Discours
de
Son Excellence M. Marc Forné Molné
Chef du Gouvernement de la Principauté d'Andorre
Geneve, 27 juin 2000
M. le président, M. le Secrétaire général, Excellences,
Mesdames et Messieurs,
En mars 1995, à peine quelques mois après être devenu
Chef du Gouvernement d'Andorre,
j'ai voyagé à Copenhague pour la première des grandes
conférences des Nations Unies à laquelle
mon pays allait participer. La constitution de 1993, qui avait permis à
l'Andorre de faire partie des
Nations Unies et de s'intégrer de plein droit à la communauté
internationale, avait inscrit dens son
préambule la volonté de mon Etat d'être solidaire avec
les grandes causes communes de l'humanité. II
n'y en aucune de plus poignante que le développement des peuples.
Quand nous nous réunissons dans les sales augustes du Palais des
Nations, ici à Genève, ou
au siège des Nations Unies, à New York, au milieu de la prospérité
présente des pays de l'Occident,
et nous discutons sur la pauvreté et le manque d'opportunités
dans une grande partie du monde, il
semble que nous n'arrivons pas à comprendre ce que cela signifie.
Des milliers de millions d'êtres
humains, en cette Terre de civilisation et de technologie, n'ont pas réussi
à obtenir les premières
nécessités d'hygiène, de nutrition, de santé,
d'éducation, de cohésion sociale, de démocratie et
derespect
pour les droits de l'homme! Nous sommes bien aveugles, les hommes et les
femmes de ce
nouveau millénaire, nous qui ne savons que parler et compter, établir
des statistiques et se lamenter,
sans trouver des solutions pour les plus démunis!
Nous sommes, en tant qu'êtres humains, capables de concevoir et de
construire un futur
meilleur, malgré que nous avancions très lentement dans l'éradication
de la pauvreté matérielle et
spirituelle dune grande partie de la planète. Le contraste est plus
flagrant en ce temps où la
prospérité économique clame aux cieux une répartition
plus juste des ressources. L'idéologie libérale
triompha au cours du dernier siècle. Je suis moi-même un avocat
très ferme de l'efficacité et de la
motivation qui trouvent leur origine autour de l'économie de marché,
qui se nourrit de l'ambition
légitime qu'a toute personne de progresser. Mais si nous voulons
être fidèles aux principes de la
déclaration de 1948, nous, les Etats, nous ne pouvons permettre que
notre rôle se voit relégué à celui
d'un simple comptable témoin de l'évolution du marché.
L'Etat doit assurer en son sein un résultat
positif pour la somme des forces de ses composantes, et
extra muros
il doit veiller à ce que la
mondialisation n'enrichisse les uns au détriment des autres, mais
que le bien-être commun augmente.
Ceci dit, la critique est facile mais l'action est difficile. Deux mots
peuvent résumer aujourd'hui
les aspirations de beaucoup d'entre nous: responsabilité et solidarité.
Quand je parle de
responsabilité, je me dirige à ceux qui, sans aucun scrupule,
se bénéficient par la corruption de la
solidarité d'autrui envers leurs peuples. Je me dirige aux dictateurs,
aux pseudo-démocrates, aux
autocrates qui emprisonnent les esprits de populations toutes entières
dens leurs égoïsmes; je me dirige
aussi à ceux qui s'enrichissent indûment grâce aux misères
de leurs concitoyens et qui méritent tout l'opprobre dont nous sommes
capables. De
ce genre d'individus il y en a dans tous les Etats, riches ou pauvres, du
Nord et du Sud.
La solidarité à laquelle je me réfère est celle des Etats les plus riches avec les plus pauvres ce fameux 0,7% de PNB destiné à l'aide au développement que nous avions pris comme but mais que très peux d'entre nous ont réussi à atteindre ; l'établissement de règles du jeu économique honorables aussi pour les Etats en développement ; la collaboration dans toutes les aires sociales avec le transfert de connaissances, d'experts et d'expériences ; le partage des projets en matière d'environnement, vrai sujet global.
La solidarité n'est pas non plus un privilège des pays les plus
riches, comme nous pouvons en être témoins par les effets bénéfiques
de la coopération Sud-Sud. Tous les Etats sommes impliqués dans
cette recherche de l'addition positive de solidarité et de responsabilité
qui donne comme résultat le développement social.
Mesdames
et Messieurs,
Voici
mon résumé de ce que nous tentâmes d'établir il y
a cinq ans à Copenhague, en fixant des objectifs et des engagements de
tous les Etats que nous devons analyser aujourd'hui. L'Andorre, depuis son humble
plate-forme de petit Etat, enclavé dans les vallées européennes
des Pyrénées, ne prétend donner des leçons à
personne. Mon pays a progressé économiquement ces dernières
cinq années mais nous sommes maintenant devant le grand défi d'assurer
sa prospérité, en concertation avec nos voisins et le continent
européen. A Copenhague nous avons pris la décision de centrer
notre attention sur l'élaboration d'un engagement qui se fasse écho
du rôle primordial de la jeunesse dans les espérances de développement.
L'Andorre proposa et rédigea, à ce moment là, l'engagement
suivant de la déclaration:
" Nous, les Chefs d'Etat et de Gouvernement du monde, nous encouragerons la participation des individus appartenant à tous les groupes d'âge, reconnaissant que leur contribution est également importante et indispensable à l'instauration d'une société harmonieuse, et nous favoriserons le dialogue entre les générations dans tous les secteurs de la société. "
Cet engagement était bel et bien andorran puisqu'il trouvait son origine dans le souci d'un pays à forte proportion de jeunes gens ; il reconnaissait la contribution des différents groupes d'âge, particulièrement les jeunes et les gens âgés, dans la consécution des objectifs d'intégration sociale.
L'exode rural auquel nous assistons dans beaucoup d'Etats en développement, et qui crée de grandes mégalopoles, déracine la famille traditionnelle et aliène les différentes générations qui n'ont ainsi plus de contact. Ceci crée un grave problème d'intégration sociale et de marginalisation. Cette marginalisation est à la base très souvent du chômage pour le jeune et devient un cercle vicieux. En Andorre, nous essayons de construire une politique de jeunesse cohérente et d'intégration, mettant beaucoup d'emphase dans l'éducation, la connaissance des langues et des cultures voisines, et celles de projection mondiale, et dans la création d'un cadre d'affirmation de citoyenneté active pour les jeunes.
Nous sommes en train d'élaborer en ce moment la première étude sociologique sur la jeunesse andorrane afin de bien définir notre politique dirigée aux jeunes.
Excellences, Mesdames et messieurs,
Grâce à la conférence de Copenhague l'être humain retrouva sa place au centre des theories du développement. Nous avons promis à ce moment là d'en finir avec la pauvreté, de promouvoir le travail complet et productif et favoriser l'intégration sociale afin de construire des sociétés stables, sûres et justes pour tout le monde. Evidemment, en cinq ans nous n'avons pu qu'entamer la tâche. De notre côté, nous avons augmenté les contributions volontaires aux Nations Unies en matière de développement, et nous allons le faire encore.
Le continent africain souffre encore sous le joug du SIDA, la dette extérieure, les conflits armés, et les difficultés que rencontre l'Etat de droit pour se consolider. Le respect des droits de l'homme et la démocratie ne sont pas encore la monnaie commune dans beaucoup d'endroits du monde. La communauté internationale dolt exercer son influence afin qu'il existe de plus en plus de sociétés humaines où le respect d'autrui et les élections en liberté des représentants de peuple soient la norme. La démocratie réveillera dans beaucoup d'endroits la société civile, l'élément essentiel pour la formulation de politiques réalistes de développement social.
II y a deux semaines se réunissait à New York la Conférence Beijing+5, qui entreprit une révision du chemin parcouru au bénéfice de la femme depuis la conférence de 1995 en Chine. L'Andorre y participa avec une délégation importante qui comprenait des représentants gouvernementaux et des ONG. Au cours de cette rencontre il apparut évident que la femme est un élément essentiel de la société dans les pays en développement. L'obtention de micro-crédits par les femmes de ces Etats pour commencer des petites entreprises est une des solutions à succès pour donner aux femmes les moyens et le pouvoir nécessaires afin d'atteindre l'autosuffisance.
Ce qui est clair c'est que le développement des pays pauvres ne pourra jamais se faire sans la femme, ou sans n'importe quel autre membre de la société, jeune ou âgé : cela concerne toute la société civile. Les dirigeants des pays en voie de développement doivent assurer la bonne gouvernance dans leurs contrées et l'absence de corruption. Les gouvernements du monde devons créer le juste cadre financier et commercial pour le développement.
A Seattle, en fin de l'année dernière, la rencontre de l'OMC ne passa pas inaperçue. Un grand nombre de personnes de la société civile et des ONG s'y rassemblèrent, animées par le désir d'exprimer leur malaise avec un système d'échanges globaux qui ne tiennent pas en compte les objectifs de développement social. II faut que les grandes organisations économiques internationales évaluent leur rôle aussi dans cet effort collectif, et que les Etats qui les composons ayons le courage de ne pas nous cacher derrière des acronymes et sachons affronter les questions difficiles quand il est du.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Merci beaucoup.