Intervention par
Son Excellence Prince Albert
PRINCIPAUTÉ DE MONACO
Geneve, 27 juin 2000
Monsieur le Président,
Je suis particulièrement heureux de vous retrouver à la présidence de cette vingt-quatrième session extraordinaire de l'Assemblée générale et de vous en féliciter. Tant en Ma qualité de Chef de la délégation monégasque que de Vice-Président vous pouvez compter sur Mon appui sans réserve.
Les travaux de ce Sommet mondial sont d'autant plus importants qu'ils s'inscrivent
duns une étape exceptionnelle de transformation du monde à la
fois par sa rapidité et sa profondeur. Après avoir accordé
à la mondialisation, essence de cette transformation, de très
nombreuses qualités, ses inconvénients commencent aujourd'hui
â apparaître aux yeux de l'observateur attentif.
Il serait, par conséquent, malvenu, notamment à la suite des graves déceptions accumulées depuis le Sommet de Copenhague, de continuer à encenser sans quelques réserves ce phénomène - comme également Je pense - de le condamner sans recours en l'estimant responsable de tous les maux.
Lorsque des progrès scientifiques et techniques entraînent une mutation rapide et profonde des sociétés humaines, il faut s'attendre à une remise en cause, parfois douloureuse, de l'ordre établi. Nous vivons une révolution de cette nature qui bouleverse autant les pays en développement ou en transition que ceux développés.
Il nous appartient de mieux appréhender cette mutation pour tenter de
porter remède à ses conséquences les plus néfastes
pour l'être humain et ses légitimes aspirations à bénéficier
des avantages économiques et sociaux qu'elle engendre.
Les progrès marquants des moyens de communication et d'échange
des connaissances ont, sans aucun doute, favorisé, Bans un premier élan,
le libéralisme économique plus apte à s'adapter que le
pouvoir politique dont l'influence a besoin d'espace et de temps pour s'imposer.
La sagesse de Nos nations commence à s'éveiller. Dans nombre de
Nos États, après une utile période de réflexion,
les responsables politiques en liaison avec les forces vives de la société
civile et du monde du travail, s'emploient à maîtriser, au plan
national comme au plan international, les effets les plus pervers de cette révolution
technologique.
L'économie de marché connaît elle aussi des limites naturelles.
Elle n'apparaît plus comme une réponse exclusive à la satisfaction
des besoins élémentaires tant individuels que collectifs à
long terme. Son ambition est de courte portée et ne correspond pas au
rythme lent de changement des sociétés humaines.
Le capitalisme comme le soulignait Max Weber réclame, en fait, pour s'installer
durablement un processus de maturation et d'adaptation aux valeurs sociales.
L'économie libérale ne peut trouver, en réalité,
une justification stable que si ses bienfaits profitent à l'ensemble
dune population ainsi qu'aux peuples du sud comme à ceux du
nord. Le développement social s'impose alors en allié plus qu'en
opposant irréductible du libéralisme.
Cette philosophie et le lens profond de sa responsabilité sociale inspirent le Gouvernement Princier dans son action.
Sous l'impulsion éclairée de Son Altesse Sérénissime le Prince Souverain, Mon Père, il situe ses décisions dans une perspective à long terme. Il investit Bans l'éducation de la jeunesse et la formation permanente afin de faciliter, à la population active, son adaptation aux nouvelles techniques et méthodes de travail.
Les personnes à la recherche d'un emploi font l'objet dune attention particulière des pouvoirs publics qui leer offrent gracieusement la possibilité d'améliorer leurs connaissances notamment en informatique et en langues étrangères.
Dès 1995, un dispositif a été mis en place afin d'aider à la réinsertion professionnelle des personnel en difficulté. Ces personnes peuvent, en cas de besoin, étre assistées d'un tuteur. Leur rémunération, souvent dans un emploi en surnombre, est alors assurée par l'État.
Pour les personnes en grande difficulté, les personnes handicapées, les personnes âgées ou les enfants qui rencontrent des problèmes aigus de vie, le Gouvernement Princier a pris d'importantes dispositions d'ordre éconornique et social. Elles consistent non seulement en versement d'allocations mail également en soutien moral comme l'offre par exemple, l'association "Jeunes J'écoute" et même, Bans une certaine mesure, le Centre de la Jeunesse Princesse Stéphanie.
Avec le contours d'auxiliaires de vie dévoués, a été
institué en
1998
un service
de maintien à domicile à la disposition des personnes âgées
et des personnes handicapées.
L'ensemble de la population monégasque peut avoir recours à (aide à la famille et à l'aide au logement même si, en bénéficient en priorité, les personnel les plus défavorisées.
L'action sociale de la Mairie très proche de la population et celle des associations caritatives reçoivent encouragements et soutiens réguliers de l'Etat Elles complètent utilement le dispositif.
Les Autorités monégasques sont, de fait, engagées daps une démarche de développement social marquée par un très grand volontarisme.
La politique sociale monégasque est d'ailleurs coordonnée par un établissement public qui dispose de ressources représentant près de 10% des dépenses d'interventions de l'État et 5,25% de son budget annuel.
Le rapport national dressé, à (occasion de cette session extraordinaire, reprend, en les détaillant, les modalités de cet engagement de même qu'il précise les interventions de la Principauté de Monaco au niveau international.
Ces interventions, à la mesure de Notre pays, prennent différentes formes. Le Gouvernement Princier verse, chaque année, des contributions volontaires à plusieurs 3 programmes des Nations Unies tels que le Programme des Nations Unies pour le développement, celui pour l'environnement et celui pour le contrôle international des drogues.
Il apporte également et trés réguliérement son tribut
à l'UNICEF de même qu'au Fonds des Nations Unies pour les personnes
handicapées comme il l'avait apporté, en 1999, au Fonds créé
à l'occasion de l'année internationale des personnel âgées
et à celui destiné à faciliter la préparation de
cette session extraordinaire.
Par ailleurs, les Autorités monégasques viennent de décider
de concourir substantiellement au Programme de surveillance de la lutte contre
les maladies émergentes, réémergentes et autres maladies
transmissibles de l'Organisation mondiale de la sauté ainsi qu'à
l'Alliance des villes contre la pauvreté.
La Principauté de Monaco est un partenaire trés actif de l'Organisation
internationale de la Francophonie dont elle partage, plus que jamais en ces
temps de mondialisation, les préoccupations en matiére
de respect des identités culturelles et de développement social.
Elle apporte volontiers son concours à la coopération entre pays
ayant en partage le français.
La Déclaration adoptée par cette Organisation, reflet de la volonté
qui est la sienne de mondialiser les solidarités, sera certainement une
source précieuse d'inspiration dans la mile en oeuvre du programme d'action
de Copenhague.
Plusieurs organisations non gouvernementales installées à Monaco
consacrent de nombreuses missions à réaliser des opérations
de développement social dans des pays en développement. Les Autorités
monégasques ne manquent pas de leur apporter un appui conséquent.
La Croix Rouge monégasque à la présidence de laquelle J'ai
succédé à Ma Mère, la Princesse Grace, consacre
une trés large part de ses ressources, qui proviennent souvent de dons
et de legs, aux pays frappés par la guerre, la famine ou les catastrophes
naturelles.
L'Association mondiale des amis de l'enfance (AMADE) présidée
par Ma Soeur, Son Altesse Royale la Princesse de Hanovre, est trés active.
Elle est représentée à ce jour dans une vingtaine de pays.
Outre sa détermination dans la protection des jeunes enfants qui a fait
l'objet, en 1993, dune résolution adoptée par la conférence
générale de l'UNESCO et ses efforts de mobilisation de la jeunesse
monégasque en faveur de jeunes moms favorisés, l'AMADE développe,
dans les pays du sud, de nombreux programmes sociaux. La construction de complexes
scolaires, de centres de formation, de maisons de l'enfant ainsi que la raise
en oeuvre de projets intégrés de développement rural en
font parties. Les "Ecoles à tous vents" destinées aux enfants
des rues et le programme international "Larmes sans yeux" de lutte contre la
cécité nutritionnelle, mené en collaboration avec l'UNICEF,
soul aussi à mettre à l'actif de cette organisation.
Monaco Aide et Présence, qui bénéficie également
du concours de l'État, contribue à apporter un soulagement aux
victimes civiles des conflits armés grâce à une équipe
médicale bénévole très efficace. Elle réalise
aussi une action de développement social à long terme. L'installation,
en Inde ou au Sri Lanka, d'orphelinats et d'établissements pour enfants
handicapés en est un exemple. Elle a également créé,
en Inde et au Niger, des dispensaires qui offrent des services de sauté
et des loins aux populations Bans le besoin. Depuis 1997, existe au Brésil,
à l'initiative de cette
organisation, un programme de maisons familiales et â Madagascar une école
primaire, Prince Rainier III, qui accueille 1700 enfants.
Enfin, grâce â Mission Enfance, des interventions de développement
social sont menées dans des régions sensibles avec souvent la
collaboration d'organes des Nations Unies ou de l'Union européenne. Actuellement
ces interventions principalement alimentaires, sanitaires ou éducatives
portent sur treize pays.
En conclusion, Monsieur le Président, Je tiens â partager l'optimisme
de Notre Secrétaire général dont je salue - trés
convaincu - faction qui dans son rapport : "les effets de la mondialisation
sur le développement social", Nous incite "â mieux gérer
ce processus afin de réduire ses effets négatifs, de faire en
sorte que chacun ait un accés aux possibilités qu'il offre et
que ses avantages soient plus largement répartis".
C'est cette démarche, Monsieur le Président, qu'a choisi Mon pays
lequel, par Mon intermédiaire, confirme sa totale adhésion aux
décisions du Sommet de Copenhague et aux conclusions qui vont être
adoptées, ce vendredi, par notre session extraordinaire.
je vous remercie.