ALLOCUTION de

S.E. M. Jean-François NTOUTOUME EMANE,

Premier Ministre, Chef du Gouvernement , GABON


GENÈVE, le 26 JUIN 2000

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Monsieur le President,
Excellences Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,
Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs de Délégations,
Distingués Délégués,
Mesdames et Messieurs,


Monsieur le President,


Il m'est particulièrement agréable, en ce 26 juin 2000, de vous adresser au nom de Son Excellence El Hadj Omar BONGO, President de la République, Chef de l'État qui me fait l'honneur de le représenter ici, ses vives et sincères félicitations auxquelles je joins celles de la délégation gabonaise toute entière et les miennes propres, pour votre brillante élection à la Présidence de cette 24ème Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies.

Je me réjouis personnellement du choix porté sur votre personne. En effet, lorsque l'on connaît votre grande expérience, l'efficacité et la dextérité avec lesquelles vous avez dirigé les travaux de la 54eme Session Ordinaire de l'Assemblée Générale en septembre 1999, l'on ne saurait douter de l'issue heureuse des présentes assises.

C'est dans cette perspective que je voudrais d'ores et déjà vous assurer de l'entière et parfaite collaboration de la délégation gabonaise.

Je saisis cette même occasion pour présenter mes très chaleureuses appréciations à Monsieur le Secrétaire Général des Nations-Unies, Son Excellence KOFI ANNAN, pour l'énorme et excellent travail accompli dans la préparation de ce Sommet.

Enfin, fort de la qualité de l' accueil qui nous a été réservé, et dans le même esprit, j e voudrais vivement remercier le Gouvernement et le peuple suisses pour l'aimable hospitalité qu'ils nous offrent.

 

Monsieur le President,
Distingués Délégués,


Lors du Sommet sur le Développement Social tenu à Copenhague en 1995, quelques 11 Chefs d'Etat et de Gouvernement avaient pris le ferme engagement de lutter contre la pauvreté de réduire le chômage et de favoriser la promotion de plus de justice sociale et de plus d'équité dans le monde.

Aujourd'hui, cinq ans après cette grande rencontre, la présente réunion nous donne l'occasion de porter un regard rétrospectif sur le chemin parcouru depuis lors. En d'autres termes, elle nous permet de faire le point des évolutions enregistrées en rapport avec les objectifs que nous nous étions fixés.

Malheureusement, l'on doit à l'objectivité de dire qu' au vu des résultats obtenus à ce jour, le bilan est plus que mitigé, les promesses faites n'ayant pas toutes été tenues.

Mais avant de donner quelques aperçus des realisations et des avancées enregistrées par mon pays, le Gabon, il m'importe de faire remarquer que la conjoncture économique défavorable a considérablement gêné, au cours des dernières années, l' action de certains Gouvernements, notamment ceux des pays en voie de développement.

 

Monsieur le President,


Cette crise de la conjoncture qui a frappe de plein fouet mon pays, doublée de surcroît d'un lourd endettement, l' a conduit à se tourner vers les Institutions de Bretton Woods. En accord avec celles-ci, le Gouvernement a défini des objectifs prioritaires dans sa lutte contre la pauvreté dont les composantes les plus importantes sont :


· La lutte contre le chômage ;

· L'intégration sociale ;

· La promotion de la Femme ;

· L'accès à un enseignement et à des soins de santé de qualité.

 

Monsieur le President,


Le Gabon connaît aujourd'hui un taux de chômage relativement élevé, de l'ordre de 18 %, qui touche majoritairement les femmes et les jeunes. Ceci s'explique, en grande partie, par l'inadéquation de la formation et de l' emploi.

Pour y faire face, il a été mis en place un Plan d'urgence pour l'emploi et la formation professionnelle. Celui-ci s'est concretise par l'adoption du « Pacte National pour l'Emploi » conclu entre le Gouvernement et les Organisations Professionnelles des employeurs et des travailleurs, en vue de favoriser l'insertion ou la réinsertion économique des demandeurs d'emplois.

Pour assurer à terme l'intégration sociale des categories vulnérables de sa population, le Gouvernement gabonais a, en outre, initié une politique de protection sociale visant d'une part, â accorder une aide aux indigents, aux personnes handicapées, aux personnes âgées et aux sinistrés et, d'autre part, à définir le cadre général de leur insertion.

De même, une institution devant accueillir temporairement les enfants abandonnés vient de voir le jour à Libreville ; mais nous espérons que son fonctionnement serait optimal quand nous aurions obtenu le soutien actif et constant des partenaires au développement.

 

Monsieur le Président,
Distingués Délégués,


Parler de Développement Social aujourd'hui nous amène inévitablement à évoquer la question de la promotion de la Femme.

Les femmes constituant près de 60 % de la population gabonaise la plus touchée par la pauvreté, le Gouvernement a choisi, - la Délégation gabonaise le rappelait encore au début de ce mois à New York - d'accorder une importance particulière à cette question.

L'action dans ce domaine se déploie à travers trois axes principaux, à savoir

- La prise en compte de la notion d'égalité entre les sexes dans l'élaboration des dispositions législatives ;

- La formation et l'éducation des femmes ;

- La promotion, pour les femmes, d'activités génératrices de revenus.

A cet effet, et pour mieux encourager les femmes, il a été institué depuis 1998 « le Grand Prix du Président de la République pour la Promotion des Activités Socio-économiques des Femmes ».

Par ailleurs, nombre de délégations de notre Continent en conviendront, les questions de santé mettent, aujourd'hui plus que par le passé, les pays africains à rude épreuve, notamment devant la pandémie du Sida et le Paludisme.

 

Monsieur le President,


En ce qui concerne mon pays, ce secteur est sous-tendu par une politique sanitaire qui vise l'harmonisation des actions pour une plus grande efficacité. Aussi, en application d'une ordonnance de janvier 1995 portant orientation de la politique de santé au Gabon, un Plan National d'Action Sanitaire (PNAS) a été élaboré. Il a pour but d'améliorer la couverture sanitaire sur toute l'étendue du territoire tout en privilégiant la santé de la mère et de l'enfant.

Pour la pleine réussite de ces actions, le Gouvernement insiste particulièrement sur le rôle moteur et prépondérant de l'Education populaire dans le processus de développement du pays.

C'est pourquoi, le Programme National Multisectoriel « InformationEducation-Communication », co-financé par le Gouvernement et le FNUAP (Fonds des Nations-Unies pour les Activités des Populations) et exécuté par l'UNESCO gagnerait à être poursuivi et développé.

Enfin, en ce qui concerne l' accès du plus grand nombre à l' énergie électrique et à l' eau potable, le Gouvernement a mis en place une politique tarifaire avantageuse alors qu'un programme d'hydraulique villageoise a commence à être exécuté.

Ces actions ont pu étre réalisées, nous tenons à le rappeler, dans une situation de crise économique qui a été singulièrement aggravée, dès 1994, par la dévaluation du franc CFA et la détérioration des termes de l'échange.

Nous soulignons à cet égard, qu'aujourd'hui le Gabon reste le seul pays à revenu intermédiaire du Continent et, à ce titre, non-eligible aux initiatives de soutien de lutte contre la pauvreté. Fondé sur des paramètres qui sont, comme l'on sait, fort discutables, ce classement ne fait qu'accentuer le deficit que mon pays connaît, par rapport aux idéaux de solidarité et d'équité qui sont les deux valeurs cardinales qui president aux missions et aux actions des Nations-Unies.

Toutefois, l'engagement personnel de Son Excellence El Hadj Omar BONGO, Chef de l'Etat, pour faire disparaître progressivement les principaux obstacles au développement humain et au maintien de la paix sociale, a amené le Gabon à abriter du 18 au 19 janvier dernier, sous l'égide du FMI et de la Banque Mondiale, un Sommet Africain dit « Agenda Afrique » sur le thème de « la croissance économique et de la réduction de la pauvreté à l'Orée du 3ème millénaire ».

Riche en échanges, cette rencontre a débouché sur la reaffirmation par les Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'objectif de la lutte contre la pauvreté par le maintien d'une croissance économique soutenue et durable.

 

Monsieur le President,
Distingués Délégués,


En dépit de cette volonté, desservie malheureusement par un contexte économique difficile, nous notons avec amertume que le chemin à parcourir, pour répondre pleinement aux attentes de Copenhague, est encore long.

En effet, s'agissant de l'objectif préconisé par l'initiative 20/20, les dotations budgétaires allouées ces dernières années aux secteurs sociaux, bien qu'encourageantes, sont encore largement insuffisantes.

Il est donc indispensable de mobiliser des ressources supplémentaires au benefice des secteurs cibles, afin d'améliorer l'efficacité des dépenses et de favoriser un accès optimal des populations aux services sociaux de base.

A cet égard, nous tenons à dire notre totale satisfaction devant l' appui apporté par l'UNICEF depuis 1997 dans le cadre du « Projet de Planification sociale » qui, tout en favorisant la mise en place d'une banque de données fiables, conduira à une veritable réforme du secteur, par la programmation d'actions ciblées et efficientes.


Vous comprenez donc aisément, Monsieur le President, la détermination de mon pays à continuer d'oeuvrer pour la promotion sociale, en dépit de l'entrave majeure que constitue le fardeau de la dette.

Le problème de la dette doit, par conséquent, être apprécié, non seulement à travers les indicateurs socio-économiques, mais également à travers les efforts que déploie un pays dans sa lutte contre la pauvreté. Car, il faut le rappeler, la dette apparaît, à l'instar de la pauvreté dont elle constitue d'ailleurs l'un des facteurs les plus determinants, comme une menace permanente contre la stabilité de nos Etats.

C'est dans cet esprit que le Gabon, par la voix de son Chef, disait déjà à Copenhague, que seule la solidarité agissante donnera de la crédibilité à nos travaux. C'est dire que le moment est venu de mettre enfin en pratique les engagements pris au sujet de l'Aide Publique au Développement, l'objectif des 0,7 % du Produit National Brut des pays riches consacrés à cette aide, étant loin d'être atteint quand, paradoxalement, sa trajectoire n'est pas simplement inversée !

 

Monsieur le President,


Les profondes mutations de toutes natures qui se dessinent dans le monde et qui induisent désormais des défis inéluctables à relever en vue de l'accomplissement d'un nouvel ordre base principalement sur la compétitivité et l'interdépendance, requièrent une mobilisation concertée, un éveil permanent de la Communauté Internationale.

Aussi, voudrais je croire que cette rencontre aura atteint son but si elle venait avantageusement renforcer cette conviction commune que nous avons dans la nécessité absolue d'un devenir harmonieux de notre monde.

Pour sa part et avec les moyens dont il dispose, le Gabon s' attèle à l'amélioration constante de ses acquis sociaux qui en font jusqu'ici un îlot de stabilité politique, ainsi qu' au renforcement de la coopération internationale, en vue d'un développement plus équitable de toutes les populations du monde.

 

Je vous remercie.