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Misyon Sivil Entènasyonal an Ayiti, OEA/ONU

Mission Civile Internationale en Haïti, OEA/ONU

International Civilian Mission in Haiti, OAS/UN







Haïti: Droits de l'homme et réhabilitation des victimes

Ce document a été préparé par Marie-Thérèse Vidiani

Département pour la Promotion et la Protection des droits de l'homme

Mission Civile Internationale en Haïti, OEA/ONU























Remerciements

La MICIVIH tient à exprimer son immense gratitude, en premier lieu, à tous les médecins, infirmières, psychologues haïtiens qui ont accepté de recevoir et soigner des victimes dans les moments critiques de 1993 et 1994, à l'ambassade du Canada et aux services de la Coopération française pour leur soutien financier, à Médecins du Monde pour son engagement aux côtés de l'Unité Médicale de la MICIVIH, à Amnesty International pour sa collaboration, au Doyen de la Faculté de Médecine le Pr Mario Alvarez, à Mme Rosanne Auguste, à M. Alain Beaudoin, à M. Frantz Casséus, au Dr Thierry Choubrac, à M. Laënnec Hurbon, à Mme Maryse Jean-Jacques, au Dr Frantz Large, au Dr Nicole Magloire, à Mme Lucienne Michel, à M. Lovinsky Pierre Antoine, pour leur soutien et leur participation lors de la semaine "Médecine et Droits de l'homme", au Père Hugo, à Mme Michel Pierre-Louis, à Mme Lorraine Mangones et aux membres de l'association MAP VIV pour leur travail en faveur des victimes, à Mme Françoise Guéguen pour la révision du texte, et enfin au Dr Federico Allodi pour ses précieux conseils et son soutien dans l'élaboration de ce document.

Table des Matières

Prologue 5

Introduction 7

Partie 1: MICIVIH: assistance médicale et réhabilitation des victimes 11

Chapitre 1

Assistance et réhabilitation des victimes: historique MICIVIH 13

Chapitre 2

Conséquences psychosociales de la répression: données qualitatives

17

La répression 17

Le traumatisme 20

Symptômes, séquelles et pathologies 22

La réhabilitation 24

Chapitre 3

Conséquences médicales et psychologiques de la répression: Données quantitatives 25

Présentation des données 25

Données démographiques 27

Données générales 27

Données sur les violations 28

Conséquences médicales et psychologiques des violations 32

Prise en charge médicale 34

Partie 2 : Assistance médicale et réhabilitation: témoignages 37

Introduction 39

Chapitre 1

Assistance aux victimes de violations: des médecins témoignent 41

L'urgence médicale sous la mitraille: Dr Frantz Large 41

Expérience de suivi gynécologique de femmes violées:

Dr Nicole Magloire 45

Chapitre 2

Répression et traumatismes psychologiques 49

Victimes et droits humains: Mme Maryse Jean-Jacques 49

Approches thérapeutiques: Dr Federico Allodi 51

Violence et traumatisme: M.Alain Baudouin 54
L'intervention communautaire: M. Lovinsky Pierre-Antoine 57

Violence: prise en charge psychologique:M.Frantz Casséus 61

Chapitre 3

Ethique médicale et droits de l'homme 63

Médecine et droits de l'homme: M. Rodolfo Mattarollo 63

Le devoir d'assistance aux victimes: Mme Mary Durran 70

Conclusions générales 75

Annexes 79

Références bibliographiques 91



Prologue

Les citoyens des pays riches tiennent pour acquis que la violence ou un grand choc laissent des séquelles qu'on ne peut surmonter qu'avec une assistance externe, médicale, psychologique et sociale, qu'elle vienne de la famille, de la communauté ou d'un professionnel.

Quand c'est l'État lui-même qui est responsable de la crise et que la terreur persiste, comme ce fut le cas pendant trois ans en Haïti, les dommages, sur la population et sur les solidarités sociales qui en d'autres circonstances assureraient une assistance, sont encore plus difficiles à réparer. Une telle assistance et plus particulièrement celle fournie par des professionnels est malheureusement considérée comme un luxe en Haïti. Dans ce pays où la majeure partie de la population consulte rarement un médecin, où les enfants meurent chaque jour de maladies qu'on peut prévenir facilement, cela n'a rien de surprenant. Cependant, ce statu quo, quoique compréhensible, doit être remis en question.

Ce livre interpelle ceux qui auraient tendance à oublier les victimes de cette période ainsi que ceux qui diraient:" nous étions tous des victimes".

L' analyse des caractéristiques sociales et des conséquences médicales relevées chez les Haïtiens soignés par l'Unité Médicale de la MICIVIH, a permis de mieux définir les personnes ciblées par la répression.

Ce document analyse les conséquences médicales, psychologiques et sociales de la répression sont analysées et les besoins des victimes en matière de réhabilitation définis. La seconde partie de l'ouvrage est un complément aux analyses de la MICIVIH avec la contribution de médecins, de psychologues et de juristes haïtiens ou étrangers engagés dans le suivi des victimes de violations des droits de l'homme.

Alors que les Haïtiens luttent pour mettre sur pied une société et des institutions démocratiques, qui respectent les droits de l'homme, il est légitime de s´interroger sur les moyens de donner réparation aux survivants.

Ce livre ne répond pas à la question, mais il lance un défi qui concerne à la fois les Haïtiens et la communauté internationale qui a joué un rôle important en Haïti: Comment rebâtir la solidarité sociale, fournir l'assistance professionnelle nécessaire et rendre possible le retour à la vie normale des milliers de survivants de la violence organisée de 1991 à 1994?

Anne Fuller

Directrice du Département

pour la Promotion et la Protection

des Droits de l'Homme, MICIVIH.

Introduction



En Haïti, la répression politique, qui a fait suite au renversement du Président de la République Jean-Bertrand Aristide le 30 septembre 1991, a atteint, aux niveaux physique, psychologique, social et économique, des centaines de milliers d'individus.

Ciblée par la répression, pour qui elle représentait une menace, la population victime a payé et paye encore le prix de ses aspirations démocratiques. Cette population reste aujourd'hui profondément affectée par l'expérience de la violence, de la peur, de la fuite, de l'isolement.

A l'heure où Haïti s'engage à nouveau dans la construction d'une société démocratique, il importe que soient prises en compte les conséquences de ces expériences traumatiques sur le plan individuel et social, et que tous les secteurs se mobilisent énergiquement autour de la réhabilitation de la population victime. Pour que le changement souhaité par la majorité puisse être effectif, il faut agir contre les comportements et les attitudes hérités de cette période de violence.

Le document proposé ici est une compilation de données, d'analyses et de réflexions produites dans le cadre des activités de l'Unité Médicale (UM) et du Département pour la Promotion et la Protection des Droits de l'Homme (DPPDH) de la MICIVIH sur les questions relatives à l'assistance médicale et à la réhabilitation des victimes.

Ce document a été élaboré à partir des objectifs suivants:

- apporter des éléments de réflexion sur les conséquences psychosociales de la répression;

- synthétiser les informations disponibles sur les conséquences médicales et psychologiques de la répression à partir des archives de l'UM;

- diffuser les témoignages, les réflexions et les propositions des intervenants à la conférence "Médecine et droits de l'homme".

Il faut souligner qu'il n'existe, à notre connaissance, aucune donnée publiée sur les conséquences médicales et psychologiques de la violence politique des années 1991-1994.

Si les réseaux médicaux qui se sont développés pendant cette période ont apporté un soutien sans relâche(1) aux victimes, l'isolement de l'ensemble des intervenants locaux a eu pour résultat un émiettement des données disponibles et une connaissance partielle des problèmes médicaux et psychologiques liés à la répression.

Entre 1993 et 1996, la MICIVIH disposait d'une unité médicale organisée pour l'assistance aux victimes(2) et à partir de 1996 d'un programme "réhabilitation de la population victime". Par conséquent, elle dispose d'informations susceptibles d'intéresser un large public.

Il faut aussi préciser que cet aspect du travail réalisé en Haïti inaugure au sein des Nations Unies et de l'Organisation des Etats Américains un type d'activité jamais encore envisagé dans le cadre d'une mission d'observation de la situation des droits de l'homme, et l'expérience menée fait, en quelque sorte, figure de projet pilote.

Pour ces raisons, la MICIVIH se propose de diffuser les données et les analyses qui suivent, en souhaitant qu'elles puissent fournir au public, aux professionnels de la santé, aux organisations des droits de l'homme, et aux institutions nationales et internationales des arguments supplémentaires pour penser la réparation, défendre et promouvoir la réhabilitation des populations victimes.

Le présent document se divise en deux parties.

La première partie, constituée de trois chapitres, contient les analyses et réflexions fournies par l'UM et le DPPDH à partir du travail mené dans le domaine de l'assistance et de la réhabilitation des victimes de violations des droits de l'homme.

Le premier chapitre retrace l'histoire de l'Unité Médicale et du programme "réhabilitation des victimes" du Département pour la Promotion et la Protection des Droits de l'Homme.

Le deuxième chapitre aborde les mécanismes de la répression dans le contexte haïtien, les traumatismes qui en résultent, et la question de la réhabilitation de la population victime.

Le troisième chapitre offre une compilation des données chiffrées produites par l'UM. Ces données sont issues de plusieurs analyses faites successivement en 1993, 1994 et 1995. Elles concernent les victimes suivies par l'UM et les informations recueillies portent sur les violations et leurs conséquences physiques et psychologiques.

La seconde partie, constituée de trois chapitres, présente les textes, les témoignages et les analyses proposés par quelques-un(e)s des intervenant(e)s de la semaine "Médecine et droits de l'homme" qui s'est tenue en Haïti au mois de mai 1996 à l'initiative de la MICIVIH.

Dans le premier chapitre, des médecins relatent leur expérience pendant la période du coup d'Etat et témoignent des difficultés de l'exercice médical dans de telles circonstances.

Le deuxième chapitre rapporte les témoignages et les analyses des professionnels qui interviennent auprès de victimes et travaillent à leur réhabilitation.

Le troisième chapitre offre des réflexions d'ordre juridique sur le thème "éthique médicale et droits de l'homme".

Comme nous le verrons à travers l'analyse des données et les différents témoignages, la période de répression a profondément affecté et bouleversé la société haïtienne. On peut penser que les traces laissées ne s'effaceront pas d'elles-mêmes, et on sait que le temps et l'oubli ne sont pas des réponses adaptées qui pourraient permettre à la société de reconstruire ce que la répression a brisé.

A l'heure où Haïti s'engage à nouveau dans la construction d'une société démocratique, tous les secteurs doivent se mobiliser énergiquement pour que la vérité soit connue, que l'impunité cesse, que les responsables soient jugés et condamnés et que la population victime soit réhabilitée.

Construire une société démocratique respectueuse des droits de l'homme réclame en premier lieu une prise en compte des dommages individuels et collectifs, et conduit à intervenir auprès de la population sur les séquelles physiques, psychiques et sociales.



Partie 1



MICIVIH: assistance médicale et

réhabilitation des victimes

Chapitre premier

Assistance et réhabilitation des victimes: historique MICIVIH



La Mission Civile Internationale (MICIVIH) en Haïti a été établie en février 1993, par l'Organisation des Etats Américains (OEA) et l'Organisation des Nations Unies (ONU) à la demande du Président Jean-Bertrand Aristide, avec pour tâche essentielle l'observation de la situation des droits de l'homme. Son mandat donnait la priorité aux activités de surveillance du respect des droits de l'homme tels que garantis par la Constitution haïtienne et les conventions internationales dont Haïti est partie prenante.

Dans ce cadre et cette perspective,(3) il s'agit pour la MICIVIH de :

- s'informer de la situation des droits de l'homme en Haïti et faire toutes les recommandations appropriées pour promouvoir et protéger les droits de l'homme;

- prêter une attention particulière au respect du droit à la vie, à l'intégrité et à la sécurité de la personne, à la liberté d'expression et à la liberté d'association.

A l'époque du gouvernement de facto, le contexte de violence, dans lequel la MICIVIH développe ses activités, l'oblige à considérer le problème de l'assistance médicale aux victimes de violations des droits de l'homme de façon pratique, en tenant compte des limites de son mandat. En effet, les violations les plus fréquemment commises et rapportées mettent systématiquement en jeu l'intégrité physique et psychologique des victimes.

Le rapport des experts chargés en février 1993 d'évaluer la Mission et de faire, suivant les termes de référence, des recommandations, souligne(4): "La Mission doit s'assurer que les victimes de torture ou avec des blessures dues à d'autres situations ayant rapport aux violations des droits de l'homme reçoivent un traitement médical adéquat."

Cette situation impose au moins deux types d'action du point de vue médical:

- documenter sur le plan médical les cas de violations afin de décrire avec précision les lésions et d'estimer leurs origines, et d'apporter des éléments d'enquête pertinents;

- mettre en oeuvre des mécanismes qui permettent de fournir une assistance médicale aux victimes.

Dans le domaine de l'enquête sur des violations, le premier degré d'action face aux faits rapportés par les victimes consiste à déterminer la catégorie du délit: s'agit-il d'un délit de droit commun ou d'une violation des droits de l'homme? A ce premier niveau de l'enquête, le recours à du personnel apte à effectuer des constats médicaux ne s'impose pas d'emblée. C'est immédiatement après cette première phase, quand l'enquêteur présume l'existence d'une violation, qu'un recours au constat médical peut être indispensable.

En effet, le second degré d'action dans l'enquête consiste à classifier la violation et à s'enquérir sur les faits. Dans ce cadre, l'intervention médicale, au delà du fait de prodiguer des soins, visait pour la Mission, la production de constats médicaux qui permettaient décrire les lésions, d'estimer leurs origines et d'apporter des éléments pouvant orienter les enquêtes.

Si le travail de documentation(5) s'intègre parfaitement aux activités de la Mission, les termes de référence et le budget ne prévoient pas que des activités d'assistance puissent être assurées par la MICIVIH.

Dès le mois de mai 1993, la direction de la MICIVIH et les médecins recrutés comme observateurs entreprennent une réflexion visant à la mise en place d'une Unité Médicale dont le rôle serait, d'une part, de documenter les cas de violation et, d'autre part, d'orienter les victimes vers des structures externes capables d'assurer la prise en charge et le suivi médical.

Au mois de juin 1993, des démarches sont entreprises auprès de l'ONG Médecins du Monde (MDM) et des services de la Coopération française afin de créer une structure qui puisse intervenir auprès des victimes, et des accords sont signés entre ces trois parties (MICIVIH, MDM et la Coopération française).

Dans l'attente de l'installation de la structure MDM, alors que les demandes d'assistance médicale s'accroissent, l'UM, en tenant compte des besoins et de l'urgence, travaille au développement d'une solution alternative qui consiste en la mise en place d'un réseau d'intervenants locaux(6): médecins, spécialistes, centres de soins, cliniques et laboratoires, financés sur des fonds débloqués par l'ambassade du Canada.

Au moment de l'évacuation d'Haïti de la Mission en octobre 1993, l'Unité Médicale, composée de 4 médecins MICIVIH et appuyée par un réseau local de praticiens, est opérationnelle.

Au retour de la MICIVIH à Port-au-Prince en janvier 1994, la Mission reconduit les activités d'assistance médicale, qui seront de nouveau interrompues par son expulsion en juillet 1994.

L'importance de ce volet du travail de la MICIVIH est reconnue dans le rapport du Secrétaire Général des Nations Unies. Ce rapport informe que la MICIVIH poursuivra, à son retour en octobre 1994, son travail relatif à l'assistance médicale aux victimes.

A cette époque, la situation des victimes de violations, n'est guère différente de celle de la période antérieure. Pour le seul mois de novembre 1994, 115 victimes avaient été prises en charge par l'UM, dont 68 pour des violations subies en 1994 et, pour 22 d'entre elles, la violation datait des mois de septembre, octobre et novembre 1994. La décision de reprise des activités de l'Unité Médicale est prise, compte tenu de cette situation.

En octobre, novembre et décembre 1994, la Mission et les organisations haïtiennes de droits de l'homme s'organisent afin de répondre de façon urgente aux besoins les plus criants des victimes: aide au retour des réfugiés, assistance juridique, assistance médicale. La Mission offre ses services dans le domaine médical, comme le rappelle le communiqué de presse du 14 février 1995.

"Comme par le passé, la MICIVIH continue à faciliter une assistance médicale aux victimes d'abus des droits de l'homme dont elle avait eu connaissance auparavant et dont les soins ont été interrompus par le départ de la Mission en juillet 1994. Parmi les nouveaux cas recueillis par la MICIVIH se trouvent des victimes qui ont besoin de chirurgie réparatrice suite aux sévices corporels et aux blessures graves par arme blanche ou par balles." Communiqué de presse MICIVIH 14-02-1995.

En 1995, l'Unité Médicale poursuit ce travail d'assistance tout en collaborant, dans une perspective de relève, à l'établissement de la Mission de Médecins du Monde(7) et au développement de l'organisation locale MAP VIV(8).

En avril 1995, à la demande du directeur aux droits de l'homme de la MICIVIH l'organisation "Amnesty International" mandate un médecin expert, chargé d'évaluer, d'une part, les besoins de la population victime et, d'autre part, les possibilités de mise en place d'un réseau d'appui organisé pour la réhabilitation des victimes.

En accord avec le travail entrepris par l'UM, l'expert recommandera notamment de:

- poursuivre les initiatives de formation et d'éducation auprès des professionnels de la santé et des sciences sociales;

- appuyer le développement d'un réseau communautaire pour l'assistance médicale et psychologique.

Dans ce sens, en février 1996, une fois la relève assurée par MDM, l'UM arrête ses activités, et le Département pour la Promotion et la Protection des Droits de l'Homme (DPPDH) met en place un programme destiné à encourager les initiatives locales en faveur de la réhabilitation des populations victimes avec les objectifs suivants:

- promouvoir une réflexion des groupes professionnels et des organisations de droits de l'homme sur les questions relatives à la pratique médicale et au respect des droits de l'homme;

- renforcer la capacité d'intervention de MAP VIV et soutenir les initiatives en faveur de la réhabilitation des victimes;

- favoriser la communication et la coopération entre les ONG droits de l'homme, les associations de victimes et les institutions publiques et organisations internationales pour la mise en place de programme, visant à la réhabilitation de la population victime.

C'est dans cette perspective que la MICIVIH a organisé en mai 1996, en collaboration avec l'Université de Médecine et de Pharmacie, la Faculté d'Ethnologie, l'Ecole Nationale des Infirmières, l'Université Jean-Price Mars et l'association MAP VIV, la conférence "Médecine et droits de l'homme" et publie aujourd'hui les analyses et les témoignages qui suivent.

Chapitre 2

Conséquences psychosociales de la répression:

données qualitatives



La Répression


La répression politique qu'a connue Haïti pendant la période 1991-1994 du gouverne-ment de facto, a atteint directement des milliers d'individus et affecté un large secteur de la société par l'introduction d'une constante menace.

La répression partout où elle s'exerce a un caractère total et systématique. Elle ne fait pas des victimes au hasard, elle agit avec un savoir-faire au service d'objectifs précis et elle a des conséquences qui affectent toute la population.

Il ressort que, dans tous les contextes de violence organisée tel celui qu'a connu Haïti, le but principal de la répression est d'imposer la volonté d'un groupe par le recours délibéré et systématique à la violence. Il faut souligner le caractère intentionnel de la violence comme stratégie au service d'objectifs précis:

- empêcher les changements dans la société;

- rompre l'organisation collective et la solidarité;

- intimider la population;

- renforcer l'impunité.

Pour atteindre leurs buts, les systèmes répressifs ont recours partout aux mêmes méthodes: exécutions sommaires, disparitions, enlèvements, arrestations arbitraires, tortures, traitements cruels, inhumains et dégradants, viols, détentions illégales, menaces de mort et intimidations.

En Haïti, la spécificité de la répression est d'avoir touché essentiellement les classes populaires. Celles qui, en décembre 1990, en accédant au vote, pouvaient enfin prétendre à la citoyenneté. L'intention de la répression, après avoir évincé du pouvoir le Président Jean-Bertrand Aristide, élu avec 67% des suffrages, a consisté à réduire au silence et à anéantir le mouvement démocratique.

Les responsables et les membres d'organisations populaires, paysannes, syndicales et les militants politiques, ceux qui avaient joué un rôle important lors du processus électoral de 1990, deviennent les cibles de la violence organisée par le gouvernement de facto. Si les plus militants du mouvement Lavalas sont les premières victimes, rapidement la violence n'épargnera personne dans les classes populaires. L'impunité, le corollaire de l'arbitraire, s'installe et le crime se légitimise. Un climat de peur et de méfiance se développe, faisant fuir ceux parmi les plus menacés qui avaient pu échapper aux exécutions, aux disparitions ou aux arrestations, et condamnant au silence et à l'isolement le reste de la population.



La répression est parfaitement orchestrée, son efficacité se vérifie au quotidien. Les enquêtes de la MICIVIH mettent en évidence que l'armée, ses attachés et les groupes de délinquants (zenglendos) à leur solde sont les responsables des violations massives constatées en Haïti. A partir de septembre 1993, les membres du FRAPH viendront grossir la liste des auteurs de violations.

Si les responsables de la violence parlent de délits et de crimes de droit commun, qualifient les interventions musclées de l'armée de lutte antiterroriste(9) ou encore accusent la communauté internationale d'orchestrer des mises en scène visant à dis-créditer le gouvernement de facto(10), les modus operandi et l'organisation du système répressif sont mis en évidence par tous les observateurs locaux ou internationaux.











Le traumatisme

Les estimations du nombre des victimes du coup d'Etat du 30 septembre 1991 varient.

On parle de milliers de morts et de disparus dans les jours qui ont suivi le coup d'Etat et durant les trois années du gouvernement de facto.

Ces morts et ces disparitions ont eu des répercussions tragiques, l'horreur de ces actes a entraîné des sentiments d'injustice, d'impuissance et de perte de contrôle sur la situation, et finalement imprimé dans la population une peur paralysante et inhibitrice.

Dans le cas des disparitions, on sait que les répercussions, sur les familles des victimes, sur leurs proches et sur l'ensemble de la communauté, sont fortes et marquées par l'angoisse et la culpabilité. Dans ces cas, le procesus de deuil et les rituels funéraires qui permettent la reconnaissance de la mort et sont bénéfiques pour l'entourage ne peuvent pas avoir lieu, car la disparition signifie le vide, l'inconnu et non pas la mort.

Parmi les actes répressifs, comme nous le verrons dans l'enquête quantitative, les traitements cruels inhumains et dégradants (TCID) sont très fréquents.

La bastonnade, le "djak", et la "kalòt marasa" ne sont pas des méthodes qui ont été choisies au hasard. Ces châtiments rappellent, à tous, ceux utilisés autrefois par les maîtres contre les esclaves. Attacher et frapper une personne comme un animal que l'on doit dresser, l'humilier en le frappant au visage sans qu'elle ne puisse répondre, c'est la ravaler à sa position de non-humain. L'usage de ces méthodes si chargées de sens en Haïti a un effet traumatique particulièrement fort sur les victimes.

Dans l'arsenal répressif, une nouvelle arme particulièrement traumatisante apparaît en 1994: le viol. Partout, la portée du viol au niveau psychologique et social est énorme. En Haïti, le viol est vécu par les victimes avec de très forts sentiments de honte et de culpabilité auxquels s'ajoutent la peur d'une grossesse et d'une contamination sexuelle. Au niveau social, en plus de la violence subie, les femmes sont marginalisées. Couramment insultées et traitées de "madame zenglendos", la plupart des victimes rencontrées rapportent qu'elles ont dû déménager, tellement le regard porté sur elles par le voisinage les faisait souffrir et se sentir responsables de ce qui était arrivé.

Il faut aussi relever l'effet traumatisant des scènes de rue, surtout dans les zones populaires, où était offert à la population le spectacle de morts jetés sur des tas d'ordures, laissés des jours durant, en état de décomposition ou encore mangés par des cochons. Ces mises en scènes ignobles, en faisant appel à des actes impensables parce que condamnés culturellement, ont touché au plus profond la population et l'image qu'elle a d'elle-même.

Par ailleurs, si des réponses adaptatives faisant appel à des stratégies de survie éprouvées culturellement se sont mises en place pendant cette période, comme le marronnage ou l'indifférence feinte, les conséquences de celles-ci ne sont pas minimes.

Dans le cas du marronnage, comme le relèvent les analyses quantitatives présentées

au chapitre suivant, de nombreuses victimes suivies par l'UM avaient recours à cette stratégie et cela pour des périodes pouvant couvrir toute la durée du gouvernement de facto. Cela étant, cette pratique a permis à plusieurs milliers de victimes potentielles(11) de se mettre à l'abri et d'échapper aux arrestations, aux emprisonnements, ou aux assassinats.

Les conséquences du marronnage ont été graves, tant pour les personnes déplacées que pour leurs familles et leurs communautés. Vivant dans un dénuement extrême, la plupart des marrons suivis par l'UM souffraient de carences alimentaires graves et présentaient des troubles somatiques dus en bonne partie à l'anxiété, aux mauvaises conditions de vie (en ville ou dans le maquis) et à l'absence de soins. Par ailleurs, les départs ont souvent provoqué l'éclatement des familles et isolé les femmes qui se sont retrouvées seules à travailler à la survie des membres de la famille et à devoir faire face au harcèlement des agents de la répression. Le départ de milliers de paysans a aussi affecté la production agricole ou l'artisanale locale et le fonctionnement de nombreux groupements paysans et organisations populaires.

Symptômes, séquelles et pathologies


Le philosophe Bruno Bettelheim(12), après son expérience dans les camps de concen-tration nazis, parle de "traumatisme extrême" en référence aux expériences trauma-tiques produites par une violence infligée intentionnellement à une population dans une stratégie politique.

Sur le plan individuel, les victimes de violations souffrent de conséquences trauma-tiques particulières nommées "syndrome de stress post-traumatique" (PTSD)(13). En Haïti, les conséquences ne semblent pas différentes, comme l'explique le Dr Alain Beaudoin dans la seconde partie de ce document. Le PTSD implique une symptomatologie anxieuse et dépressive. On observe très souvent une anxiété excessive, une attitude de négation ou d'évitement (refus de se souvenir), des réexpériences fréquentes et une hypervigilance. Les victimes présentent aussi parfois des comportements sociaux anormaux: agressivité, désintérêt, isolement, etc. Toutes les victimes qui ont pu bénéficier d'un soutien psychologique témoignent de l'importance décisive que la thérapie a eu sur elles, et de la manière dont leurs souffrances physiques et psychologiques se sont atténuées(14).

En plus des traumatismes provoqués sur le plan individuel, il faut insister sur le caractère social des effets traumatiques de la répression. Comme nous l'avons vu précédemment, la violence organisée vise à la fois les individus et leur système social (famille, communauté), elle fait naître des sentiments de peur et de détresse, modifient la manière dont les individus et les groupes se perçoivent et se définissent.

Le psychosociologue Ignacio Martin Baró(15), précise aussi que, pour les pays pauvres, on doit parler d'expériences traumatiques cumulées où se superposent aux conséquences de la répression politique les conséquences des conditions de survie.

En Haïti, le contexte économique, dans lequel vivent les victimes, renforce les conséquences pathogènes des violations. En effet, l'expérience menée par MAP VIV avec le groupe de femmes victimes (FAVILEK(16) ) montre que l'assistance et le soutien psychologique sont extrêmement importants dans un premier temps, et que dans un second temps, lorsque les victimes commencent à se sentir mieux, le suivi du travail thérapeutique devient difficile, voire impossible. Les conditions économiques et les reponsabilités familiales poussent les victimes, dès qu'un mieux-être se fait sentir, à concentrer toute leur énergie sur la recherche des quelques gourdes qui permettront à toute la famille de survivre. Aucun espace mental n'est alors disponible pour poursuivre la thérapie. Si momentanément les problèmes psychologiques sont enfouis et refoulés, ils ne disparaissent pas pour autant. On peut même prévoir qu'au premier choc ils ressurgiront amplifiés.

D'autre part, lorsqu'ils cessent d'être menacés, les individus et les groupes ciblés par la répression parviennent difficilement à modifier ou à abandonner les réactions, les sentiments, les attitudes et les comportements acquis préalablement et grâce auxquels ils ont souvent réussi à survivre. Dans des contextes comme celui d'Haïti où le traumatisme a été subi de façon prolongée et intense, les sentiments et les attitudes tels que la peur et la méfiance s'accordent mal avec la dynamique sociale que réclame l'instauration et le développement de la démocratie.

Réhabilitation

Dans un tel contexte, on doit parler de la réhabilitation de la population victime, autant que de la réhabilitation des victimes directes, et envisager l'action de façon communautaire.

Trois étapes sont généralement nécessaires dans le processus de réhabilitation:(17)

- l'établissement de la sécurité au niveau national et au niveau communautaire: les groupes et les communautés doivent être perçus comme des éléments actifs dans la mise en place d'activités visant à établir la paix et l'accès à la justice;

- la réintégration des expériences vécues: par la création d'espaces où la population victime peut se décharger sur le plan émotionnel en racontant son histoire, vivre une relation de confiance, et comprendre ce qui s'est passé;

- la récupération d'un rôle social actif: par la mise en place d'activités qui renforcent et établissent de nouveaux liens dans le groupe ou la communauté et créent une nouvelle dynamique de participation au plan social.

Jusqu'à ce jour les quelques expériences entreprises en Haïti ont montré que la réha-bilitation de la population victime ne peut s'envisager qu'en agissant simultanément à trois niveaux qui sont: la santé physique et mentale, la réinsertion sociale et économique, et la justice(18).

Dans cette optique, le groupe MAP VIV, soutenu dans son initiative par la MICIVIH et d'autres organismes de coopération, forme des intervenants communautaires qui reçoivent une formation sur mesure les habilitant à intervenir auprès de leur communauté. Les objectifs de formation visent à travailler et à approfondir les notions relatives aux droits de l'homme, à comprendre les mécanismes de la répression et leurs conséquences, à repérer et à identifier les victimes les plus traumatisées, à apprendre à les référer, à favoriser une relation d'aide et de soutien psychologique au sein de la communauté, et enfin à mettre en place des projets collectifs qui recréent un lien entre les individus.

Il est important, tant pour les familles des victimes que pour la société, d'entretenir la mémoire collective sur ces événements en rendrant hommage aux victimes. Les actes symboliques comme une journée de deuil, l'élévation d'un monument à la mémoire des victimes ont un rôle social et thérapeutique essentiels.

Enfin, il convient d'insister sur l'importance de l'accès à la vérité et à la justice par la mise en lumière des crimes commis et la condamnation des responsables.

Chapitre 3

Conséquences médicales et psychologiques de la répression: données quantitatives



Nous présentons ici une compilation des données fournies par quatre analyses menées en 1993, 1994 et 1995 à partir des dossiers médicaux des victimes(19) suivies par l'UM.

Rappelons qu'étaient suivies par l'UM "toutes personnes victimes pour un problème de santé lié à la violation". Celles-ci arrivaient à l'UM adressées soit par les observateurs de la MICIVIH, soit par des organisations haïtiennes de défense des droits de l'homme.

La MICIVIH compte plus de 4000 dossiers ouverts entre mai 93 et décembre 95, à la suite d'un témoignage relatant une violation subie pendant la période du gouvernement de facto; 20% de ces personnes ont eu accès aux services de l'UM et parmi elles: 80 cas ont été suivis entre mai et octobre 1993, 135 entre février et juillet 1994 et environ 591 de novembre 1994 à décembre 1995.

Présentation des données(20)


Les quatres analyses quantitatives présentées ici ont été réalisées pendant la période de fonctionnement de l'UM. Ces analyses, bien qu'elles diffèrent dans leur méthodologie, visent toutes à apprécier les types de violations qui entraînent des demandes d'assistance et les conséquences médicales de ces violations.

Selon l'époque, la composition de l'équipe, la charge de travail, les informations recherchées et le choix des échantillons varient. C'est ainsi que les données con-cernant, par exemple, les conséquences psychologiques n'ont pas été systématique-ment recherchées.

Nous avons choisi, en présentant l'ensemble de ces analyses, de pallier les problèmes méthodologiques. La lecture comparative de ces analyses doit permettre de mettre en évidence et de vérifier certaines tendances de la répression et des effets produits aux niveaux physique et psychologique.

Ces analyses ont été menées pour fournir, dans le cadre de la Mission d'observation, un complément d'information. Bien que ces données aient été produites avec un souci constant de qualité, il faut préciser qu'il n'existait pas de système de contrôle de fiabilité des données analysées, ni de système de contrôle de la qualité du travail médical.

La première analyse des données effectuée porte sur un échantillon de 72 cas représentant 85% des cas suivis pendant la période de mai à octobre 1993. L'équipe en place durant cette période était composée de 4 médecins généralistes et d'un médecin psychiatre. L'analyse a été faite à partir des documents disponibles dans les dossiers médicaux. Nous appelerons l'échantillon: 1, n=72).

La deuxième analyse des données porte sur un échantillon complet de 115 cas représentant tous les patients suivis par l'UM durant le mois de novembre 1994. L'équipe était alors composée d'un médecin gynécologue et d'une infirmière doctorante en sociologie. L'analyse a été faite à partir des documents disponibles dans les dossiers médicaux et dossiers d'enquête. Nous appelerons l'échantillon: 2, n=115).

La troisième analyse des données porte sur un échantillon complet de 228 cas représentant tous les nouveaux patients suivis par l'UM en janvier, février et mars 1995. L'équipe était alors composée d'un médecin gynécologue et d'un médecin généraliste (MDM), de deux médecins généralistes et d'une infirmière (MICIVIH). L'analyse a été faite à partir des informations collectées quotidiennement et consignées dans le cahier de consultation et les dossiers médicaux. Nous appelerons l'échantillon: 3, n=228).

La quatrième analyse des données porte sur un échantillon de 84 cas. Parmi l'ensemble des dossiers ouverts (806) par l'UM, un échantillon de 116 dossiers a été retenu pour l'étude. Ces dossiers répondaient à deux critères: la crédibilité accordée au cas(21) et la qualité des informations médicales(22) contenues dans le dossier. Sur les 116 patients concernés, 84 ont répondu aux convocations et ont fait l'objet d'un rapport médical et d'une évaluation psychologique. L'équipe était alors composée d'un médecin gyné-cologue et d'un médecin généraliste (MDM), d'un médecin généraliste, d'une ethno-psychiatre et d'une infirmière (MICIVIH). L'analyse a été faite à partir des informations contenues dans les rapports médicaux à l'aide d'une base de données réalisée sur Paradox(23). Nous appelerons l'échantillon: 4, n=84).





Données démographiques


On relève à travers les différents échantillons que le groupe d'âge le plus touché est celui des 18-30 ans (entre 45 et 60% selon les échantillons), avec un âge moyen, pour tous les échantillons, estimé à 30 ans. Entre 8% et 12% des victimes selon les échan-tillons ont moins de 18 ans.

Les échantillons montrent une prédominance masculine; environ 1/4 des victimes suivies étaient des femmes et 3/4 des hommes.



Données générales


Les deux échantillons, qui ont fait ressortir des données sur l'engagement(24), montrent que la majorité des victimes suivies par l'UM était militante ou sympathisante du mouvement Lavalas(25).

L'échantillon 4 relève que 40% des femmes sont sympathisantes, 30% militantes et 30% indifférentes et les hommes à 64% militants, 20% sympathisants et 16% indifférents. Cette constatation corrobore les observations de l'UM selon lesquelles une majorité de femmes suivies ont été victimes du fait de leurs liens parentaux ou maritaux avec des militants, alors qu'elles étaient plutôt sympathisantes ou indifférentes.

On note dans l'échantillon 4 que la moyenne des épisodes de violations est de deux par personne. La majorité des victimes ont connu un seul épisode de violation et le maximum rapporté est de 6 épisodes. Il faut souligner qu'un même épisode peut comporter plusieurs types de violations: par exemple, une même personne peut être victime d'arrestation arbitraire, de torture, de détention illégale.

Les 35% de l'échantillon 4 déclarent reconnaître nominativement leurs agresseurs.







Données sur les violations

Rappelons que, pour la plupart, les victimes ayant eu recours aux services de l'UM relèvent des catégories suivantes: violation du droit à la vie et violation du droit à l'intégrité, la sécurité et la liberté de la personne, exception faite des victimes d'exécution sommaire ou extrajudiciaire et des victimes de disparition forcée. Nous suivrons ici la classification des types de violations telle qu'elle se présente dans la grille utilisée par la MICIVIH(26).

Violation du droit à la vie

Si nous nous référons aux chiffres cités ci-contre, issus des analyses du Département de la Recherche et des Enquêtes de la MICIVIH, nous pouvons mesurer la gravité de la situation, alors que la Mission ne recevait qu'une partie des informations. On notera que les atteintes au droit à la vie ont été particulièrement nombreuses dans les quartiers populaires, perçus comme les plus favorables au Président Aristide et que, parmi les personnes identifiées, 42% étaient des militants ou sympathisants, et pour 90% des hommes. Dans la moitié des cas, des membres des forces armées, du FRAPH(27) et/ou des auxiliaires civils étaient impliqués. Enfin, si dans 25% des cas un constat du juge de paix était établi, ces derniers étaient souvent incomplets et occultaient, délibérément ou non, des éléments d'enquête importants (traces, blessures, position du corps, etc.). L'impuissance de l'institution judiciaire et le refus de la police de coopérer ont abouti le plus souvent au classement des dossiers.

Tentative d'exécution sommaire ou extrajudiciaire et menace de mort

Sur l'ensemble des échantillons analysés par l'UM, les pourcentages de tentative d'exécution sommaire et de menaces de mort varient de 7% à 23%.

L'échantillon 4 indique que 80% des victimes de tentative d'exécution étaient militants ou sympathisants Lavalas, parmi ceux qui ont été victimes de menace de mort plus de 85% des hommes étaient des militants et plus de 50% des femmes sympathisantes.

Violation du droit à l'intégrité, la sécurité et la liberté de la personne

Selon les rapports du Département de la Recherche et des Enquêtes de la MICIVIH, les enlèvements et disparitions forcées ont connu, pendant la période du 31 janvier 1994 au 30 juin 1994, une alarmante recrudescence. Il faut noter que, dans 58% des cas, le sort des victimes est demeuré inconnu et, dans 73% des cas, des raisons politiques ont été invoquées. Parmi les 42 personnes enlevées, 28 ont été détenues dans un centre de détention clandestin et les interrogatoires qu'elles ont subis visaient à obtenir des informations sur d'autres militants.

Exécutions extrajudiciaires ou morts suspectes signalées à la Mission

(31 janvier 1994-30 juin 1994)

Nombre de cas signalés à la Mission 340
Nombre de cas confirmés 159
Lieu de violation: Port-au-Prince 187
Lieu de violation: Cité Soleil 105
Lieu de violation: Département de l'Ouest 19
Lieu de violation: Artibonite 15
Lieu de violation: Centre 1
Lieu de violation: Nord 6
Lieu de violation: Sud 6
Lieu de violation: Sud-Est 1
Nombre de victimes identifiées 154
Nombre de victimes partiellement identifiées 23
Nombre de victimes non identifiées 163
Nombre de cas impliquant des membres des forces armées, du FRAPH ou des auxiliaires civils 78
Nombre de victimes militantes ou proches de militants politiques 65
Nombres de militants exécutés par des membres des forces armées, du FRAPH ou des auxiliaires civils 28
Nombre de cas ayant fait l'objet d'un constat du juge de paix 88
Nombre de victimes mineures 23
Nombre d'hommes 308
Nombre de femmes 32

(Appendice 1, Rapport AG de l'ONU A/48/532/add 3, 27 juillet 1994)





Enlèvements

Sur l'ensemble des échantillons de l'UM, on estime à 5% les victimes d'enlèvement.

L'échantillon 4 indique que la totalité des personnes enlevées a subi un traitement cruel, inhumain et dégradant et la moitié d'entre-elles a, par la suite, été détenue. Ces dernières étaient toutes des militantes. L'enlèvement est la seule catégorie de violation (exception faite du viol) où les femmes ont été victimes dans des proportions identiques aux hommes et il faut noter que, dans la plupart des cas de viol, un enlèvement a précédé.

Le tableau suivant, qui porte sur l'ensemble des cas d'enlèvement rapportés à la Mission, montre que le sort de la plupart des victimes demeure inconnu.

Enlèvements et disparitions forcées rapportés à la Mission
Totaux rapportés (31 janvier 1994-30juin 1994)
131
Nombre de victimes politiques 96
Nombre de victimes relâchées 42
Nombre de victimes retenues dans un centre clandestin 28
Nombre de victimes dont le cadavre a été retrouvé 16
Nombre de victimes dont le sort est inconnu 76

(Appendice 2, Rapport AG de l'ONU A/48/532/add 3, 27 juillet 1994)

Torture, traitement cruel, inhumain et dégradant (TCID)

Sur l'ensemble des échantillons, on estime que 70% des personnes ont subi un traitement cruel, inhumain et dégradant. Parmi les TCID environ 7% ont subi un "djak", 8% des "kalòt marasa", 65% des bastonnades (bâton, arme, coup de poing)(28).

Il ressort de l'échantillon 4 qu'aucune femme n'a subi de "djak" ou de "kalòt marasa", et que 85% des victimes de "djak" ou de "kalòt marasa" étaient des militants; 40% des femmes et 72% des hommes ont été soumis à une bastonnade; la majorité des femmes a reçu une bastonnade infligée par coups de poings et coups de pieds et la majorité des hommes a reçu une bastonnade infligée par coups de bâton.

On peut estimer, à partir des deux échantillons (2 et 4 ) qui fournissent les données, qu'environ 20% des victimes suivies avaient été blessées par balle ou par arme blanche. On relève que tous les enfants de l'échantillon 4 ont été victimes de blessures par arme à feu.

Selon les échantillons, la population victime de viol ou autre attaque à caractère sexuel (par exemple morsure profonde des seins) varie de 2% à 21%. Ces écarts s'expliquent par le fait que la grande majorité des viols ont été rapportés à la Mission dans le premier semestre 1994: il est, par conséquent, difficile de comparer les échantillons entre eux sur ce point et d'en tirer des conclusions quantitatives.

Cependant, si l'on se réfère aux rapports du Département de la Recherche et des Enquêtes de la MICIVIH sur les viols signalés à la MICIVIH entre le 31 janvier et le 30 juin 1994, on relève que 52% des femmes étaient des épouses, des soeurs ou des filles de militants et 18% étaient des militantes. Dans 12% des cas signalés, les victimes étaient mineures.

Viols signalés à la Mission

(31 janvier 1994-30 juin 1994)

Nombre de cas signalés à la Mission 76
Auteurs des viols: membres des forces armées, FRAPH, auxiliaires civils 29
Civils armés et/ou zenglendos 47
Nombre de victimes proches de militants politiques 40
Nombre de victimes militantes 14
Nombre de cas de viols collectifs 25
Nombre de victimes mineurs 11
Nombre de viols suivis de grossesses 4
Lieu du viol: Port-au-Prince 63
Lieu du viol: Province (Centre, Sud, Nord) 13

(Appendice 3, Rapport AG de l'ONU A/48/532/add 3, 27 juillet 1994)

Arrestation arbitraire (sans mandat ou sans mandat valide) et détention illégale(29)

A partir de trois des analyses, on peut estimer que 20% des patients suivis par l'UM ont connu une arrestation arbitraire et que 20% ont été détenus illégalement.

L'échantillon 4 nous indique que la totalité des personnes qui ont été arrêtées arbitrairement ont subi un traitement cruel, inhumain et dégradant, ce qui corrobore nos observations sur l'usage systématique de tels traitements avec les personnes arrêtées et détenues.

Intimidations et menaces

Les chiffres varient de 6 à 40% d'une analyse à l'autre, ce qui ne permet pas d'estimer dans quelle mesure les victimes étaient soumises à des menaces et des intimidations. Il faut préciser que cette catégorie de violation n'est pas prioritairement signalée, surtout lorsqu'une victime a subi parallèlement d'autres violations, parce que pour beaucoup de victimes les intimidations et les menaces étaient constantes.

Le pourcentage le plus élevé (40%) qui est, à notre avis, le plus proche de la réalité, provient de l'échantillon 4 où les violations ont été systématiquement relevées. Dans cet échantillon, 80% des personnes qui ont été victimes d'intimidation et/ou de menaces étaient des militants, 14% des sympathisants et 6% des indifférents.

Marronnage(30)

En dehors des données de l'échantillon 3 qui donnent un pourcentage de marronnage très faible (environ 4%), dans les autres, le nombre varie entre 20 et 50%.

Dans l'échantillon 4, plus de 50% des victimes rapportent avoir été en situation de marronnage, pour 90% d'entre elles le départ en marronnage s'est fait à la suite d'une première violation. Environ 40% ont été en marronnage pendant une période de 1 à 6 mois, 30% de 6 mois à 1 an, 16% de 1 à 2 ans et 14% de 2 à 3 ans; 30% des femmes et 62% des hommes ont connu une période marronnage. Parmi les femmes, 66% étaient des militantes, 22% des sympathisantes et 12% des indifférentes; parmi les hommes, 82% étaient des militants, 12% des sympathisants et 6% des indifférents.



Conséquences médicales et psychologiques des violations


Atteintes et séquelles physiques

Tous les échantillons montrent qu'une forte proportion des cas suivis présentaient des atteintes physiques graves: des fractures simples ou multiples (de 26% à 35%), des plaies profondes de (20 à 35%). Dans l'échantillon 4 on voit qu'environ 20% des frac-tures résultent d'une bastonnade et 80% de blessures par arme à feu ou arme blanche.

Dans l'échantillon 4, les 30% des cas ont présenté, suite à une bastonnade, des signes de trauma rénal avec hématurie et 8% des pertes de conscience.

On note une mise en jeu du pronostic vital dans près de 30% des cas (4), parmi lesquels 65% avaient subi une tentative d'assassinat avec blessure par arme à feu et 35% un TCID.

On relève aussi que 8% des patients (4) présentaient des atteintes neurologiques, soit suite à une bastonnade soit suite à une blessure par arme à feu ou arme blanche.

Il faut ajouter que des handicaps physiques plus ou moins graves sont souvent constatés. Si l'on se réfère à l'échantillon 4: 39% des personnes présentaient un handicap physique dont la gravité allait de la claudication à la tétraplégie.

Selon les différentes analyses, entre 16 et 33% des patients réclamaient des soins de chirurgie orthopédique.

Comme nous l'avons précédemment souligné, la "kalòt marasa" est une des techniques de torture utilisées assez fréquemment et dont les conséquences physiques peuvent être graves. Selon les différentes analyses, 10 à 13% des patients réclamaient les soins d'un oto-rhino-laringologiste (ORL). On relève sur l'échantillon 4 qu'environ 65% des personnes qui ont été victimes de "kalòt marasa" ont présenté une rupture de tympan avec pour la moitié d'entre elles, une baisse de l'acuité auditive.

Les patients présentaient, avec une fréquence de 7 à 14% selon les échantillons, des problèmes oculaires réclamant les soins d'un spécialiste. On relève dans l'échantillon 4 qu'environ 80% de ceux qui présentaient des lésions oculaires avaient été bastonnés et 20% victimes de blessure par arme à feu. Dans 50% des cas, une baisse de l'acuité visuelle a été constatée.

Par ailleurs, on relève que 18% des victimes de l'échantillon 4 ont été atteintes à la face (ce chiffre ne tient pas compte des lésions ophtalmiques et auditives) parmi lesquelles environ la moitié à la suite d'une blessure par arme à feu et l'autre moitié à la suite d'une bastonnade. De ces victimes, 40% souffraient d'un préjudice esthétique, et 25% avaient besoin d'une reprise chirurgicale (chirurgie esthétique et maxillo-faciale).

La demande de soins pour les pathologies uro-génitales étaient d'environ 8%, exception faite de l'échantillon 4 qui comprend un forte proportion de femmes violées (plus de 20%). On relève chez les femmes violées des échantillons 2 et 4 que respectivement 3 et 10% ont fait un avortement spontané et que 25 et 40% se sont trouvées enceintes.

Dans l'échantillon 4, parmi les 15 femmes victimes de viol, 3 se sont révélées séropositives. Bien qu'il soit impossible d'établir un lien de cause à effet entre la séropositivité et le viol, ce lien n'est pas non plus à exclure.

Pour l'échantillon 4, on note que 12% des victimes rapportent qu'elles présentent des troubles de la sexualité suite à la violation.

L'échantillon 2 précise que 32% des patients présentaient un mauvais état général, provoqué pour la plupart d'entre eux par une situation de marronnage.

Atteintes et séquelles mentales

Plus de 50% des patients de l'échantillon 2 présentaient un syndrome de stress post-traumatique, et 8% des troubles psychologiques graves, et près de 30% des personnes de l'échantillon 4 souffraient d'un syndrome de stress post-traumatique desquelles 75% étaient des femmes et 25% des hommes. Pour la majorité des femmes suite à un viol, et pour les hommes suite à un traitement cruel, inhumain et dégradant, on relève, pour le même échantillon, que 30% présentent un syndrome dépressif: 60% de femmes et 40% d'hommes. Enfin, 40% des patients présentaient des troubles d'ordre psychosomatique.

Prise en charge médicale

La totalité des victimes référées à l'UM, soit 806, ont fait l'objet d'un suivi médical. Pour environ 80% des cas l'UM a eu recours au réseau médical local soit pour des consultations spécialisées, soit pour des examens complémentaires ou des hospitalisations. Les demandes d'interventions spécialisées concernaient notamment les ophtalmologues, les oto-rhino-laryngologistes, les orthopédistes, les gynécologues et les psychologues.

Au terme de cette présentation des données chiffrées, on peut dire que la population victime suivie par l'UM était une population jeune et militante. Si les militants et leur famille étaient les cibles privilégiées, la violence n'a épargné personne, pas même ceux qui se déclaraient indifférents.

Si les conséquences traumatiques et pathologiques immédiates relevées par l'UM étaient suffisamment graves pour que soit entreprise une action urgente, il faut noter que tous les problèmes physiques et psychologiques ne sont pas résolus et que, pour une bonne partie des victimes, les séquelles demeureront encore longtemps, voire à jamais.

Ces données parlent d'une partie de la population victime, celle qui a eu accès aux services de l'UM. S'il est impossible de dire quelle proportion de la population victime elle représente et si cette proportion peut être représentative de l'ensemble, nous pouvons quand même souligner, à partir de ces échantillons, que la stratégie politico-militaire utilisée contre la population afin de la contrôler et de mettre hors jeu les plus activistes était parfaitement pensée, orchestrée et efficace. Les conséquences physiques et psychologiques relevées ici au niveau individuel en témoignent. Comme nous l'avions vu dans le chapitre précédent, sur le plan social, les effets de la répression, partout où elle s'exerce, sont profonds et durables.



La pertinence d'une expérience de prise en charge médicale de ce type dans le cadre d'une mission d'observation des droits de l'homme doit être souligné pour deux raisons, la première est qu'elle a permis à de nombreuses victimes d'avoir accès à des soins dans un contexte qui leur était défavorable et d'avoir documenté sur le plan médical un certain nombre de cas, la seconde est d'avoir permis une collecte d'information sur les conséquences médicales et psychologiques de la répression et encourager par la suite une réflexion autour des questions de réhabilitation et de réparation.

C'est pour contribuer à la mise en place de stratégies qui contrecarrent l'héritage légué par la répression et l'empêchent de peser sur le développement et l'organisation de la société haïtienne, que cette première partie du document a été réalisée. C'est en vue de poursuivre la réflexion sur ce qu'était la répression et percevoir les effets de ce phénomène sur les plans individuels et collectif que nous présenterons dans la seconde partie des textes qui témoignent et poursuivent l'analyse des faits.

1. Lire les témoignages apportés lors de la conférence "Médecine et Droits de l'homme".

2. A partir de décembre 1994, Médecins du Monde (France) collaborera à cette unité.

3. 3 Articles 10a et 10b des termes de référence du 23 mai 1994. Rapport ONU A\48\944.

4. 4 "The Mission should have the means to ensure that victims of the torture or with injuries or conditions otherwise related to the human rights violations receive necessary medical treatment." Rapport ONU A/47/908 p.19 art.29.

5. 5 Le manuel d'Haïti (document à usage interne destiné à la formation des observateurs sur le travail de la Mission) précisait qu'une information sur l'état physique et psychologique des victimes devait être fournie dans le cadre de la documentation des cas, et cela, même pour les victimes ne nécessitant plus de soins. Ce même document proposait que les victimes indirectes (proches de la victime) soient également prises en considération.

6. 6 Ce réseau s'est mis en place avec l'assistance de l'OMS-OPS.

7. L'organisation Médecins du Monde offre une assistance médicale et psychologique aux personnes ayant subi des violations, et fournit aux personnes souhaitant intenter une action en justice des rapports médicaux détaillés.

8. Mouvement d'Appui aux Victimes de Violence organisée; MAPVIV signifie en créole "je vis, je suis vivant". Cette association travaille à la réhabilitation de la population victime notamment à travers la formation d'intervenants communautaires.

9. 9 " Le prétexte de la lutte contre des groupes armés rebelles qui auraient attaqué des avant-postes des forces armées d'Haïti a été à plusieurs reprises utilisé pour justifier les violations massives des Droits de l'homme survenues hors de Port-au-Prince. En février (94) à Chantal, en avril (94) au Borgne et à Raboteau, en juin (94) à Camp-Perrin, l'armée a lancé de violentes attaques contre la population civile. Au cours de ces opérations menées sans discernement, de nombreuses personnes ont été arrêtées et détenues, d'autres ont été tuées, des propriétés ont été pillées ou incendiées." A/48/532/add.3 27-07-94, paragraphe 57.

10. 10 La note de presse datée du 15 juillet 1994 du Ministère de facto de l'Information, de la Culture et de la Coordination accuse: "Les premières données recueillies par la police font effectivement état de trois cadavres qui ont été acheminés à la morgue de l'HUEH, une fois remplies les formalités régulières. L'inspection minutieuse des corps a fourni des indices qui permettent d'affirmer que ces cadavres ont été apprêtés pour les besoins de la propagande politique et que l'événement lui-même, coïncidant comme par hasard avec le départ précipité de la MICIVIH, participe d'un scénario bien étudié." L'OCMH (Organisation Capois La Mort d'Haïti) surenchérit le 19 juillet 1994 dans sa note de presse: "Une semaine après l'expulsion de cette Mission Civile, on a constaté une diminution significative des prétendus candidats au boat-people. Il en est de même pour l'exposition des cadavres d'indigents destinés à sensibiliser l'opinion internationale contre l'escalade fabriquée de la violence et de la répression en Haïti".

11. La Commission Présidentielle parle de 300 000 personnes déplacées internes. Il faut aussi rajouter les milliers de "boat-people" qui ont fuit à cette même époque le pays.

12. Bruno Bettelheim: psychanalyste américain d'origine autrichienne, emprisonné en camp de concentration nazi.

13. 13 Définition donnée par l'association américaine de psychiatrie dans le DSM III. Cf. le texte du Dr Allodi chapitre 2, seconde partie de ce document.

14. Cf. Texte Mme Maryse Jean-Jacques, chapitre 2, seconde partie de ce document.

15. Ignacio Martin Baró: psychosociologue salvadorien, ce jésuite a été assassiné par les escadrons de la mort le 16 novembre 1989 avec 5 autres jésuites et 2 laïques.

16. FAVILEK: Fanm Viktim Leve Kampe.

17. Cf. Martín Baristain Carlos et Riera Francesc, Salud Mental: la Comunidad como Apoyo.

18. Cf. Lovinsky Pierre Antoine, chapitre 2, seconde partie de ce document.

19. 19 Les dossiers médicaux, sur lesquels se basent les analyses, comprennent:

- un rapport sur la(les) violation(s) avec compte rendu des interviews et des enquètes de terrain,

- un dossier de suivi médical, et

- dans environ 10% des cas, un rapport médical détaillé avec une évaluation psychologique.

20. Cf tableaux annexe #1.

21. 21 La crédibilité accordée au cas: c'est un facteur subjectif, qui dépend de la qualité du dossier d'enquête. Plusieurs éléments du dossier d'enquête, ont été considérés: la qualité des entretiens avec la victime, les éléments de l'enquête de terrain, les témoignages, la crédibilité accordée par les observateurs responsables du dossier au moment du rapport. Il faut rappeler que dans les cas où les enquêtes sur le terrain étaient impossibles - problèmes d'éloignement des lieux de la violation ou de menace pour la victime (par exemple) - la qualité de l'enquête reposait sur des entretiens répétés avec les victimes et les témoins éventuels.

22. 22 La qualité des informations médicales contenues dans les dossiers médicaux. Cette qualité tient au suivi médical et aux rapports fournis par l'UM ou par le réseau médical local.

23. Cf questionnaire en annexe #2.

24. 24 La question de l'engagement doit s'entendre en référence soit à un parti politique, soit à une organisation populaire se reconnaissant du mouvement Lavalas ou du mouvement prodémocratique. Sont militantes les personnes actives (adhérentes) dans ces organisations ou partis, sont sympathisantes les personnes non adhérentes à ces organisations ou partis mais se déclarant sympathisantes du mouvement Lavalas ou du mouvement prodémocratique. Sont indifférentes les personnes ne se déclarant ni sympatisantes ni militantes.

25. Mouvement Lavalas: mouvement populaire lancé par Jean-Bertrand Aristide à partir de sa campagne présidentielle de 1990.

26. Cf annexe #3

27. FRAPH: Front pour l'avancement et le progrès en Haïti, groupe paramilitaire impliqué à partir de septembre 1993 dans un grand nombre de violations.

28. Une même personne peut avoir subi un "djack" et une "kalot marassa".

29. 29 Ici sont incluses toutes les détentions, qu'elles se soient déroulées dans un centre de détention officiel ou dans un centre clandestin.

30. 30 Marronnage: terme utilisé pour qualifier la situation des réfugiés internes. Bien que le marronnage ne soit pas une violation mais une conséquence, cette catégorie apparaît ici car elle est directement liée à la violation du droit à la liberté de la personne.

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