République centrafricaine

Information basée sur le rapport 2012 du Secrétaire général au Conseil de sécurité (S/2014/181) publié 13 mars 2014.

 

Déjà précaires, la sécurité, le respect des droits de l’homme et la situation
humanitaire se sont détériorés au cours de l’année 2013, notamment lorsque, le
5 décembre, des éléments des milices « antibalaka » et des anciennes forces armées
centrafricaines ont investi Bangui et s’en sont pris à des éléments de l’ex-Séléka et
au Gouvernement de transition dirigé par Michel Djotodia. À la fin de la période
considérée, les atteintes aux droits de l’homme à caractère confessionnel commises
contre des civils avaient atteint des proportions alarmantes. À la demande de mon
Représentant spécial et Chef du Bureau intégré des Nations Unies pour la
consolidation de la paix en République centrafricaine (BINUCA), Babacar Gaye, ma
Représentante spéciale pour le sort des enfants en temps de conflit armé, Leila
Zerrougui, mon Conseiller spécial pour la prévention du génocide, Adama Dieng, et
un membre du Bureau de ma Représentante spéciale chargée de la question des
violences sexuelles commises en période de conflit se sont rendus à Bangui et à
Bossangoa du 17 au 21 décembre 2013, après une mission d’évaluation technique
conjointe.

 

Cette délégation a constaté que de nombreuses violations des droits de
l’homme avaient été commises et que, de toute évidence, les violences sexuelles
liées aux conflits avaient été la caractéristique principale des attaques menées entre
mars et décembre 2013. Ces actes criminels, qui visaient les populations civiles,
étaient dans un premier temps le fait d’éléments de l’ex-Séléka, présentés comme
des « règlements de compte ». Des faits plus récents ont fait apparaître que les
violences sexuelles avaient un caractère confessionnel : on a en effet signalé des cas
de viols commis par des éléments des milices antibalaka ainsi que par l’ex-Séléka et
d’autres groupes armés lors d’opérations de fouilles menées maison par maison. Au
cours de la période considérée, à Bangui, à Bouar et dans d’autres zones touchées
par le conflit, des cadres de l’ex-Séléka se seraient rendus responsables
d’enlèvements ou de mariages forcés, et il semble établi que des filles détenues dans
des camps militaires pour y servir d’esclaves sexuelles se sont retrouvées enceintes.
L’ONU a également été informée de ce que des femmes politiques ou des femmes
proches de personnalités officielles avaient été violées, enlevées et parfois torturées.
Dans les zones minières d’Obo, de Zemio, de Rafaï et de Nzako et dans la ville de
Bria, des femmes et des enfants auraient également été enlevés, violés ou tués par
l’Armée de résistance du Seigneur.

 

Au cours de l’année 2013, les partenaires des Nations Unies ont recensé au
moins 146 grossesses consécutives à des violences sexuelles liées aux conflits; des
entités du système des Nations Unies ont également constaté que le risque
d’infection par le VIH était élevé et que l’insécurité était telle que les civils
hésitaient à prendre le risque de se déplacer pour demander de l’aide, en
conséquence de quoi l’incidence des maladies et infections non traitées et des
fausses couches était élevée parmi les femmes et les jeunes filles. Le sous-groupe de
la violence sexuelle et sexiste a mis en place un service d’orientation, distribué des
trousses de prophylaxie et formé du personnel, essentiellement dans les camps de
déplacés. Cependant, étant donné l’insuffisance des financements et des capacités
disponibles et faute d’un plan de préparation aux situations d’urgence, les efforts de
sensibilisation des groupes pris dans l’escalade de la violence ont été limités. Pour
le moment, les autorités médicales et la police ne sont pas assez formées à la prise
en charge et à la protection des victimes de violences sexuelles, ce qui expose les
femmes et les filles à la stigmatisation et aux représailles. La présence constante des
auteurs présumés et l’absence d’un système judiciaire opérationnel dissuadent
également les victimes de signaler les faits. Il est impératif de continuer à former les
soldats de la paix pour leur permettre de mieux prévenir la violence sexuelle liée
aux conflits et d’améliorer leurs interventions. Il faut renforcer la capacité du
BINUCA de suivre de près et de signaler les atteintes aux droits de l’homme telles
que les actes de violence sexuelle, mais il importe par-dessus tout d’assurer une
coordination plus étroite entre les acteurs internationaux. Il faudrait notamment
mettre en place un mécanisme intégré d’alerte et d’intervention coordonnée
associant la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite
africaine, l’opération Sangaris et le BINUCA.

 

Recommandation
Je prie instamment les autorités de transition de la République centrafricaine
d’accorder une place particulière, dans le cadre des efforts qu’elles déploient pour
rétablir la sécurité et l’état de droit, à la prévention des actes de violence sexuelle et
de s’assurer que, dans les accords de cessez-le-feu ou de paix qui viendraient à être
signés, la violence sexuelle soit expressément prise en compte, conformément aux
engagements pris dans le communiqué conjoint du 12 décembre 2012 relatif à la
prévention et à la lutte contre la violence sexuelle liée aux conflits.