REPUBLIQUE
RWANDAISE
Mr. Joseph Muta BOBA
DISCOURS PRONONCE PAR LE SECRETAIRE D'ETAT
Geneve, 27 Juin, 2000
Excellence Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Au nom du Gouvernement
et du Peuple Rwandais, permettez-moi de vous adresser nos vives salutations.
Je voudrais aussi , au nom de la délégation Rwandaise, exprimer
notre gratitude au Gouvernement et au peuple Helvétique pour l'hospitalité
généreuse qu'ils nous ont accordé.
Permettez-moi également, d'adresser mes félicitations aux Nations Unies pour avoir organisé ce sommet mondial de Genève, sur le Développement Social. Une telle rencontre qui fait suite au Sommet de Copenhague, constitue une occasion précieuse d'échanges d'idées permettant d'avoir une vision commune et cohérente sur les enjeux et les opportunités de promotion du bien-être social.
Excellence Monsieur le Président;
Excellences,
Mesdames et Messieurs
L'expérience
des trois dernières décennies montre que les stratégies
de développement adoptées par la plupart des pays africains n'ont
pas eu l'impact attendu en ce qui concerne le développement social.
Sur le plan intérieur, ces mauvaises performances s'expliquent principalement par:
- les politiques macro-économiques
et d'endettement inadéquates, - les conflits prolongés ; et -
la mauvaise gestion des biens publics.
Sur le plan extérieur,
la fixation des prix des matières premières par les pays industrialisés
n'a pas permis aux pays en voie de développement de tirer profit des
échanges commerciales provoquant ainsi un déséquilibre
perpétuel de balances de paiements et un recours de plus en plus accru
à la dette extérieure.
En dépit de l'introduction des programmes d'ajustement structurel qui visaient à corriger les erreurs du passé, à renforcer les capacités humaines et institutionnelles et à promouvoir la bonne gouvernance, force est de constater que ces programmes n'ont pas permis d'induire une croissance économique importante, apte à générer suffisamment de fonds devant pallier à la suppression des subsides dans les secteurs sociaux, en particulier ceux de l 'éducation et de la santé, suppression de subsides prônées par ces programmes et qui ont eu des conséquences très néfastes sur l'accès aux services sociaux de base. Les femmes, les enfants et les pauvres en général sont encore les plus affectés par l'incidence de la pauvreté qui est toujours très élevée en Afrique, et cela avec le poids de la dette extérieure dont le remboursement consomme la majeure partie des recettes budgétaires qui devraient être investies dans les actions sociales. L'annulation de cette dette permettra aux pays pauvres d'avoir plus de ressources financières à allouer aux actions sociales, plus particulièrement aux actions qui ciblent les couches les plus défavorisées de la population.
Excellence Monsieur le Président;
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Beaucoup de pays africains,
plus particulièrement ceux de la Région des Grands Lacs, font
un effort pour relever le défi de développement socio-économique.
Toutefois, les conflits qui opposent les peuples de cette région constituent
actuellement un handicap majeur qu'il faut lever en vue d'atteindre le développement.
Le Conseil de Sécurité des Nations Unies devrait s'investir dans
le renforcement de sa présence dans les pays et suivant les engagements
fermes pris par celui-ci. Pour les pays qui ont vécu des guerres prolongées
et en particulier le Rwanda, qui a connu le génocide de 1994, la stratégie
de création de la prospérité de son peuple, plus particulièrement
la réduction de la pauvreté, devra prendre en compte la recherche
de solutions aux conflits, la levée des problèmes structurels
et la mise en place des actions devant atténuer rapidement les conséquences
du Génocide.
Mesdames et Messieurs,
Le génocide
qu'a connu le Rwanda en 1994 a profondément dégradé le
tissu socio-économique et la cohésion nationale. Sur le plan économique,
le génocide qu'a connu le Rwanda a occasionné la destruction de
plus de S0% des infrastructures socioéconomiques et la disparition de
plus d'un million de vies humaines. Sur le plan politique, la stabilité
de la sous-région des grands lacs a été hypothéquée.
Sur le plan social, le génocide est venu aggraver le niveau de pauvreté
qui est passé de 53% en 1993 à plus de 70% en 1996. A ce nombre
exorbitant de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté s'ajoûtent
des groupes vulnérables composés par les veuves, les victimes
du Génocide et les orphelins, chefs de ménages.
Excellence Monsieur le Président;
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Face à ces
problèmes, le Gouvernement d'Union Nationale du Rwanda en collaboration
avec ses partenaires au développement a pris des mesures importantes
qui visent à rétablir l'unité et la réconciliation
nationale, à asseoir la bonne gouvernance et la construction d'un Etat
de droit apte à promouvoir le bien-être de toute sa population
d'une façon durable et équitable.
En effet, après le génocide de 1994, le bilan des actions menées est actuellement satisfaisant. Parmi ces actions l'on peut citer: la réhabilitation du système judiciaire et la mise en place des nouvelles institutions, entre autres, les JURIDICTIONS GACACA, qui préconisent une justice participative, le démarrage des processus de décentralisation et de démocratisation des structures administratives, la mise en place d'une Commission Nationale des Droits de l'Homme ainsi que la Commission pour l'Unité et la Réconciliation Nationale, la promulgation de la loi visant le renforcement des capacités des femmes. Cette loi vise principalement à éliminer toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, la mise en place des comités regroupant les représentants des femmes depuis les échelons de l'administration locale jusqu'au niveau national et au sein de l'Assemblée nationale ainsi que la création des fonds communaux visant l'auto-promotion et l'entrepreunariat féminin à travers, notamment, l'octroi des micro crédits aux femmes qui opèrent dans le milieu rural.
Excellence Monsieur le Président;
Excellences, .
Mesdames et Messieurs,
Même si ces
résultats atteints durant la période 1995-2000 sont satisfaisants,
le Rwanda reste confronté aux problèmes de taille en matière
de développement social.
En effet, l'espérance de vie à la naissance est de 49 ans alors qu'il était de 53 en 1990. Cette diminution brusque de l'espérance de vie est due en partie à l'accroissement du taux de prévalance du VIH/SIDA, qui est passée de 5% en 1990 à 11% actuellement.
Les taux de mortalité maternelle et infantile restent élevés et sont respectivement estimés à 131 pour 1000 et de 810 pour 100,000. Selon les estimations de l'OMS, le taux d'accès aux services de santé est de 8l ô, par ailleurs, le taux d'utilisation curative n'est que d'environ 27%, ceci étant sans doute dû au très faible pouvoir d'achat de la population dont plus de 70% vivent en dessous du seuil de pauvreté de I $ américain par jour.
Face à cette situation, le Gouvernement d'Union Nationale a préparé sa vision de développement d'ici l'an 2020 et vient aussi de mettre en place des structures chargées de la formulation et du suivi de la stratégie de réduction de la pauvreté.
En plus des actions qui visent l'augmentation des revenus, l'accès aux soins de santé, l'accès à l'eau potable et l'éducation au niveau des populations défavorisées, la vision de développement pour un pays pauvre comme le Rwanda, qui n'a pas de ressources naturelles importantes, est basée aussi sur d'autres voies alternatives comme le développement des ressources humaines et des capacité innovatrices. Plus particulièrement, l'accent sera mis sur la promotion de l'innovation et la compétitivité entre les opérateurs du secteur tertiaire, au sein duquel la productivité est plus élevée que dans le secteur primaire. Ainsi, la valorisation des opportunités offertes par le développement de la science et de la technologie permettra au Rwanda d'être compétitif sur le plan international à travers l'offre de services et la valorisation de nouvelles connaissances permettant ainsi au pays de ne plus souffrir fortement de l'enclavement et des faibles performances d'une économie dépendant uniquement des productions de base, plus particulièrement de l'agriculture.
Excellence Monsieur le Président;
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Le Gouvernement Rwandais
attache une grande importance à la coopération internationale,
régionale et bilatérale. Les objectifs que le pays s'est fixé
en matière de développement social et plus particulièrement
ceux de réduction de la pauvreté ne peuvent être atteints
sans une collaboration efficace avec les partenaires internationaux qui interviennent
dans les secteurs productif et social. Cette collaboration avec la Communauté
internationale sera accompagnée par l'intégration de notre pays
dans l'économie de marché.
Concernant plus particulièrement l'intégration régionale, le Rwanda est convaincu des avantages que cette intégration peut apporter en matière de croissance économique. C'est dans ce cadre que le pays est membre de la COMESA et va bientôt entrer dans la Communauté des Etats de 1 Afrique de l'Est.
Excellence Monsieur le Président;
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Je ne voudrais pas
terminer sans renouveler mes félicitations aux organisateurs du présent
sommet et sans féliciter la communauté internationale, en général,
pour les efforts accomplis en matière de développement, et plus
particulièrement dans le cadre du renforcement de la coopération
et de la solidarité entre les peuples du monde entier, pour lui permettre
de bénéficier des bienfaits du progrès pour que le Développement
soit de plus en plus effectif et pour bâtir un monde meilleur.
Je vous remercie