des facteurs de nuisance au progrès et à la civilisation.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,


La République d'haïti, comme vous le voyez, est déterminée à se positionner hautement à l'orée du Illème millénaire parmi les nations dont la modernité économique et la démocratie en sont les principaux symboles. A ce propos, elle reste persuadée d'atteindre ses objectifs en renforçant sa capacité de développement par une intégration régionale beaucoup plus poussée et une décentralisation effective de ses moyens dans un cadre de coopération bien dynamique. Ce faisant, c'est-à-dire en jouant sur le renforcement des liens de coopération pour une meilleure intégration économique et sociale, l'Etat moderne en construction bénéficiera, au nom de la solidarité internationale, des fruits de la mondialisation.

La délégation haïtienne appuie fermement les déclarations de certaines délégations invitant les pays riches à démontrer leur solidarité envers les pays en développement les plus pauvres en consacrant 0,7% de leur PNB à l'aide publique au développement (APD). La République d'Haïti souscrit favorablement â cette formule et exhorte les pays donateurs â tenir compte de ces suggestions dans leur stratégie de court terme d'aide au développement en vue d'un renforcement immédiat des programmes sociaux des pays pauvres.

Par ailleurs, les problèmes économiques et sociaux que confronte le pays actuellement l'ont poussé à adopter de nouveaux mécanismes de coopération. L'admission du pays au CARICOM, l'intégration de plus en plus poussée du pays dans l'univers francophone, la négociation de nouveaux modes d'assistance technique beaucoup plus directe, sont autant de pistes que le Gouvernement de la République a exploré pour mieux asseoir la nouvelle architecture du développement national.

Haiti a expérimenté cette nouvelle forme de coopération avec la République de Cuba, particulièrement dans le domaine de la santé et de la formation médicale. Cette expérience a démontré les avantages qu'on peut tirer de la coopération SudSud. Cependant , ce créneau est peu exploité ; car les pays pauvres ne peuvent s'offrir qu'une expertise alors qu'il faudra nécessairement des capitaux pour bénéficier de l'encadrement disponible. En ce sens, la République d'Haïti invite les pays donateurs à considérer dans leur stratégie le financement des programmes de coopération technique des pays pauvres pour la mise en oeuvre de projets touchant le développement social. II s'agit là d'une autre forme d'appui aux pays les moins avancés (PMA) dans leur lutte contre la pauvreté.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,


Haïti, le pays le plus pauvre de l'Amérique, répond fermement au rendezvous de l'histoire pour éradiquer, de façon définitive, le spectre de la pauvreté. Cette 24ème session de l'Assemblée Générale des Nations-Unies sur le Développement Social doit être le forum privilégié pour soutenir les démarches déjà menées par les pays ou les communautés de pays en vue de l'annulation de la dette des pays pauvres dont Haïti en est un.


Au nom de la solidarité internationale, au nom du Gouvernement de mon pays, j'ai l'honneur de soumettre à 1a 24 session extraordinaire de l'Assemblée Générale de l'ONU la demande de la République d'Haiti relative à l'annulation de la dette de tous les pays pauvres de la planète ou leur reconversion en investissements au bénéfice des programmes sociaux.

Je vous remercie.