Intervention du

Monsieur Tertius Zongo, Ministre en Charge

Du Developpement Economique Du Burkina Faso

 


Genève, 26 juin 2000

 


· Monsieur le Président ,

· Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies ,

· Distingués Délégués ,

· Mesdames et Messieurs

Je suis particulièrement heureux, Monsieur le Président, de vous adresser, au nom de la délégation du Burkina Faso, nos vives félicitations pour votre élection a la présidence de cette Assemblée Générale extraodinaire; votre expérience et votre perspicacité conduiront, nous en sommes convaincus, nos travaux vers la voie du succès.

Permettez-moi de saisir 1'opportunité qui m'est offerte pour m'acquitter d'un agréable devoir en remerciant le Gouvernement et le peuple suisse pour tout ce qui a été mis en oeuvre en vue de faciliter nôtre tâche.

j'aimerais également adresser mes remerciements au Secrétariat pour la qualité des documents fournis et des travaux préparatoires d'une manière générale.


· Monsieur le Président ,

· Mesdames et Messieurs


La présente session extraordinaire placée sous le thèmé "Sommet mondial pour le développement social et au delà : le développement social à l'heure de la mondialisation" s'ouvre à un moment où la scène internationale, particulièrement celle de l'Afrique reste encore marquée par de nombreux fléaux.


Au moment où l' on enrEgistre une remarquable avancée de - la Communauté internationale, notamment au plan scientifique et technologique, près d'un milliard et demi de personnes, soit une personne sur quatre vit encore avec moins d'un dollar par jour.

Tenant compte de cet état de fait, le Sommet mondial pour le développement social, tenu du 6 au 12 mars 1995 à Copenhague en vue d'examiner les problèmes préoccupants de la pauvreté, du chômage et de la désintégration sociale, avait débouché sur l' adoption d' une Declaration et d' un Programme d' action invitant les gouvernements à axer le développement sur la personne humaine et à développer un esprit de coopération et de partenariat pour répondre aux besoins des couches les plus défavorisées et les plus vulnérables.

Cinq années après la tenue du Sommet, force est de reconnaître que des progrès ont certes été accomplis, néanmoins, des efforts restent à faire. Car le constat est que la pauvreté n'a pas diminué, elle a même augmenté par endroit ; aussi, des actions complémentaires sont-elles nécessaires pour atteindre les objectifs fixés.

· Monsieur le President ,

· Mesdames et Messieurs

L'Afrique a fait son bilan des progrês réalisés en vue du développement social. En effet, sous l'égide de la Communauté Economique des Nations Unies pour l'Afrique, trois conférences sous-régionales ont été organisées respectivement à Nairobi pour l'Afrique de l'est et australe, à Marrakech pour l'Afrique du nord et à Ouagadougou pour l'Afrique de l'ouest et du centre.


De façon générale, on peut dire que les indicateurs macroéconomiques sont positifs. En effet, le PIB a progressé de manière régulière passant de 2,9 % en 1997 à 3,3 % en 1999. Pour ne parler uniquement que des deux dernières sous-regions sus-citées, il a été respectivement de 3,6 % et 4,9% .


Pris individuellement, 31 pays sur 53 ont réalisé des taux de croissance supérieurs aux taux d'accroissement de leur population, ce qui a permis d' améliorer le revenu par habitant.13 de ces 31 pays 4 ont vu leur PIB augmenter d'au moins 5%, soit le seuil requis pour une réduction durable de la pauvreté.

Le Burkina Faso n'est pas en reste de cette situation optimiste. Dans les domaines des secteurs sociaux, des progrès non négligeables ont été accomplis. Dans le domaine de l'enseignement de base qui reste une priorité pour le pays, le taux de scolarisation est passé de 35,7% en 1995 à 41 % en 1999 et de nouvelles approches sont en cours d'expérimentation. Quant au taux d'alphabétisation, il a connu une légère hausse, passant de 22,2% en 1994 à 24% en 1998.

Au niveau sanitaire, le taux de mortalité infanto juvénile a regressé de 164% en 1995 à 158% en 1996. Le taux de mortalité infantile a pour sa part connu une baisse durant cette même période passant de 86% à 82%. Si ces quelques résultats incitent un tant soit peu â l'optimisme, nous sommes néanmoins convaincu que la tâche reste immense. Le Burkina Faso réaffirme sa volonté et son engagement à appliquer la Déclaration et le Programme d'action de Copenhague; et pour ce faire, mon pays réitère son appel à tous les partenaires au développement pour dégager des ressources additionnelles au profit du développement durable.

· Monsieur le Président ;

· Mesdames et Messieurs


De nos jours, trois (3) phénomènes supplémentaires exacerbent la pauvreté avec une ampleur nouvelle à l'échelle mondiale : le déchainement des conflits, l'épidémie du VIH/SIDA et la dégradation de l'environnement. Ces trois (3) phénomènes, ou du moins leur conjugaison, ont fait replonger des millions d'individus. dans la pauvreté au cours des quinze (15) dernières années, en s' attaquant à leurs ressources et en détruisant leur environnement.

Dans ce contexte, l'élimination de la pauvreté s'impose de plus en plus comme un défi majeur pour les années à venir, spécialement dans les régions les plus affectées et plus particulièrement en Afrique subsaharienne. La pauvreté y constitue en effet l'un des tous premiers fléaux, tant par son ampleur et sa progression relative que par la menace sérieuse qu'elle fait peser sur la stabilité socio-politique et économique, car comme l'a récemment déclaré l' ancien Directeur Général du FMI, Monsieur Michel CAMDESSUS :"la paix et le développement reposent aussi sur des progrès rapides et convaincants dans la réduction de la pauvreté".

Les principales caractéristiques de cette pauvreté que nous vivons en Afrique sont : le médiocre bilan de la croissance économique, les inégalités marquées dans les niveaux de revenus et la propriété des moyens de production, ainsi que le manque d'accès aux services essentiels, qui se traduisent par un faible développement des ressources humaines et des rendements agricoles insuffisants.

· Monsieur le Président ;

· Mesdames et Messieurs

Dans de nombreux pays africains, les performances de l'économie se sont sensiblement améliorées depuis le milieu des années 1990 et la croissance du PIB moyen par habitant s'est accélérée sur tout le continent, mais la croissance y demeure fragile et elle ne suffit pas à mettre fin à l'aggravation de la pauvreté. C'est en Afrique subsaharienne, où 50 % de la population vit dans la pauvreté absolue, contre 20% en Afrique du nord, que le problème est aigû.


En outre, si on ose affirmer que la situation des femmes a considérablement évolué au cours des quarante (40) dernières années, notamment grâce aux instruments internationaux tels que le Programme d'action de Beijing et la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, il n'en demeure pas moins qu'il existe un hiatus entre les discours et les actes lorsqu'il s'agit de perpétuer ces progrès en Afrique.

Les obstacles économiques et juridiques opposes aux femmes africaines et la discrimination dont elles sont l'objet au sein de la société limitent l'impact des politiques et des actions engagées en vue d'améliorer leur situation, d'accroître leur productivité et de donner leur pleine mesure. Citons à cet égard, la faiblesse des investissements consacrés à l'éducation et à la santé de la population féminine, le manque d'accès de cette dernière aux services et aux biens réels, les obstacles juridiques et réglémentaires qui limitent les options qui s'offrent à elle et l'empêche de contribuer pleinement au développement du continent.

· Monsieur le President ;

· Mesdames et Messieurs

Dans le nouveau contexte de mondialisation et de libéralisation, l'Afrique reste le continent qui compte le plus de subdivisions territoriales, avec 165 frontières découpant la région en 51 pays dont 22 comptent moms de 5 millions d'habitants et 11 moins de 1 million. Le continent se heurte alors à des problèmes de taille très reels au niveau de la demande et de l'offre. c'est pourquoi, sans coopération régionale aucun pays du continent ne peut-être compétitif sur les marches mondiaux.


C'est dans cette optique que les trois conférences sous-régionales ont été organisées afin que les Gouvernements ajustent leurs politiques en vue d'améliorer et de consolider les résultats déjà enregistrés et d'arrêter une vision commune pour l'Afrique.


Comme je l'ai déja relevé plus haut, le Burkina Faso en a abriter une en septembre dernier dans le souci de témoigner son attachement au développement du continent et à la solidarité entre les peuples. A l'issue des travaux, une declaration dite "Declaration de Ouagadougou" a été adoptée. Celle-ci a formulé plusieurs recommandations, dont notamment celles:

- d'entreprendre des réformes économiques structurelles visant à soutenir la croissance, stimuler l'épargne locale et les investissements du secteur privé ;

- de renforcer le dialogue et la colaboration entre tous les acteursoeuvrant pour la réduction de la pauvreté ; - de mettre en oeuvre l'initiative 20/20 et d'instituer un système des taux de réalisation des crédits alloués et de créer des comités de suivi dans les pays qui ne l'auraient pas encore fait ;

- d'oeuvrer au renforcement des capacités d'internalisation des principes et pratiques démocratiques et de la bonne gouvernance.

· Monsieur le Président ,

· Mesdames et Messieurs

L'une des contraintes a laquelle fait face noire continent reste encore, et nous ne cesseront jamais de le rappeler, l'insuffisance des ressources financières. Beaucoup de pays en développement n'ont pas encore atteint l'objectif de 20% fixé dans le cadre de l'initiative 20/20, l'essentiel des ressources étant consacré au règlement du service de la dette extérieure. A ce niveau, l'allègement de la dette permettrait des ressources dans les programmes des secteurs sociaux. Quant à la situation de l'aide publique au développement, elle reste préoccupante et affiche chaque année une tendance un peu plus régulière à la baisse.


Le total de l'aide publique au développement octroyé par l'ensemble des pays du Comité d'aide au développement en 1997 représentait environ 0,22 % de leur PNB. Quatre pays seulement à savoir le Danemark, la Norvège, les Pays Bas et la Suède ont tenu leurs engagements et porté l'aide au delà des 0,7% du PNB proposé par consensus international. Si les promesses avaient été tenues, les ressources ainsi mobilisées auraient suffi à éradiquer l'extréme pauvreté.

Confronté donc aux problèmes de ressources, plusieurs pays ont essayé de résoudre leur problème de création de système de santé et d'éducation en demandant aux usagers d'intervenir financièrement ou en introduisant des programmes de partage de coûts. Mais c'est l'équité qui en pâtit, les pauvres n'ont plus accès à ces services parcequ'ils n'ont pas les moyens de payer des services minimums essentiels, fut-ce à un tarif réduit.

· Monsieur le Président ;

· Mesdames et Messieurs


A ce début du nouveau millénaire, nous avons le ferme espoir que l'Afrique pourra se désengluer du marasme des crises qui ont si souvent été son lot quotidien depuis les indépendances. L'Afrique de demain commence à apparaître sous les traits d'un continent qui tient fièrement sa place aux cotés de ses partenaires commerciaux du reste du monde et qui connaît une croissance durable, d'un continent qui d'ici trente (30) ans, tous auront accès aux soins de santé, où l' enseignement sera universel, où la stabilité sera un droit de l'homme et où les manifestations de la pauvreté sous toutes ses formes auront été battues en brèche.


Cette vision d'une renaissance africaine n'est pas un mirage. Nombreux sont les pays qui ont accompli des progrès aussi encourageants que tangibles dans la réforme de leur économie et dans la mise en place des structures et des politiques qui leur permettront d'obtenir la croissance dans l'équité et de faire réculer la pauvreté.


je vous remercie