Misyon Sivil Entènasyonal an Ayiti, OEA/ONU
Mission Civile Internationale en Haïti, OEA/ONU
International Civilian Mission in Haiti, OAS/UN
Haïti: Droits de l'homme et réhabilitation des victimes
Ce document a été préparé par Marie-Thérèse Vidiani
Département pour la Promotion et la Protection des droits de l'homme
Mission Civile Internationale en Haïti, OEA/ONU
Remerciements
La MICIVIH tient à exprimer son immense gratitude, en premier lieu, à tous les médecins, infirmières, psychologues haïtiens qui ont accepté de recevoir et soigner des victimes dans les moments critiques de 1993 et 1994, à l'ambassade du Canada et aux services de la Coopération française pour leur soutien financier, à Médecins du Monde pour son engagement aux côtés de l'Unité Médicale de la MICIVIH, à Amnesty International pour sa collaboration, au Doyen de la Faculté de Médecine le Pr Mario Alvarez, à Mme Rosanne Auguste, à M. Alain Beaudoin, à M. Frantz Casséus, au Dr Thierry Choubrac, à M. Laënnec Hurbon, à Mme Maryse Jean-Jacques, au Dr Frantz Large, au Dr Nicole Magloire, à Mme Lucienne Michel, à M. Lovinsky Pierre Antoine, pour leur soutien et leur participation lors de la semaine "Médecine et Droits de l'homme", au Père Hugo, à Mme Michel Pierre-Louis, à Mme Lorraine Mangones et aux membres de l'association MAP VIV pour leur travail en faveur des victimes, à Mme Françoise Guéguen pour la révision du texte, et enfin au Dr Federico Allodi pour ses précieux conseils et son soutien dans l'élaboration de ce document.
Table des Matières
Prologue 5
Introduction 7
Partie 1: MICIVIH: assistance médicale et réhabilitation des victimes 11
Chapitre 1
Assistance et réhabilitation des victimes: historique MICIVIH 13
Chapitre 2
Conséquences psychosociales de la répression: données qualitatives
17
La répression 17
Le traumatisme 20
Symptômes, séquelles et pathologies 22
La réhabilitation 24
Chapitre 3
Conséquences médicales et psychologiques de la répression: Données quantitatives 25
Présentation des données 25
Données démographiques 27
Données générales 27
Données sur les violations 28
Conséquences médicales et psychologiques des violations 32
Prise en charge médicale 34
Partie 2 : Assistance médicale et réhabilitation: témoignages 37
Introduction 39
Chapitre 1
Assistance aux victimes de violations: des médecins témoignent 41
L'urgence médicale sous la mitraille: Dr Frantz Large 41
Expérience de suivi gynécologique de femmes violées:
Dr Nicole Magloire 45
Chapitre 2
Répression et traumatismes psychologiques 49
Victimes et droits humains: Mme Maryse Jean-Jacques 49
Approches thérapeutiques: Dr Federico Allodi 51
Violence et traumatisme: M.Alain Baudouin 54
L'intervention communautaire: M. Lovinsky Pierre-Antoine 57
Violence: prise en charge psychologique:M.Frantz Casséus 61
Chapitre 3
Ethique médicale et droits de l'homme 63
Médecine et droits de l'homme: M. Rodolfo Mattarollo 63
Le devoir d'assistance aux victimes: Mme Mary Durran 70
Conclusions générales 75
Annexes 79
Références bibliographiques 91
Prologue
Les citoyens des pays riches tiennent pour acquis que la violence ou un grand choc laissent des
séquelles qu'on ne peut surmonter qu'avec une assistance externe, médicale, psychologique
et sociale, qu'elle vienne de la famille, de la communauté ou d'un professionnel.
Quand c'est l'État lui-même qui est responsable de la crise et que la terreur persiste, comme ce
fut le cas pendant trois ans en Haïti, les dommages, sur la population et sur les solidarités sociales
qui en d'autres circonstances assureraient une assistance, sont encore plus difficiles à
réparer. Une telle assistance et plus particulièrement celle fournie par des professionnels est
malheureusement considérée comme un luxe en Haïti. Dans ce pays où la majeure partie de la
population consulte rarement un médecin, où les enfants meurent chaque jour de maladies qu'on
peut prévenir facilement, cela n'a rien de surprenant. Cependant, ce statu quo, quoique
compréhensible, doit être remis en question.
Ce livre interpelle ceux qui auraient tendance à oublier les victimes de cette période ainsi que
ceux qui diraient:" nous étions tous des victimes".
L' analyse des caractéristiques sociales et des conséquences médicales relevées chez les Haïtiens
soignés par l'Unité Médicale de la MICIVIH, a permis de mieux définir les personnes ciblées par
la répression.
Ce document analyse les conséquences médicales, psychologiques et sociales de la répression
sont analysées et les besoins des victimes en matière de réhabilitation définis. La seconde partie
de l'ouvrage est un complément aux analyses de la MICIVIH avec la contribution de médecins,
de psychologues et de juristes haïtiens ou étrangers engagés dans le suivi des victimes de
violations des droits de l'homme.
Alors que les Haïtiens luttent pour mettre sur pied une société et des institutions démocratiques,
qui respectent les droits de l'homme, il est légitime de s´interroger sur les moyens de donner
réparation aux survivants.
Ce livre ne répond pas à la question, mais il lance un défi qui concerne à la fois les Haïtiens et la
communauté internationale qui a joué un rôle important en Haïti: Comment rebâtir la solidarité
sociale, fournir l'assistance professionnelle nécessaire et rendre possible le retour à la vie normale
des milliers de survivants de la violence organisée de 1991 à 1994?
Anne Fuller
Directrice du Département
pour la Promotion et la Protection
des Droits de l'Homme, MICIVIH.
Introduction
En Haïti, la répression politique, qui a fait suite au renversement du Président de la
République Jean-Bertrand Aristide le 30 septembre 1991, a atteint, aux niveaux
physique, psychologique, social et économique, des centaines de milliers d'individus.
Ciblée par la répression, pour qui elle représentait une menace, la population victime a
payé et paye encore le prix de ses aspirations démocratiques. Cette population reste
aujourd'hui profondément affectée par l'expérience de la violence, de la peur, de la fuite,
de l'isolement.
A l'heure où Haïti s'engage à nouveau dans la construction d'une société démocratique,
il importe que soient prises en compte les conséquences de ces expériences traumatiques
sur le plan individuel et social, et que tous les secteurs se mobilisent énergiquement
autour de la réhabilitation de la population victime. Pour que le changement souhaité par
la majorité puisse être effectif, il faut agir contre les comportements et les attitudes hérités
de cette période de violence.
Le document proposé ici est une compilation de données, d'analyses et de réflexions
produites dans le cadre des activités de l'Unité Médicale (UM) et du Département pour
la Promotion et la Protection des Droits de l'Homme (DPPDH) de la MICIVIH sur les
questions relatives à l'assistance médicale et à la réhabilitation des victimes.
Ce document a été élaboré à partir des objectifs suivants:
- apporter des éléments de réflexion sur les conséquences psychosociales de la répression;
- synthétiser les informations disponibles sur les conséquences médicales et psychologiques de la répression à partir des archives de l'UM;
- diffuser les témoignages, les réflexions et les propositions des
intervenants à la conférence "Médecine et droits de l'homme".
Il faut souligner qu'il n'existe, à notre connaissance, aucune donnée publiée sur les
conséquences médicales et psychologiques de la violence politique des années 1991-1994.
Si les réseaux médicaux qui se sont développés pendant cette période ont apporté un
soutien sans relâche(1) aux victimes, l'isolement de l'ensemble des intervenants locaux a
eu pour résultat un émiettement des données disponibles et une connaissance partielle
des problèmes médicaux et psychologiques liés à la répression.
Entre 1993 et 1996, la MICIVIH disposait d'une unité médicale organisée pour
l'assistance aux victimes(2) et à partir de 1996 d'un programme "réhabilitation de la
population victime". Par conséquent, elle dispose d'informations susceptibles d'intéresser
un large public.
Il faut aussi préciser que cet aspect du travail réalisé en Haïti inaugure au sein des
Nations Unies et de l'Organisation des Etats Américains un type d'activité jamais encore
envisagé dans le cadre d'une mission d'observation de la situation des droits de l'homme,
et l'expérience menée fait, en quelque sorte, figure de projet pilote.
Pour ces raisons, la MICIVIH se propose de diffuser les données et les analyses qui
suivent, en souhaitant qu'elles puissent fournir au public, aux professionnels de la santé,
aux organisations des droits de l'homme, et aux institutions nationales et internationales
des arguments supplémentaires pour penser la réparation, défendre et promouvoir la
réhabilitation des populations victimes.
Le présent document se divise en deux parties.
La première partie, constituée de trois chapitres, contient les analyses et réflexions
fournies par l'UM et le DPPDH à partir du travail mené dans le domaine de l'assistance
et de la réhabilitation des victimes de violations des droits de l'homme.
Le premier chapitre retrace l'histoire de l'Unité Médicale et du programme "réhabilitation des victimes" du Département pour la Promotion et la Protection des Droits de l'Homme.
Le deuxième chapitre aborde les mécanismes de la répression dans le contexte haïtien, les traumatismes qui en résultent, et la question de la réhabilitation de la population victime.
Le troisième chapitre offre une compilation des données chiffrées produites par
l'UM. Ces données sont issues de plusieurs analyses faites successivement en
1993, 1994 et 1995. Elles concernent les victimes suivies par l'UM et les
informations recueillies portent sur les violations et leurs conséquences physiques
et psychologiques.
La seconde partie, constituée de trois chapitres, présente les textes, les témoignages et les
analyses proposés par quelques-un(e)s des intervenant(e)s de la semaine "Médecine et
droits de l'homme" qui s'est tenue en Haïti au mois de mai 1996 à l'initiative de la
MICIVIH.
Dans le premier chapitre, des médecins relatent leur expérience pendant la période du coup d'Etat et témoignent des difficultés de l'exercice médical dans de telles circonstances.
Le deuxième chapitre rapporte les témoignages et les analyses des professionnels qui interviennent auprès de victimes et travaillent à leur réhabilitation.
Le troisième chapitre offre des réflexions d'ordre juridique sur le thème "éthique
médicale et droits de l'homme".
Comme nous le verrons à travers l'analyse des données et les différents
témoignages, la période de répression a profondément affecté et bouleversé la
société haïtienne. On peut penser que les traces laissées ne s'effaceront pas
d'elles-mêmes, et on sait que le temps et l'oubli ne sont pas des réponses
adaptées qui pourraient permettre à la société de reconstruire ce que la
répression a brisé.
A l'heure où Haïti s'engage à nouveau dans la construction d'une société
démocratique, tous les secteurs doivent se mobiliser énergiquement pour que la
vérité soit connue, que l'impunité cesse, que les responsables soient jugés et
condamnés et que la population victime soit réhabilitée.
Construire une société démocratique respectueuse des droits de l'homme
réclame en premier lieu une prise en compte des dommages individuels et
collectifs, et conduit à intervenir auprès de la population sur les séquelles
physiques, psychiques et sociales.
Partie 1
MICIVIH: assistance médicale et
réhabilitation des victimes
Chapitre premier
Assistance et réhabilitation des victimes: historique MICIVIH
La Mission Civile Internationale (MICIVIH) en Haïti a été établie en février 1993, par
l'Organisation des Etats Américains (OEA) et l'Organisation des Nations Unies (ONU)
à la demande du Président Jean-Bertrand Aristide, avec pour tâche essentielle
l'observation de la situation des droits de l'homme. Son mandat donnait la priorité aux
activités de surveillance du respect des droits de l'homme tels que garantis par la
Constitution haïtienne et les conventions internationales dont Haïti est partie prenante.
Dans ce cadre et cette perspective,(3) il s'agit pour la MICIVIH de :
- s'informer de la situation des droits de l'homme en Haïti et faire toutes les recommandations appropriées pour promouvoir et protéger les droits de l'homme;
- prêter une attention particulière au respect du droit à la vie, à l'intégrité
et à la sécurité de la personne, à la liberté d'expression et à la liberté
d'association.
A l'époque du gouvernement de facto, le contexte de violence, dans lequel la MICIVIH
développe ses activités, l'oblige à considérer le problème de l'assistance médicale aux
victimes de violations des droits de l'homme de façon pratique, en tenant compte des
limites de son mandat. En effet, les violations les plus fréquemment commises et
rapportées mettent systématiquement en jeu l'intégrité physique et psychologique des
victimes.
Le rapport des experts chargés en février 1993 d'évaluer la Mission et de faire, suivant
les termes de référence, des recommandations, souligne(4): "La Mission doit s'assurer que
les victimes de torture ou avec des blessures dues à d'autres situations ayant rapport aux
violations des droits de l'homme reçoivent un traitement médical adéquat."
Cette situation impose au moins deux types d'action du point de vue médical:
- documenter sur le plan médical les cas de violations afin de décrire avec précision les lésions et d'estimer leurs origines, et d'apporter des éléments d'enquête pertinents;
- mettre en oeuvre des mécanismes qui permettent de fournir une
assistance médicale aux victimes.
Dans le domaine de l'enquête sur des violations, le premier degré d'action face aux faits
rapportés par les victimes consiste à déterminer la catégorie du délit: s'agit-il d'un délit
de droit commun ou d'une violation des droits de l'homme? A ce premier niveau de
l'enquête, le recours à du personnel apte à effectuer des constats médicaux ne s'impose
pas d'emblée. C'est immédiatement après cette première phase, quand l'enquêteur
présume l'existence d'une violation, qu'un recours au constat médical peut être
indispensable.
En effet, le second degré d'action dans l'enquête consiste à classifier la violation et à
s'enquérir sur les faits. Dans ce cadre, l'intervention médicale, au delà du fait de
prodiguer des soins, visait pour la Mission, la production de constats médicaux qui
permettaient décrire les lésions, d'estimer leurs origines et d'apporter des éléments
pouvant orienter les enquêtes.
Si le travail de documentation(5) s'intègre parfaitement aux activités de la Mission, les
termes de référence et le budget ne prévoient pas que des activités d'assistance puissent
être assurées par la MICIVIH.
Dès le mois de mai 1993, la direction de la MICIVIH et les médecins recrutés comme
observateurs entreprennent une réflexion visant à la mise en place d'une Unité Médicale
dont le rôle serait, d'une part, de documenter les cas de violation et, d'autre part, d'orienter
les victimes vers des structures externes capables d'assurer la prise en charge et le suivi
médical.
Au mois de juin 1993, des démarches sont entreprises auprès de l'ONG Médecins du
Monde (MDM) et des services de la Coopération française afin de créer une structure qui
puisse intervenir auprès des victimes, et des accords sont signés entre ces trois parties
(MICIVIH, MDM et la Coopération française).
Dans l'attente de l'installation de la structure MDM, alors que les demandes d'assistance
médicale s'accroissent, l'UM, en tenant compte des besoins et de l'urgence, travaille au
développement d'une solution alternative qui consiste en la mise en place d'un réseau
d'intervenants locaux(6): médecins, spécialistes, centres de soins, cliniques et laboratoires,
financés sur des fonds débloqués par l'ambassade du Canada.
Au moment de l'évacuation d'Haïti de la Mission en octobre 1993, l'Unité Médicale,
composée de 4 médecins MICIVIH et appuyée par un réseau local de praticiens, est
opérationnelle.
Au retour de la MICIVIH à Port-au-Prince en janvier 1994, la Mission reconduit les
activités d'assistance médicale, qui seront de nouveau interrompues par son expulsion en
juillet 1994.
L'importance de ce volet du travail de la MICIVIH est reconnue dans le rapport du Secrétaire Général des Nations Unies. Ce rapport informe que la MICIVIH poursuivra, à son retour en octobre 1994, son travail relatif à l'assistance médicale aux victimes.
A cette époque, la situation des victimes de violations, n'est guère différente de celle de
la période antérieure. Pour le seul mois de novembre 1994, 115 victimes avaient été
prises en charge par l'UM, dont 68 pour des violations subies en 1994 et, pour 22 d'entre
elles, la violation datait des mois de septembre, octobre et novembre 1994. La décision
de reprise des activités de l'Unité Médicale est prise, compte tenu de cette situation.
En octobre, novembre et décembre 1994, la Mission et les organisations haïtiennes de
droits de l'homme s'organisent afin de répondre de façon urgente aux besoins les plus
criants des victimes: aide au retour des réfugiés, assistance juridique, assistance
médicale. La Mission offre ses services dans le domaine médical, comme le rappelle le
communiqué de presse du 14 février 1995.
"Comme par le passé, la MICIVIH continue à faciliter une
assistance médicale aux victimes d'abus des droits de l'homme
dont elle avait eu connaissance auparavant et dont les soins ont
été interrompus par le départ de la Mission en juillet 1994. Parmi
les nouveaux cas recueillis par la MICIVIH se trouvent des
victimes qui ont besoin de chirurgie réparatrice suite aux sévices
corporels et aux blessures graves par arme blanche ou par
balles." Communiqué de presse MICIVIH 14-02-1995.
En 1995, l'Unité Médicale poursuit ce travail d'assistance tout en collaborant, dans une
perspective de relève, à l'établissement de la Mission de Médecins du Monde(7) et au
développement de l'organisation locale MAP VIV(8).
En avril 1995, à la demande du directeur aux droits de l'homme de la MICIVIH
l'organisation "Amnesty International" mandate un médecin expert, chargé d'évaluer,
d'une part, les besoins de la population victime et, d'autre part, les possibilités de mise
en place d'un réseau d'appui organisé pour la réhabilitation des victimes.
En accord avec le travail entrepris par l'UM, l'expert recommandera notamment de:
- poursuivre les initiatives de formation et d'éducation auprès des professionnels de la santé et des sciences sociales;
- appuyer le développement d'un réseau communautaire pour l'assistance médicale et psychologique.
Dans ce sens, en février 1996, une fois la relève assurée par MDM, l'UM arrête ses activités, et le Département pour la Promotion et la Protection des Droits de l'Homme (DPPDH) met en place un programme destiné à encourager les initiatives locales en faveur de la réhabilitation des populations victimes avec les objectifs suivants:
- promouvoir une réflexion des groupes professionnels et des organisations de droits de l'homme sur les questions relatives à la pratique médicale et au respect des droits de l'homme;
- renforcer la capacité d'intervention de MAP VIV et soutenir les initiatives en faveur de la réhabilitation des victimes;
- favoriser la communication et la coopération entre les ONG droits de
l'homme, les associations de victimes et les institutions publiques et
organisations internationales pour la mise en place de programme, visant
à la réhabilitation de la population victime.
C'est dans cette perspective que la MICIVIH a organisé en mai 1996, en collaboration avec l'Université de Médecine et de Pharmacie, la Faculté d'Ethnologie, l'Ecole Nationale des Infirmières, l'Université Jean-Price Mars et l'association MAP VIV, la conférence "Médecine et droits de l'homme" et publie aujourd'hui les analyses et les témoignages qui suivent.
Chapitre 2
Conséquences psychosociales de la répression:
données qualitatives
La répression politique qu'a connue Haïti pendant la période 1991-1994 du gouverne-ment de facto, a atteint directement des milliers d'individus et affecté un large secteur de
la société par l'introduction d'une constante menace.
La répression partout où elle s'exerce a un caractère total et systématique. Elle
ne fait pas des victimes au hasard, elle agit avec un savoir-faire au service
d'objectifs précis et elle a des conséquences qui affectent toute la population.
Il ressort que, dans tous les contextes de violence organisée tel celui qu'a connu Haïti, le but principal de la répression est d'imposer la volonté d'un groupe par le recours délibéré et systématique à la violence. Il faut souligner le caractère intentionnel de la violence comme stratégie au service d'objectifs précis:
- empêcher les changements dans la société;
- rompre l'organisation collective et la solidarité;
- intimider la population;
- renforcer l'impunité.
Pour atteindre leurs buts, les systèmes répressifs ont recours partout aux mêmes
méthodes: exécutions sommaires, disparitions, enlèvements, arrestations arbitraires,
tortures, traitements cruels, inhumains et dégradants, viols, détentions illégales, menaces
de mort et intimidations.
En Haïti, la spécificité de la répression est d'avoir touché essentiellement les classes
populaires. Celles qui, en décembre 1990, en accédant au vote, pouvaient enfin prétendre
à la citoyenneté. L'intention de la répression, après avoir évincé du pouvoir le Président
Jean-Bertrand Aristide, élu avec 67% des suffrages, a consisté à réduire au silence et à
anéantir le mouvement démocratique.
Les responsables et les membres d'organisations populaires, paysannes, syndicales et les
militants politiques, ceux qui avaient joué un rôle important lors du processus électoral
de 1990, deviennent les cibles de la violence organisée par le gouvernement de facto. Si
les plus militants du mouvement Lavalas sont les premières victimes, rapidement la
violence n'épargnera personne dans les classes populaires. L'impunité, le corollaire de
l'arbitraire, s'installe et le crime se légitimise. Un climat de peur et de méfiance se
développe, faisant fuir ceux parmi les plus menacés qui avaient pu échapper aux
exécutions, aux disparitions ou aux arrestations, et condamnant au silence et à
l'isolement le reste de la population.
La répression est parfaitement orchestrée, son efficacité se vérifie au quotidien. Les
enquêtes de la MICIVIH mettent en évidence que l'armée, ses attachés et les groupes de
délinquants (zenglendos) à leur solde sont les responsables des violations massives
constatées en Haïti. A partir de septembre 1993, les membres du FRAPH viendront
grossir la liste des auteurs de violations.
Si les responsables de la violence parlent de délits et de crimes de droit commun,
qualifient les interventions musclées de l'armée de lutte antiterroriste(9) ou encore accusent
la communauté internationale d'orchestrer des mises en scène visant à dis-créditer le
gouvernement de facto(10), les modus operandi et l'organisation du système répressif sont
mis en évidence par tous les observateurs locaux ou internationaux.
Le traumatisme
Les estimations du nombre des victimes du coup d'Etat du 30 septembre 1991 varient.
On parle de milliers de morts et de disparus dans les jours qui ont suivi le coup
d'Etat et durant les trois années du gouvernement de facto.
Ces morts et ces disparitions ont eu des répercussions tragiques, l'horreur de ces
actes a entraîné des sentiments d'injustice, d'impuissance et de perte de contrôle
sur la situation, et finalement imprimé dans la population une peur paralysante et
inhibitrice.
Dans le cas des disparitions, on sait que les répercussions, sur les familles des victimes,
sur leurs proches et sur l'ensemble de la communauté, sont fortes et marquées par
l'angoisse et la culpabilité. Dans ces cas, le procesus de deuil et les rituels funéraires qui
permettent la reconnaissance de la mort et sont bénéfiques pour l'entourage ne
peuvent pas avoir lieu, car la disparition signifie le vide, l'inconnu et non pas la mort.
Parmi les actes répressifs, comme nous le verrons dans l'enquête quantitative, les
traitements cruels inhumains et dégradants (TCID) sont très fréquents.
La bastonnade, le "djak", et la "kalòt marasa" ne sont pas des méthodes qui ont été
choisies au hasard. Ces châtiments rappellent, à tous, ceux utilisés autrefois par les
maîtres contre les esclaves. Attacher et frapper une personne comme un animal que l'on
doit dresser, l'humilier en le frappant au visage sans qu'elle ne puisse répondre, c'est la
ravaler à sa position de non-humain. L'usage de ces méthodes si chargées de sens en
Haïti a un effet traumatique particulièrement fort sur les victimes.
Dans l'arsenal répressif, une nouvelle arme particulièrement traumatisante apparaît en
1994: le viol. Partout, la portée du viol au niveau psychologique et social est énorme. En
Haïti, le viol est vécu par les victimes avec de très forts sentiments de honte et de
culpabilité auxquels s'ajoutent la peur d'une grossesse et d'une contamination sexuelle.
Au niveau social, en plus de la violence subie, les femmes sont marginalisées.
Couramment insultées et traitées de "madame zenglendos", la plupart des victimes
rencontrées rapportent qu'elles ont dû déménager, tellement le regard porté sur elles par
le voisinage les faisait souffrir et se sentir responsables de ce qui était arrivé.
Il faut aussi relever l'effet traumatisant des scènes de rue, surtout dans les zones
populaires, où était offert à la population le spectacle de morts jetés sur des tas
d'ordures, laissés des jours durant, en état de décomposition ou encore mangés par des
cochons. Ces mises en scènes ignobles, en faisant appel à des actes impensables parce
que condamnés culturellement, ont touché au plus profond la population et l'image
qu'elle a d'elle-même.
Par ailleurs, si des réponses adaptatives faisant appel à des stratégies de survie éprouvées
culturellement se sont mises en place pendant cette période, comme le marronnage ou
l'indifférence feinte, les conséquences de celles-ci ne sont pas minimes.
Dans le cas du marronnage, comme le relèvent les analyses quantitatives présentées
au chapitre suivant, de nombreuses victimes suivies par l'UM avaient recours à cette
stratégie et cela pour des périodes pouvant couvrir toute la durée du gouvernement de
facto. Cela étant, cette pratique a permis à plusieurs milliers de victimes potentielles(11) de
se mettre à l'abri et d'échapper aux arrestations, aux emprisonnements, ou aux
assassinats.
Les conséquences du marronnage ont été graves, tant pour les personnes déplacées que
pour leurs familles et leurs communautés. Vivant dans un dénuement extrême, la plupart
des marrons suivis par l'UM souffraient de carences alimentaires graves et présentaient
des troubles somatiques dus en bonne partie à l'anxiété, aux mauvaises conditions de vie
(en ville ou dans le maquis) et à l'absence de soins. Par ailleurs, les départs ont souvent
provoqué l'éclatement des familles et isolé les femmes qui se sont retrouvées seules à
travailler à la survie des membres de la famille et à devoir faire face au harcèlement des
agents de la répression. Le départ de milliers de paysans a aussi affecté la production
agricole ou l'artisanale locale et le fonctionnement de nombreux groupements paysans
et organisations populaires.
Le philosophe Bruno Bettelheim(12), après son expérience dans les camps de
concen-tration nazis, parle de "traumatisme extrême" en référence aux
expériences trauma-tiques produites par une violence infligée intentionnellement
à une population dans une stratégie politique.
Sur le plan individuel, les victimes de violations souffrent de conséquences
trauma-tiques particulières nommées "syndrome de stress post-traumatique"
(PTSD)(13). En Haïti, les conséquences ne semblent pas différentes, comme
l'explique le Dr Alain Beaudoin dans la seconde partie de ce document. Le PTSD
implique une symptomatologie anxieuse et dépressive. On observe très souvent
une anxiété excessive, une attitude de négation ou d'évitement (refus de se
souvenir), des réexpériences fréquentes et une hypervigilance. Les victimes
présentent aussi parfois des comportements sociaux anormaux: agressivité,
désintérêt, isolement, etc. Toutes les victimes qui ont pu bénéficier d'un soutien
psychologique témoignent de l'importance décisive que la thérapie a eu sur elles,
et de la manière dont leurs souffrances physiques et psychologiques se sont
atténuées(14).
En plus des traumatismes provoqués sur le plan individuel, il faut insister sur le
caractère social des effets traumatiques de la répression. Comme nous l'avons
vu précédemment, la violence organisée vise à la fois les individus et leur
système social (famille, communauté), elle fait naître des sentiments de peur et
de détresse, modifient la manière dont les individus et les groupes se perçoivent
et se définissent.
Le psychosociologue Ignacio Martin Baró(15), précise aussi que, pour les pays
pauvres, on doit parler d'expériences traumatiques cumulées où se superposent
aux conséquences de la répression politique les conséquences des conditions de
survie.
En Haïti, le contexte économique, dans lequel vivent les victimes, renforce les
conséquences pathogènes des violations. En effet, l'expérience menée par MAP VIV
avec le groupe de femmes victimes (FAVILEK(16) ) montre que l'assistance et le soutien
psychologique sont extrêmement importants dans un premier temps, et que dans un
second temps, lorsque les victimes commencent à se sentir mieux, le suivi du travail
thérapeutique devient difficile, voire impossible. Les conditions économiques et les
reponsabilités familiales poussent les victimes, dès qu'un mieux-être se fait sentir, à
concentrer toute leur énergie sur la recherche des quelques gourdes qui permettront à
toute la famille de survivre. Aucun espace mental n'est alors disponible pour poursuivre
la thérapie. Si momentanément les problèmes psychologiques sont enfouis et refoulés,
ils ne disparaissent pas pour autant. On peut même prévoir qu'au premier choc ils
ressurgiront amplifiés.
D'autre part, lorsqu'ils cessent d'être menacés, les individus et les groupes ciblés par la
répression parviennent difficilement à modifier ou à abandonner les réactions, les
sentiments, les attitudes et les comportements acquis préalablement et grâce auxquels ils
ont souvent réussi à survivre. Dans des contextes comme celui d'Haïti où le traumatisme
a été subi de façon prolongée et intense, les sentiments et les attitudes tels que la peur et
la méfiance s'accordent mal avec la dynamique sociale que réclame l'instauration et le
développement de la démocratie.
Réhabilitation
Dans un tel contexte, on doit parler de la réhabilitation de la population victime, autant
que de la réhabilitation des victimes directes, et envisager l'action de façon
communautaire.
Trois étapes sont généralement nécessaires dans le processus de réhabilitation:(17)
- l'établissement de la sécurité au niveau national et au niveau communautaire: les groupes et les communautés doivent être perçus comme des éléments actifs dans la mise en place d'activités visant à établir la paix et l'accès à la justice;
- la réintégration des expériences vécues: par la création d'espaces où la population victime peut se décharger sur le plan émotionnel en racontant son histoire, vivre une relation de confiance, et comprendre ce qui s'est passé;
- la récupération d'un rôle social actif: par la mise en place d'activités qui
renforcent et établissent de nouveaux liens dans le groupe ou la communauté et
créent une nouvelle dynamique de participation au plan social.
Jusqu'à ce jour les quelques expériences entreprises en Haïti ont montré que la réha-bilitation de la population victime ne peut s'envisager qu'en agissant simultanément à
trois niveaux qui sont: la santé physique et mentale, la réinsertion sociale et économique,
et la justice(18).
Dans cette optique, le groupe MAP VIV, soutenu dans son initiative par la MICIVIH et
d'autres organismes de coopération, forme des intervenants communautaires qui
reçoivent une formation sur mesure les habilitant à intervenir auprès de leur
communauté. Les objectifs de formation visent à travailler et à approfondir les notions
relatives aux droits de l'homme, à comprendre les mécanismes de la répression et leurs
conséquences, à repérer et à identifier les victimes les plus traumatisées, à apprendre à
les référer, à favoriser une relation d'aide et de soutien psychologique au sein de la
communauté, et enfin à mettre en place des projets collectifs qui recréent un lien entre les
individus.
Il est important, tant pour les familles des victimes que pour la société, d'entretenir la
mémoire collective sur ces événements en rendrant hommage aux victimes. Les actes
symboliques comme une journée de deuil, l'élévation d'un monument à la mémoire des
victimes ont un rôle social et thérapeutique essentiels.
Enfin, il convient d'insister sur l'importance de l'accès à la vérité et à la justice par la
mise en lumière des crimes commis et la condamnation des responsables.
Chapitre 3
Conséquences médicales et psychologiques de la
répression: données quantitatives
Nous présentons ici une compilation des données fournies par quatre analyses
menées en 1993, 1994 et 1995 à partir des dossiers médicaux des victimes(19)
suivies par l'UM.
Rappelons qu'étaient suivies par l'UM "toutes personnes victimes pour un
problème de santé lié à la violation". Celles-ci arrivaient à l'UM adressées soit par
les observateurs de la MICIVIH, soit par des organisations haïtiennes de défense
des droits de l'homme.
La MICIVIH compte plus de 4000 dossiers ouverts entre mai 93 et décembre 95,
à la suite d'un témoignage relatant une violation subie pendant la période du
gouvernement de facto; 20% de ces personnes ont eu accès aux services de
l'UM et parmi elles: 80 cas ont été suivis entre mai et octobre 1993, 135 entre
février et juillet 1994 et environ 591 de novembre 1994 à décembre 1995.
Les quatres analyses quantitatives présentées ici ont été réalisées pendant la
période de fonctionnement de l'UM. Ces analyses, bien qu'elles diffèrent dans
leur méthodologie, visent toutes à apprécier les types de violations qui entraînent
des demandes d'assistance et les conséquences médicales de ces violations.
Selon l'époque, la composition de l'équipe, la charge de travail, les informations
recherchées et le choix des échantillons varient. C'est ainsi que les données con-cernant, par exemple, les conséquences psychologiques n'ont pas été
systématique-ment recherchées.
Nous avons choisi, en présentant l'ensemble de ces analyses, de pallier les
problèmes méthodologiques. La lecture comparative de ces analyses doit
permettre de mettre en évidence et de vérifier certaines tendances de la
répression et des effets produits aux niveaux physique et psychologique.
Ces analyses ont été menées pour fournir, dans le cadre de la Mission
d'observation, un complément d'information. Bien que ces données aient été
produites avec un souci constant de qualité, il faut préciser qu'il n'existait pas de
système de contrôle de fiabilité des données analysées, ni de système de
contrôle de la qualité du travail médical.
La première analyse des données effectuée porte sur un échantillon de 72 cas
représentant 85% des cas suivis pendant la période de mai à octobre 1993.
L'équipe en place durant cette période était composée de 4 médecins
généralistes et d'un médecin psychiatre. L'analyse a été faite à partir des
documents disponibles dans les dossiers médicaux. Nous appelerons
l'échantillon: 1, n=72).
La deuxième analyse des données porte sur un échantillon complet de 115 cas
représentant tous les patients suivis par l'UM durant le mois de novembre 1994.
L'équipe était alors composée d'un médecin gynécologue et d'une infirmière
doctorante en sociologie. L'analyse a été faite à partir des documents disponibles
dans les dossiers médicaux et dossiers d'enquête. Nous appelerons
l'échantillon: 2, n=115).
La troisième analyse des données porte sur un échantillon complet de 228 cas
représentant tous les nouveaux patients suivis par l'UM en janvier, février et mars
1995. L'équipe était alors composée d'un médecin gynécologue et d'un médecin
généraliste (MDM), de deux médecins généralistes et d'une infirmière (MICIVIH).
L'analyse a été faite à partir des informations collectées quotidiennement et
consignées dans le cahier de consultation et les dossiers médicaux. Nous
appelerons l'échantillon: 3, n=228).
La quatrième analyse des données porte sur un échantillon de 84 cas. Parmi
l'ensemble des dossiers ouverts (806) par l'UM, un échantillon de 116 dossiers
a été retenu pour l'étude. Ces dossiers répondaient à deux critères: la crédibilité
accordée au cas(21) et la qualité des informations médicales(22) contenues dans le
dossier. Sur les 116 patients concernés, 84 ont répondu aux convocations et ont
fait l'objet d'un rapport médical et d'une évaluation psychologique. L'équipe était
alors composée d'un médecin gyné-cologue et d'un médecin généraliste (MDM),
d'un médecin généraliste, d'une ethno-psychiatre et d'une infirmière (MICIVIH).
L'analyse a été faite à partir des informations contenues dans les rapports
médicaux à l'aide d'une base de données réalisée sur Paradox(23). Nous
appelerons l'échantillon: 4, n=84).
On relève à travers les différents échantillons que le groupe d'âge le plus touché
est celui des 18-30 ans (entre 45 et 60% selon les échantillons), avec un âge
moyen, pour tous les échantillons, estimé à 30 ans. Entre 8% et 12% des victimes
selon les échan-tillons ont moins de 18 ans.
Les échantillons montrent une prédominance masculine; environ 1/4 des victimes
suivies étaient des femmes et 3/4 des hommes.
Les deux échantillons, qui ont fait ressortir des données sur l'engagement(24),
montrent que la majorité des victimes suivies par l'UM était militante ou
sympathisante du mouvement Lavalas(25).
L'échantillon 4 relève que 40% des femmes sont sympathisantes, 30%
militantes et 30% indifférentes et les hommes à 64% militants, 20%
sympathisants et 16% indifférents. Cette constatation corrobore les observations
de l'UM selon lesquelles une majorité de femmes suivies ont été victimes du fait
de leurs liens parentaux ou maritaux avec des militants, alors qu'elles étaient
plutôt sympathisantes ou indifférentes.
On note dans l'échantillon 4 que la moyenne des épisodes de violations est de
deux par personne. La majorité des victimes ont connu un seul épisode de
violation et le maximum rapporté est de 6 épisodes. Il faut souligner qu'un même
épisode peut comporter plusieurs types de violations: par exemple, une même
personne peut être victime d'arrestation arbitraire, de torture, de détention illégale.
Les 35% de l'échantillon 4 déclarent reconnaître nominativement leurs
agresseurs.
Données sur les violations
Rappelons que, pour la plupart, les victimes ayant eu recours aux services de
l'UM relèvent des catégories suivantes: violation du droit à la vie et violation du
droit à l'intégrité, la sécurité et la liberté de la personne, exception faite des
victimes d'exécution sommaire ou extrajudiciaire et des victimes de disparition
forcée. Nous suivrons ici la classification des types de violations telle qu'elle se
présente dans la grille utilisée par la MICIVIH(26).
Violation du droit à la vie
Si nous nous référons aux chiffres cités ci-contre, issus des analyses du
Département de la Recherche et des Enquêtes de la MICIVIH, nous pouvons
mesurer la gravité de la situation, alors que la Mission ne recevait qu'une partie
des informations. On notera que les atteintes au droit à la vie ont été
particulièrement nombreuses dans les quartiers populaires, perçus comme les
plus favorables au Président Aristide et que, parmi les personnes identifiées, 42%
étaient des militants ou sympathisants, et pour 90% des hommes. Dans la moitié
des cas, des membres des forces armées, du FRAPH(27) et/ou des auxiliaires civils
étaient impliqués. Enfin, si dans 25% des cas un constat du juge de paix était
établi, ces derniers étaient souvent incomplets et occultaient, délibérément ou
non, des éléments d'enquête importants (traces, blessures, position du corps,
etc.). L'impuissance de l'institution judiciaire et le refus de la police de coopérer
ont abouti le plus souvent au classement des dossiers.
Tentative d'exécution sommaire ou extrajudiciaire et menace de mort
Sur l'ensemble des échantillons analysés par l'UM, les pourcentages de tentative
d'exécution sommaire et de menaces de mort varient de 7% à 23%.
L'échantillon 4 indique que 80% des victimes de tentative d'exécution étaient
militants ou sympathisants Lavalas, parmi ceux qui ont été victimes de menace
de mort plus de 85% des hommes étaient des militants et plus de 50% des
femmes sympathisantes.
Violation du droit à l'intégrité, la sécurité et la liberté de la personne
Selon les rapports du Département de la Recherche et des Enquêtes de la
MICIVIH, les enlèvements et disparitions forcées ont connu, pendant la période
du 31 janvier 1994 au 30 juin 1994, une alarmante recrudescence. Il faut noter
que, dans 58% des cas, le sort des victimes est demeuré inconnu et, dans 73%
des cas, des raisons politiques ont été invoquées. Parmi les 42 personnes
enlevées, 28 ont été détenues dans un centre de détention clandestin et les
interrogatoires qu'elles ont subis visaient à obtenir des informations sur d'autres
militants.
(31 janvier 1994-30 juin 1994)
| Nombre de cas signalés à la Mission | 340 |
| Nombre de cas confirmés | 159 |
| Lieu de violation: Port-au-Prince | 187 |
| Lieu de violation: Cité Soleil | 105 |
| Lieu de violation: Département de l'Ouest | 19 |
| Lieu de violation: Artibonite | 15 |
| Lieu de violation: Centre | 1 |
| Lieu de violation: Nord | 6 |
| Lieu de violation: Sud | 6 |
| Lieu de violation: Sud-Est | 1 |
| Nombre de victimes identifiées | 154 |
| Nombre de victimes partiellement identifiées | 23 |
| Nombre de victimes non identifiées | 163 |
| Nombre de cas impliquant des membres des forces armées, du FRAPH ou des auxiliaires civils | 78 |
| Nombre de victimes militantes ou proches de militants politiques | 65 |
| Nombres de militants exécutés par des membres des forces armées, du FRAPH ou des auxiliaires civils | 28 |
| Nombre de cas ayant fait l'objet d'un constat du juge de paix | 88 |
| Nombre de victimes mineures | 23 |
| Nombre d'hommes | 308 |
| Nombre de femmes | 32 |
(Appendice 1, Rapport AG de l'ONU A/48/532/add 3, 27 juillet 1994)
Enlèvements
Sur l'ensemble des échantillons de l'UM, on estime à 5% les victimes d'enlèvement.
L'échantillon 4 indique que la totalité des personnes enlevées a subi un
traitement cruel, inhumain et dégradant et la moitié d'entre-elles a, par la suite,
été détenue. Ces dernières étaient toutes des militantes. L'enlèvement est la
seule catégorie de violation (exception faite du viol) où les femmes ont été
victimes dans des proportions identiques aux hommes et il faut noter que, dans
la plupart des cas de viol, un enlèvement a précédé.
Le tableau suivant, qui porte sur l'ensemble des cas d'enlèvement rapportés à la
Mission, montre que le sort de la plupart des victimes demeure inconnu.
Enlèvements et disparitions forcées rapportés à la Mission
| Totaux rapportés (31 janvier 1994-30juin 1994) |
131 |
| Nombre de victimes politiques | 96 |
| Nombre de victimes relâchées | 42 |
| Nombre de victimes retenues dans un centre clandestin | 28 |
| Nombre de victimes dont le cadavre a été retrouvé | 16 |
| Nombre de victimes dont le sort est inconnu | 76 |
(Appendice 2, Rapport AG de l'ONU A/48/532/add 3, 27 juillet 1994)
Torture, traitement cruel, inhumain et dégradant (TCID)
Sur l'ensemble des échantillons, on estime que 70% des personnes ont subi un
traitement cruel, inhumain et dégradant. Parmi les TCID environ 7% ont subi un
"djak", 8% des "kalòt marasa", 65% des bastonnades (bâton, arme, coup de
poing)(28).
Il ressort de l'échantillon 4 qu'aucune femme n'a subi de "djak" ou de "kalòt
marasa", et que 85% des victimes de "djak" ou de "kalòt marasa" étaient des
militants; 40% des femmes et 72% des hommes ont été soumis à une
bastonnade; la majorité des femmes a reçu une bastonnade infligée par coups
de poings et coups de pieds et la majorité des hommes a reçu une bastonnade
infligée par coups de bâton.
On peut estimer, à partir des deux échantillons (2 et 4 ) qui fournissent les
données, qu'environ 20% des victimes suivies avaient été blessées par balle ou
par arme blanche. On relève que tous les enfants de l'échantillon 4 ont été
victimes de blessures par arme à feu.
Selon les échantillons, la population victime de viol ou autre attaque à caractère
sexuel (par exemple morsure profonde des seins) varie de 2% à 21%. Ces écarts
s'expliquent par le fait que la grande majorité des viols ont été rapportés à la
Mission dans le premier semestre 1994: il est, par conséquent, difficile de
comparer les échantillons entre eux sur ce point et d'en tirer des conclusions
quantitatives.
Cependant, si l'on se réfère aux rapports du Département de la Recherche et des Enquêtes de la MICIVIH sur les viols signalés à la MICIVIH entre le 31 janvier et le 30 juin 1994, on relève que 52% des femmes étaient des épouses, des soeurs ou des filles de militants et 18% étaient des militantes. Dans 12% des cas signalés, les victimes étaient mineures.
(31 janvier 1994-30 juin 1994)
| Nombre de cas signalés à la Mission | 76 |
| Auteurs des viols: membres des forces armées, FRAPH, auxiliaires civils | 29 |
| Civils armés et/ou zenglendos | 47 |
| Nombre de victimes proches de militants politiques | 40 |
| Nombre de victimes militantes | 14 |
| Nombre de cas de viols collectifs | 25 |
| Nombre de victimes mineurs | 11 |
| Nombre de viols suivis de grossesses | 4 |
| Lieu du viol: Port-au-Prince | 63 |
| Lieu du viol: Province (Centre, Sud, Nord) | 13 |
(Appendice 3, Rapport AG de l'ONU A/48/532/add 3, 27 juillet 1994)
Arrestation arbitraire (sans mandat ou sans mandat valide) et détention illégale(29)
A partir de trois des analyses, on peut estimer que 20% des patients suivis par l'UM ont
connu une arrestation arbitraire et que 20% ont été détenus illégalement.
L'échantillon 4 nous indique que la totalité des personnes qui ont été arrêtées
arbitrairement ont subi un traitement cruel, inhumain et dégradant, ce qui corrobore nos
observations sur l'usage systématique de tels traitements avec les personnes arrêtées et
détenues.
Intimidations et menaces
Les chiffres varient de 6 à 40% d'une analyse à l'autre, ce qui ne permet pas d'estimer
dans quelle mesure les victimes étaient soumises à des menaces et des intimidations. Il
faut préciser que cette catégorie de violation n'est pas prioritairement signalée, surtout
lorsqu'une victime a subi parallèlement d'autres violations, parce que pour beaucoup de
victimes les intimidations et les menaces étaient constantes.
Le pourcentage le plus élevé (40%) qui est, à notre avis, le plus proche de la réalité,
provient de l'échantillon 4 où les violations ont été systématiquement relevées. Dans
cet échantillon, 80% des personnes qui ont été victimes d'intimidation et/ou de menaces
étaient des militants, 14% des sympathisants et 6% des indifférents.
Marronnage(30)
En dehors des données de l'échantillon 3 qui donnent un pourcentage de marronnage
très faible (environ 4%), dans les autres, le nombre varie entre 20 et 50%.
Dans l'échantillon 4, plus de 50% des victimes rapportent avoir été en situation de
marronnage, pour 90% d'entre elles le départ en marronnage s'est fait à la suite d'une
première violation. Environ 40% ont été en marronnage pendant une période de 1 à 6
mois, 30% de 6 mois à 1 an, 16% de 1 à 2 ans et 14% de 2 à 3 ans; 30% des femmes et
62% des hommes ont connu une période marronnage. Parmi les femmes, 66% étaient des
militantes, 22% des sympathisantes et 12% des indifférentes; parmi les hommes, 82%
étaient des militants, 12% des sympathisants et 6% des indifférents.
Atteintes et séquelles physiques
Tous les échantillons montrent qu'une forte proportion des cas suivis présentaient des
atteintes physiques graves: des fractures simples ou multiples (de 26% à 35%), des plaies
profondes de (20 à 35%). Dans l'échantillon 4 on voit qu'environ 20% des frac-tures
résultent d'une bastonnade et 80% de blessures par arme à feu ou arme blanche.
Dans l'échantillon 4, les 30% des cas ont présenté, suite à une bastonnade, des signes
de trauma rénal avec hématurie et 8% des pertes de conscience.
On note une mise en jeu du pronostic vital dans près de 30% des cas (4), parmi
lesquels 65% avaient subi une tentative d'assassinat avec blessure par arme à feu et 35%
un TCID.
On relève aussi que 8% des patients (4) présentaient des atteintes neurologiques, soit
suite à une bastonnade soit suite à une blessure par arme à feu ou arme blanche.
Il faut ajouter que des handicaps physiques plus ou moins graves sont souvent constatés.
Si l'on se réfère à l'échantillon 4: 39% des personnes présentaient un handicap
physique dont la gravité allait de la claudication à la tétraplégie.
Selon les différentes analyses, entre 16 et 33% des patients réclamaient des soins de
chirurgie orthopédique.
Comme nous l'avons précédemment souligné, la "kalòt marasa" est une des techniques
de torture utilisées assez fréquemment et dont les conséquences physiques peuvent être
graves. Selon les différentes analyses, 10 à 13% des patients réclamaient les soins d'un
oto-rhino-laringologiste (ORL). On relève sur l'échantillon 4 qu'environ 65% des
personnes qui ont été victimes de "kalòt marasa" ont présenté une rupture de tympan
avec pour la moitié d'entre elles, une baisse de l'acuité auditive.
Les patients présentaient, avec une fréquence de 7 à 14% selon les échantillons, des
problèmes oculaires réclamant les soins d'un spécialiste. On relève dans l'échantillon 4
qu'environ 80% de ceux qui présentaient des lésions oculaires avaient été bastonnés et
20% victimes de blessure par arme à feu. Dans 50% des cas, une baisse de l'acuité
visuelle a été constatée.
Par ailleurs, on relève que 18% des victimes de l'échantillon 4 ont été atteintes à la
face (ce chiffre ne tient pas compte des lésions ophtalmiques et auditives) parmi
lesquelles environ la moitié à la suite d'une blessure par arme à feu et l'autre moitié à la
suite d'une bastonnade. De ces victimes, 40% souffraient d'un préjudice esthétique, et
25% avaient besoin d'une reprise chirurgicale (chirurgie esthétique et maxillo-faciale).
La demande de soins pour les pathologies uro-génitales étaient d'environ 8%, exception
faite de l'échantillon 4 qui comprend un forte proportion de femmes violées (plus de
20%). On relève chez les femmes violées des échantillons 2 et 4 que respectivement
3 et 10% ont fait un avortement spontané et que 25 et 40% se sont trouvées enceintes.
Dans l'échantillon 4, parmi les 15 femmes victimes de viol, 3 se sont révélées
séropositives. Bien qu'il soit impossible d'établir un lien de cause à effet entre la
séropositivité et le viol, ce lien n'est pas non plus à exclure.
Pour l'échantillon 4, on note que 12% des victimes rapportent qu'elles présentent des
troubles de la sexualité suite à la violation.
L'échantillon 2 précise que 32% des patients présentaient un mauvais état général,
provoqué pour la plupart d'entre eux par une situation de marronnage.
Atteintes et séquelles mentales
Plus de 50% des patients de l'échantillon 2 présentaient un syndrome de stress post-traumatique, et 8% des troubles psychologiques graves, et près de 30% des personnes de l'échantillon 4 souffraient d'un syndrome de stress post-traumatique desquelles 75% étaient des femmes et 25% des hommes. Pour la majorité des femmes suite à un viol, et pour les hommes suite à un traitement cruel, inhumain et dégradant, on relève, pour le même échantillon, que 30% présentent un syndrome dépressif: 60% de femmes et 40% d'hommes. Enfin, 40% des patients présentaient des troubles d'ordre psychosomatique.
La totalité des victimes référées à l'UM, soit 806, ont fait l'objet d'un suivi médical. Pour
environ 80% des cas l'UM a eu recours au réseau médical local soit pour des
consultations spécialisées, soit pour des examens complémentaires ou des
hospitalisations. Les demandes d'interventions spécialisées concernaient notamment les
ophtalmologues, les oto-rhino-laryngologistes, les orthopédistes, les gynécologues et les
psychologues.
Au terme de cette présentation des données chiffrées, on peut dire que la population
victime suivie par l'UM était une population jeune et militante. Si les militants et leur
famille étaient les cibles privilégiées, la violence n'a épargné personne, pas même ceux
qui se déclaraient indifférents.
Si les conséquences traumatiques et pathologiques immédiates relevées par l'UM étaient
suffisamment graves pour que soit entreprise une action urgente, il faut noter que tous les
problèmes physiques et psychologiques ne sont pas résolus et que, pour une bonne partie
des victimes, les séquelles demeureront encore longtemps, voire à jamais.
Ces données parlent d'une partie de la population victime, celle qui a eu accès aux
services de l'UM. S'il est impossible de dire quelle proportion de la population victime
elle représente et si cette proportion peut être représentative de l'ensemble, nous pouvons
quand même souligner, à partir de ces échantillons, que la stratégie politico-militaire
utilisée contre la population afin de la contrôler et de mettre hors jeu les plus activistes
était parfaitement pensée, orchestrée et efficace. Les conséquences physiques et
psychologiques relevées ici au niveau individuel en témoignent. Comme nous l'avions
vu dans le chapitre précédent, sur le plan social, les effets de la répression, partout où elle
s'exerce, sont profonds et durables.
La pertinence d'une expérience de prise en charge médicale de ce type dans le
cadre d'une mission d'observation des droits de l'homme doit être souligné pour
deux raisons, la première est qu'elle a permis à de nombreuses victimes d'avoir
accès à des soins dans un contexte qui leur était défavorable et d'avoir
documenté sur le plan médical un certain nombre de cas, la seconde est d'avoir
permis une collecte d'information sur les conséquences médicales et
psychologiques de la répression et encourager par la suite une réflexion autour
des questions de réhabilitation et de réparation.
C'est pour contribuer à la mise en place de stratégies qui contrecarrent l'héritage légué par la répression et l'empêchent de peser sur le développement et l'organisation de la société haïtienne, que cette première partie du document a été réalisée. C'est en vue de poursuivre la réflexion sur ce qu'était la répression et percevoir les effets de ce phénomène sur les plans individuels et collectif que nous présenterons dans la seconde partie des textes qui témoignent et poursuivent l'analyse des faits.
1. Lire les témoignages apportés lors de la conférence "Médecine et Droits de l'homme".
2. A partir de décembre 1994, Médecins du Monde (France) collaborera à cette unité.
3. 3 Articles 10a et 10b des termes de référence du 23 mai 1994. Rapport ONU A\48\944.
4. 4 "The Mission should have the means to ensure that victims of the torture or with injuries or conditions otherwise related to the human rights violations receive necessary medical treatment." Rapport ONU A/47/908 p.19 art.29.
5. 5 Le manuel d'Haïti (document à usage interne destiné à la formation des observateurs sur le travail de la Mission) précisait qu'une information sur l'état physique et psychologique des victimes devait être fournie dans le cadre de la documentation des cas, et cela, même pour les victimes ne nécessitant plus de soins. Ce même document proposait que les victimes indirectes (proches de la victime) soient également prises en considération.
6. 6 Ce réseau s'est mis en place avec l'assistance de l'OMS-OPS.
7. L'organisation Médecins du Monde offre une assistance médicale et psychologique aux personnes ayant subi des violations, et fournit aux personnes souhaitant intenter une action en justice des rapports médicaux détaillés.
8. Mouvement d'Appui aux Victimes de Violence organisée; MAPVIV signifie en créole "je vis, je suis vivant". Cette association travaille à la réhabilitation de la population victime notamment à travers la formation d'intervenants communautaires.
9. 9 " Le prétexte de la lutte contre des groupes armés rebelles qui auraient attaqué des avant-postes des forces armées d'Haïti a été à plusieurs reprises utilisé pour justifier les violations massives des Droits de l'homme survenues hors de Port-au-Prince. En février (94) à Chantal, en avril (94) au Borgne et à Raboteau, en juin (94) à Camp-Perrin, l'armée a lancé de violentes attaques contre la population civile. Au cours de ces opérations menées sans discernement, de nombreuses personnes ont été arrêtées et détenues, d'autres ont été tuées, des propriétés ont été pillées ou incendiées." A/48/532/add.3 27-07-94, paragraphe 57.
10. 10 La note de presse datée du 15 juillet 1994 du Ministère de facto de l'Information, de la Culture et de la Coordination accuse: "Les premières données recueillies par la police font effectivement état de trois cadavres qui ont été acheminés à la morgue de l'HUEH, une fois remplies les formalités régulières. L'inspection minutieuse des corps a fourni des indices qui permettent d'affirmer que ces cadavres ont été apprêtés pour les besoins de la propagande politique et que l'événement lui-même, coïncidant comme par hasard avec le départ précipité de la MICIVIH, participe d'un scénario bien étudié." L'OCMH (Organisation Capois La Mort d'Haïti) surenchérit le 19 juillet 1994 dans sa note de presse: "Une semaine après l'expulsion de cette Mission Civile, on a constaté une diminution significative des prétendus candidats au boat-people. Il en est de même pour l'exposition des cadavres d'indigents destinés à sensibiliser l'opinion internationale contre l'escalade fabriquée de la violence et de la répression en Haïti".
11. La Commission Présidentielle parle de 300 000 personnes déplacées internes. Il faut aussi rajouter les milliers de "boat-people" qui ont fuit à cette même époque le pays.
12. Bruno Bettelheim: psychanalyste américain d'origine autrichienne, emprisonné en camp de concentration nazi.
13. 13 Définition donnée par l'association américaine de psychiatrie dans le DSM III. Cf. le texte du Dr Allodi chapitre 2, seconde partie de ce document.
14. Cf. Texte Mme Maryse Jean-Jacques, chapitre 2, seconde partie de ce document.
15. Ignacio Martin Baró: psychosociologue salvadorien, ce jésuite a été assassiné par les escadrons de la mort le 16 novembre 1989 avec 5 autres jésuites et 2 laïques.
16. FAVILEK: Fanm Viktim Leve Kampe.
17. Cf. Martín Baristain Carlos et Riera Francesc, Salud Mental: la Comunidad como Apoyo.
18. Cf. Lovinsky Pierre Antoine, chapitre 2, seconde partie de ce document.
19. 19 Les dossiers médicaux, sur lesquels se basent les analyses, comprennent:
- un rapport sur la(les) violation(s) avec compte rendu des interviews et des enquètes de terrain,
- un dossier de suivi médical, et
- dans environ 10% des cas, un rapport médical détaillé avec une évaluation psychologique.
20. Cf tableaux annexe #1.
21. 21 La crédibilité accordée au cas: c'est un facteur subjectif, qui dépend de la qualité du dossier d'enquête. Plusieurs éléments du dossier d'enquête, ont été considérés: la qualité des entretiens avec la victime, les éléments de l'enquête de terrain, les témoignages, la crédibilité accordée par les observateurs responsables du dossier au moment du rapport. Il faut rappeler que dans les cas où les enquêtes sur le terrain étaient impossibles - problèmes d'éloignement des lieux de la violation ou de menace pour la victime (par exemple) - la qualité de l'enquête reposait sur des entretiens répétés avec les victimes et les témoins éventuels.
22. 22 La qualité des informations médicales contenues dans les dossiers médicaux. Cette qualité tient au suivi médical et aux rapports fournis par l'UM ou par le réseau médical local.
23. Cf questionnaire en annexe #2.
24. 24 La question de l'engagement doit s'entendre en référence soit à un parti politique, soit à une organisation populaire se reconnaissant du mouvement Lavalas ou du mouvement prodémocratique. Sont militantes les personnes actives (adhérentes) dans ces organisations ou partis, sont sympathisantes les personnes non adhérentes à ces organisations ou partis mais se déclarant sympathisantes du mouvement Lavalas ou du mouvement prodémocratique. Sont indifférentes les personnes ne se déclarant ni sympatisantes ni militantes.
25. Mouvement Lavalas: mouvement populaire lancé par Jean-Bertrand Aristide à partir de sa campagne présidentielle de 1990.
26. Cf annexe #3
27. FRAPH: Front pour l'avancement et le progrès en Haïti, groupe paramilitaire impliqué à partir de septembre 1993 dans un grand nombre de violations.
28. Une même personne peut avoir subi un "djack" et une "kalot marassa".
29. 29 Ici sont incluses toutes les détentions, qu'elles se soient déroulées dans un centre de détention officiel ou dans un centre clandestin.
30. 30 Marronnage: terme utilisé pour qualifier la situation des réfugiés internes. Bien que le marronnage ne soit pas une violation mais une conséquence, cette catégorie apparaît ici car elle est directement liée à la violation du droit à la liberté de la personne.