REPUBLICA DE CABs VERDE

ALLOCUTION PAR LA MINISTRE DE L'EMPLOI, FORMATION ET INTEGRATION SOCIALE DE LA RÉPUBLIQUE DU CAP-VERT SON ECELLENCE MME ORLANDA SOS FERREI

 

Monsieur le President,

Le timing du Sommet mondial pour le Développement social de Copenhague a été un de ses traits fondamentaux. A quelques années du debut de la nouvelle époque dans la vie internationale inaugurée aux années 90, la cadence du processus de globalisation s'était accélérée considérablement. Sa dimension économique en particulier, la plus visible et à plus fort impact, est vite qualifiée d'infrenable, voire d`implacable, soulevant un vif sentiment d'incertitude et d'insécurité dans nombre de pays et au sein de larges couches sociales dans ces pays et d'autres encore.

Copenhague 95 a produit un acte politique remarquable en soulignant, massivement et au niveau le plus élevé, qu'il ne serait plus question que l' on conçoive la dimension sociale du développement comme un produit différé du succès économique, ou même comme son sous-produit contemporain. Le développement social y a été clairement affirmé comme un objectif en soi, se démarquant ainsi du statut qui lui restait des années 80, où on ne visait qu'une prise en compte des "variables sociales" dans la promotion du développement.

Cinq ans plus tard, cette Session extraordinaire de l'Assemblée générale cherche à évaluer l'après-Copenhague, à en tirer les leçons les plus pertinentes et à reprendre et rafraichir les strategies adéquates à la poursuite de nos objectifs. Ces objectifs sont désormais mieux places en perspective, du fait que la quête du développement pour tous est ici abordée dans le contexte d'un monde en globalisation".

L'exercise dans lequel nous nous engageons se caractérise par la complexité inhérente à une matière où nous sommes encore en apprentissage et qui reste, par ailleurs, traversée par la controverse traditionnelle sur les rôles et responsabilités revenant aux plans national et international.

La Déclaration politique que nous nous apprêtons à adopter reconnaît qu'en général, les Gouvernements, les Organisations internationales et la société civile ont déployé des efforts continus visant l'accroissement du bien-être social. Les résultats de ces efforts sont pourtant encore très insuffisants et inégaux.

En effet, en focalisant sur les thèmes essentiels des Compromis de Copenhague tels que l'éradication de la pauvreté, la poursuite du plein emploi et l'intégration sociale, nous constatons que les progrès atteints ici et là sur le plan de la pauvreté contrastent avec des déclins dans d'autres sociétés et, que dans les deux cas de grandes disparités persistent ou se sont aggravées; en matière d'emploi, les gains modestes qui peut-être auront été obtenus sont précaires et fort inégaux; et l'intégration sociale, tributaire aussi bien des facteurs pauvreté et emploi que d'autres encore, apparaît comme un domaine en difficulté croissante.

Un horizon de cinq ans nest certes pas très long quand il s'agit d'évaluer l'impact du Sommet de Copenhague sur la transformation du scénario social de par le monde. En tout état de cause, la perception qui en résulte à ce stade suscite de sérieuses préoccupations, car les efforts consentis semblent lutter contre le courant. La bataille ne semble pas en voie d'être gagnée! Et les risques de recul dans les acquis sociaux sont bien réels.

Mon pays, porteur de nombreuses contraintes au développement tels que sa qualité de petit état insulaire, moins avancé et, frappé par une longue sécheresse, a malgré tout consacré depuis longtemps aux secteurs sociaux une part considérable de ses énergies institutionnelles et, de ses ressources budgétaires et d'investissement.

Connaissant des taux de pauvreté et d'extrême pauvreté de 30°/a et 14% respectivement et, un taux de chômage qui s'élève ä 25%, ses politiques ont toutefois permi aux Cap-Vert des gains sociaux importants au fil des années, élevant I`espérance de vie à 7071 ans et les taux de scolarité primaire et secondaire à quasi- 100% et 30%, respectivement.

A un moment où ces aquis sont encore soutenus par des ressources de (aide publique au développement, l'évolution positive dans les indicateurs économiques du Cap-Vert se voit prise comme justifi cation fur un retrait de l'APD qui nous est accordée par des partenaires internationaux de longue date. Ce retrait prématuré, s'il se confirme, aura un impact social et économique aslant dans un sens contraire à ceux des Compromis et du Programme d'Action de Copenhague.

Monsieur le Président,

Aujourd'hui nous reconnaissons combien indissociables sont en réalité les objectifs de la croissance économique, du développement social, de la réhabilitation de l'environnement et, aussi de la paix et la sécurité. Tous sont des pièces dont ne saurait se passer le succès de la vie humaine en société. Nous ne sommes donc pas libres à en sélectionner quelques-unes comme prioritaires, en espérant que le succès se produira quand même. En fait, une seine stratégie pourrait se révéler adéquate: une action conjuguée et synergique sur tous ces fronts simultanément.

A cette importante condition de réussite vient s'associer une autre question, toute primordiale, concernant la nature et la réalité de l'interdépendance mondiale.

Tout en souscrivant à la caractérisation déjà consacrée de la globalisation comme comportant des risques et offrant des opportunités sans précédent, nous croyons aussi à sa virtualité fondamentale de nous révéler, progressivement et inexorablement, à quel point le progrès des uns,et aussi leur survie même, seront finalement liés à ceux de tous les autres. Car seul le contexte dune globalisation plus cohérente saura enfin tester le concept de communauté internationale que nous articulons avec insistance depuis des décennies, ainsi que sa prémisse, qui est l'interdépendance à fonction de réseau.

Les limitations évidentes de la disponibilité à la solidarité, ainsi que de la nature de la compétition dite libre, n'ont pas accordé à l'humanité la pérennité et la consistence de volonté politique qui lui font défaut. Celles-ci peuvent toutefois se réaliser si l'interdépendance, catalisée par la globalisation, devient un impératif de plus en plus clair. Dépassant le stade d'un discours politiquement correct mais inconséquent pour la gouvernance à tout niveau, pour être vécu comme une réalité toujours plus agissante, l'idée dune communauté internationale pourra enfin offrir la clé pour I`enracinement dune coopération encore inexistante, dans laquelle tour les intéressés s'engageront sans réserves.

Monsieur le Président,

Le domaine social se verrait difficilement assurer un traitement adéquat en dehors d`un cadre économique sain; ceci s'applique aussi bien au plan national qu'à l'international.Par ailleurs, aucune force externe à un pays en développement ne saurait se substituer à (élan des énergies libres de son corps social, et l'on ne peut atteindre cet élan que lorsque la société elle-même opte pour et, organise son action en conformité.Néanmoins, on ne saurait non plus s'attendre à ce que les efforts dune telle société portent des fruits durables dans un environnement externe qui ne la stimule pas ou n'interagit bénéfiquement avec elle, voire même qui l'épuise dans un rapport inégal.

Il est plus évident aujourd'hui qu'hier et, nous en sommes convaincus, il le sera davantage demain, que la gouvernance des relations internationales dans le contexte d'une globalisation qui s'accentue, mérite des soins insoupçonnés auparavant. Un tel effort s'impose comme une priorité essentielle, dont la prise en compte apportera un gain d'efficacité puissant et permanent aux politiques, mesures et ressources qui sont mis au service du progrès et du développement social à tous les niveaux dans le monde.

Nous sommes contraints chez-nous de chercher chaque jour un compromis précaire entre, dune part, les réformes économiques et l'assainissernent du secteur public, et de l'autre, un offre de biens et services abordables qui revient à la responsabilité politique pour le bien être social. Sur ce chemin, il importe de garder bien présent à (esprit qu'il est pas à nous d'inverser la fin et les moyens et, que la finalité ne réside pas dans l'économie, sinon dans l'Humanité. Nous sommes confiants, Monsieur le Président, que dans le sillage du Sommet de Copenhague, aussi cette importante réunion nous fournira une vigoureuse impulsion générale dans la bonne direction.

Merci de votre attention.