INTERVENTION
DE

MONSIEUR VLADIMÍR ŠPIDLA

1er
VICE-PREMIER MINISTRE ET
MINISTRE DU TRAVAIL ET DES AFFAIRES SOCIALES

DE LA REPUBLIQUE TCHEQUE

A LA SESSION EXTRAORDINAIRE DE L'ASSEMBLEE
GENERALE DES NATIONS UNIES


SOMMET MONDIAL POUR LE DEVELOPPEMENT SOCIAL ET AU-DELA :
LE DEVELOPPEMENT POUR TOUS A L'HEURE DE LA

MONDIALISATION


Genève
27 juin 2000

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

1.     Je suis très heureux de représenter parmi vous la République Tchèque à l'occasion de l'anniversaire de la déclaration de Copenhague.

2.     En cette année chargée de symboles, je suis tenté de rapprocher notre engagement de 95, pour promouvoir la dimension sociale dans le développement de nos pays, avec l'adhésion de la République Tchèque la même année, à l'OCDE. Cette coïncidence des dates illustre en effet combien il serait vain de prétendre dissocier développement économique et politique sociale.

3.     Depuis cinq ans, une nouvelle approche des politiques publiques se développe autour de l'idée que l'insertion sociale véritable et le bien-être de la population sont les appuis les plus solides d'une croissance économique durable. Cette conception des choses est partagée par l'Union Européenne, mais au delà du continent européen, il serait heureux que des organismes comme le Fonds Monétaire International ou la Banque Mondiale l'intègrent plus systématiquement dans leur stratégie de développement.

4.     Pourquoi le développement social conditionne-t-il davantage qu'hier le développement économique? Incontestablement, les nouvelles technologies sont à l'origine d'une révolution du savoir qui nous impose, à nous, dirigeants des Etats de la planète, de favoriser le développement intellectuel de nos peuples. Jadis, il s'agissait d'améliorer le fonctionnement de la démocratie. Aujourd'hui, s'ajoutent des raisons économiques.
        Comment imaginer en effet, que les entreprises contraintes par le jeu de la concurrence à accroître leur compétitivité ou que nos administrations soumises aux règles de la qualité, puissent réussir sans que tous les travailleurs soient en mesure d'apprendre, de se former ? Pour cela, la philosophe française Simone Weil l'a montré, il importe de décharger au maximum nos concitoyens des difficultés sociales. Le malaise social, la pauvreté, l'exclusion sont les écueils que l'Etat doit réduire pour que la nouvelle révolution de l'intelligence bénéficie à tous.

5.     Ces principes sont partagés par les gouvernements européens. Its reçoivent l'assentiment de la plus grande partie des populations conscientes que le fonctionnement du marché seul, n'est pas efficient pour assurer une croissance élevée et une répartition optimale. Portée par ce mouvement, la République Tchèque adhère naturellement au renforcement du volet social de la construction européenne, dont la principale priorité est l'emploi, l'emploi dont on sait combien il est efficace à la fois comme outil d'insertion et comme stimulant à l'amélioration des connaissances,

        C'est la raison pour laquelle mon gouvernement a approuvé il y a plus d'un an, un Plan National pour l'Emploi, structuré selon les quatre grands chapitres suggérés par le Conseil européen de Luxembourg: amélioration de l'employabilité; développement de l'esprit d'entreprise; adaptabilité des employeurs et des salariés aux conditions du marché; enfin, renforcement de l'égalité des chances des hommes et des femmes et lutte contre toutes les formes de discrimination.
        Au delà de cette organisation des choses très symbolique, la mise en oeuvre de ces objectifs révèle la nature des options, elles aussi très européennes, qu'il s'agisse du choix de politiques actives pour lutter contre l'exclusion, de la mise en place de systèmes intégrés de prévention du chômage, ou du soutien au développement de gisements d'emplois. J'ai eu le privilège d'être le premier représentant d'un Etat associé à signer avec le Commissaire Diamantopoulou l'évaluation commune de notre politique de l'emploi, signe de l'engagement résolu de la République Tchèque aux côtés de l'Union Européenne sur ces questions.

6.     La conception de notre stratégie pour l'emploi a aussi été largement influencée par les partenaires sociaux. Je me réjouis de cet engagement qui va bien au delà de simples conseils: les partenaires sociaux sont par définition des acteurs de terrain incontournables dans la mise en oeuvre effective de l'intervention publique, en particulier de celle ayant pour origine la transposition de l'Acquis Communautaire. En même temps, je compte beaucoup sur leur implication dans les structures de type tripartite: je la crois essentielle pour élaborer notamment, le pacte à long terme de stabilité sociale que mon gouvernement appelle de ses voeux.

7.     Dans le cadre de notre politique pour l'emploi, mon gouvernement s'est attaché à coordonner les actions visant à réduire les inégalités qui frappent certains groupes de citoyens.
        Les souffrances physiques ou mentales, conséquences des guerres, des maladies ou de malformations congénitales n'enlèvent rien à la valeur humaine de ceux et de celles qui en sont les victimes. L'évaluation de la rentabilité économique est contraire aux droits de l'homme lorsqu'il s'agit de réduire les handicaps physique ou mental. C'est pourquoi, nos ministères ont coordonné une série de politiques vigoureuses afin de garantir aux plus exposés d'entre nous un meilleur accès à l'emploi, quand cela est possible l'amélioration de leur état de santé, de leur intégration sociale et de leur formation.

        Les minorités, notamment la communauté Rome, sont une autre richesse à préserver. Là encore, nous avons coordonné les mesures positives et les garanties juridiques de façon par exemple à réduire le chômage de longue durée qui peut frapper leurs membres. A chaque fois, nous avons été très vigilant, avec les représentants de ces communautés, pour que l'insertion sociale ne se fasse pas au détriment des hommes. Les formations ont ainsi été adaptées de façon à conserver l'identité propre à chacun tout en favorisant une intégration citoyenne.

8.     Voici donc quelques réalisations. En vérité, qu'il s'agisse de ses institutions, de sa vie nationale, de son action en Europe et dans le monde, la République Tchèque n'épouse pas seulement son siècle en défendant ici les avantages des politiques sociales. Si les politiques sociales ne sont plus marginales et qu'elles conditionnent les résultats de nos activités économiques, alors c'est un immense espoir qui jaillit puisque nos rêves anciens de voir nos concitoyens vivre dans la paix et la prospérité acquièrent les fondements concrets qui manquaient hier. Maintenant, le monde réel, l'économie et la concurrence ont besoin d'intelligence et de connaissance, et l'intelligence et la connaissance supposent le bien-être et l'inclusion sociale. Selon les termes de la Confédération internationale des syndicats libres, nous souhaitons donc une "globalisation du développement social".

        Mesdames et Messieurs, quelle que puisse être la diversité des idées et des intérêts, nous défendons le développement social.
        Depuis la déclaration de Copenhague, les mots que nous avions utilisés ont pris des formes bien concrètes. Ainsi, je suis persuadé que cette déclaration est toujours valide et je souhaite que nous poursuivions dans la direction tracée alors.
        Car l'enjeu subsiste: que les engagements d'hier et d'aujourd'hui deviennent les actions de demain.